L’Ennui de Alberto Moravia (1961)

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Jolie la couverture…

 » Donc , aussi loin que ma mémoire remonte au long des années, je me rappelle avoir toujours souffert de l’ennui. Mais il faut s’entendre sur ce thème. Pour beaucoup de gens, l’ennui est le contraire de l’amusement et l’amusement est distraction, oubli. Mais pour moi, l’ennui n’est pas le contraire du divertissement…l’ennui pour moi est véritablement une sorte d’insuffisance, de disproportion ou d’absence de la réalité. Pour employer une métaphore, la réalité, quand je m’ennuie m’a toujours produit l’effet déconcertant que donne au dormeur une couverture trop courte, une nuit d’hiver : s’il la tire sur ses pieds , il a froid à la poitrine, s’il la remonte sur la poitrine, il a froid aux pieds. »

Oh, punaise, mais alors il faut être écrivain et intello pour arriver à comprendre et surtout à expliquer aux autres ce qu’est l’ennui dans son sens existentiel ?? Dans mes bras Antonio…chaque fois que je me suis risqué à essayer d’expliquer ce sentiment, on m’a répondu qu’il fallait que je fasse des activités, que je vois des gens…bref j’ai laissé tombé !

Mais je sens que je m’éloigne de ma chronique de livre…et qu’elle va être différente de d’habitude !

C’est Asphodèle (que je remercie et embrasse) qui m’a offert l’ Ennui de Moravia, en me disant que c’était un auteur exigeant et qu’elle n’était pas sûre que je le lise. Mais elle le connait assez pour ne pas trop se tromper dans son entreprise sournoise d’éducation littéraire entreprise depuis maintenant plusieurs années.

Non seulement je l’ai lu en entier, il m’a intéressé et malgré quelques longueurs, j’ai trouvé que c’était un auteur et un style très accessible. Bien entendu, il faut accepter l’idée que le narrateur se regarde le nombril et décortique de manière approfondie ses tourments liés à l’ennui. C’est une approche très intellectualisée mais réussie et convaincante.

Mais il y a une histoire, une vraie dans l’ Ennui.

Celle de Dino, 35 ans, issu d’une famille riche qu’il abhorre (père décédé, mère aux antipodes du caractère du jeune homme). Dino est en rupture avec le monde extérieur et la réalité. Dino est peintre mais rongé par l’ennui, il n’arrive plus à noircir ses toiles. Un autre peintre habitant dans le  même immeuble que lui meurt et Dino rencontre Cécilia, la jeune modèle de 17 ans dont ce peintre était follement amoureux. Dino à son tour tombe amoureux de l’insaisissable Cécilia. Au départ, leur relation sombre comme toute chose dans l’ennui mais alors que Dino veut rompre, il se rend compte qu’il est possédé par cette relation. Et il va chercher à posséder Cécilia, totalement, pas seulement sexuellement même si Dino ne peut finalement pas se passer du corps de Cécilia.

En somme, cette possession totale serait pour Dino une porte de sortie pour cet ennui existentiel qui lui pourrit la vie et lui permettrait peut-être de retrouver son inspiration artistique.

Moravia traite aussi de l’amour et de la passion, thème de prédilection pour moi en littérature.

 » l’amour n’a pas besoin de motif, c’est vrai, on aime et cela suffit; mais la qualité de l’amour, elle , a un motif. On aime sans raison; mais si l’on aime avec tristesse ou avec joie, avec tranquillité ou avec inquiétude, avec jalousie ou avec confiance, il existe au fond une raison quelconque ».

 » Tout peut se faire aisément , avec grâce et harmonie, tout sauf l’accouplement. La conformation même des deux sexes, celui de la femme difficile d’accès, celui de l’homme, incapable, comme le bras ou la jambe, de se diriger vers son but de façon autonome, mais nécessitant au contraire l’aide de tout le corps, me paraissait indiquer l’absurdité de l’acte sexuel. »

Au final, l’ Ennui de Moravia m’a procuré un joli moment de lecture et je conseille ce livre à ceux et celles qui savent ce qu’est l’ennui existentiel…pour les autres, je ne sais pas !

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Pas mal aussi…

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18 réflexions sur “L’Ennui de Alberto Moravia (1961)

  1. Je suis de ceux qui n’ont aucune idée de ce qu’est l’ennui, que là je vois assez proche d’une certaine mélancolie désoeuvrée quand même non? Même l’extrait du début, je ne suis pas certaine de tout à fait le comprendre, mais j’apprécie ta chronique car il y a quelque chose d’universel finalement dans le fait que la passion amoureuse et sexuelle ait beaucoup servi à combler l’ennui, même dans Belle du Seigneur il y a cette dimension là.

    1. Complètement pour Belle du Seigneur et Cohen démontre que la passion amoureuse soit elle retombe dans l’ennui et elle s’arrête, soit elle devient l’enfer et elle meurt.
      C’est un ennui existentiel, et j’ai compris en lisant Moravia que c’était aussi un détachement d’avec le réel, les choses et les personnes ne sont pas réelles dans cet ennui là, comme si on était toujours un peu en suspension, en lévitation. C’est pour ça que ce livre m’a plu parce que je sais ce qu’il explique. Sans cela, c’est un peu prise de tête et intello psycho. Et puis, ça me fait un classique de lu 😀 😀

  2. soene

    L’ennui, Mindounet, c’est que ton billet est un peu long, que je n’ai pas trop de temps en ce moment, que le titre du livre m’ennuie déjà, que je n’aime pas les images de ces couvertures 🙄
    bref, L’Ennui ne me dit rien 😉
    Gros bisous et bonne fin de semaine

  3. Mais oui, je savais que ce livre était pour toi ! Et tu vois il n’y a rien d’inaccessible en littérature dès que le sujet nous touche ! Du coup, tu m’as donné envie de le relire ! Parce que j’ai lu ça dans ma folle jeunesse plombée par l’ennui existentiel et le spleen qui seyait bien à mes vingt ans déjà vieux !!! Un beau billet que voilà ! 😉

    1. Comment ça, tes 20 ans déjà vieux 😀 . Bon je continue dans ta série de livres offerts ou prêtés puisqu’ après avoir abandonné Eva que je n’ai pas réussi à lire, je vais attaquer le père Bobin ce soir 😀
      Lecture agréable, après si le thème n’intéresse pas spécialement le lecteur, ou ne le concerne pas, je peux comprendre qu’on reste à côté…

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