Les Singuliers d’ Anne Percin

les singuliersC’est grâce à Somaja (merci  !! )  que j’ai connu Anne Percin, au départ avec un livre jeunesse plaisant à lire mais sans trop d’intérêt, puis avec Le premier été, un roman  » adultes  »  à l’univers noir qui m’avait beaucoup plu. Avec  Les Singuliers, troisième roman d‘Anne Percin publié en 2014, je viens de vivre un coup de coeur.

Les singuliers raconte le parcours de trois jeunes peintres en devenir. L’histoire se déroule de 1888 à 1890, à Paris, Bruxelles et Pont-Aven. Anne Percin raconte la vie  de Hugo,   de sa cousine et confidente  Hazel et  de  son meilleur ami Tobias. Hugo, cousin imaginaire de L’artiste peintre Anna Boch, rencontre un certain Paul Gauguin et d’autres peintres de l’époque  disons impressionniste, qui s’étaient à l’époque installés dans ce petit trou charmant de Bretagne.  Le livre est épistolaire, il croise les lettres  de ces trois jeunes gens s’essayant à la peinture, au dessin , à la photographie, chacun à leur manière, chacun dans un endroit différent.

Ce livre est une totale réussite et une excellente surprise. Le style épistolaire sied à merveille dans cette histoire et Anne Percin arrive à impulser un rythme et un intérêt soutenu dans chacune des lettres échangées. Le fait de mélanger des héros fictifs avec des personnages réels passe comme des lettres à la poste de Pont aven !  De même, le contexte historique (l’exposition universelle à Paris, Jack l’éventreur…) est restitué avec simplicité et bonheur pour qui est un peu rétif à l’histoire.

Mais dans les Singuliers, Anne Percin propose  aussi  une histoire romanesque d’amitié (et d’amour, mais y a t-il une différence au fond)  entre les trois jeunes peintres  mais encore une réflexion savoureuse sur la singularité de chaque être humain.

 » Vois-tu, il est absolument nécessaire et vital à certains de savoir qu’il existe une personne capable de les comprendre – cette personne fut-elle absente, éloignée, ou morte, cela ne change rien. Appelons ça une foi, et passons là-dessus ».

 » C’est justement parce que la solitude est la meilleure alliée de l’artiste que l’amitié doit lui être si précieuse . Moi-même qui redoute tant le monde, je trouve que mes amis me font vivre davantage. Non pas plus longtemps, bien évidemment, mais plus largement. Ils donnent de l’épaisseur à ma vie ».

Et puis , l’auteur  propose surtout  à son lecteur,   une réflexion savoureuse sur ce qu’est un artiste et comment on devient artiste.

 » La nudité de nous choque que lorsqu’elle est laide …il me semble à moi que la beauté est un voile que la nature a mis sur le monde pour nous le rendre tolérable. Et peut-être que la mission d’un art véritablement moderne serait d’oeuvrer pour nous faire voir le monde autrement qu’à travers le prisme de l’esthétique? Un monde dévoilé, délivré de l’obsession de la beauté, un monde où tous les corps , tous les visages mériteraient d’être regardés. »

Je suis néophyte en matière de peinture mais toujours très attiré par cet univers, et je dois dire que j’ai appris pas mal de choses sur les peintres de cette époque, le tout en prenant un vrai plaisir de lecteur.

J’ai aimé l’écriture, fluide, simple, forte et souvent  noire d’ Anne Percin, et je trouve que ce livre serait génial à proposer dans les collèges et les lycées, pour l’ouverture qu’il propose sur l’art en général et les relations humaines qui le sous-tend…sur la vie, la mort aussi parfois.

« La mort me fait horreur  au point que j’en deviens ridicule. Le sexe, lui, n’a rien de dérangeant , tout est bon à voir du moment que c’est vivant ».

En résumé,  Les Singuliers fut un très beau moment de lecture et un livre que je recommande à tous ceux et celles qui ont envie de découvrir cet univers de peinture et de sentiments humains.

Et ce long passage pour terminer…que je trouve très beau.

 » Il faut s’habituer à l’idée de n’être pas aimé. C’est la deuxième tâche la plus difficile d’un artiste, la première étant d’être absolument soi-même. Supporter la moquerie, la raillerie, le refus de tout ce que l’on est, de tout ce en quoi on tient, se voir imposer le silence et ne pas pouvoir riposter: voilà la grande, l’insupportable , la nécessaire mission d’une vie. Je ne parle pas seulement de la vie d’artiste. Voilà pourquoi l’amour et l’amitié sont des miracles : parce qu’il ne faut jamais s’y attendre ni croire qu’on les mérite. Seuls les morts méritent quelque chose. Ils ont l’immunité eux. Ils sont de l’autre côté, ils ont gagné. »

logo coup de couer

Publicités

17 réflexions sur “Les Singuliers d’ Anne Percin

  1. J’aime beaucoup Anne Percin, « Bonheur fantôme » m’a séduite, « Premier été » m’a subjuguée, et j’ai bien ri en découvrant sa série jeuness des « Comment bien… ». Je n’ai toujours pas sauté le pas avec celui-ci, à cause du format épistolaire que je n’apprécie vraiment pas… Tu me donnes envie de retenter ma chance tout de même !

  2. Quel billet enthousiaste ! Tu donnes très envie de plonger dans cet univers de la peinture. J’ai visité ce « petit trou charmant de Bretagne » l’été dernier et si cette école artistique n’est pas trop ma tasse de thé, ce qui était passionnant c’était d’imaginer les rencontres et le foisonnement artistique de l’époque.
    Je vais suivre ton conseil : lire ce roman, et le conseiller à des jeunes !

    1. Oui, je ne peux que te conseiller de le commander pour te faire ta propre opinion mais je crois que cela pourrait intéresser certains de tes élèves étant donné que c’est très accessible et vivant…vraiment un joli livre !!

  3. sous les galets

    Alors tu sais que je connais bien Pont-Aven, (rapport à ma période finistérienne, je travaillais à Moëlan sur mer…bref)…je suis très tentée par tout ce que tu dis, les peintres (les vrais et les faux), le contexte, ma Bretagne, le titre…
    Je suis assez inculte en peinture aussi, mais comme toi, ça m’attire assez aussi (je serai curieuse de voir comment on parle de la lumière par exemple).
    La seule chose qui me freine, c’est la forme épistolaire, je n’accroche pas toujours et parfois on me perd en route…

    1. Là je pense que tu ne te perdras pas dans les lettres. Je suis passé à PontAven une fois, il pleuvait un peu ce jour là mais l’endroit est magnifique, bucolique à souhait et je comprends qu’il ait attiré tant d’artistes.
      C’est drôle, j’ai envoyé une candidature pour un poste à Moélan il y a quelques semaines (refusée bien entendu…).
      Le titre se rattache aux 3 héros, les 3 peintres en devenir, qui aspirent à être singuliers dans leur approche et leur art…et c’est la recherche de cette singularité qui est au coeur du livre. Bref, ce livre à tout pour plaire…
      Et vive la Bretagne !!

    1. Oui , il y a bien quelques répétitions dans certaines lettres et parfois aussi dans les phrases mais mis à part cela, j’ai trouvé cette écriture fluide, simple, belle et rythmée, ce qui n’est pas évident dans l’épistolaire…
      Belle lecture alors Emilie, bises à toi !

  4. Je l’ai lu en décembre dernier, il a été pour moi aussi un coup de coeur. Et depuis, j’en ai pas eu d’aussi gros ! C’est un livre que je recommande mais alors, sans la moindre hésitation, et je suis contente que toi aussi, tu l’aies aimé.

  5. Très convaincant 😉
    J’aime plutôt les échanges épistolaires et si en plus on append et réfléchit : « réflexion savoureuse sur ce qu’est un artiste et comment on devient artiste. »

    Bise Mind 🙂

    1. Moi aussi, je suis très friand des livres épistolaires et ce n’est pas si simple que ça à l’air de construire un bon livre sur cette trame là. Je pense que celui qui est curieux autour de la peinture et de l’art en général passera un bon moment de lecture…
      Gros bisous !

  6. Waouh, là tu m’as convaincue ! L’amour et l’amitié qui « donnent de l’épaisseur à la vie », la réflexion sur ce que nous laissent nos morts en continuant de vivre en nous et nous enrichir une fois le chagrin atténué et dépassé me semble une réflexion universelle, sans parler du contexte artistique et de l’Ecole de Pont-Aven, je le lirai avec plaisir ! Bravo pour ce billet sobre et convaincant ! 😉

    1. Ha ben ça me fait plaisir, j’ai vraiment passé un super moment à lire ce roman. Comme je le dis, j’ai une attirance pour les romans qui se passent dans le milieu des peintres mais je trouve qu’ Anne Percin à vraiment réussi son coup, pour reprendre tes mots, son histoire est simple et convaincante et j’ai appris des choses sur l’art de la peinture. Je te le prêterai cet été avec plaisir ! Bises à toi, tu dois dormir là étant donné l’heure tardive de ton commentaire.

Exprimez-vous ici, MTG vous remercie

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s