La gaieté de Justine Lévy

justine

Merci à Asphodèle qui m’a offert ce livre que j’avais envie de lire tout de suite...

Il y a six ans, dans  Mauvaise  fille, Louise, le double littéraire de Justine , apprenait qu’elle était enceinte et que sa mère, Alice, allait mourir sous peu.

Aujourd’hui, dans La gaieté, Alice est morte et Louise a deux enfants, Angèle et Paul. Et Louise a décidé une fois pour toute d’arrêter d’être triste, de  ne pas se laisser gagner par la dépression et le poids du passé, pour ne pas transmettre à ses enfants le chagrin et les douleurs de l’hérédité familiale .

Dans ce nouveau roman, Justine Levy nous raconte sa manière d’être une mère de famille, une femme au coeur de sa propre famille, celle qu’elle a créée , envers et contre tout, sa famille à elle, celle qui la porte, son cocon, sa bulle de protection…

 » J’adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l’habitude et la routine, je me voue toute entière à mes enfants….ils m’empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu’eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse, peut-être, parce que je vois bien que ce n’est plus seulement de l’amour, ça, au fond,c’est de l’anéantissement ».

Cela faisait longtemps que j’attendais la suite de la vie de Louise, ayant adoré les trois premiers livres publiés par Justine Levy. Je n’ai pas été déçu, j’ai retrouvé un récit brut de décoffrage, à la fois léger et fort.

Justine Levy n’a pas son pareil, je crois, pour aborder des choses graves et lourdes avec autant de désinvolture,  d’honnêteté et de légèreté. Mais au delà, je la trouve vraiment drôle, son humour très particulier fait mouche à chaque chapitre. Beaucoup de dérision, d’auto-dérision, mais pas de méchanceté ou d’ironie.

 » J’ai toujours détesté l’ironie, j’ai toujours trouvé que ça puait la mort, que c’était le cercueil du rire. »

La gaieté est un livre qui est à la fois déculpabilisant  (en tant qu’enfant, que mère…), énervant parfois, jubilatoire le plus souvent et extrêmement touchant.

 » Il y a une photo idiote qui me fascine, on y voit Brad Pitt avec deux de ces enfants, un air cool et un biberon qui dépasse de la poche de son jean. évidemment, je sais qu’il y a trois nounous, hors champs, prêtes à bondir avec de la ouate hémostatique ou de l’arnica, mais quand même, cet air détendu, placide, ça fait combien de temps que je ne l’ai pas eu, moi, l’air détendu et placide? Même quand je fumais de l’herbe j’étais nerveuse, toujours  sur le  qui-vive, toujours à sursauter. Et puis mes enfants aussi ont une nounou, oui comme ceux de Brad Pitt, une vraie nounou, mais je me méfie encore plus de la nounou que  de moi, elle n’y est pour rien, elle est super, mais est-ce qu’elle s’est bien lavé les mains avant de stériliser le biberon? parce que si on a les mains dégueulasses autant ne pas stériliser du tout, hein, et je ne vois pas beaucoup baisser le niveau du savon, ni celui du gel antibactérien, je pourrais peut-être lui en toucher un mot, Corinne, vous vous lavez bien les mains chaque fois que vous rentrez à la maison n’est-ce-pas? »

C’est le portrait de Louise, qui lutte contre ses vieux démons pour être une bonne mère et tenter de vivre et d’avancer sans flancher, sans se retourner sans cesse sur l’enfance et le passé. Et justement, pour cela,  Justine y revient encore et encore sur ce passé, sur cette mère qui l’obsède, qui lui manquait quand elle était vivante   et qui lui manque maintenant qu’elle est morte.

Car le livre tourne encore une fois autour de cette relation mère fille tragique et comique à la fois. Et au final, le lecteur y trouvera aussi un témoignage d’amour pour cette mère irresponsable disparue,  et pour un père qui a toujours été là pour Louise et qui l’a toujours protégée et aimée.

La gaieté est un récit un peu foutraque, un peu bancal, souvent décousu, que certains trouveront peut-être impudique et au style simpliste…mais pas moi.

 » C’est providentiel d’avoir quelque chose à faire dans le désert du dimanche, je hais le dimanche, je le conchie et je l’insulte, moi, le dimanche et ses boulevards vides et ses écoles fermées et le désespoir de tous ces vivants qui errent dans les allées des cimetières,et ma tristesse qui se faufile dans les interstices de ma gaieté sur jouée… »

Un critique a dit un jour de l’un de des romans de Justine Levy, qu’il ne fallait pas trop le remuer car il était plein de larmes…je trouve que c’est très juste , et des larmes au rire il n’y a souvent qu’un pas.

 » On n’est pas une page blanche, même si j’aimerais bien, hein, une chouette page blanche sans ratures sur trois générations. Mais non, on porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. C’est ça qu’on explique aux enfants juifs et c’est ça que j’essaye de lui expliquer. D’accord, Angèle ne l’est pas vraiment juive. Elle l’est, a dit le rabbin avec qui on a fait Kippour l’année dernière, juste un quart. D’ailleurs, sur toutes les photos de son baptême chrétien, celui qu’a voulu Pablo, papa à l’air d’avoir avalé une hostie de travers et moi d’avoir bu tout le vin de la messe, mais j’ai toujours pensé qu’il fallait , pour faire bonne mesure, que je lui transmette quelque chose d’un peu casher de temps en temps. »

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38 réflexions sur “La gaieté de Justine Lévy

  1. Habituellement je fuis les romans dont les auteurs se confondent avec leur personnage. D’elle, j’avais feuilleté quelques chapitres de ses romans et l’écriture ne me tentait pas. Mais j’aime bien la personne. Je l’ai entendue plusieurs fois parler de ses romans, et elle est drôle et touchante. Malgré tout je ne suis pas sûre d’avoir envie de la lire. Mais il ne faut jamais dire jamais…. 😉

  2. sous les galets

    rho la la, qu’est ce qu’il est bien le dernier extrait !!! Je ne savais pas que Pablo était chrétien.

    Je te confirme j’ai vraiment envie de le lire, j’aime vraiment le ton qu’elle adopte et j’avais aimé Rien de grave. C’est chouette de te sentir touchée, d’autant plus chouette que franchement en tant qu’homme quadra tu n’es pas hyper dans la cible du lectorat de J-Levy. Mais, je crois que c’est le côté border-line de Justine qui te plait, et sa façon décomplexée de parler des choses.

    1. C’est drôle tu as écrit  » de te sentir touchée « …j’assume mon coté féminin, j’aime les auteurs féminins et les histoires qui souvent s’adressent plus aux femmes qu’aux hommes.

      Tu as tout dit, j’adoore le coté border-line de Justine Lévy, elle est tellement improbable et sincère et terriblement drôle…le dernier extrait, c’est de l’humour oecuménique en fait ! Maintenant va falloir attendre son divorce ou sa crise de la quarantaine ou la conversion de son papa à la confession musulmane pour pouvoir lire son prochain récit…zut !

  3. J’en ai lu aucun d’elle, mais pour son dernier roman elle a fait pas mal de promo et je l’ai trouvée géniale, drôle intelligente. Puis ton article, et les extraits choisis me donnent vraiment envie. C’est sûre elle est noté, mais vu ce que tu dis je vais les lire dans l’ordre de parution.

    1. Drôle oui elle l’est et tellement improbable étant donné son parcours et son milieu d’origine. les 4 romans autobiographiques correspondent à des étapes de sa vie mais ils peuvent être lus dans n’importe quel ordre, on s’y retrouve toujours. Belle lecture alors !

  4. Il est vraiment bien ton billet parce que très fidèle à tout ce qu’est La gaieté ! Les extraits sont notamment bien choisis.
    Bon moi tu sais déjà tout le bien que je pense de Justine Lévy, je la suis depuis Le rendez-vous et je guette chacun de ses nouveaux romans. J’aime tout chez elle, son auto-dérision, son intelligence, son amour paternel, ses failles dont elle parvient à rire et à nous faire rire, son regard sur sa mère, et maintenant ses névroses maternelles … elle me fait rire, elle me touche, elle m’intéresse, j’ai dévoré La gaieté, il est dans la continuité et l’exercice n’est pas si facile !

  5. Mince ! Il est dans ma liste d’envies, en attente du format poche.
    Mais maintenant que je lis ton billet, j’apprends l’avant Gaieté.
    Pense-tu qu’il faille passer obligatoirement par Mauvaise fille ou n’est-ce pas nécessaire ?

    Belle journée !

    1. Coucou. Non ce n’est pas nécessaire, il ne s’agit pas d’une suite mais disons que chacun des 4 livres correspond plus ou moins à une étape charnière de la vie de Justine. Mauvaise fille est en poche, c’est l’avantage…

    1. Bienvenue Quai des proses. Il ne faut pas s’attendre à de la grande littérature mais à quelque chose de vrai, de dense, de drôle, de fort. Peut-être pourrais tu essayer Mauvaise fille en poche pour débuter…c’est le livre juste avant la gaieté…

  6. Elle a pourtant tout pour me déplaire cette fille, avec ses névroses et son nombrilisme mais elle a aussi l’intelligence de transcender tout ça et c’est son côté touchant qui me séduit ! Elle écrit relativement bien en plus et comme j’avais beaucoup aimé « rien de grave », je me laisserais certainement tenter par celui-ci ! J’aime aussi son humour casher !!! 😆

    1. Oui elle manie l’humour et l’auto-dérision de main de maître. Ces écrits sont assez ébouriffants. La Gaieté est moins corrosif que rien de grave, petit à petit , elle trouve le chemin en quelque sorte. A essayer !!

      1. Je pense en effet que je préfère de loin l’être humain qui se cache derrière cette fille que l’auteure. Dans Rien de grave, elle savait rire d’elle même, raconter ses mésaventures sans se lamenter. Dans Mauvaise fille, aucun humour et que de lamentations. Je ne suis pas non plus super sensible à sa prose.

        1. La prose est basique mais sincère…tu es dure pour mauvaise fille…des lamentations oui mais de l’humour quand même…ceci dit s’il n’y avait pas Justine dernière Louise, ce ne serait pas faux ! Bon week-end Philisine, profite du beau temps !! (ha mince non, tu es à Lille…aië j’aggrave mon cas là non ?? 😀 😀 😀

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