Shirley de Charlotte BRONTË (1849)

shirley

Nous sommes dans le Yorkshire, en 1812, lors des guerres napoléoniennes et de leurs conséquences désastreuses pour les manufactures anglaises.

Mr Moore, responsable d’une draperie, doit faire face à la pénurie économique et à la révolte des ouvriers qui ont du mal à manger. Il est aidé financièrement par une jeune et riche héritière, Shirley, 22 ans, qui est propriétaire des locaux de l’entreprise de Moore. A ses côtés également, sa jeune et timide cousine, Caroline Helstone, 18 ans, qui va tomber amoureuse de Moore et devenir l’amie de Shirley.

 » A dix-huit ans, nous touchons aux confins de l’illusion : la terre des fées est derrière nous, les rivages de la réalité se lèvent à l’horizon. Nous croyons à l’espérance qui nous sourit et nous promet le bonheur. Si l’amour vient, comme un ange exilé errer autour de notre porte, il est aussitôt admis, fêté, caressé. Nous n’apercevons pas son carquois; si ses flèches nous percent , les blessures qu’elles font ressemblent au frisson d’une vie nouvelle; nous ne craignons pas le poison ni le dard qu’aucun médecin ne put jamais extraire. Nous considérons comme une bénédiction cette passion périlleuse qui, par moments, est en quelque sorte un supplice et qui, pour certains êtres, ne cesse jamais d’en être un ».

L’histoire est difficile à raconter , car ce roman de Charlotte Brontë, publié en 1949, soit 2 ans après l’immense succès rencontré par Jane Eyre, est multi facettes et dense (730 pages).

C’est surtout une peinture sociale et de moeurs de cette région de l’Angleterre et de ses habitants, doublée d’un aspect historique sur la récession économique, la mécanisation  et la condition ouvrière. On y croise ainsi les entrepreneurs, les ouvriers et forcément des pasteurs et des vicaires, ces derniers en prenant pour leur grade et faisant les frais de l’ironie parfois mordante de Charlotte Brontë, qui connaissait parfaitement le sujet.

C’est aussi une fresque romanesque avec bien entendu le côté romantique exacerbé propre aux soeurs Brontë et qui me plaît tellement. Il y a dans Shirley une forte préoccupation féministe , déjà présente dans les autres livres de Charlotte mais plus clairement énoncée ici. Il y a aussi de l’amour et du sentiment, du vrai, pas comme chez Jane Austen même si l’intrigue sentimentale et la fin de Shirley fait penser à la grande Jane…Charlotte, parle d’amour avec un grand A !

 » l’amour pardonne tout, sauf la bassesse, qui tue l’amour et mutile les affections naturelles : sans estime, l’amour sûr et fidèle ne saurait exister « 

 » l’homme qui n’est pas sentimental est celui qui est incapable  de pensées, d’idées ou de notions « .

Ce livre est intéressant de bout en bout, jamais lourd ni long malgré son côté un peu foutraque et désordonné, dû au fait que Charlotte Brontë l’interrompit à la mort de ses 2 soeurs et le termina rapidement ensuite.

Et tout l’intérêt du livre, est d’une part  de retrouver le style de Charlotte Brontë, parfois lyrique parfois hyper réaliste, la complicité quelle entretient avec le lecteur en le tutoyant fréquemment et en s’adressant à lui. Mais, d’autre part, le personnage de Caroline est inspiré de son amie intime  et confidente Helen Nussey  et surtout celui de Shirley est directement inspiré par sa soeur Emily. Et même si Charlotte est très loin de percer le mystère d’Emily, on retrouve son caractère vif et masculin, son courage vis à vis des difficultés et de la maladie, son amour pour les chiens (supposés féroces) et les choses de la nature et d’autres aspects encore.

Shirley est un vrai plaisir de lecture même pour celui qui ne connaît rien à la vie des Brontë. Alors que Le Professeur et Vilette (deus autres de ses romans)  ont parfois un côté ennuyeux et peut être trop auto-biographique, Shirley est dans la même veine que Jane Eyre, en moins romanesque et gothique. Mais ne vous y trompez pas, Charlotte Brontë était aussi  pleine de vie, comme ses soeurs et cela ressort dans ce livre ci.

 » Je sens que la monotonie et la mort ont presque la même signification…mieux vaut essayer de toutes choses et les trouver vides que de ne rien essayer et mener une vie nulle »

Il ne faut donc pas avoir peur de l’épaisseur, de la réputation de l’auteur ni de l’époque . C’est justement un roman extrêmement moderne et direct pour cette  époque qui se lit comme une histoire d’aujourd’hui.

J’ai terminé la lecture des 7 romans des soeurs Brontë. J’ai également lu 3 biographies et 2 variations biographiques sur la famille. Il me resterait le recueil de poèmes mais la poésie n’est pas pour moi (surtout en version originale) et les fragments ou extraits de récits qui ont pu être publiés de ci de là,  ne m’intéressent pas. Je relirai donc à l’occasion certains des romans qui m’ont le plus remué, en attendant d’aller voir les landes du Yorkshire et le presbytère d’Haworth des soeurs Brontë.

Et pour finir, cette réflexion sur les hommes et les femmes…qui sort de la bouche de Shirley.

 » Si les hommes pouvaient nous voir telles que nous sommes réellement, ils en seraient vraiment étonnés; mais les plus remarquables, les plus sensés se font souvent illusion sur les femmes: ils ne les comprennent ni pour le bien, ni pour le mal. Ce qu’ils appellent une femme vraiment bonne est un être fantastique, moitié ange et moitié poupée; leur méchante femme est presque toujours un démon. Il faut les entendre s’extasier sur les créations de l’un d’entre eux ! ils portent aux nues, l’héroïne de tel poème, roman ou drame et la trouvent superbe, divine ! Elle est peut-être superbe et divine…mais combien artificielle  ! Souvent elle n’est pas plus vraie que la rose qui orne mon chapeau ! Si je disais tout ce que je pense sur ce sujet…en une demi-heure je serais morte, écrasée sous le poids des pierres vengeresses « .

Et si jamais il y a un lecteur ou une lectrice passionné comme moi par les soeurs Brontë, ici se trouvent 13 autres chroniques sur leurs livres et leurs vies : JE SUIS POSSEDE PAR LES BRONTË

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42 réflexions sur “Shirley de Charlotte BRONTË (1849)

  1. sous les galets

    Ta passion pour les Brontë a quelque chose d’à la fois totalement original et de carrément touchant. J’ai lu Jane Eyre sans doute beaucoup trop jeune et les Hauts du Hurlevent aussi (bien que j’en garde un souvenir précis). C’est fou comme tu t’animes quand tu en parles, c’est chouette.
    J’ignorais totalement l’existence de ce titre en réalité, mais je trouve ça très avant-gardiste ce personnage, on n’est même pas dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Ce qui m’interroge, c’est comment fais tu la différence entre l’amour chez Austen et celui chez Brontë? Quel est selon toi l’amour avec un A (des scènes plus explicites ou bien des passions plus dévorantes ?). Ce qui est fou c’est que situé en plein milieu de la révolution industrielle, cela semble presque un roman presque à la Zola…
    Elle est super bien ta chronique.

    1. Difficile de dire exactement. Chez Jane Austen, l’amour vient un peu comme quelque chose d’inévitable, et jamais elle de pale des sentiments profonds de la personne, elle fait des portraits psychologiques des personnages amoureux. Les Brontë, elles, parlent avec le coeur et leur côté exalté, elles parlent de passion er crient leur amour en quelque sorte, du moins celui de leurs personnages.
      C’est pareil pour le côté féministe, grosse différence entre Austen et les Brontë mais n’oublions pas qu’il c’était écoulé 40 ou 50 ans entre les 2 !
      C’est un roman multiple et riche, un peu bancal mais finalement peu connu alors que pour moi, il est vraiment génial…j’ai adoré le lire malgré l’épaisseur et je te le conseille fortement !
      Gros bisous !!

  2. Pour le dernier extrait choisi je pourrai m’y plonger.Entre Jane Austen et les Bronte on n’a de quoi remplir les journées en maison de retraite. Enfin moi j’ai le temps encore.
    Ce genre de roman on pourrait penser que c’est « chiant » mais non. Même si perso je suis tentée de sauter plusieurs pages 🙂

    1. Parfois ça peut l’être, chez Jane Austen, jusqu’au premier bal en général c’est mortel, ensuite ça devient vraiment bien. Chez les Brontë, c’est souvient bien du début à la fin, c’est particulier mais si tu te plonges dedans, tu peux accrocher et y prendre du plaisir… 😀

  3. Un que je lirais bien aussi c’est la bio de Daphné du Maurier sur Branwell Brontë…il me tente bien celui-ci ! 😉 Et pour la maison de retraite, euh, comment dire, Choupi ferait mieux de se taire parce que comme bavard lui, il s’y connaît aussi ! Alors s’il faut se supporter ses histoires de fesses toute la journée moi j’investis dans les boules Quiés direct !!! 😆

    1. Ben s’il y a Soène, JC et toi dans la même maison de retraite, j’espacerai quad même les visites pour par devenir dingue… 😀
      Cette bio est vraiment bien, Daphné Du Maurier était une connaisseuse et admiratrice des Brontë et pur elle, Branwell était injustement méconnu alors qu’il était l’épicentre de la famille en quelque sorte…je me souviens en plus que sa rédaction est vraiment bien !

      1. Nan pas Soène ET Choupi dans la même maison de retraite, t’es fou toi ? Il y aura du sang sur les murs !!! 😆 Et pis moi j’ai ma maison dans le Finistère, je ne vais pas dans un truc de vieux, ça va pas la tête !!! 🙄
        Après ma lecture de Wuthering Eights, j’ai toujours pensé que Branwell avait un rôle très important dans cette famille…tu confirmes ! 😉

        1. Disons, que c’était le chouchou de son père, le fils prodige, le plus talentueux et le plus prometteur, et aussi le complice de Charlotte au tout début, dans la légende d’Angria…et puis il s’est auto-détruit et Charlotte a fini par en avoir honte de ce frère…
          Pour ta maison dans le Finistère, prévoit d’abord d’écrire le best seller, c’est cher l’immobilier l’air de rien là-bas, sans compter que je voudrais bien y avoir une chambre à demeure avec vue sur la mer… 😀

          1. Oui je sais qu’elles avaient honte de leur frère… Hélas ! Hé mais dis donc, comment ça une « chambre à demeure » dans ma cahute ??? Ce n’est pas un palace grand format à ce que j’ai vu, tu auras une niche dans la cuisine avec Api !!! 😆 Je partagerai (éventuellement et par solidarité) mon lit avec Anne, si c’est un lit 2 places hein, je vais avoir une vie monacale pour l’écrire ce best-seller !!! 😆

  4. Moi j’aime quand tu es possédé ! 😆 Surtout pas les Brontë et celui-ci je le lirai, sûr, tu donnes envie !: En plus les extraits sont terriblement modernes et comme tu le dis « osés » pour l’époque… Emily était sûrement la plus « bouillante » et si elle lui rend hommage…ceci explique cela !

    1. Oui peut être que tu as raison. Je crois que tous les romans des Brontë étaient révolutionnaire pour l’époque à bien des égards, on a du mal à s’en rendre compte en 2015 mais certains d’entre eux ont déchainé les passions à l’époque. Emilie reste la plus insaisissable des 3 soeurs et de plus, elle était plus proche de Anne que de Charlotte. Il reste que Shirley est une réussite, un style et une pâte bien particuliers !

  5. Bonjour MTG. De te lire si enthousiaste, ça me motive pour une lecture que j’ai commencé et abandonné assez rapidement … Probablement eu peur des 700 pages … Mais j’aime ce que tu dis sur le côté romanesque à la JE. J’ai été sotte d’arrêter ! Je vais m’y remettre.

    1. Bienvenue ici ! Sotte non, il faut que la lecture soit un plaisir, si je n’accroche pas après 50 pages ou maximum 100 pour les pavés, j’abandonne aussi. Mais certains livres méritent qu’on leur laisse une seconde chance… 😀

  6. encore un livre qui me tente, encore un qui va rejoindre la liste déjà longue, je crois que moi aussi j’irai dans la même maison de retraite que la bande comme ça on pourra faire une lecture commune à voix haute…

  7. Là on est dans un domaine que je ne connais pas du tout. Je parle de la littérature classique et qui plus est, anglaise.
    Tu en fais un billet tentant mais je ne suis pas sûr que cela cadre avec ce que je suis capable de lire.
    En tout cas tu en as parlé avec passion et peut-être qu’un jour, comme Soène, en maison de retraite je le lirai. .

  8. Et ben ça, c’est du classique, totale découverte. Et je découvre que tu es accro ! Et tu sais, tu es tentateur, pff… Comme toi, j’aime bien (re)lire les classiques l’été ( oserai-je avouer que je n’ai pas encore lu « Jane Eyre  » ? ^-^ )
    Chouette projets les landes du Yorkshire.

    1. En fait Marilyne, j’ai de grosses lacunes en classiques !! J’en lis peu, je préfère lire des auteurs d’aujourd’hui mais chaque année j’en lis quand même 4 ou 5 . Les Brontë sont une place tout à fait à part chez moi et puis j’avoue être plus attiré par les classiques anglais…

  9. Je suis allee a Haworth cet ete! Du coup ca m’avait repoussee a lire Jane Eyre que je laissait de cote invariablement. C’est un classique et bien que j’aime les classiques, il est toujours plus facile de piocher dans la pile des romans plus « faciles » a lire…
    Du coup je suis en train de lire Jane Eyre! Et il faudra aussi que je fasse un article sur Haworth car de voir ou certains des romans ont ete ecrits, ca rajoute un petit je-ne-sais-quoi!

    1. Quelle chance ! J’ai prévu aussi d’y aller, je veux voir ce presbytère, les landes et le cadre qui a inspiré Les Hauts de Hurlevent. Je lirai ton article avec plaisir.
      Je comprends que cela te donne l’envie de relire les romans !

    1. On connait surtout Jane Eyre chez Charlotte Brontë qui occulte un peu les 3 autres ! De même, pour Anne Brontë on ne parle que d’ Agnès Grey alors qu’il est un peu ennuyeux. Pourtant, elle a écrit la locataire du manoir de Wildfell Hall, bien plus intéressant et moderne pour l’époque, voire transgressif puisque Charlotte refusa la réédition du livre après la mort de Anne, pour protéger sa mémoire en quelque sorte…

    1. Tout à fait d’accord avec toi, à coté de l’âtre et avec un bon thé et des macarons…joli programme, je risque de débarquer par l’odeur alléché des macarons !
      Je pense en plus qu’il te plairait ce livre-ci !
      Bisous Comtesse et belle journée !

  10. soene

    Cette Shirley me plaît, quelle trempe !
    Et rien n’a changé pour ce qui est de ce que pensent les hommes au sujet des femmes 😆
    Enfin, certains hommes, bien sûr 👿
    Bravo pour cette passion dévorante, cette persévérance à lire ces romans du temps passé, un peu désuets 😉
    Merci pour ton lien de lecture de billets, je le mets de côté pour reprendre tout ça quand je serai en maison de retraite 😆
    Ca ne me tente pas vraiment, mais j’ai sans doute tort.
    Bon jeudi, Mindounet, et bonne fin de semaine à venir… Je serai un peu absente… 😉
    Gros bisous

    1. Hello.
      Les personnages de ce livres sont bien attachants et bien définis par Charlotte.
      Oui pour le regard de certains hommes sur les femmes, ce qui est moderne c’est qu’à l’époque, c’était moderne et osé de le dire frontalement comme cela.
      Encore un planning de folie de retraite…gâtée va ! Profite !
      Bisous et à plus tard !

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