Le choeur des femmes de Martin WINCKLER (2009)

choeur des femmes

Jean Atwood est une jeune interne en médecine de presque 30 ans . Talentueuse et Major de sa promotion, elle se destine à la chirurgie gynécologique, auprès d’un ponte de la discipline. Mais pour valider le dernier semestre de sa formation,  elle doit rejoindre le service de la médecine des femmes. Ce centre de médecine générale est dirigé par le Dr Franz Karma qui à une approche particulière de la gynécologie et reçoit les patientes que les gynécos repoussent.  Pourtant, le courant ne passe pas entre Atwood et Karma. Et la jeune femme ne supporte pas d’assister aux consultations, estimant perdre son temps avec ses femmes qui viennent plus ou moins geindre sur leurs soucis de femmes. Karma lui propose un marché : elle sera à l’essai pendant une semaine, puis pourra choisir de rester le semestre entier ou de partir tout en validant son diplôme.

« Qu’est-ce qu’il me chante, là ? J’ai déjà vu des patrons faire sortir des internes parce qu’ils veulent bavarder tranquillement avec un ami ou une relation, ou même pour se rincer l’oeil tranquillement sur une nana bien roulée, mais je n’ai jamais entendu parler d’un praticien qui met l’interne dehors lorsque la patiente le demande ! Comment peut-il avoir la prétention de m’enseigner quoi que ce soit s’il me fait sortir à tout bout de champ parce que telle ou telle gonzesse ne veut pas que je voie ses fesses. »

Pourtant, Jean va choisir  malgré tout d’écouter  toutes ces femmes…jusqu’au moment où elle va aussi s’écouter elle même…

Je le dis clairement, c’est un livre particulier, puisqu’il y est question de règles, de contraception, de pilules, d’ IVG, de viol et du sexe, au premier sens du terme, homme ou femme, et notamment de la question des personnes intersexuées.

L’auteur, Martin Winckler est aussi médecin et spécialiste des questions de gynécologie féminine et de contraception. Médecin et romancier, cela à de quoi interroger, car il mélange habillement des récits de femmes qu’il a reçues dans son métier de médecin et des personnages romanesques avec une fiction qui prend de l’ampleur au fur et à mesure que le livre avance.

Je dois avouer avoir été un peu surpris par la forme du roman assez originale et la variation des styles de récits (témoignages, dialogues entre les 2 protagonistes, pensées intérieures de la belle Jean…etc), mais je dois dire que j’ai été captivé et touché par ce choeur des femmes, et que j’ai trouvé ce livre vraiment génial et pas forcément réservé aux femmes.

L’auteur, à un approche totalement humaniste et humaine de la médecine en général et de la gynécologie en particulier, et son livres est une charge virulente contre la médecine classique, les grands pontes de la chirurgie des organes sexuels, les mandarins, les rapports entre les laboratoires et les médecins et la place des patientes sur la table d’examen , une fois qu’elles ont les pieds dans l’étrier et les jambes écartées. Franchement, on ne peut qu’être touché devant la détresse de certaines, qui viennent pour être écoutées, réconfortées et examinées avec humanité et respect pour leur dignité. Ce Choeur de femmes amène le lecteur et la lectrice à réfléchir à se rendre compte de certaines réalités qu’on occulte.

« Les livres de médecine ne parlent pas des douleurs provoquées par les gestes des médecins. Et beaucoup de médecins pensent que si c’est pour le bien des patientes, la douleur est justifiée. Aucune douleur n’est justifiée. Jamais. »

« Les médecins qui veulent le pouvoir font tout pour l’obtenir. Ceux qui veulent soigner font tout pour s’en éloigner. »

Martin Winckler est un féministe, un anti conventionnel, et un empêcheur de tourner en rond, et j’aime ça !

« Lorsqu’une femme te confie qu’elle a trompé son mari, ce n’est pas pour être absoute – tu n’es ni grande prêtresse ni directrice de conscience -, mais ça peut être pour que tu entrevoies pourquoi elle ne veut pas de la grossesse qu’elle va interrompre. Elle a peut-être simplement besoin de lire dans tes yeux qu’elle n’est pas juste « monstrueuse » d’interrompre sa grossesse, qu’elle est humaine. »

« Je sais que les femmes plient encore sous le genou et la queue des hommes et qu’avant qu’elles ne plient plus sous le poids odieux des médecins, il y aura encore longtemps des médecins hommes et femmes, car ce n’est pas une question de sexe, c’est une question de pouvoir, qui continueront à leur fourrer leurs doigts, leurs instruments, leurs appareils dans le sexe sans se demander ce que ça leur fait, sans se poser la question de savoir ce qu’il y a derrière, ce que ça veut dire pour elles, sans jamais mesurer – et je pèse le poids de mes mots – combien cela fait ressembler les médecins à des bourreaux. »

« Les hommes ne remplissent pas les femmes, ils les dévorent, ils leur collent à la peau comme des sangsues, ils les consument, ils les vident de leur substance et quand elles sont toutes plates, toutes fripées, ils les laissent tomber comme de vieilles chaussettes pour des jeunes toutes pleines toutes rondes qu’ils vont liposucer à mort de l’intérieur. »

Le propos est parfois exagéré , provocateur et caricatural, mais il le mérite de toucher, de dire une vérité, de faire réfléchir.

Ses personnages existent vraiment, petit à petit leur caractère s’affirme et la relation entre Atwood et Karma est passionnante.

Petit à petit, on suit le changement d’optique et de perception de cette jeune interne, dont on va comprendre progressivement que son parcours personnel n’est pas étranger à son choix de faire de la chirurgie des organes sexuels.

Vers la fin, le romanesque l’emporte et le côté mélodramatique devient prégnant, peut être que Martin Winckler avait peur de lasser et voulait amener un peu d’aération dans son récit. Pourtant, je trouve que cet aspect là du livre est le moins réussi et le moins convaincant, et l’on sent venir l’inévitable happy-end.

Quoi qu’il en soit, malgré quelques répétions et les presque 700 pages du livres, pour moi le Choeur des femmes est un coup de coeur, inattendu et surprenant, je l’avais depuis plus de deux ans sur mes étagères et je repoussais la lecture, même si Aspho (que je remercie 1000 fois de me l’avoir offert)  et La Douce avaient toutes les deux aimé ce livre peu ordinaire et dont on garde des traces après l’avoir lu.

Oubliez le sujet pas forcément vendeur ni attirant sur le papier et écoutez avec votre coeur ce choeur là !

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46 réflexions sur “Le choeur des femmes de Martin WINCKLER (2009)

  1. J’aime énormément Martin Winckler, son humanisme, son féminisme… Celui-ci n’est pas son livre le plus réussi d’un point de vu romanesque mais tout de même il n’hésite pas à faire le ménage sur les idées reçues en gynécologie et ça fait du bien. Si tu ne les a pas encore lu, je ne peus que te conseiller « Les trois médecins » (mon favori), et « La maladie de Sachs », excellents !

    1. J’en conclus que tu l’as aimé ce livre toi aussi…j’avoue ne pas m’être posé autant de questions même si je suis sensibilisé à ce genre de problèmes féminins. Et puis j’ai bien aimé la façon un peu foutraque et différente de construire le livre. Un auteur que je relirai !

  2. Comme je l’ai aimé ce bouquin ! Comme il m’a parlé ! Et puis de toutes façons, je suis fan de Winkler comme toi de Delphine (et désolée pour mon post de demain 😉 )

    1. Jusqu’ici , mis à part Phili qui a longuement expliqué pourquoi elle ,n’aimait pas ce livre là, il est vraiment apprécié de roman là ! De mon côté, il restera un vrai bon souvenir, une lecture assez particulière et inhabituelle en ce qui me concerne !
      Bon ben Adieu, Sido, j’ai été ravie de te connaître, même si cela fut bref ! Pas touche à Delphine ni à Katy 😀 😀 😀

  3. sous les galets

    Moi aussi je l’ai ici (ou chez ma mère), mais vu qu’hors grossesse, je ne vais JAMAIS chez le médecin ou le gyneco, je ne suis pas trop dans la cible. Parce que l’extrait que tu as mis sur le pouvoir c’est vrai, on se laisse faire par les médecins parce qu’ils savent et du coup on accepte tout, et c’est vrai qu’ils sont peu à s’interroger sur la douleur, le confort ou la détresse des patients (et encore plus en gynéco j’imagine), bref, je crains vraiment qu’il ne soit trop dur pour moi (parce que finalement, tout ce qui touche à la gynécologie féminine fait appel, généralement, aux démons des femmes -la sexualité, la maternité, la séduction, la puberté, la maladie, la vision de soi etc……bref 9 femmes sur 10 ont un truc à régler sur l’un de ces domaines).
    Donc je ne sais pas…peut-être plus tard, je suis très chochotte en ce moment. J’ai peur qu’il me fasse de la peine ce livre.

    1. Non, il n’es pas dur au sens pathos, il amène à réfléchir sur la détresse de certaines femmes et la réponse médicale pas toujours adaptée, notamment en gynéco. Disons qu’il est directe et qu’il appelle un chat un chat mais il y a beaucoup de positif et même une histoire sentimentale à l’intérieur avec un joli happy end ! Mais bon ce n’est pas le bon moment, tu es enceinte…alors peut être un jour !
      Et puis j’ai 2 autres coup de coeur à suivre, oui c’est ainsi, ça fait un moment que je n’en avais pas eu et voilà !

  4. Je sais pas trop…
    Le sujet est certainement abordé de manière générale et culottée (désolée…), mais j’ai peur à la fin du bouquin de détester mon médecin et d’être tentée de l’assommer à coup de spéculum 😄😄😄

    1. Joli commentaire ! Ce livre donne à réfléchir et en plus il est bien écrit…j’ai jamais vu l’objet dont tu parles de près, mais comme ça je dirais que pour assommer le docteur avec, il doit falloir le lancer et donc bien viser…:D

      1. Son discours sur les spécialistes toujours convenu et d’un cliché ! Il n’y a que les généralistes qui trouvent grâce à ses yeux. Il me saoûle, tu ne peux pas savoir ! Il est devenu un réac de la médecine et du coup, tout ce qu’il peut dire perd en substance et c’est trop con parce qu’il est capable de pensées sensées, enfin quand il veut. Ses chefs d’œuvre (de vrais coups de cœur) : La maladie de Sachs et Les Trois Médecins. À lire dans cet ordre. Après, tu peux oublier le reste et même Le Chœur des femmes.

        1. Tout le monde me conseille la maladie de Sachs…je le lirai.
          Sur le fond j’aurais tendance à être assez d’accord avec lui, je n’ai pas une bonne image de la médecine et des médecins mais je dois dire que dans ma vie j’ai croisé 3 vrais docteurs, des soignants, bons et bons humainement et 2 sur 3 étaient des spécialistes !
          Bisous !

          1. Mon père a survécu à trois cancers dont deux fort virulents mal diagnostiqués par son médecin généraliste (on ne lui en veut pas car il s’est excusé) doivent leur agonie par deux chirurgiens non seulement d’une incroyable dextérité mais aussi d’une profonde humanité. J’ai aussi rencontré des spécialistes d’une courtoisie et d’une profonde gentillesse, des généralistes formidables. Je sais aussi que certains font de la médecine du fric et que leur serment d’Hippocrate ressemble plus à l’Hypocrite. Que Martin Winckler fasse la guerre aux spécialistes, qu’il se venge d’eux, il en a le droit, il peut l’écrire ou en parler à un psy (cela évitera la destruction d’arbres mais ne lui rapportera rien , voire lui ne coûtera). Qu’il ait un public conquis, tant mieux pour lui. Mais je n’en fais plus partie depuis longtemps et je ne suis pas sûre de revenir sur cette décision. Il faudrait qu’il sorte de sacrés arguments et qu’il abandonne sa maniaque ritournelle !

            1. Je comprends que le sujet soit sensible. J’ai aussi croisé u neurochirurgien très bon , qui était d’une grande humanité et qui n’appliquait pas de dépassements d »honoraires pour les patients qui n’avaient pas de mutuelle ou étaient à la CMU. Cela fait plaisir. Et mon généraliste actuel est nullissime, gentil mais nullissime, en Ariège pour trouver un docteur qui tienne la route c’est chaud…mais la médecine du fric existe et domine. Tu sais pourquoi il y a très peu de spécialistes en médecine interne ? Ben parce les études sont encore un peu plus longues que sur certaines spécialités et parce que les consultations durent longtemps…donc moins de clients…quand aux gynécos qui font des examens bidons à 120€ en quinze minutes, j’en connais aussi alors même si Winckler se venge de je ne sais quelle déception ou affaire personnelle, c’est bon aussi d’entendre ce genre de discours…après faut jamais généraliser !

  5. Le premier que j’ai lu c’est La Vacation. C’est aussi une lecture forte et utile. Puis j’en ai lu d’autres de lui et à chaque fois j’ai eu le coup de cœur. Mais j’aimerai bien savoir où ils sont en vrai ces médecins? Des espèces rares qui sont déjà en voie de disparition. C’est le poil à gratter de la profession ce type et en plus il écrit bien. Tu as bien raison de dire que ce n’est pas une lecture pour les femmes, car dans ces romans il parle beaucoup aussi des hommes.

    1. Bienvenue Manoudanslaforet. C’est gentil de le dire, je viendrai voir tes lectures à mon tour.
      Le choeur des femmes, sur le papier, on a pas forcément envie d’y aller, surtout si on est un homme. Et puis, ça se lit très vite , c’est prenant, et il y aussi une intrigue donc au final, c’est que du bonheur !

  6. Je rectifie : je ne l’ai pas lu !!! Mais je suis ravie qu’il t’ait plu, surtout sur 700 pages, faut tenir ! Je le lirai peut-être un jour (j’en ai eu l’intention à un moment) mais plus tard ! C’est toujours chouette d’avoir un coup de coeur !!! Surtout quand je t’offre un livre ! 😆 Bises

  7. Très chouette billet. Et tu as bon goût. Une voix et des voix les romans de Martin Winkler. je l’ai découvert avec son premier  » La maladie de Sachs  » qui m’avait touchée. Tu as bien raison, à ne pas réserver aux femmes.
    Bon dimanche à toi.

    1. Sachs est d’ailleurs ici le nom de l’un des personnages…et ce premier livre que tu mentionnes est semble-t-il connu et réussi. Gros coeur pour moi, malgré ce sujet très particulier.
      Belle fin de journée également, merci de ta visite.

  8. soene

    Hello Mindounet
    Et moi qui croyait que tu allais nous parler de musique, de ces voix comme celles de Jeanne et les Autres choristes, qui nous font vibrer 🙄
    Tu as vibré pour ce livre dans les entrailles féminines, des voix de femmes dont les voies sont difficiles à suivre… 😆
    Ca ne me dit rien et 700 pages ça m’effraie carrément…
    J’ai des souvenirs personnels de grands moments de solitude, en effet, face à ces médecins spécialisés qui envoient de toutes les couleurs et de toutes les formes à longueur de journée et qui sont insensibles et indifférents. C’est très « inconfortable » physiquement et moralement.
    Ton billet décrit bien ces atmosphères, ce milieu médical particulier et j’aime toujours quand tu as un coup de coeur pour un livre 😉
    Bon dimanche et belle semaine à venir
    Gros bisous

    1. Cet auteur qui est aussi médecin m’a en effet touché, c’est le premier livre que je lis de lui et certainement pas le dernier.
      Ma prochaine chronique de livre sera aussi un coup de coeur, hasard de l’enchaînement des lectures.
      Je parle souvent de musique mais pas vraiment des chorales…c’est pas ma tasse de thé !!
      Bisous d’ici!

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