Ailleurs…

avion en volQuand je vois un avion lancé à 800 km par heure et voguant à 10000 mètres d’altitude, je me demande vers quel ailleurs il achemine ses passagers avec autant d’aplomb. Les possibilités d’ailleurs sont infinies. On rêve tous d’un ailleurs à un moment ou un autre.

Peut être un homme fuit-il son passé, un drame familial ou un amour impossible et il se dit qu’ailleurs il prendra un nouveau départ, sans jamais se retourner ni rien regretter. Mais partir à l’autre bout de la France ou du monde pour éliminer un chagrin d’amour ou la perte d’un frère ne suffit pas : si c’était le cas il faudrait réserver ses places vingt ans à l’avance et les aiguilleurs du ciel seraient alors  les maîtres de l’horloge du monde.

Peut être une femme va revoir sa famille, si loin géographiquement et si proche dans son cœur: elle est à la recherche de la source.

Peut-être une autre  femme  accompagne  sa mère pour son avant dernier voyage vers l’ailleurs de sa jeunesse, celui là même qui lui a procuré les plus beaux moments de sa vie.

Peut être des  hommes d’affaires blasés qui ne prennent même plus le temps de jeter un œil à travers le hublot pour assister au spectacle éternellement renouvelé du vol au dessus des nuages, au dessus des plus hautes montagnes, courent vers un nouveau business triste.

Voilà à quoi je pense lorsque je vois une trace de poudre blanche violer l’azur au dessus de moi. Aux passagers qui sont dans l’avion.

Simone de Beauvoir qui fit plusieurs fois des traversées de l’Atlantique (encore risquées à son époque) pour rejoindre l’homme de sa vie (pas Sartre qui fut l’amour de sa vie, son double spirituel, sa moitié intellectuelle et humaine, mais Nelson Algren) écrivit ceci à propos des voyages en avion et de cet amour à distance : « l’avion est le seul mode de transport qui s’harmonise avec l’état du cœur : l’avion, l’amour, le ciel, la tristesse et l’espoir forment un tout ».

Je ne sais pas vers quoi voguaient les passagers du vol Barcelone Dusseldorf qui s’est abîmé dans les alpes. Je ne sais pas pourquoi je suis plus sensible à ces morts là qu’a d’autres, moins médiatisées, plus pernicieuses encore. Peut-être simplement parce que je prends souvent l’avion et que forcément l’inconscient travaille. Peut-être parce que le voyage en avion est pour moi associé au loisir, au plaisir, à l’amour aussi. Peut-être aussi parce que la veille du crash  j’étais moi aussi dans un A 320.

Peut-être parce que survoler la mer, l’océan, voir les côtes d’en haut, les montagnes de profil, reste un spectacle dont je ne me lasse pas. Bien entendu, je somnole souvent en avion mais parfois je reste collé au hublot…comme il y a deux ans, avec l’arrivée sur Ajaccio, les Sanguinaires à droite, le maquis à gauche et pour finir la piste qui regarde l’immensité de la méditerranée, dans un dernier virage de rêve avant la grande bleue…

Prendre l’avion, c’est s’en remettre totalement à l’homme et à la machine. Quand le pilote met les gaz sur le tarmac, c’est terminé, le passager n’a plus aucune prise sur la machine ni sur les hommes qui la maîtrisent. En voiture on a l’illusion de  pouvoir gérer la situation. En train, le conducteur est seul, mais s’il a un malaise ou s’il pète un plomb, le train va s’arrête automatiquement. On n’arrête pas un avion en vol…on va au bout du vol…ou pas.

Les passagers du Vol Barcelone Dusseldorf n’ont pas rejoint leur ailleurs, pas plus que ceux du Malabar Princess qui n’ont jamais passé la barre du massif du Mont-Blanc…le destin est ainsi, il est souvent cruel, il faut avoir une malchance crasse pour se retrouver dans un crash aérien, les statistiques ne mentent pas dans ce domaine, si je ne me trompe pas, on compte 5 crash par an  pour 30 millions de vols dans le monde.

On y pense et puis on oublie, on s’envole vers un nouvel ailleurs, mais de toute manière, il est  forcément  illusoire puisqu’il n’y a pas d’ailleurs…

Tant de jours
De nuits trop brèves
Ces soupirs
Que tu achèves
Sans y croire, dérisoire

Tu voudrais
D’un autre monde
Je te sens
La proie d’une ombre
Illusoire, il faut me croire

 

Il n’y a pas d’ailleurs
Il n’y a pas d’ailleurs
Tu sais que ta vie, c’est ici
Il n’y a pas d’ailleurs
Il n’y a pas d’ailleurs
Tu sais que ta vie
C’est la mienne aussi

 

Pour renaître
De tes cendres
Il te faudra
Réapprendre
Aimer vivre, rester libre

Délaisser
Tes amertumes
Te frayer
Jusqu’à la lune
Un passage, il me faut me croire

 

Il n’y a pas d’ailleurs
Il n’y a pas d’ailleurs
Tu sais que ta vie, c’est ici
Il n’y a pas d’ailleurs
Il n’y a pas d’ailleurs
Tu sais que ta vie
C’est la mienne aussi

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28 réflexions sur “Ailleurs…

  1. En voyant deux traces blanches dégazées par des avions, dans le ciel dégagé d’hier, ma fille m’ a dit « On dirait des étoiles filantes dans la nuit »! J’ai trouvé ça joli et ca m’a fait pensé à ce billet!

      1. En lisant ta réponse, je me suis rendue compte qu’elle n’avait jamais vu d’étoiles filantes😳Bin elle est encore petite pour les nuits à la belle étoile…mais pour le coup, je sais pas d’où ça vient!Sinon ca m’a fait penser aux destins qui défilent…

  2. sous les galets

    Il est très beau ton texte…avant je voyais l’avion comme toi et Mme de Beauvoire et depuis, j’ai eu peur de me cracher, donc je ne monte plus dedans…mais tout est vrai dans ce que tu dis.
    Bravo bravo

    1. Bizarre le peur en avion…j’ai eu ma période et j’étais vraiment flippé et top désagréable avec tout le monde dans ces cas-là et puis c’est passé, totalement…mais je n’ai jamais eu à faire à une situation stressante en avion comme de grosses turbulences ou une série d’atterrissage décollage comme ça peut arriver lorsque les conditions sont mauvaises.
      Pour le reste, l’avion est vraiment propice à la rêverie et à la réflexion…

  3. fab

    la peur de l’avion de nos jours un peu dépassé tant la, technicité,et,les procédures sont venues renforcées (…) le sentiment de securité d’un monde ultra sécurisé … mais qui ne concerne comme nous le rapelle Michel Serres que moins d’un dixième de la planète … Un dixième de la planète parcourt tous les jours un tour du monde en avion … cela donne rapidemment le vertige , et la véritable insécurité ne vient elle pas de là au fond ! cet équilibre qui ne peut en être un , qui peut expliquer le désespoir d’un homme en quête de sens ( ou plutôt en perte ) , sans justifier toutefois le meurtrier qu’il devient alors . Quant aux amoureux , c’est tout ce qui les sépare qui fait barrage à leur quête de fusion qui les met en péril , en tension et en situation de désir aussi !!! la quête de sens opposée à la quête du désir …tant d’histoires qui se rencontrent , se heurtent!

    1. Pffiou…ça vole haut si je peux me permettre…et ça fait du bien aussi ce genre de commentaire. Oui l’avion et la peur de l’avion c’est une préoccupation de nanti et en effet le vrai problème global est bien celui dont tu parles enfin si j’ai bien compris ta pensée. Disons que le crash d’un avion est parfait pour un JT, la faim en Afrique ne passe pas , c’est pas vendeur an milieu de la poire et du fromage…c’est ainsi ! Bises !!

  4. Tu aimes bien te raconter des histoires, moi aussi.( j’aime pas les gens blasés!)
    Y a pas que la vue d’un avion qui fait ça, il suffit de croiser des voitures, de voir des gens à travers les rideaux….
    J’ai pas du tout peur en avion, mais en voiture si (surtout quand c’est moi au volant 🙂 )
    Pour garder ma bonne humeur je n’écoute pas la chanson; Mylène Je ne peux pas;

    1. Il n’y a que l’avion qui me fait cet effet…la voiture pas du tout, le train non plus et le bateau je l’ai rarement pris à vrai dire. Mylène a fait des chansons gaies aussi (parfois elle est malade…) ou disons qu’elle fait des chansons très dansantes et gaies musicalement (pas celle-ci c’est vrai) avec des textes très noirs…mais bon on aime ou pas !! 😀

  5. Je me pose les mêmes questions quand je vois les voyageurs dans les aéroports
    c’est étrange , je prépare un voyage transatlantique et je repense à cet amour entre Nelson et Simone
    et en même temps , les images de Serdan dont la mort en avion a anéanti Edith Piaf
    tant de tragédies
    tant de drames
    Je n’ai pas peur en avion , comme tu le dis , on s’en remet aux hommes et aux machines
    joli billet MTG
    bises

    1. Ha oui , le récit de ces voyages par Simone de Beauvoir est très émouvant je trouve. Aujourd’hui, traverser l’ Atlantique en avion est devenu très banal mais à l’époque, les avions tombaient régulièrement. Le voyage en avion a quelque chose de romanesque et de fort ! Tu vas aux States ?? Profite alors !! Bises et belle semaine !!

    1. Les commentaires dont le tien me montrent que je suis passé à coté de cet article. Je ne voulais pas parler de ce crash ni rajouter dans la peur ou faire un hommage…mais bon parfois les mots mènent ailleurs justement… Les prochains articles seront beaucoup plus gais (enfin au moins 3 sur les 4 prochains :D).
      Bises pascales Phili !

  6. Un bien bel hommage!
    Chacun d’entre nous a été bouleversé par cette incroyable histoire.
    Mais on continuera à prendre l’avion comme si de (presque) rien n’était …
    Pour ton info, il existe une application pour smartphone qui permet de répondre partiellement aux questions que tu te poses: SkySpy free
    J’en avais parlé dans un billet du 13 mars 2012.

    1. Je crois savoir ce dont il s’agit…on peut voir les destinations en temps réel de tous les avions…
      Bien sûr qu’on prendra l’avion sans y penser ou presque…on est obligé de maîtriser la peur pour avancer de toute manière…

  7. Magnifique, le thème de l’ailleurs…on se rejoint un peu sur ce coup-là, si tu m’as lue…mais je parle d’un autre moyen de transports…
    Pour ce qui est de l’avion, c’est vrai, ça fait peur, et pourtant mathématiquement, c’est un moyen de transport bien plus sûr que la bagnole.
    Bises célestes
    ¸¸.•*¨*• ☆

    PS tiens, j’ai pensé à toi en lisant ça (mais tu es sûrement au courant)
    http://www.virginradio.fr/quand-katy-perry-donne-son-numero-sans-le-vouloir-a397284.html

  8. Coucou Mind 🙂
    Très beau texte sur l’ailleurs …
     » les aiguilleurs du ciel seraient alors les maîtres de l’horloge du monde »
    Du coup je fredonne Higelin et pas Mylène Farmer , tu me pardonneras 🙂

  9. Hé bien, ça t’inspire les crash !!! Un très joli texte et une réflexion que je me fais souvent en voyant les sillons blancs dans le ciel « où vont-ils » ? Contrairement à toi, je pense qu’il était moins dangereux de prendre l’avion dans les années 60 que maintenant… question sécurité, je n’ai plus du tout confiance dans la maintenance ni dans les critères d’embauche des pilotes de certaines compagnies…Mais bon, l’avion reste quand même le plus sûr moyen de transport. Même si, quand tu as fait 15 ou 16 fois Nouméa-Paris en 8 ans (soit entre 23 et 30 heures de vol à chaque fois), on idéalise un peu moins… Mais j’ai toujours aimé les décollages et les atterrissages et cette sensation de n’être « nulle part » quand on plane à 10 000 mètres au-dessus de la terre ! Quant à l’ailleurs… il n’est pas qu’illusion, il est réel mais tout dépend comment on aborde à son rivage… Bon week-end Poussin de Pâques !!! 😀

    1. Tu as tort pour la sécurité, plus on avance en temps et moins il y a de Crash. Là il y a une série noire depuis qq mois mais bon, l’avion qui s’est fait descendre par un missile , c’est autre chose!
      OMG 25 heures d’avion je deviendrais fou je crois mais à petite dose sur 2 heures ça me plait…il y a toujours un moment de grâce au dessus des nuages. Ce que j’aime c’est voir un autre avion un peu plus loin (pas trop de prêt si possible hein…) un croisement au dessus des nuages en somme mais c’est rare…
      T’es pas d’accord avec Mylène Farmer alors pour l’ailleurs…hé hé !
      Bises et bon week-end, je vais attaquer mon lapin de pâques hé hé 😀

  10. L’ailleurs n’est que pensées ou rêves… Où que l’on aille le cœur et le cerveau nous accompagnent, impossible donc de fuir…
    L’avion… J’adore prendre l’avion… J’aime le salon du Bourget, juste pour les démonstrations en vol qui me font frissonner jusqu’à m’arracher quelques larmes parfois…
    Le destin est ainsi fait, il n’y a pas de hasard… Les plus malheureux dans ce crash sont ceux qui restent, doivent vaincre leur tristesse et l’injustice… Parce-que c’est dégueulasse d’enlever aux familles leur père, mère, frères, sœurs, enfants…

  11. Prendre l’avion me terrifie à chaque fois! Je frôle l’arrêt cardiaque au décollage, surtout.Pendant le vol, je n’arrive pas à oublier où je suis!
    Tres beau texte Mind The Gap qui nous permet de voyager dans tes pensées.

    1. J’ai eu une période de peur en avion également mais aujourd’hui elle est totalement révolue. Il y a je crois à la fois une fascination et une peur, au moins inconscientes pour le voyage en avion…

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