Le coeur du Pélican de Cécile COULON

pelicanAnthime, surnommé Le Pélican  est un ancien coureur, à la fois  gloire et star  régionale au moment de son adolescence, qui a dû arrêter la compétition lorsque ses tendons rendirent l’âme. Le Pélican a dû aussi  faire une croix sur son amour pour Béatrice.Le temps a passé. Anthime a aujourd’hui plus de 40 ans, un boulot nase, un pavillon de banlieue moche  avec la terrasse et les deux enfants qui vont bien avec (même si Anthime  a  au demeurant une forte complicité en tant que Père) et une femme qu’il n’aime pas, Johana.

 » Elle faisait partie de ces gens qui avaient très tôt centré leurs talents sur les objets, des lieux, des surfaces initialement dépourvus d’originalité…un moyen comme un autre de rendre leur vie meilleure; elle préférait les murs , les étoffes , les cadres, elle donnait du souffle à des choses qui n’en possédaient pas. Les êtres humains, prisonniers de leurs mystères intérieurs, étaient déjà trop pleins de mensonges, d’idées, de fantasmes pour qu’elle pût raboter, réduire, poncer les parois de leur caractère, arrondir les angles de leur chair, effacer les traces des erreurs commises comme on prépare un appartement vide à la venue de ses nouveaux locataires ».

Anthime s’est laissé dériver…

 » Tu ne courras plus jamais, alors autant te faire plaisir et boucher tes artères. Quand tu étais  fin, musculeux, Béatrice posait son oreille directement sur ton coeur. Aujourd’hui, Johanna n’entend pas : tu as tout recouvert de graisse, ça protège ton coeur, ça lui évite d’avoir mal, les mots rebondissent contre les bourrelets. Dans quelque temps, tu auras plus de poitrine que ta femme. Continue, mon gars, continue comme ça. Protège-toi. ».

Oui mais Anthime est fier, dur, apte au sacrifice et lucide. Aidé par sa soeur, Héléna, à qui il voue un amour fusionnel, Le Pélican va reprendre du service…

« Je n’ai rien vu venir. Vous pouvez penser ce garçon crache dans la soupe, il est tombé alors il accuse les autres, je m’en fous, je n’ouvre jamais la bouche, alors quand je parle je dis la vérité, ou quelque chose qui s’en approche. De toute façon, la vérité n’intéresse personne. Les gens veulent du spectacle, des drames et des révélations, peu importe que l’histoire soit vraie, il faut qu’elle paraisse incroyable. Et je ne suis pas un garçon extraordinaire. Mes jambes, en revanche le sont. Ou du moins elles l’étaient ».

Le Coeur du Pélican est le quatrième roman de Cécile Coulon (auteur notamment  Du rire du Grand blessé et du Roi n’a pas sommeil) que je lis. C’est une auteur que j’apprécie et j’ai aimé ses précédents récits, mais il m’a souvent manqué  le petit quelque chose , le déclic qui transforme le plaisir en coup de coeur. Et bien, avec Le coeur du Pélican, c’est chose faite. J’ai adoré cette histoire que Cécile a écrite l’année dernière , en seulement deux mois, sur les causses du Lot.

L’histoire est hyper bien construite, les personnages sont fouillés, je les trouve tous enfermés dans une solitude assez effrayante, pas seulement Anthime.

Le style est noir, comme toujours et peut être encore plus…je n’ai pas le souvenir d’avoir ne serait-ce qu’une fois souris  dans un livre de Cécile Coulon…ceux qui aiment le joyeux peuvent passer leur chemin.

Les mots sont puissants, crus souvent, dérangeants parfois…mais toujours pesants…comme ici :  » Personne ne peut sauver personne, les gens doivent s’extirper d’eux-mêmes, sans attendre qu’une main vienne fouiller en eux pour en sortir le meilleur »…ou là, lorsque Cécile Coulon parle de la mort de Brice, l’ancien entraîneur d’ Anthime  » Mort d’alcool, de solitude et de médicaments . Brice n’étais pas du genre à garder des liasses de billets sous son matelas : il mourut aussi nu qu’un lapin qu’on balance dans une casserole. De toute façon, les lauriers, c’est meilleur sur la viande que sur la tête d’un homme. Brice avait quitté ce monde comme il était venu : discrètement et sans vêtements ».

Le Coeur du Pélican est aussi une belle parabole sur le succès, la gloire, le dépassement de soi et le mensonge , surtout celui que l’on se fait à soi-même. C’est un livre qui terrifie en nous crachant au visage nos propres peurs.

 » Et les autres, avec leurs sourires pourris de dents jaunes et de caries , m’ont persuadé que j’étais le roi du pétrole. Tu parles d’un empire. Je me suis tué à me faire aimer, et après je me suis tué à aimer une femme qui n’est plus là ».

 » La beauté est un mensonge, un mensonge qui vous dépasse , qui vous écrase, qui vous bouffe et ça vous plaît, vous en redemandez encore et encore , jusqu’à l’indigestion ».

Je vous invite à vous lancer dans la course folle de ce Pélican et à souffrir avec lui depuis votre place confortable de lecteur. Le Coeur du Pélican est un vrai coup de coeur  en ce qui me concerne et Cécile Coulon (qui pratique par ailleurs  la course…et l’art de la vanne sur FB même si cela n’ a rien à voir…) m’apparaît   ici comme une sprinteuse des maux de l’être humain…logo coup de couer

Pour en savoir plus , je vous conseille de lire cette interview, publiée sur le blog de Philisine et réalisée par Valérie blogueuse itinérante  et ses élèves  de lycée  (qui ont de la chance de pouvoir travailler sur  des romans actuels…) : Ici

 

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44 réflexions sur “Le coeur du Pélican de Cécile COULON

  1. Tu nous fais toujours de belles critiques bien approfondies. J’aime bien ces histoires de personnages qui partent à la dérive et qui nous «crachent au visage nos propres peurs »… C’est fort, c’est humain et ça pue la vraie vie… Quel beau billet!

  2. valmleslivres

    Je tiens à te signaler qu’une force intersidérale m’empêche de commenter chez toi, sous un billet qui en plus me tiens très à coeur.
    Comme je suis limite têtue, je retente.
    Merci pour le lien vers notre interview. Maintenant que je connais Cécile, il m’est difficile de chroniquer son roman. Je suis donc ravie que tu dises tout le bien que je pense de sa plume. Je préciserais aussi que non seulement elle écrit bien, mais c’est une très bonne oratrice qui sait captiver son auditoire, jeune ou moins jeune (oui, je parle de moi, là).
    Et je ne parlerai pas de sa personnalité car là, mon enthousiasme va m’emporter trop loin.

    1. Je pense que Cécile sait être généreuse pour ses lecteurs sans en avoir l’air, elle a sûrement compris que les lecteurs étaient en attente d’échanges avec le public, alors que d’autres auteurs considèrent que tout est dans leur livre et basta. Et on le retrouve sur con compte FB…certains auteurs s’en servent uniquement pour la promo de leurs livres, Cécile aussi, elle a besoin de vendre ses livres comme les autres, mais elle va bien au delà. Et je crois en plus qu’elle sait très bien se protéger du système…comme elle l’a dit dans LGL, le rêve d’Icare est possible mais il faut savoir ne pas chercher à aller trop haut.
      La vraie question Valérie, maintenant que tu connais davantage Cécile et que apprécies ses livres est celle ci : si tu trouvais son prochain roman mauvais, est-ce que tu pourrais le chroniquer en ce sens?? Si oui alors je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas faire une chronique positive de son Pélican. Personnellement, cela ne m’a jamais intéressé de parler de livres que j’ai trouvés nases…je n’ai jamais parlé de David Vann, ni du dernier roman d’ Agnès Ledig , ni de plein d’autres sur le blog…sur FB en discussions de café de commerce, enfin sur FB, oui mais sur un blog non…pour moi c’est faire partager ce qu’on a aimé, et pas ce qu’on a détesté.

      1. valmleslivres

        Je réponds très clairement à ta question par un non. C’est la première fois que je développe des liens qui sont proches d’une amitié avec un auteur, et ça me conforte dans l’idée qu’on ne peut pas se fier aux avis des blogueurs qui ont tissé des liens trop étroits avec un auteur. Comment séparer l’affectif du reste?
        Quand j’avais un blog, j’avais tendance à penser qu’il faut aussi parler de ce qu’on n’aime pas, pour éviter que certains romans ne donnent lieu qu’à des critiques positives alors que de nombreux lecteurs ne l’ont pas aimé. Depuis que je n’en ai plus, je ne parle des romans que je n’aime pas que s’ils sont très récents.

        1. Oui je comprends, en fait tu as un passé (qui deviendra à nouveau présent peut être un jour…) de blogueuse littéraire. Ce n’est pas vraiment mon cas, les livres ne représentaient qu’un article sur 3 et maintenant c’est un sur 4…tout part en vrille, je te le dis…du coup parler de ce que je n’aime pas ne m’intéresse pas…
          Juste une question hyper personnelle et indiscrète vis à vis de Cécile Coulon : sais-tu si vraiment elle consomme autant de Maltesers and co qu’elle semble le dire ?? Je sais c’est intime mais bon j’aimerais savoir et d’ailleurs, les français aimeraient savoir 😀 😀 😀

          1. valmleslivres

            Ah ah, je ne l’ai pas encore vue manger en fait (mais ce sera le cas ce soir si tout va bien, je surveillerai mais je ne pense pas que les maltesers soient au programme). Il faut dire que pour l’instant, nous nous sommes vues à la piscine et devant les élèves, ce n’est pas vraiment l’idéal pour manger des Maltesers. Affaire à suivre…

              1. ccoulon

                je viens mettre mon grain de sel : je partage le point de vue de valérie par rapport aux liens affectifs qui empêchent un critique objective publique, ceux qui arrivent à faire la part des choses sont très très peu nombreux ;), en ce qui concerne la bouffe, on m’appelle « le ventre », ça veut tout dire….

                1. Oui je comprends , pas évident de mélanger la vérité et les sentiments de toute manière. Je n’ai pas de liens affectifs avec les auteurs, je veux dire en dehors des quelques rapides échanges par le blog et FB et du coup je peux dire quand j’aime pas ou que je suis moins convaincu.
                  Pour la bouffe ben voilà, j’ai la réponse que la France se posait : Pourquoi Cécile Coulon pratique la course…ou plus généralement, pourquoi courir ?? Ben parce que  » le ventre »… 😀 😀 😀 !

    1. Oui enfin pas tant que ça…si tu aimes les histoires tranquilles qui finissent avec un beau happy-end, le livre risque de ne pas te plaire. Mais il y a plus noir encore…je pense à Albert Cohen (que j’adore) ou à Paul Auster (que je viens de découvrir) pour les classiques. Sa noirceur peut te toucher car elle n’est pas juste romanesque…elle est aussi celle des lecteurs. Toi qui aimes la poésie, je ne sais si tu es sur FB, si oui, suis Cécile Coulon, elle poste pas mal de poèmes , noirs…et tu auras un aperçu de sa prose. Et pour le rire, elle mets aussi des tas de vannes Carambar, parfois nases , parfois hilarantes, parfois trash…
      Après tout ça, si ça va, tu lis le Pélican…hi hi hi 😀
      Bisous miss !!

  3. En général tes coups de coeur me touchent aussi mais j’ai vraiment été déçue par Le rire du grand blessé alors je n’en fais pas une priorité mais je le lirai, c’est sûr ! 😉

    1. Pour le rire du grand blessé, ne connaissant pas vraiment les livres qui ont parlé de la même chose, je n’ai pas été gêné mais ce n’est pas celui que j’ai préféré. Mais le Pélican il faut le lire et je regrette maintenant d’avoir revendu le doublon, puisque je l’avais en double…

  4. J’aime les lectures qui font réfléchir et j’imagine aisément qu’avec le Pélican mon cerveau travaillerait beaucoup au vu de mon caractère et de ma vie…
    Je vais l’ajouter à ma liste d’envies qui avait un peu diminué suite à mes derniers achats lol…
    Pour l’instant j’ai le nez dans « la lettre à Helga » de Bergsveinn Birgisson
    Merci pour le partage Mind, mes lectures sont bien plus agréables depuis que je me fie aux avis sur les blogs…
    Belle journée ensoleillée 🙂

    1. Coucou Val. J’attendais beaucoup de la lettre à Helga et je dois dire que j’ai été plutôt déçu…
      J’aime lire les avis sur les blogs aussi mais je ne m’y fie pas forcément…après quand tu connais assez les personnes qui rédigent les chroniques, tu fini par savoir si le livre risque de te plaire ou non…
      Le Pélican fonctionne et si tu ne connais pas Cécile Coulon, je pense que c’est un bon livre pour la découvrir…
      Bises aussi et oui il fait grand beau partout on dirait 😀 😀

  5. Philisine Cave

    Les citations que tu donnes montrent un sens indéniable de la formule et de le répartie : elle est franche quand elle écrit. Je l’emprunterai à la biblio si je le trouve. Ziboux

    1. En répartie elle est en effet forte…c’est indéniable. Tu trouveras sûrement le livre en biblio ou en occasion via le net en attendant la sortie en poche. Vraiment c’est un livre où tu ne t’ennuieras pas, enfin je ne me suis pas ennuyé mais chaque lecteur est différent. Grâce à l’interview de Cécile Coulon par Val sur ton site, j’ai été étonné que l’auteur touche seulement 1.20€ par livre vendu…c’est pas le bon plan pour être riche écrivain…Warf. Mais comme le dit Cécile, c’est les ventes en poche ensuite qui permettent de vivre…
      Merci de ta visite Phili ! A très vite et gros bisous !

    1. Il me semblait Cécile…je ne suis pas expert en Coulon mais je me souviens de votre premier passage à La Grande Librairie !
      Moi c’est votre livre qui m’a fait plaisir en tant que lecteur, alors pas de raison de bouder mon plaisir en le chroniquant !!

  6. Hello Mindounet
    Pas le temps de lire 😳
    J’ose pas dire que je repasserai… 😳
    Je me disais ces jours, tiens Mindounet ne fait plus de billet de lecture 😆
    Gros bisous

    1. Je ne pense pas que ce livre te plairait.
      Si je fais encore des billets de lecture mais moins…seulement pour les livres que j’aie vraiment aimés…par contre je lis toujours autant !!
      Bises et belle journée

  7. sous les galets

    eh ben dis donc mon MTG!! Entre Val qui ne tarît pas d’éloges sur Cécile Coulon et toi qui me fait un coup de coeur du Pélican, je crois bien que je n’ai pas beaucoup le choix, je vais devoir le lire, parce que moi (contrairement à vous) je cours (j’aurais d’ailleurs aimé que tu présentes un extrait de course quand même).
    Les extraits que tu as mis sont vraiment très tentants (surtout celui sur l’entraîneur), pourtant je peux te dire que je suis moyennement cliente du noir et du désabusé (et dire que tu n’as pas souri une seule fois me fait quand même un peu fort), mais là, que veux-tu, je note quand même car je suis faible avec mes amis blogueurs.

    1. Hé hé Galinette…je vais pinailler sur les mots : noir oui…mais désabusé non enfin je ne trouve pas. Il te parlera d’autant plus que tu cours, comme Cécile d’ailleurs. je n’ai pas mis d’extraits de course parce que c’est la parie qui m’a le moins parlée . Mais le Coeur du Pélican est un vrai coup de coup, tout simplement, ce qui n’était pas le cas pour ses autres romans même si tu te doutes bien que si j’en suis à 4 livres en un an et demi, c’est que j’aime sa prose ! L’interview de Val enfin des élèves de Val est vraiment bien…

  8. Coucou Mind

    Whaou pour les extraits que tu cites 🙂
    J’avais déjà noté cette auteure chez toi , je souligne et je viens de réserver  » méfiez vous des enfants sages  » sur le site de la bibli 🙂

    1. Val, c’est le premier que j’ai lu. Il te donnera un aperçu de son univers, je crois qu’elle l’a publié à 19 ans si je ne dis pas de bêtises ! Tu me diras quand tu auras lu !! C’est une auteur actuelle qui monte qui monte qui monte…
      Belle journée et je t’embrasse !

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