Jean-Philippe BLONDEL : Interview à l’occasion de la sortie de son nouveau roman « Un hiver à Paris ».

logo interviews de MTGJ’inaugure aujourd’hui une nouvelle catégorie d’articles où je propose de publier des interviewes de personnes en lien avec les livres.

Pour lancer cette série, j’ai le plaisir de pouvoir vous proposer une interview de Jean-Philippe Blondel, qui vient de publier son nouveau roman, Un hiver à Paris, chez Buchet-Chastel (01 janvier 2015)

blondel u hiver à Paris

Blondel est avec Delphine de Vigan, l’auteur dont je me sens le plus proche, je m’identifie à chaque fois à ses personnages, j’aime ses histoires et son humanité, je n’ai jamais été déçu quel que soit le titre lu, et Un hiver à Paris sera mon  sixième livre de Jean-Philippe Blondel (je ne l’ai pas encore, mais j’en parlerai ici-même dès que ce sera fait).

Jean-Philippe Blondel figure sur mes étagères avec les titres uivants :

  • Accès direct à la plage (2003)
  • This is not a love song (2007)
  • Le baby-sitter (2010)
  • G 229 (2011 – pas encore lu)
  • Et rester vivant (2011)
  • 6h41 (2013)

blondel photoMTG : En 2003 sortait votre premier roman (Accès direct à la plage). Le 01 janvier 2015 vient de sortir  Un hiver à Paris édité chez Buchet-Chsatel. Quel est votre sentiment au moment de la sortie de ce nouveau roman,  ce sentiment est-il différent de celui de 2003?

JPB: Oui et non. C’est la même angoisse et le même bonheur (et je suis toujours surpris quand mon éditrice accepte mon manuscrit), mais j’ai davantage de recul. En vérité, je suis encore étonné d’être là, publié, douze ans après. J’étais tellement persuadé que personne ne voudrait me publier…

MTG:  Un hiver à Paris aborde une nouvelle fois les failles et les blessures, la chute et la guérison des êtres humains mais pouvez-vous nous en dire  un peu plus (je n’ai pas encore lu le livre)?

JPB: On tourne toujours autour des mêmes thèmes, mais l’angle d’attaque varie. Plus j’avance et plus je m’aperçois que ce qui me fait vibrer en littérature, ce sont les personnages, leur humanité ou leur inhumanité. Vous voyez, je tourne autour du pot parce qu’en fait, non, je n’ai pas envie de dévoiler quoi que ce soit 

MTG: Vous dites avoir porté ce livre longtemps en vous ? Plus longtemps que  » Et rester vivant » sorti en 2011 et  qui s’inspirait de faits autobiographiques?

JPB: Pratiquement autant de temps. Trois décennies pour pouvoir rendre justice à un cri qui me réveille encore parfois la nuit. Un Hiver à Paris marche sur un fil entre les éléments autobiographiques et le roman. Il y a des rencontres que je n’ai pas faites, mais dont j’aurais aimé qu’elles se produisent.

MTG: En incluant les livres jeunesse, les romans et un recueil de nouvelles, vous avez publié 19 livres en 10 ans . D’où vous vient cette frénésie d’écriture ?

JPB:J’écris une heure par jour, tous les jours – en fait, j’ai besoin d’écrire pour….trouver ce que j’ai envie d’écrire (je suis incapable de faire un plan, par exemple). A raison de 2 pages par jour, cela fait plus de 700 pages par an – mais dedans il y a beaucoup à jeter. En fait…je n’ai pas l’impression d’écrire beaucoup…

MTG: Vous êtes professeur agrégé d’Anglais et vous enseignez à Troyes. Vous définissez-vous comme un enseignant qui est  aussi écrivain ou comme un écrivain qui est  aussi enseignant?

JPB:Tout dépend si on considère « écrivain » ou « ‘écrivain publié ». Je suis avant tout écrivain, parce que j’écrirai jusqu’à ma mort. Mais je suis avant tout, dans le domaine professionnel, enseignant et ensuite écrivain publié mais la réponse à la question suivante va vous éclairer.

MTG: Avez-vous déjà été tenté par ne plus faire qu’écrire et si oui, lorsqu’on est comme vous  un auteur à succès sans toutefois atteindre les ventes de best sellers, est-il possible en France de ne vivre que des droits d’auteur ?

JPB: Non. J’ai deux passions dans la vie, l’enseignement et l’écriture, et je ne me vois pas sacrifier l’une à l’autre. Je n’ai pas du tout envie de ne faire qu’écrire, probablement parce que j’ai besoin d’avoir des joies et des désillusions professionnelles, d’échanger avec mes collègues et mes élèves, de ce bouillonnement de vie qu’est un lycée. Donc, je ne me pose pas la question de vivre de mes droits d’auteur. Par ailleurs, cela serait très aléatoire, et je ne veux pas que de la littérature dépende ma vie quotidienne, et surtout celle de ma famille:

MTG: On connaît (un peu) Jean Philippe Blondel l’écrivain, pouvez-vous nous parler de Jean-Philippe Blondel le lecteur ?

JPB:Je lis environ 80 romans par an, exclusivement des romans, très peu de science-fiction ou de policiers. Je lis environ la moitié de ces romans en anglais et l’autre en français. Il s’agit en très grande majorité de romans qui viennent de paraître ( et que je tiens à acheter, je reçois très peu de services de presse ou d’exemplaires envoyés par mes collègues), même si, depuis quelques temps, l’été souvent, je comble mes lacunes classiques.

MTG :Quel est votre dernier coup de coeur littéraire ?

JPB: Le Lydie Salvayre ( eh oui !). C’est ma fille cadette qui me l’a offert pour Noël et je trouve ce récrit à la fois vindicatif et jouissif, d’une grande liberté de ton. Vraiment, c’est un Goncourt enthousiasmant.

MTG: Modiano vient d’obtenir le Nobel pour l’ensemble de son oeuvre, que vous inspire cet écrivain?

JPB: C’est ma référence ultime, avec Proust. Il raconte toujours la même histoire et c’est pourtant à chaque fois différent. Quand un Modiano sort, je l’achète dans la journée et je le lis dans la nuit. C’est comme recevoir une lettre d’un ami.

MTG: Un hiver à Paris est maintenant dans les librairies, il y a 500 livres qui sortent lors de cette rentrée littéraire de janvier , que peut-on souhaiter à tous ces auteurs , y compris vous-même ?

JPB: La réponse aurait été très différente avant  le 7 janvier. Aujourd’hui, ce que je souhaite à tout le monde, c’est de vivre dans un monde apaisé et de tenir le coup. Honnêtement, avec ce qui est arrivé il y a 2 semaines, la rentrée littéraire est passée au second plan, et c’est tant mieux. Ce que je peux souhaiter à tous les auteurs, c’est de savoir entretenir la flamme de la fiction et de nous créer des espaces chaleureux, les romans, dans lesquels nous pourrons encore nous réfugier quand le chaos du monde nous blessera.

Un grand merci à Jean-Philippe Blondel à qui je souhaite le meilleur pour son nouveau roman.

blondel u hiver à Paris

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42 réflexions sur “Jean-Philippe BLONDEL : Interview à l’occasion de la sortie de son nouveau roman « Un hiver à Paris ».

    1. Alors l’objectif est atteint. En effet je ne suis pas journaliste ni critique mais j’espère quand même qu’ils lisent les auteurs avant de les interviewer. je n’ai pas encore lu Un Hiver à Paris mais je le commence demain !

  1. Merci pour cette interview!!! J’aime beaucoup ce qu’écrit Jean-Philippe Blondel, ça me touche à chaque fois, et c’est en effet facile de s’identifier à l’un ou l’autre de ses personnages. J’ai hâte de lire son dernier!

  2. malikou

    Oh chapeau Pat !!! Ca a du te faire un drôle d’effet de te voir accorder un entretien privé avec cet auteur !! D’une part parce que ce n’est pas ton métier (enfin je ne crois pas !!) et puis surtout parce que c’est un auteur que tu estimes beaucoup !!!
    Mes deux lectures de Blondel (Baby sitter et 6h41) ne m’ont fait aucun effet, pas désagréable mais vite lu et vite oublié en fait … ce n’était peut-être pas le bon moment pour moi !! Il a l’air fort sympathique par ailleurs et l’association à De Vigan que j’aime beaucoup me font y réfléchir …

    1. Non ce n’est pas mon métier…hi hi ! Je ne saurais dire pourquoi mais je l’associe à Delphine de Vigan. Ses histoires à elles dont certainement moins autobiographiques, excepté Rien ne s’oppose à la nuit bien entendu. Jean-Philippe Blondel est un point de repère dans la littérature de ma génération, j’y reviens toujours !

      1. Coucou
        J’ai commencé la lecture! C’est vrai que l’on s’identifie bien au personnage et l’écriture est très fluide. Si je n’avais pas mes moustiques, je pense que je l’aurais déjà fini.
        J’ai pris aussi 06H41.Je ne regrette pas!
        Emilie

            1. J’ai freiné des deux mains pour 6h41 sinon je le finissais hier soir, et j’en veux encore un peu pour ce soir, c’est un auteur-doudou, on aime bien s’endormir sur son épaule réconfortante !!! 😀

          1. Je viens à l’instant de terminer Un hiver à Paris. J’ai vraiment aimé! C’est fou comme on s’identifie. L’écriture est hyper fluide et l’auteur va au bout de ses personnages, sans en avoir l’air. Une belle lecture! Merci! Je n’aurai sans doute jamais « rencontrer » cet auteur sans ton billet. Je vais attaquer 6H41.

            1. Hé bien Emilie, si tu enchaînes 2 titres d’un coup, c’est que tu as vraiment accroché avec Blondel et j’en suis ravi ! Belles lectures alors !! 6h41 est mon titre préféré de Blondel à ce jour !

  3. Chouette interview ! Il manque dans ta liste Un minuscule inventaire (un de mes deux best de cet auteur : le premier étant Accès direct sur la plage. Les œuvres sont mineures pour moi, même Et rester vivant.). Bises

    1. Cela fait déjà 2 fois qu’on me parle du minuscule inventaire aujourd’hui…je vais le noter. J’accroche toujours plus avec les auteurs qu’on qualifie parfois de « mineurs »…les classiques me barbent bien souvent enfin pas tous et c’est souvent les auteurs mineurs qui m’y conduisent. Merci de ton passage ici !!

      1. non, en fait, je voulais dire que les autres œuvres de Jean-Philippe Blondel (j’ai oublié d’écrire l’adjectif « autres »… grave erreur, je le conçois, parce que ma phrase n’a plus le même sens) me paraissaient mineures par rapport à Accès direct à la plage et à Un minuscule inventaire (si tu ne le trouves, dis-le moi, je crois que je l’ai encore à la maison et je te l’enverrai volontiers). BIses

        1. Ha oui en effet…ça change le sens mais cela ne me choquait pas. Merci de ta proposition, j’ai encore 2 Blondel à lire sachant que je vais m’offrir le dernier, mais je m’en souviendrai ! Merci à toi 😀

  4. sous les galets

    Elle est extra ton interview et avec questions pertinentes et des réponses honnêtes. ce qui n’est pas toujours le cas (ni d’un côté ni de l’autre). #jdcjdr
    Donc, clairement tu me fais aimer Blondel en tant qu’homme. 1/ parce qu’il a la même pratique modianesque que moi 2/ parce qu’il achète ses livres et le revendique et punaise que ça fait du bien. 3/parce qu’il paraît humble mais sans fausse modestie.
    Sinon, tu sais que j’ai lu « Accès direct à la Plage » et « 6h41 », je me souviens beaucoup mieux du premier que j’ai lu pourtant bien avant le second. J’aime beaucoup ses thèmes à Blondel, sur les personnes un peu cassées, sur les traumatismes et sur sa manière de boucler ses histoires. Il a une manière très particulière de parler de la cruauté humaine cet auteur (en tous les cas sur les deux titres que j’ai lus), j’attends donc de voir les premiers retours sur ce livre pour décider si je m’y colle.
    Tu l’attaques quand toi ?

    1. Il me fait plaisir ton commentaire…et je suis d’accord sur le coté sincère, humble et avant tout humain du personnage ! Ecoute, je vais essayer de trouver le livre demain à Toulouse en occasion, c’est un peu court mais qui sait en 3 semaines chez Gibert parfois on en trouve, sinon je vais me l’offrir neuf…il pensera à moi quand il paiera ses impôts sur les droits d’auteurs comme ça…hi hi hi 😀
      Tu sais que moi aussi je me refuse aux partenariats, SP et compagnie…j’ai dit oui se suite à VTC pour Pardonnable Impardonnable car elle me l’a proposé personnellement avec une dédicace qui plus est mais c’est bien la seule fois où j’ai eu un livre gratos.
      A l’occasion, essaye « Et Rester vivant », je pense qu’il te plairait…

  5. J’ai tout à découvrir de cet auteur; je n’ai encore rien lu. La prochaine fois à la biblio je prendrai un de ces romans, en lisant les premières phrases je vois tout de suite si ça va me plaire ou pas.
    D’ailleurs un jour où j’étais aller à la biblio avec ‘idée de trouver un de ses romans, je me souvenais plus du nom et il s’est transformé en Philippe Claudel que j’ai adoré. Donc la prochaine fois il faut juste que je me trompe pas 🙂
    Cet interview donne vraiment envie de le lire.

  6. Belle interview Mtg, j’ai lu 2 de ces écrits et il, m’arrivera sûrement d’en lire d’autres. Jamais ouvert un seul livre de Modiano mais il me reste plein de beaux jours pour palier à ces lacunes.
    Bonne journée

    1. Hello. Hé bien figure-toi que mon prochain article est une chronique d’un livre de Modiano et c’était une première pour moi. J’ai beaucoup aimé et je n’arrive pas vraiment à comprendre pourquoi…
      Blondel m’accompagne depuis 2011 maintenant et c’est à chaque fois un grand plaisir !
      Merci de ton commentaire !

    1. 6h41, j’ai dévoré cette histoire , je l’ai lue 2 fois de suite. Céline je vais l’essayer cette année. Du coup, il te faut brancher Mister B sur un Blondel, c’est évidemment pas un grand classique mais c’est un auteur de notre génération qui est sincère et doué !
      Belle fin de semaine !

  7. Un homme sensible et vrai ! A travers les billets que j’ai lus de son dernier livre, j’ai ressenti la même émotion que dans « Et rester vivant », peut-être me trompé-je mais cette ITW me donne envie de le lire rapidement ! Et puis un homme qui aime Modiano et Proust ne peut être mauvais ! 😉 Bravo à toi, et merci à JPB pour ces confidences.

    1. Modiano j’ai testé et Proust…heu quand je serai bien vieux hi hi hi ! Je crois que demain je vais ramener le livre de Toulouse, en occasion si je trouve sinon je crois que je vais quand même craquer pour le neuf et j’en prendrai un autre en occasion 😀
      Et rester vivant a été ma rencontre avec Jean-Philippe Blondel, à l’époque du prix littéraire des hebdos en région , qui n’existe plus aujourd’hui. C’est avec 6h41 mon livre favori.
      Gros bisous !

  8. Petite insomnie 😦
    J’en profite pour venir te lire 🙂
    Comme toi, je m’identifie souvent aux personnages de Jean Philippe Blondel ( notamment pour ma part dans  » Contretemps  » et « un minuscule inventaire  »
    Bonne journée 🙂

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