Monsieur,

lettre

Monsieur,

Si je prends la plume ce soir, au moment où mon existence  vacille,  c’est pour coucher sur le papier un souvenir passionnel,  comme une explication au désastre  dont vous m’avez fait l’honneur d’être le complice depuis plus de trente années.

Je vous en prie Monsieur, brûlez tout ce qui précède  mais pas cette lettre !  Ne la mettez pas dans votre poubelle comme un vulgaire courrier ou un très mauvais manuscrit même si vous n’avez pas été trop regardant en ce qui me concerne, j’en conviens.

Je l’ai rencontrée dans le train de  17h38 pour Paris, c’était le 26 juillet 1958. Elle portait une   courte robe  de couleur rose avec un assortiment de fleurs . On  voyait très peu  de tenues similaires à cette époque là., c’était presque excentrique.  Sa présence dans ce train  était un peu comme on dirait aujourd’hui « a  cupcake in a  pudding ».

Nous eûmes de brefs échanges courtois et de circonstance,  il faisait très chaud dans ce compartiment  où nous étions les seuls passagers, et  tandis que  je détaillais la carte de son anatomie, j’évitai de  croiser ses yeux d’opaline qui pénétraient au plus profond de l’âme humaine.

Alors que le train arrivait  dans l’essoufflement  d’une entrée en gare, elle se leva pour descendre fumer une cigarette sur le quai, je ne sais par quelle coquetterie elle ne fumât pas dans le compartiment en ma présence. A la faveur d’un courant d’air, sa robe se souleva tandis  que  sa peau m’effleurait  par deux fois, alors qu’elle regagnait sa place.

A ce moment, je sus que je serais perpétuellement amoureux   de cette jeune femme. J’étais pétrifié par son allure et sa beauté juvénile. Mon appendice masculin se mit à s’allonger comme l’appendice nasal de ce stupide pantin de bois dont le nom m’échappe.

Lorsque le train arriva à Paris, j’osai bafouiller deux ou trois phrases et remettre ma carte de visite à Pauline, elle s’appelait ainsi. J’espérai je ne sais quoi en retour, une folie peut être. Je n’étais pas particulièrement bel homme mais je séduisais assez facilement les femmes.

Je n’eus jamais  la moindre réponse. Une relation  épistolaire ne m’aurait de toutes façons pas satisfait, mais elle aurait au moins  flatté mon ego.

Par la suite, je n’ai cessé de  rechercher Pauline  en vain,  partout, en tout, et chez les autres femmes aussi.

Je ne suis marié cinq  fois, un vrai fiasco conjugal. J’ai eu quantité de maîtresses,  de liaisons sans lendemain, j’ai réalisé beaucoup de fantasmes et pas que dans mes livres, mais jamais le seul qui eût pu m’apaiser.

Alors, je suis tombé dans la grossièreté, la facilité, la vulgarité, la misogynie,  pour faire payer aux femmes l’affront  auto infligé  lors de  cette journée de 1958.  J’ai écris à la chaîne des romans crasseux en picolant plus que de raison.

Mes femmes légitimes  m’ont épousé pour l’argent et vous, Monsieur et cher ami,  vous m’ avez édité  uniquement pour l’argent aussi.  Finalement,  Il y a dans l’existence réelle bien plus de vulgarité que dans mes livres, autant chez les femmes, que chez les hommes, fussent-ils éditeurs.

Cela n’excuse rien,  Monsieur, mais cela donne juste un autre point de vue…

A l’heure où je prends mes distances avec la vie  et me trouve dans le sas de l’au-delà, je vous salue bien bas. La récréation est terminée. J’aime Pauline et j’emmerde tous  mes détracteurs pour des siècles et des siècles !

PS : mots prononcés par l’éditeur au moment  où il détruisit cette lettre :   »  Messa dita est, Amen . Puis, ce dernier appela son assistane :  »  Nathalie, demandez à l’imprimeur 10000 exemplaires supplémentaires du dernier livre de……..  « 

Pour information, ce texte a été publié la première fois le 9 novembre 2013 dans le cadre de l’atelier des plumes d’ Asphodèle. Je rapatrie de temps en temps un texte de mon ancien blog, lorsque je l’aime bien…

 

 

 

 

 

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25 réflexions sur “Monsieur,

  1. Coucou Mind 🙂
    Je suis pour le recyclage à fonds 🙂
    Je me rappelle ce texte , surtout cette partie « se mit à s’allonger comme l’appendice nasal de ce stupide pantin de bois dont le nom m’échappe. »
    Bisessss

  2. sous les galets

    Mais j’adore !!!!!! J’imagine la grande prêtresse découvrant ce texte il y a deux ans. j’adore les lettres posthumes, les testaments épistolaires, et j’aime le cynisme (car ça l’est indubitablement).
    Belle journée MTG

    1. Ce personnage est cynique en effet…je m’étais vaguement inspiré de la mort de l’auteur des SAS…dont je ne savais rien , mais qui souvent était laminé par la critique… Mais merci de me dire que tu aimes !

  3. Moi aussi, j’ai connu les wagons fumeurs😀😀😀

    Tres belle lettre. Dévorer les biscuits secs quand on n’a pas pu déguster le gâteau à la crème (ou le « cupcake »😀), ça participe de l’instinct d’un prédateur ou d’un désespoir vengeur…
    Les vraies rencontres dans un train sont, me semblent-ils beaucoup moins belles que celle que tu nous a offert là…Le pouvoir de ton personnage c’est de pousser le mythe de l’inconnue mystérieuse jusqu’au bout! Beaucoup d’imagination…Il aurait été forcément dessus…et aurait probablement vécu heureux…Mais l’histoire n’aurait pas d’intérêt…
    Est-ce que l’attrait pour le train a un rapport avec ton pseudo? 😂(Cela fait longtemps que j’ai envie de la faire celle là! Dsl, je sors😀)
    Bises et bon dimanche

    1. Joli commentaire…
      Moi aussi quand j’étais gamin et même après, il y avait la partie fumeurs et la partie non fumeurs et heureusement qu’on est débarrassés de ce fléau dans les trains.
      Le pseudo il vient du métro à Londres…on entend mind the gap partout…comme je suis très égocentré, j’adore aller à Londres rien que pour ça…
      Bonne fin de week-end !

  4. Bien que te lisant très régulièrement, je ne garde aucun souvenir de ce texte!
    Pourtant il y a matière à réflexion !
    « Il roule sur la jante, le gonze! », comme aurait pu le dire le regretté Bérurier dans son langage fleuri !
    Oui c’est dommage de bousiller le restant de la vie pour une rencontre de hasard… Ceci peut-il vraiment arriver dans la vraie vie ???
    Tout comme Célestine, tu me fais penser aux fameuses « passantes » de Pol & Brassens …

    1. Dans la vraie vie je pense que ça peut arriver mais que cela doit être rare…le public est mis en garde par les auteurs car dans les livres cela arrive souvent.
      J’ai oublié d’aller voir pour las passantes…je vais le faire.
      Belle journée.

  5. j’ai lu , c’est déroutant , et bien ficelé
    Toujours admirative de ce genre de narrations
    j’avoue avoir souvent rêvé de grandes histoires d’amour en voyageant dans les trains
    laisser libre nos coeurs aux vagabondages
    j’aime beaucoup la nouvelle déco de ton blog
    bises

  6. Comme je ne connaissais pas l’ancien blog tu fais bien de ressortir cet article qui est un régal ! l’amour unique, le fatum, le cynisme, quelles ressources inépuisables pour l’imagination.

    1. En fait l’ancien blog était le même qu’ici sauf que j’étais sur over-blog. J’en suis parti chassé par la publicité obligatoire…mais merci pour tes encouragements. En effet, au début de mon blog et après, j’écrivais des textes pour les ateliers et le plus souvent sur cette thématique…

  7. Je m’en souviens très bien de ce texte, je l’avais beaucoup aimé, tu recycles à tout va Mindounet, tu recycles mais quand c’est du bon, tu as raison ! 😆 La chute était bien trouvée, je te l’avais déjà dit… Bises et bon premier mai malgré la grisouille ambiante ! 😉

    1. Oui je recycle quelques anciens textes, et je vais continuer…à défaut d’arriver à en faire des nouveaux et mon ancien blog étant abandonné à la pub sauvage. c’était je crois au moment de la mort de l’auteur des SAS et autres livres du même genre…
      Je garde quelques textes qui me plaisent…
      Ici c’est lourdeur pour le premier mai, chaleur même ce matin ! Gros Bisous !

  8. J’aime bien la chute; comme Syl je n’ai pas envie de le plaindre. Il a aimé du vent. En fait il ne peut pas aimer. Il est amoureux de l’amour, de l’idée qu’il se fait de l’amour. Il ne peut que être déçu.

  9. Une bien jolie version des « passantes » d’ Antoine Pol.
    Tu as bien fait de ressortir ce texte il est magnifique. Et il parlera à chacun de tes lecteurs et surtout de tes lectrices, car les brèves rencontres dans les trains sont un sujet inépuisable d’écriture et de fantasme.

    1. Je ne sais pas qui est Antoine Pol mais il est vrai que le train est partout dans les romans d’amour, depuis Anna Karénine, ce moyen de transport fascine…l’orient express en quelque sorte et les auteurs actuels continuent de faire rêver avec. Le brève rencontre, pour reprendre tes mots est l’un des mythes de la littérature romanesque.
      Bon week-end à toi, merci de ton passage.

      1. Antoine Pol, c’est celui qui a écrit le poème « Les Passantes » mis en musique par Brassens…

        «  »Je veux dédier ce poème
        A toutes les femmes qu’on aime
        Pendant quelques instants secrets,
        A celles qu’on connaît à peine,
        Qu’un destin différent entraîne
        Et qu’on ne retrouve jamais.

        A celle qu’on voit apparaître
        Une seconde, à sa fenêtre
        Et qui, preste, s’évanouit,
        Mais dont la svelte silhouette
        Est si gracieuse et fluette
        Qu’on en demeure épanoui.

        A la compagne de voyage
        Dont les yeux, charmant paysage
        Font paraître court le chemin ;
        Qu’on est seul peut-être à comprendre,
        Et qu’on laisse pourtant descendre
        Sans avoir effleuré la main. »

        etc etc
        je ne mets pas tout le poème, il est un peu long…
        Bises Mindounet
        ¸¸.•*¨*• ☆

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