Nobody Knows

cropped-cropped-homme-21.jpgPremière diffusion de ce texte (écrit dans le cadre de l’atelier des plumes d’ Asphodèle) le 24 novembre 2012. J’étais  plus inspiré à l’époque…

Nobody Knows.

Le bruit sourd qui me réveilla au petit matin n’était rien d’autre que l’une des piles de livres du salon qui venait de s’effondrer. Les meubles, le vieux piano en bois et les ombres devaient s’organiser pour exister au milieu de mes livres. Cela rendait John  totalement cinglé, lui qui avait des étagères remplies au cordeau pour stocker tous ses trésors littéraires.

Je n’avais jamais pensé qu’un jour je deviendrais propriétaire d’une prison de quatre murs. Je pense que John non plus . Et pourtant !

Nos deux maisons bordaient le chemin qui mène à la Pointe des Paradoxes, et c’est là que je l’avais vue pour la dernière fois. Elle m’avait donné un peu d’elle-même ces trois jours là, puis s’était évaporée pour toujours, comme un arc-en-ciel chassé par les rayons du soleil. Depuis, j’arpentais la lande et les sentiers en bordure des falaises, je prenais en photo les paysages les plus majestueux et j’essayais de fantasmer  mes photos sur des toiles. J’en accrochais certaines aux murs exigus du salon et je jurerais que certains soirs, mes piles de livres profitaient de l’obscurité pour changer d’orientation dans la pièce et se tourner en douce vers mes peintures.

Ainsi, j’avais tout plaqué pour venir me transformer en sentinelle. Cette maison de pierre, avec sa terrasse surplombant la falaise, était tout droit échappée d’un tableau mélancolique. Le bruit de l’eau était omniprésent, celui des flots évidemment, mais aussi celui de la petite fontaine d’intérieur qu’elle m’avait offerte. Le ruissellement continu de l’eau sur les galets oxygénait le sang bleu-noir qui coulait aujourdhui dans mes veines.

Je mettais en marche la fontaine pour écrire des romans insipides ou des histoires sentimentales à dormir debout qui me permettaient de vivre financièrement.

En face de moi : l’Angleterre.

A coté de moi : l’anglais.

En effet, John habitait la maison en contrebas de la mienne et nous étions seuls devant cette portion d’Atlantique. Il péchait, faisait la cuisine, entretenait et réparait nos maisons et mon jardinet, et rendait de menus services aux alentours. Les massifs d’hortensias et les roses aimaient John. Quant à moi, je lui remplissais le frigo et effectuais pour lui les tâches administratives. John parlait un peu ma langue et moi la sienne mais jamais deux êtres ne se comprirent aussi bien que lui et moi.

Nous n’évoquions quasiment pas nos fuites respectives comme si elles devaient rester des icônes de marbre. La sienne était aujourd’hui un fantôme, la mienne un simple souvenir .

Devant nous se dressait le Old Man Of Store, sorte d’obélisque de granite plantée dans l’océan. Cette roche était un doigt d’honneur aux dieux diaboliques du ciel.  Ce firmament qui m’attristait, cette terre  qui me tiraillait.

Le hasard n’existe pas et il se trouve que John et moi, qui organisions  paisiblement notre petite mort devant l’océan, étions nés exactement le même jour et la même année. Et à chaque anniversaire nous nous donnions  un an supplémentaire pour dénicher les livres que l’autre n’avait pas et qui lui permettraient de fuir jusqu’à l’année suivante.

Nous ne savions plus vraiment l’âge que nous avions, le temps n’avait plus de prise sur nous, seules les fleurs de la bruyère environnante finissaient par se faner.

John me trouvait des livres anglais rares,  traduits en français, et moi je lui offrais des grands classiques français traduits en anglais. Tous ces ouvrages parlaient de ce qui est impossible…

Et puis,  le soir de notre anniversaire, John venait dans ma maison, il jouait de l’ harmonica, mais jamais du  vieux piano . En effet,  « elle » avait été  l’une des pianistes l’orchestre du Royal Albert Hall de Londres.

J’apportais une bonne bouteille, celle qu’elle préfère encore sûrement aujourd’hui. « Elle » est maître de chais quelque part dans le Sud Ouest de la France. Après le repas, le divin breuvage et les morceaux de musique mélancolique , je mettais en route la petite fontaine dont je colorais l’eau en turquoise pour l’occasion, et nous attaquions alors  l’un de nos précieux médicaments.

Ce soir là , le livre de poèmes que m’avait offert John racontait notre existence commune. Il avait  fait fort pour cet anniversaire là .  Je me souviens encore du  début du premier poème…

L’aube a bu sa transparence

Nobody Knows,

Ghost elle est infiniment

Nobody Knows,

L’aube a su la lune entendre

Nobody Knows,

Nulle vie, nul ressentiment,

Nobody Knows

Ce soir là, John la réincarna sur le piano désincarné…

Publicités

Rue des boutiques obscures de Patrick Modiano

modianoAlors que l’agence de détectives dans laquelle il travaillait ferme ses portes, le narrateur, un certain Guy Rolland, décide de partir à la recherche de lui-même. Car ironie du sort, une amnésie partielle l’empêche de se souvenir du passé et donc de savoir qui il est. Durant tout le livre, nous allons suivre l’enquête et la recherche d’identité de Guy, à travers des lieux essentiellement parisiens et des témoins qui l’ont peut-être connu dans le passé.

C’est le premier Modiano que je lis, attiré par la réputation de l’auteur, par son récent prix Nobel et par la fascination de Galéa pour cet auteur.

J’avoue que j’y allais avec un peu de réticence et au final, j’ai beaucoup aimé cette lecture.

C’est un véritable jeu de piste que propose Patrick Modiano avec un balisage suffisant pour ne pas perdre le lecteur. Il y a un vrai suspens jusqu’à la fin, laquelle ne m’a toutefois pas convaincue. J’ai vraiment eu l’impression d’être dans X files, mais dans une enquête se passant à Paris dans les années 50 et 60. Comme l’agent Fox Mulder (l’un de mes frères d’armes virtuels…), Guy Rolland est en quête de vérité, cette quête est obsessionnelle, jamais terminée, jamais satisfaisante et jamais totalement claire. L’existence est fragile, trouble, inconsistante…

 » Drôles de gens. De ceux qui ne laissent sur leur passage qu’une buée vite dissipée…ils surgissaient un beau jour du néant et y retournent après avoir brillé de quelques paillettes. Reines de beauté. Gigolos. Papillons. La plupart d’entre eux, même de leur vivant, n’avaient pas plus de consistance qu’une vapeur qui ne condensera jamais. « 

Il règne en effet, un brouillard opaque sur la recherche d’identité du narrateur, que Modiano compose à merveille à travers ses évocations de vieux appartements, de rues sombres de la capitale, de vieux bureaux et de bottins poussiéreux. On devine petit à petit que l’origine de ce brouillard est l’occupation mais Modiano n’est volontairement pas clair sur cette question là. Rue des boutiques obscures a un côté inquiétant et oppressant et la géographie de Paris renforce ce côté là.

 »  Je crois qu’on entend encore dans les entrées d’immeubles l’écho des pas de ceux qui avaient l’habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu. Quelque chose continue de vibrer après leur passage , des ondes de plus en plus faibles, mais que l’on capte si l’on est attentif. « 

J’ai été frappé par le style d’écriture. Il n’a rien d’ exceptionnel ni de  très recherché d’un point de vue littéraire, mais il est très particulier. C’est un style minimaliste, avec souvent des morceaux de phrases, des descriptions qui peuvent sembler dépourvues de sentiments. Et pourtant, j’ai dévoré Rue des boutiques obscures et il faut être fort pour captiver le lecteur avec si peu de choses.  C’est un véritable univers, désuet, habité par l’auteur que j’ai découvert dans ce livre.

Au final, je ne saurais pas exactement dire pourquoi, j’ai envie de lire un nouveau roman de Modiano et de poursuivre cette expérience de lecteur qui m’a enchantée.

Et pour clore cette chronique, voici les trois dernières phrases du roman…très significatives à mes yeux.

 » Une petite fille rentre de la plage, au crépuscule, avec sa mère. Elle pleure pour rien, parce qu’elle aurait voulu continuer de jouer. Elle s’éloigne. Elle a déjà tourné le coin de la rue, et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d’enfant ? « 

Jean-Philippe BLONDEL : Interview à l’occasion de la sortie de son nouveau roman « Un hiver à Paris ».

logo interviews de MTGJ’inaugure aujourd’hui une nouvelle catégorie d’articles où je propose de publier des interviewes de personnes en lien avec les livres.

Pour lancer cette série, j’ai le plaisir de pouvoir vous proposer une interview de Jean-Philippe Blondel, qui vient de publier son nouveau roman, Un hiver à Paris, chez Buchet-Chastel (01 janvier 2015)

blondel u hiver à Paris

Blondel est avec Delphine de Vigan, l’auteur dont je me sens le plus proche, je m’identifie à chaque fois à ses personnages, j’aime ses histoires et son humanité, je n’ai jamais été déçu quel que soit le titre lu, et Un hiver à Paris sera mon  sixième livre de Jean-Philippe Blondel (je ne l’ai pas encore, mais j’en parlerai ici-même dès que ce sera fait).

Jean-Philippe Blondel figure sur mes étagères avec les titres uivants :

  • Accès direct à la plage (2003)
  • This is not a love song (2007)
  • Le baby-sitter (2010)
  • G 229 (2011 – pas encore lu)
  • Et rester vivant (2011)
  • 6h41 (2013)

blondel photoMTG : En 2003 sortait votre premier roman (Accès direct à la plage). Le 01 janvier 2015 vient de sortir  Un hiver à Paris édité chez Buchet-Chsatel. Quel est votre sentiment au moment de la sortie de ce nouveau roman,  ce sentiment est-il différent de celui de 2003?

JPB: Oui et non. C’est la même angoisse et le même bonheur (et je suis toujours surpris quand mon éditrice accepte mon manuscrit), mais j’ai davantage de recul. En vérité, je suis encore étonné d’être là, publié, douze ans après. J’étais tellement persuadé que personne ne voudrait me publier…

MTG:  Un hiver à Paris aborde une nouvelle fois les failles et les blessures, la chute et la guérison des êtres humains mais pouvez-vous nous en dire  un peu plus (je n’ai pas encore lu le livre)?

JPB: On tourne toujours autour des mêmes thèmes, mais l’angle d’attaque varie. Plus j’avance et plus je m’aperçois que ce qui me fait vibrer en littérature, ce sont les personnages, leur humanité ou leur inhumanité. Vous voyez, je tourne autour du pot parce qu’en fait, non, je n’ai pas envie de dévoiler quoi que ce soit 

MTG: Vous dites avoir porté ce livre longtemps en vous ? Plus longtemps que  » Et rester vivant » sorti en 2011 et  qui s’inspirait de faits autobiographiques?

JPB: Pratiquement autant de temps. Trois décennies pour pouvoir rendre justice à un cri qui me réveille encore parfois la nuit. Un Hiver à Paris marche sur un fil entre les éléments autobiographiques et le roman. Il y a des rencontres que je n’ai pas faites, mais dont j’aurais aimé qu’elles se produisent.

MTG: En incluant les livres jeunesse, les romans et un recueil de nouvelles, vous avez publié 19 livres en 10 ans . D’où vous vient cette frénésie d’écriture ?

JPB:J’écris une heure par jour, tous les jours – en fait, j’ai besoin d’écrire pour….trouver ce que j’ai envie d’écrire (je suis incapable de faire un plan, par exemple). A raison de 2 pages par jour, cela fait plus de 700 pages par an – mais dedans il y a beaucoup à jeter. En fait…je n’ai pas l’impression d’écrire beaucoup…

MTG: Vous êtes professeur agrégé d’Anglais et vous enseignez à Troyes. Vous définissez-vous comme un enseignant qui est  aussi écrivain ou comme un écrivain qui est  aussi enseignant?

JPB:Tout dépend si on considère « écrivain » ou « ‘écrivain publié ». Je suis avant tout écrivain, parce que j’écrirai jusqu’à ma mort. Mais je suis avant tout, dans le domaine professionnel, enseignant et ensuite écrivain publié mais la réponse à la question suivante va vous éclairer.

MTG: Avez-vous déjà été tenté par ne plus faire qu’écrire et si oui, lorsqu’on est comme vous  un auteur à succès sans toutefois atteindre les ventes de best sellers, est-il possible en France de ne vivre que des droits d’auteur ?

JPB: Non. J’ai deux passions dans la vie, l’enseignement et l’écriture, et je ne me vois pas sacrifier l’une à l’autre. Je n’ai pas du tout envie de ne faire qu’écrire, probablement parce que j’ai besoin d’avoir des joies et des désillusions professionnelles, d’échanger avec mes collègues et mes élèves, de ce bouillonnement de vie qu’est un lycée. Donc, je ne me pose pas la question de vivre de mes droits d’auteur. Par ailleurs, cela serait très aléatoire, et je ne veux pas que de la littérature dépende ma vie quotidienne, et surtout celle de ma famille:

MTG: On connaît (un peu) Jean Philippe Blondel l’écrivain, pouvez-vous nous parler de Jean-Philippe Blondel le lecteur ?

JPB:Je lis environ 80 romans par an, exclusivement des romans, très peu de science-fiction ou de policiers. Je lis environ la moitié de ces romans en anglais et l’autre en français. Il s’agit en très grande majorité de romans qui viennent de paraître ( et que je tiens à acheter, je reçois très peu de services de presse ou d’exemplaires envoyés par mes collègues), même si, depuis quelques temps, l’été souvent, je comble mes lacunes classiques.

MTG :Quel est votre dernier coup de coeur littéraire ?

JPB: Le Lydie Salvayre ( eh oui !). C’est ma fille cadette qui me l’a offert pour Noël et je trouve ce récrit à la fois vindicatif et jouissif, d’une grande liberté de ton. Vraiment, c’est un Goncourt enthousiasmant.

MTG: Modiano vient d’obtenir le Nobel pour l’ensemble de son oeuvre, que vous inspire cet écrivain?

JPB: C’est ma référence ultime, avec Proust. Il raconte toujours la même histoire et c’est pourtant à chaque fois différent. Quand un Modiano sort, je l’achète dans la journée et je le lis dans la nuit. C’est comme recevoir une lettre d’un ami.

MTG: Un hiver à Paris est maintenant dans les librairies, il y a 500 livres qui sortent lors de cette rentrée littéraire de janvier , que peut-on souhaiter à tous ces auteurs , y compris vous-même ?

JPB: La réponse aurait été très différente avant  le 7 janvier. Aujourd’hui, ce que je souhaite à tout le monde, c’est de vivre dans un monde apaisé et de tenir le coup. Honnêtement, avec ce qui est arrivé il y a 2 semaines, la rentrée littéraire est passée au second plan, et c’est tant mieux. Ce que je peux souhaiter à tous les auteurs, c’est de savoir entretenir la flamme de la fiction et de nous créer des espaces chaleureux, les romans, dans lesquels nous pourrons encore nous réfugier quand le chaos du monde nous blessera.

Un grand merci à Jean-Philippe Blondel à qui je souhaite le meilleur pour son nouveau roman.

blondel u hiver à Paris

Les 10 albums de musique les plus vendus en France en 2014 (hors téléchargements).

gif danse 3Voici les 10 CD qui se sont le plus vendus en France en 2014, selon le palmarès paru dans le Figaro. Profitez-en, les CD sont en train de disparaître.

01. StromaeRacine carrée (688.000 ventes)

Il a incontestablement du talent et du style, il appuie là où ça fait mal…on aime ou pas mais on est rarement indifférent.

02. Indila Mini World (531.500 ventes)

Un mystère…une jolie voix mais de la vraie soupe. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi elle passe autant sur NRJ qui s’adresse surtout aux 12/25 ans…peut-être une identification au personnage et pourtant c’est poussiérieux, vieille France enfin c’est mon ressenti.

03. Kendji GiracKendji (470.000 ventes)

Ne regardant pas la télé ou très peu, je viens d’apprendre que c’était le gagnant de The Voice. Son Andalouse tourne en boucle en radio, il a remis au goût du jour la musique tendance Gitane…il a l’air sympa ce jeune chanteur, à suivre mais bon…

04. Johnny HallydayRester vivant (367.000 ventes)

Toujours là, il me fait pourtant de plus en plus de peine…

05. Black MLes Yeux plus gros que le monde (329.000 ventes)

Comment dire…c’est un chanteur D’jeune, issu du rap…du grand n’importe quoi mais ça cartonne.

06. Les EnfoirésBon Anniversaire Les Enfoirés (310.000 ventes)

Toujours là aussi mais en perte de vitesse; à force le public se lasse, doucement mais surement.

07. CalogeroLes Feux d’artifice (302.000 ventes)

Houla…ces chansons du moment à tendance charité , misère humaine et pathos,  m ‘insupportent au plus haut point. Belle voix néanmoins, j’aimais bien avant.

08. Maître GimsSubliminal (290.000 ventes)

Hé hé, il est trop fort le Maître, il est partout, chanteur, producteur, rapeur, variété man, vendeur de fringues et il est en tournée en 2015 ! Et j’aime le Maître Gims !

09. Florent PagnyVieillir avec toi (287.000 ventes)

Cela sert d’être juré à The Voice non ?? J’aime bien le personnage…le chanteur bof bof.

10. Daft Punk Random Access Memories (255.000 ventes)

Ils n’ont jamais été ma tasse de thé mais il faut reconnaître qu’ils sont forts. Artistes français les plus connus dans le monde avec aussi David Guetta…

Et vous , qu’en pensez-vous? Achetez-vous encore des CD ? Si oui, en avez-vous acheté en 2014 ??

Emma Louise : VS HEAD VS HEART

Emma louiseAttention, gros coup de coeur pour cette jeune chanteuse australienne, auteur, compositeur et interprète. Je vous avais déjà présenté son tube qui tourne beaucoup en radio : Jungle par Emma Louise.

Puis je suis aller écouter son album sorti en 2013 qui s’intitule VS Head VS Heart et j’ai adoré. Il y a là tout ce que j’aime et tout ce que je recherche dans la musique actuelle:

  • Une voix cristalline, pure, envoutante , sensuelle…
  • Une musique planante qui s’apparente à de la lounge ou de la Chillout
  • Du piano et de l’électro.

Il y a des proximités avec Agnès Obel, qui fait davantage dans le minimalisme et le mélancolique mais les deux artistes se rapprochent assez à mes yeux (ou mes oreilles…).

C’est un voyage musical que je vous propose pour ceux et celles qui feront l’effort d’écouter l’album d’ Emma Louise que vous pouvez retrouver en intégralité sur You tube.

Voici l’un des titres de l’album: Atlas eyes.

logo coup de couer

Les chroniques du savoir-vivre de Mind The Gap – Volume 1 : la galanterie.

savoir vivre pr mindAlors pour mon anniversaire, figurez-vous que l’on m’ a envoyé, en plus d’une crème anti-rides, « Le petit livre du savoir-vivre », édité chez First. Dois-je en conclure que je suis un malotru en voie de délabrement?? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que j’ai lu scrupuleusement  le manuel, et comme j’aime rendre service, je me propose désormais  de donner  régulièrement des conseils en  matière de savoir-vivre  . Aujourd’hui, pour ce premier volume, c’est aux lecteurs que je m’adresse puisqu’il va être question de galanterie.

savoir vivre

Voici donc, messieurs, les 10 commandements de l’homme galant que je vous recommande. Faites moi confiance, j’ai tout bien lu le petit guide.

1) L’homme galant tire légèrement le siège pour inviter une femme à s’assoir au restaurant. Veillez à être discret, à ne pas faire racler le siège sur le sol. Surtout ne soyez pas maladroit en tirant le siège au moment où la femme s’assoit, sauf s’il s’agit de votre belle-mère cela va de soi.

2) Toujours au restaurant, que faire lorsque le vendeur de roses se présente à votre table, ne soyez pas pingre, offrez une brassée de roses surtout si votre invitée est blonde à forte poitrine. Ceci-dit, si vous êtes radin et que vous êtes  déjà arrivé à vos fins,  vous pouvez opter pour la solution ci dessous.

3) L’homme galant aide toujours la femme a enfiler ou retirer son manteau . Dans un premier temps, limitez-vous au manteau même si vous voudriez aussi enlever le pull et le soutien gorge de la demoiselle…cela pourrait être mal interprété et nuire à vos intentions bien naturelles.

4) Quel que soit le lieu, un gentleman pourra faire quelques compliments discrets à une femme sur sa toilette mais ne fixera pas toute la soirée son décolleté : pensez aussi à mater ses fesses de temps à autre, sans cela elle pourrait penser que vous n’êtes  mono-maniaque.

5) Le gentleman  laisse sa place à une femme dans les transports en commun, même si c’est une vieille moche qui refoule du goulot. Pensez juste  à changer de wagon ou attendez le bus suivant, peut être pourrez-vous laisser votre strapontin à une bombasse en mini-jupe. On ne peut pas toujours être poursuivi par la malchance, pensez-y messieurs et ne vous détournez pas du droit chemin de la galanterie.

6) Le galant homme passe en premier dans un escalier en montant ( pour éviter dit-on , de regarder les jambes de la femme ) et en descendant également  (pour amortir une éventuelle chute). Si toutefois, vous avez réussi à emballer la bombasse du strapontin ( voir le point 5 pour ceux qui ne suivent rien) , faites l’inverse…

7) Un gentleman qui dépose en voiture une dame devant chez elle, attend toujours qu’elle soit entrée dans sa maison avant de démarrer. Toutefois, si la dame est grabataire, pensez à vous garer vraiment tout près de sa porte ou alors déposez là à la station de métro la plus proche, c’est plus simple et meilleur d’un point de vue écologique. Si elle est pleine aux as, faites un effort…

8) Le galant homme ne regarde jamais sa montre , même très discrètement, quand une femme lui parle et  quoi qu’il arrive, il  doit s’intéresser à la conversation. Entrainez-vous avant pour ne pas paraître un malotru avec vos amies de sexe féminin. Ouvrez un blog, cela fera un très bel apprentissage…

9) Un gentleman doit marcher dans la rue coté chaussée et laisser la femme marcher coté rue. Sauf bien sur si vous marchez avec Belle-maman, mais ça, vous l’aviez déjà compris n’est-ce-pas?

10) Le jour de son anniversaire, pensez à inviter votre dulcinée au restaurant et laissez-lui choisir les plats de ses rêves. Toutefois n’oubliez-pas qu’au Mac Do et chez Flunch vous avez le gâteau d’anniversaire offert (sans compter les légumes à volonté chez Flunch). C’est un bon moyen d’être galant sans vous ruiner.

Voilà.

Mesdemoiselles, mesdames, ne ratez pas le volume 2 qui sera consacré à :  Comment réussir un dîner  vraiment parfait ?  .

La lumière des étoiles mortes de John BANVILLE

banvilleMerci à Asphodèle de m’avoir permis de découvrir ce livre voyageur…

Le narrateur de cette belle histoire a  presque soixante ans.  Alex, comédien de théâtre en retraite,   vient d’être engagé pour tourner un film avec Dawn Davenport, une jeune  actrice star à tendance suicidaire. Cette dernière sympathise avec Alex. Elle à l’age qu’aurait sa  propre fille,Cass, si cette dernière ne s’était pas suicidée il y a dix ans. Depuis lors, Alex ne communique plus vraiment avec sa femme, Lydia.

C’est dans ce contexte qu’ Alex, se souvient alors  de la seule passion amoureuse qu’il vécut lors qu’il avait quinze ans. Une relation hors normes avec la fougueuse Madame Gray, la maman de Billy, son meilleur ami de l’époque. Qu’est devenue Madame Gray et que reste-t-il à Alex de ce premier amour ?

C’est le premier roman de John Banville que je lis. Cet auteur Irlandais confirmé est, je le crois, un grand écrivain.

 » Qu’il est vaste et monotone, le silence qui se déploie le long d’un quai de gare en été lorsque le train redémarre. »

Il parvient à raconter un récit romanesque parfaitement maîtrisé, qui mélange trois histoires et trois périodes de la vie d’Alex. J’ai aimé ce récit rédigé à la première personne et le suspens qui perdure jusqu’aux toutes dernières pages du roman.

La lumière des étoiles mortes est un livre sur la mémoire, les souvenirs, ce qu’ils sont ou ce que nous en faisons, sur leur persistance et notre façon de vivre ou de survivre, avec ou malgré eux.

La plume de John Banville est vraiment belle, poétique, recherchée et même si certains mots ont manqué à mon vocabulaire, j’ai dévoré cette histoire.

 » étant donné qu’ apparemment rien sur terre n’est jamais détruit, mais simplement dispersé et démantelé, ne pourrait-il en être de même pour la conscience de l’individu? Où tout cela va-t-il donc quand nous mourons, tout ce que nous avons été? Quand je songe à ceux que nous avons aimés et perdus, je m’identifie à un promeneur errant à la tombée de la nuit dans un parc peuplé de statues sans yeux. L’air autour de moi bruisse d’absences. »

 » Les mobiles des autres, leurs aspirations et anathèmes sont pour moi des mystères. Les miens aussi. J’ai la sensation d’évoluer sans jamais rien comprendre, d’évoluer immobile, tel le héros obtus et malheureux d’un conte de fées, empêtré dans les taillis, coincé dans les ronciers ».

Pour moi, l’auteur est un homme sensible et pudique et un talentueux conteur. J’ai vraiment eu l’impression qu’il racontait sa propre vie tout au long du roman et que tout était vrai , que tout existait exactement comme dans les descriptions du livre.

Et puis, cerise sur le cup-cake, La lumière des étoiles mortes est une histoire d’amour avant tout, et le portrait de cette Madame Gray et de cet adolescent qui donnent libre cours à leurs amours, élaboré à travers les souvenirs d’Alex devenu âgé, est vraiment touchant et original.

 » Je pense aux yeux bruns et humides de Madame Gray et à leurs minuscules éclats dorés. Quand on faisait l’amour, ils viraient de l’ambre à la terre d’ombre puis à une nuance de bronze opaque. »

Il parait que ce livre est le troisième volet d’une trilogie et que l’on peut retrouver certains personnages de l’histoire dans les deux premiers tomes écrits par John Banville. Je sais que je relirai cet auteur.

logo coup de couer

PS : juste une remarque, le titre original est  Ancient light. Ne pouvait-on pas trouver une autre traduction française que cette  » lumière des étoiles mortes », titre éculé s’il en est, puisque ces pauvres étoiles qui sont mortes sont reprises  à toutes les sauces dans la littérature amoureuse. Certes, le phénomène est magique, l’image est belle mais à force , la lumière devient blême…

Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong

pardonnableUn grand merci à Valérie de m’avoir offert son nouveau roman qui sort le 7 janvier Chez Lattes.

Milo, douze ans fait une grave chute à vélo alors qu’il est supposé réviser ses cours avec sa tante Marguerite. Cette dernière ment alors  à sa soeur Céleste (la maman de Milo), Lino (le papa) et à Jeanne  son envahissante mère qui ne l’a jamais aimée (la grand-mère de Milo) sur les raisons de cet accident de vélo. Pendant que Milo, sorti du comas, se reconstruit peu à peu aidé par Gustavo, un docteur  du centre de rééducation où il réside, sa famille la plus proche va s’autodétruire autour du mensonge de Marguerite…et de mensonges bien plus anciens et néfastes encore…

Avec Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong explore les méandres des secrets de famille, des mensonges,   et montre à travers cette histoire, combien ils peuvent être lourds à porter et destructeurs pour arriver à vivre et à avancer.

Elle aborde une nouvelle fois les fêlures des êtres que la vie a blessé , simplement parce que vivre c’est être blessé, c’est faire des mauvais choix,  mais être blessé ce n’est que perdre une bataille…c’est se tromper mais pas capituler.

 » Combien de fois dans une vie l’être humain éprouve-t-il ce sentiment d’absurdité, lorsqu’il sait qu’il s’engage dans une impasse? Lorsqu’il prend une décision que tout en lui réfute? Lorsqu’il accepte un cadeau qu’il devine empoisonné? Combien de fois dans une vie, l’être humain renonce-t-il à se faire confiance. »

Le ton est plus noir que dans Providence (que j’avais aimé sans plus) et que dans l’ Atelier des miracles qui fut l’un de mes coups de coeur 2013 et un gros succès d’édition en France et à l’international.

J’ai trouvé que dans ce livre, Valérie Tong Cuong dont Pardonnable, impardonnable est déjà le dixième roman, se révélait être une grande raconteuse d’histoire. Son récit est sec, rythmé, on accroche dès le début de l’histoire et tout le monde devrait trouver facilement à se raccrocher à l’un des protagonistes. Je trouve les personnages de Jeanne et surtout de Marguerite (la moins coupable et la plus humaine des membres de la famille)  très réussis.

 » Ma vie est à l’image de cette chambre que ma réservée maman dans cette maison, dès mon premier été : étroite, sombre, avec une minuscule lucarne placée si haut que la lumière semble appartenir à un autre monde. »

J’ai dévoré ce récit en seulement quatre séances de lecture et cela m’a fait du bien de commencer l’année avec une vraie histoire centrée sur la vie, l’amour, l’humanité. On a besoin d’histoires romanesques à la fois proches et éloignées de nos propres vies.

Mais n’allez pas croire que je passe de la pommade à Valérie Tong Cuong sous prétexte qu’elle m’a gentiment proposé de m’offrir son nouveau roman, ayant apprécié l’argumentation de mes autres chroniques sur ses livres.

Comme bémols, un peu comme pour les autres titres de Valérie Tong  Cuong , je reste un peu sur la faim…sur la fin. Le parti-pris de l’auteur est d’être résolument optimiste et d’avoir foi en l’être humain  quoi qu’il arrive , mais le passage de blessures profondes du passé à un avenir potentiellement radieux n’est pas évident à restituer dans l’histoire, la transition n’est pas si simple. La renaissance par le pardon peut sembler un peu simpliste à certains moments de l’histoire (mon coté pessimiste l’emporte…). Et puis peut-être que cette famille a quand même  beaucoup de mensonges et de drames enfouis très loin dans ses entrailles…quoi que !

Au final, Pardonnable, impardonnable est une belle histoire, qui s’adresse à un large lectorat et qui pourra toucher vraiment beaucoup de monde. C’est un livre réussi, très efficace, qui se lit facilement, avec envie et qui, une fois arrivé à la dernière page, nous invite à réfléchir sur nos propres évitements pour ne pas dire la vérité à ceux que nous aimons ou croyons aimer…et à nous mêmes.

 » Je sais aujourd’hui qu’il faut se méfier de l’euphorie. Elle nous transporte loin des monstres qui nous hantent, loin des dangers qui guettent, si loin qu’on ne revient jamais plus  les affronter. On se croit tiré d’affaire, passé à autre chose. On décrète les dossiers classés, tandis qu’ils nous consument lentement. »

Mais quand même pour finir sur une pirouette, je m’inscris en faux sur ce qu’écrit Valérie Tong Cuong page 58 :  « …seuls les enfants prennent un goûter , quand on devient adulte , on n’y pense même plus…on ne  surveille pas sa montre avec fébrilité lorsque approchent les 16 heures 30 ».  En effet, je commence à regarder ma montre tous les jours peu avant 16 heures…

Le vieux banc

bancJe n’ai pas réussi à faire un texte cette semaine pour les plumes d’ Asphodèle dernière édition de 2014 , pas d’inspiration ni d’idée de départ . Alors j’ai rapatrié ce texte, publié le 3 octobre 2012, hors atelier.

Le vieux banc…

Moi aussi je me souviens…la mémoire est sélective, mon cœur vieillot n’a plus de place et je ne puis l’éclaircir comme s’il s’agissait d’une étagère de ma bibliothèque.

Je me souviens enfant alors petit bout, de mon espoir d’être juste normal. Aller à l’école pour étudier et jouer avec les copains. Mais pour moi, pas de copains. Le jour où j’arrêtais un ballon de football avec les mains sans être gardien de but, je devins la risée de la cour d’école. Les récréations n’en furent plus, comment leur expliquer que je n’avais pas de père et que ce ballon me rendait prisonnier ?

La lecture ne m’avait pas encore sauvé…Je rêvais alors d’être magicien mais c’est la vie qui m’a joué des tours.

Je me souviens de la première fée, irréelle comme une étoile filante, brillante comme l’étoile polaire, sa voix lactée me terrassa méthodiquement. Amoureux ? A cet âge on ne tombe pas amoureux, on aime, on fait l’amour, on papillonne…l’amour est bien trop obscur lorsqu’on a pas encore vingt ans.

Je me souviens de la beauté du couchant sur la plage aux contrebandiers, de la majesté du levant sur le sommet enneigé…du mariage blanc de la neige et du feu. Je me souviens du jour où tu m’as aimé pour la première fois, de la nuit où je t’ai amenée à la maternité en catastrophe avec trois sacs remplis à ras bord…la sage femme nous a demandés si nous partions en voyage … Heureusement qu’il n’y avait pas encore de maternité low-cost comme pour les compagnies aériennes, sans cela on était en surcharge de bagages…un comble pour moi qui n’ai pas fait d’études.

On l’appela Lizzie parce que c’était elle, parce que c’était nous et que nous l’avions promis à Jane lors de nos voyages dans sa campagne anglaise Jane est toujours sur notre étagère de bookins mais tu ne la lis plus…

Je me souviens des promenades à trois dans la forêt de bambous, des pauses sur les vieux bancs patinés par le temps, des rayons de soleil entreprenants qui caressaient ton visage et s’immisçaient entre tes lèvres. Tu étais si belle que seule l’ombre pouvait te mettre en valeur. Au soleil tu rougissais, dans ton sommeil parfois tu rugissais, et moi j’étais borderline.

Je me souviens des années douces et roses, du quotidien sans prose, de mes premières lunettes, de tes premières rides…de cette pétasse blonde qui te donnait systématiquement des crèmes anti-âge à la parfumerie et que tu haïssais hystériquement.

Je me souviens encore je me souviens si peu…du temps qui passe, de l’amour qui lasse. Les bambous sont toujours là, les bancs n’ont pas cassé, les amoureux se bécotent encore sur leur assise et tu es toujours belle.

Lizzie est partie vivre sa vie loin de la notre…et tu ne te souviens plus de rien…tu voudrais bien mais ton cerveau s’est vidé, ton sablier n’a pas su se retourner.

Cela ne fait rien, je me souviens pour deux,  et me raccroche encore à la vie et à ton bras, ma douce amie.