Une dernière chose avant de partir de Jonathan Tropper

tropperJonathan Tropper fut l’objet de ma toute première chronique littéraire en juillet 2011 avec son roman C’est ici que l’on se quitte. Puis j’ai lu Le livre de Joe et puis plus rien jusqu’à ces derniers jours. Parfois on ne sait pas pourquoi on s’écarte d’un auteur qu’on aime mais on finit toujours par y revenir…

Silver est une ancienne rock star, divorcé, fâché avec sa fille, sans argent et désabusé. Il vit dans une résidence pour célibataires en compagnie de deux autres losers, Jack et Oliver. Un jour, il apprend que son ex femme, Denise, va se remarier , que sa fille Casey vient de tomber enceinte au terme de son premier rapport sexuel. Et surtout, Silver découvre qu’il doit subir une opération cardiaque  faute de quoi il mourra rapidement. Ayant encore un sursaut de fierté, Silver ambitionne d’être un meilleur père, de devenir adulte et aimerait pouvoir  tomber amoureux. Il décide donc de ne pas se faire opérer au grand dam de sa fille et de ses parents, notamment son père Ruben, rabbin de son état et Elaine, mère digne et aimante…

Ainsi commence l’histoire d’ Une dernière chose avant de partir.

Au  départ, c’est un livre sur la famille ou plutôt sur les liens familiaux déstructurés et déstructurants. L’auteur tape fort sur cette satanée famille, ne respecte pas grand chose . Son humour est féroce et toute la première partie du récit est vraiment hilarante, un petit bijou d’humour  décalé voire osé. On se croirait dans une comédie anglaise.

Jonathan Tropper n’a pas son pareil pour créer des personnages qui sont des anti-héros, des ratés attachants et humains, que la vie n’a pas épargné et qui ont semé le chaos partout où ils sont passés.

Au fur et à mesure que le récit avance, on rit de plus en plus jaune jusqu’au moment où l’émotion remplace la dérision. On ne s’en rend pas compte mais Tropper arrive à nous faire aimer ses personnages comme s’ils étaient de notre propre famille…enfin plus que s’ils étaient de notre propre famille…puisqu’il s’agit de personnages romanesques.

Silver nous amène à réfléchir sur nos propres parcours, nos défaillances et nos doutes, notre culpabilité vis à vis des êtres qui nous sont chers.

Au niveau des 2/3 du récit, j’ai déploré quelques longueurs et des tours en ronds de cercles qui ralentissent un peu l’affaire. Mais à la fin, comme dans les précédents romans de Jonathan Tropper, j’ai senti mes yeux se mouiller à l’idée de quitter cette galerie de personnages terriblement humains. Décidément , j’aime les histoires qui parlent d’êtres qui passent à côté de leur vie, jusqu’au moment où…

Et en plus, la fin d’ Une dernière chose avant de partir est ouverte…comme je les aime, je ne suis pas adepte des happy-end totalement  béats de béatitudes ,à l’américaine, pourtant patrie de Mister Tropper.

Assez de blablas…place aux extraits de ce roman que je vous conseille!

 » Quand on vit seul, on a tout le temps de réfléchir , on en parvient pas forcément à des conclusions, car la sagesse repose avant tout sur l’intelligence et  la conscience de soi et non sur un trop plein de temps libre dont on ne sait que faire. En revanche on devient très fort dans l’art de s’empêtrer dans les méandres du désespoir en moitié moins de temps qu’il n’en faudrait à une personne normale ».

 » La famille s’est réunie dans une salle d’attente….Ruby, la perfection d’épouse de sa perfection de frère est arrivée et entoure Elaine comme s’il y avait un héritage en jeu. Silver s’en veut d’une pensée si peu généreuse, Ruby ne lui a jamais témoigné que de la gentillesse et elle n’y est pour rien si, à ses yeux la gentillesse n’est rien d’autre qu’une variété de poison ».

 » Le truc, et Silver le sait, c’est que lorsqu’on vous tend une glace ou une main, on les accepte. Denise ne déroge pas à la règle et se fend d’un sourire distrait en donnant un premier coup de langue. – J’avais oublié…toi et les pauses sur l’autoroute, dit-elle. Ces pauses ont toujours été pour Silver des moments étrangement heureux. Il ne saurait dire pourquoi, sinon qu’il aime l’idée que les gens qu’on y croise sont en route  vers une destination, unis par une même soif de voir le monde, et que personne n’est à sa place. – Et les glaces, reprend Denise, c’est quoi cette manie avec les cornets de glace? Silver réfléchit à la question tout en léchant la sienne. – J’imagine que personne ne mange de glaces à un enterrement, ou pendant un incendie. La Croix Rouge n’en parachute pas dans les pays du tiers monde. Si tu manges un cornet de glace, c’est difficile de croire que tout est foutu. Qu’il ne reste plus d’espoir . « 

 » Les cigares ont une cote folle ces temps-ci, (…). A cause d’une salade de complexes freudiens longuement fatiguée, des hommes dans la force de l’âge se livrent à une fellation sur une touffe de feuilles roulées qui, curieusement, leur procure le sentiment d’un surcroît de virilité ; à défaut d’autre chose, c’est un triomphe colossal du marketing. »

Publicités

16 réflexions sur “Une dernière chose avant de partir de Jonathan Tropper

  1. sous les galets

    Je suis hyper tentée, comme tu t’en doutes, j’aime aussi les personnages qui passent à côté de ce qu’ils auraient du être 😉 Mais la sauce américaine ne prend pas toujours avec moi !!
    Je note quand même

    1. J’aurais tendance à le rapprocher de l’humour anglais, même si c’est bien la société américaine qu’il décrit à travers ses histoires… un livre à lire l’été , à la fois pour se détendre et avoir des booms au coeur !!

    1. En fait, la différence de couleurs vient de l’ordinateur…à la maison c’est pas terrible le rendu mais au boulot , le jaune est le même que celui de la lune et c’est ce que je voulais.
      Heureusement que c’est bien la bannière, avec tout le temps que j’y ai passé…:D 😀

  2. Ça a l’air décalé mais il faudrait remplacer replacer les phrases dans leur contexte pour qu’elles soient vraiment drôles. Je ne suis pas attirée plus que ça, il faudrait que j’aille lire tes premiers billets. Je t’ai connu plus tard, je pense 😃

    1. Oui pour le premier billet, par contre non pour le deuxième mais c’est impossible de se souvenir. Tropper est l’un de mes auteurs favoris…hyper drôle et caustique avec ses personnages de losers désabusés , des ratés de la vie en somme…

Exprimez-vous ici, MTG vous remercie

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s