Dimanches d’août de Patrick Modiano.

modiano dimanches aout

Nous sommes à Nice, dans une période non précisée, peut être les années 70. Le Narrateur  est avec sa compagne Sylvia, ils ont fuit leur passé des bords de Marne et semblent n’avoir aucun contact avec autrui, si ce n’est avec les Neal, un couple d’américains  rencontré par hasard, qui habite dans une étrange villa.

Un jour, Villecourt, l’ancien mari de Sylvia  réapparaît près de la promenade des Anglais  et croise le regard du narrateur. Il sème alors  le doute et la peur au sein du couple.  Sylvia porte à son cou, un joli diamant, dénommé la Croix du Sud, et l’on comprend que ce trouble est lié à l’histoire de cette pierre précieuse…

Comme dans ses autres romans, Modiano sème des indices et battit une intrigue autour de ses personnages qui ne tiennent qu’à un fil. On retrouve l’écrivain du décor et de l’ambiance, celui qui parvient à toucher le lecteur à travers des souvenirs tristes, sombres et nostalgiques.

 » Oui je resterai sur la cote d’azur pour toujours. A quoi bon changer d’horizon (…) ce que j’avais pensé en jetant un oeil sur la carte de visite de Villecourt s’appliquait aussi à moi. Il suffit souvent de quelques années pour venir à bout de bien des prétentions ».

Le style reste dépouillé, sans grand intérêt d’un point de vue du vocabulaire ou de la construction des phrases, mais au final  assez ciselé pour mener le lecteur exactement  là où l’auteur se rend.

L’intrigue de Dimanches d’août est plus limpide que sur les autres titres que j’ai lus, avec un début, un milieu et une fin, sauf qu’elle est déroulée dans le désordre et que la fin pourrait laisser subsister quand même un petit doute.

Après avoir lu  Rue des boutiques obscures,  et Villa triste, je peux dire que ce roman là est vraiment celui que j’ai préféré et qui m’a le plus touché, probablement parce qu’il y a une histoire d’amour en filigrane, et pas seulement l’évocation d’une possibilité d’histoire d’amour. Je crois pouvoir dire maintenant, que j’aime cet auteur et que je le relirai. Je ne pense pas avoir un réel coup de coeur un jour pour l’un de ses romans, mais je sais que je suis touché par son univers si particulier et c’est déjà pas mal.

 » Je me suis rapproché d’elle et bientôt son parfum était plus fort que l’odeur de la chambre, un parfum lourd dont je ne pouvais plus me passer, quelque chose de doux et de ténébreux, comme les liens qui nous attachaient l’un à l’autre. « 

En fait  Patrick Modiano est obsédé par le passé…il est tout le temps dans le rétro viseur, enfin ses personnages le sont…ils ne sont pas vraiment vivants…c’est comme si dans une voiture ils ne voyaient pas le pare-brise et la vie devant eux . Des ombres en mouvement à la recherche d’autres ombres qui ne peuvent plus se mouvoir. Un peu comme des cachets d’aspirine dans un verre qui se déliteraient tout doucement non pas parce qu’il sont plongés dans l’eau, mais simplement  en raison de l’humidité ou de la moisissure ambiante.

 » Aujourd’hui, j’ai souvent l’impression de pourrir sur place. Je me raisonne. Au bout d’un instant cette impression se dissipe et il ne reste qu’un détachement, une sensation de calme, de légèreté, plus rien n’a d’importance. A l’époque de la rue Caffarelli, j’étais quelquefois découragé mais l’avenir m’apparaissait sous des couleurs favorables. Nous finirions par sortir de cette situation délicate où nous nous trouvions. Nice n’était qu’une étape pour nous. Très vite, nous partirions loin d’ici, à l’étranger. Je me faisais des illusions. J’ignorais encore que cette ville était un marécage et que je m’y engluerais peu à peu. »

D’ailleurs Modiano, arrive à donner l’image d’une ville triste et délabrée alors que dans l’inconscient collectif, Nice est plutôt synonyme de soleil, luxe, volupté…

« Autour de moi, des femmes et des hommes, aux raideurs de momie, prenaient le thé, silencieux, leurs regards fixés vers la Promenade des Anglais. Eux aussi, peut-être, épiaient parmi cette foule en procession des silhouettes de leur passé »

Un grand merci et  un gros bisous à Galéa qui m’a offert Dimanches d’août.

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26 réflexions sur “Dimanches d’août de Patrick Modiano.

  1. Modiano je l’ai beaucoup lu, il y a une vingtaine d’années. Depuis rien et j’ai tout oublié, le style, les histoires… Mais j’ai dû aimer puisque j’en ai plusieurs sur les étagères
    . Evidemment depuis Galéa 🙂 et l’obtention du prix Nobel j’ai envie de le relire.

  2. celestine

    Rien que pour le cadre de l’intrigue, ma Nissa la Bella, ça me fait envie et me rend curieuse…
    Et puis Modiano écrit très bien. Ça me fait deux raisons…
    Bisous Mind !
    ¸¸.•*¨*• ☆

  3. Je n’ai jamais lu cet auteur (je vois bien qui c’est, hein!).
    Mais rien que le titre…Je déteste les dimanches, alors les dimanches d’aout…Ce mois-là, tous les jours de la semaine sont des dimanches 😀
    Bises

    1. Hola oui comme je te comprends pour le dimanche…il y a un joli livre de Christine Orban qui s’appelle La mélancolie du dimanche. Ici le titre va à merveille, car les personnages sont un peu dans cette mouvance là même s’il renvoit à une période différente pour les protagonistes. C’est particulier Modiano…à essayer, ou pas !
      Gros bisous !

    1. Le vieux Nice doit être magnifique et surtout, l’arrière pays Niçois…j’aimerais y aller pour visiter, je connais très peu là-bas. La promenade ne m’a trop emballée à vrai dire, il y a les immeubles et la route à double voie qui est très proche…ha, encore des idées de virées…pfffff 😀 😀 😀

  4. Celui-ci m’attire aussi (avec le Dora Brudder), je pense que je l’aimerai, ne serait-ce que pour ce regard désabusé sur Nice qui est toujours flamboyante chez les auteurs américains que j’affectionne et pour cette nostalgie passéiste… Comme Galéa, j’aurais tendance à te dire de ne pas être définitif en ce qui concerne les coups de coeur, ça ne prévient pas ces choses-là ! 🙄 Tsss !

    1. Pour Dora B, va falloir patienter…je te rappelle que tu m’as sommé de le prendre de chez toi Warf! 😀 😀 😀 . Mais je pense le lire avant l’été prochain de toute manière.
      La construction et l’ambiance sont les mêmes dans les 3 livres lus et le style n’a rien de remarquable d’un point de vue purement littéraire, enfin je trouve, reste le tour de force de construire une oeuvre aussi prenante avec si peu de choses…après tout pourquoi pas le coup de coeur !! A voir !! Bises !

      1. Si, elle a lu « Dans le café de la jeunesse perdue ».Seulement, il y a un an, lors de la pause d’une formation particulièrement ennuyeuse, Sharon et un collègue sont allés dans une librairie et elle a acheté un roman de Modiano. Voilà, voilà.

  5. Je me demandais quel titre de Modiano reprendre après une petite déception(boulevard de ceinture) et un coup de cœur (rue de boutiques
    Obscures) enfin dans le sens inverse …
    Je crois que cela pourrait être celui là:-)

    1. Oui pourquoi pas ! On parle souvent aussi de Dora Bruner que j’ai dans ma liste et de Un pédigrée…j’en suis à 3 Modiano et je vais poursuivre, une fois de temps en temps , j’ai envie de poursuivre et d’essayer de comprendre ses obsessions à cet homme là !
      Bises et belle journée !

  6. sous les galets

    Je l’ai énormément offert ce Modiano (une vingtaine de fois au moins), mais j’ai toujours essuyé des flops (avec des excuses en plus, ce qui était pire que tout). Donc ton billet me met en joie, bien sûr je vais faire semblant de ne pas avoir lu que tu n’auras jamais de coups de coeur pour lui (ne dis pas ça trop vite non plus hein), et me concentrer sur le fait que ce soit ton préféré. J’ai une tendresse infinie pour ce titre là, qui est l’un des plus sombres et désespérés….ET c’est très vrai ce que tu dis sur Nice, un regard décalé…
    Des bises, et merci je suis trop contente.

    1. C’est moi qui devrait être content puisque non seulement tu me l’as offert mais surtout tu m’as fait découvrir Modiano. Pour le coup de coeur, disons que j’imagine que ses autres livres sont sur le même moule que les 3 que je connais. Il y en aura qui me plairont plus que d’autres mais je ne suis pas certain d’aller au delà d’un grand plaisir de lecture…et c’est déjà pas mal ! De toute façon, quand je lis 3 romans d’un même auteur en quelques mois c’est que ça me plait déjà beaucoup ! 😀

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