Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay (2006)

sarah

La traduction française de ce roman écrit en anglais (Tatiana de Rosnay est anglo-française) fait probablement référence à la chanson de Jean-Jacques Goldman.

Ce livre paru en 2006 a eu un succès important dans plus de 20 pays, plus de 6 millions d’exemplaires ont été vendus, et le livre a été très bien adapté au cinéma en 2010 (avec Serge Joncourt comme scénariste).

Mais de quoi s’agit-il ?

Tatiana de Rosnay raconte deux histoires dans Elle s’ appelait Sarah.

La grande Histoire d’un côté, avec la rafle du Vel d’hiv intervenu le 16 juillet 1942, où 13000 juifs furent arrêtés, parqués, déportés et exterminés. La narratrice est la petite Sarah, qui arrivera à s’échapper du camp de transit de Beaune la Rolande (Loiret) et donc à survivre, alors que son frère resté caché dans leur appartement parisien mourra de faim et de soif et que ses parents seront exterminés à Auschwitz.

La petite histoire, avec Julia Jarmond, journaliste franco-américaine, qui doit rédiger un article dans un journal à l’occasion du triste soixantième  anniversaire de la rafle, en juillet 2012. Les recherches menées sur cet épisode de la guerre vont se télescoper avec sa propre famille, sa propre vie, sa propre trajectoire et Julia n’aura de cesse de retrouver la trace de Sarah et d’éclaircir les mystères autour de l’arrestation de sa famille ce 16 juillet 1942.

Je le dis tout de suite, Elle s’appelait Sarah est un livre dont on ne ressort pas indemne , avec une histoire qu’on n’est pas près d’ oublier.  Je comprends que ce roman soit devenu un tel phénomène éditorial.

« Oui, la guerre est finie, enfin finie, mais pour ton père et moi, rien n’est plus pareil. Et plus rien ne sera jamais pareil. La paix a un goût amer. Et le futur est inquiétant. Les évènements qui ont eu lieu ont changé la face du monde. Celle de la France aussi. Notre pays n’est pas encore remis de ces sombres années. Cela arrivera-t-il un jour ? Ce n’est plus la France que j’ai connue lorsque j’étais enfant. C’est une autre France que je ne reconnais pas. Je suis vieille désormais et je sais que les jours me sont comptés. Mais Sarah, Gaspard et Nicolas sont encore jeunes. Ils vont vivre dans cette nouvelle France. J’ai de la peine pour eux car j’ai peur de ce qu’il adviendra. »

La force de l’auteur est de raconter l’horreur de la rafle du vel d’hiv, sans ménagement, sans tabous , à partir de récits et documents historiques. Le fait de faire parler la petite Sarah renforce l’émotion et certains passages sont vraiment terribles. Mais comment écrire l’horreur sans sensibilité ? Tatiana de Rosnay ne se prive pas de rappeler avec quel zèle et avec quelle ignominie, le gouvernement français avait répondu aux ordres des nazis, dépassant les objectifs fixés notamment en arrêtant aussi les très jeunes enfants. Notons au passage que l’ Etat français choisit de privilégier l’arrestation des réfugiés et apatrides…et qu’il faudra attendre Jacques Chirac en 1995 pour reconnaître clairement la responsabilité du gouvernement français dans cet épisode tragique de la seconde guerre mondiale.

Les yeux de la fillette ne se remettaient pas des horreurs de la nuit. Ils en avaient trop vu. Peu avant l’aube, la femme enceinte avait donné prématurément naissance à un enfant mort-né.La fillette avait été témoin des hurlements, et des larmes.

La partie du livre qui raconte le parcours de Julia est hyper bien faite, l’histoire est romanesque à souhait, l’idée du déroulé du roman est remarquable, Tatiana de Rosnay fait partie des grandes raconteuses d’histoires, qui atteignent leur but en écrivant simplement, sobrement, certains trouveront certainement que c’est trop populaire comme littérature, dommage pour eux!

C’est également un livre qui pose les questions du poids du passé, du secret familial. Faut-il se confronter à la réalité ou doit-on laisser l’histoire familiale dans le déni, le secret ? Finalement, de quoi est-on le plus coupable ? Des actes eux-mêmes  ou bien du silence ou des mensonges pour ne pas les révéler ?

J’ai vraiment beaucoup aimé Elle s’appelait Sarah,  et pour une fois, j’avais vu le film avant de lire le roman.

Une seule chose m’a gênée, je trouve que la fin du roman (les 40 dernières pages)  est trop longue, trop prévisible, trop cinématographique et sonne un peu trop américaine pour moi…encore que dans cette Histoire, je parle de la grande, les américains ont leur mot à dire sur l’attitude de la France pendant l’occupation.

Mais à part cela, je conseille Elle s’appelait Sarah à tous ceux et celles qui ne l’ont pas encore lu.

Je trouve que ce livre devrait être étudié au collège, voire au lycée, j’espère qu’il l’est…il associe avec talent et simplicité  la littérature à l’histoire en les ouvrant au plus grand nombre, et c’est assez rare.

Pourquoi tant de haine? Sarah n’avait jamais haï personne dans la vie, à l’exception d’une institutrice. Cette maîtresse l’avait sévèrement punie parce qu’elle ne savait pas sa leçon. Elle essaya de se rappeler si elle avait été jusqu’à souhaiter sa mort. Oui, elle avait été jusque-là. Alors, c’était peut-être ainsi que tout était arrivé. A force de détester les gens au point de vouloir leur mort. De les détester parce qu’ils portaient l’étoile jaune. Cela lui donnait des frissons. Elle avait la sensation que toute la haine du monde, tout le mal du monde se concentraient ici, les encerclaient et se lisaient dans les visages fermés des policiers, dans leur indifférence, dans leur mépris. Et en dehors du camp, était-ce la même chose, le reste du monde détestait-il aussi les juifs? Etait-ce ce à quoi toute sa vie allait ressembler?

Je relirai Tatiana de Rosnay, c’est certain.

PS: dans un autre registre, totalement différent, pour ceux qui aiment Daphé du Maurier, je vous conseille la bio écrite par Tatiana, brillante et hyper bien documentée : Manderley for ever.

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41 réflexions sur “Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay (2006)

  1. sous les galets

    C’est marrant, ce livre en a bouleversé plus d’un autour de moi: en IRL comme sur la blogo, beaucoup l’ont vraiment aimé et pourtant je bloque. Sans doute parce que tout ce que tu dis que la rafle du VH je le sais déjà, et du coup je crains vraiment trop d’explicite, l’horreur trop bien expliquée d’une certaine manière. Je ne suis pas sûre d’être le bon public pour cela.

    1. Je fuis aussi la description de l’horreur mais là c’est encore tenable, il ne s’agit pas des camps de la mort, l’horreur est presque plus psychologique, morale, philosophique. Oui ce livre a marqué les esprits, pas évident pour un auteur de rebondir après.

  2. D’abord un hors sujet: tu es sur wordpress et pourtant il n’y a pas le bouton pour dire qu’on a aimé ton billet (où alors je ne le vois pas).
    J’ai lu ce roman et c’est vrai qu’elle fait passer toute l’horreur de la rafle du vel d’hiv. Et puis l’horreur du petit frère fermé dans le placard. Comme toi j’avais été déçue par la fin pour les mêmes raisons. Mais ce livre de Tatiana de Rosnay m’avait marquée et je l’avais trouvé réussi! Ma grande fille (qui en deuxième prénom s’appelle Sarah ) a été très marquée par cette lecture; ce roman fait partie de ses préférés.
    Du coup j’avais tenté une autre lecture, Le Voisin et là la déception!!!! si grande que je n’ai plus envie de lire d’autres romans d’elle.
    Ton article m’a fait jeter un oeil sur mon ancien blog, du coup je vais rapatrier mon ancien billet pour le mois du polard.
    Bises Mind

    1. Pour le j’aime, j’ai essayé d’enlever le bouton, peut être que ça marche…j’aime pas le principe 😀 😀
      Pour le Voisin, visiblement ce n’est pas son meilleur livre, je m’orienterais sur un autre titre.
      Je comprends que ça marque et parle aux ados, j’aimerais que ce livre soit proposé en collège, il permet de voir une part de l’histoire qui s’appuie sur des faits réels et c’est aussi une belle histoire, romanesque, mais dure et qui peut en effet marquer.
      Bonne journée.

  3. J’ai vu le film et j’avais aimé mais en revanche, hormis la bio que j’ai beaucoup aimée, tous ses livres me sont tombés des mains 🙄 Alors je ne retente pas ou éventuellement si elle en sort un après Daphné, pour lui laisser une autre chance…mais je m’ennuie dans ses livres…

      1. N’importe quoi ! 🙄 Justement…on peut avec des mots simples faire d’excellents livres, un vocabulaire alambiqué n’est pas une garantie de « bon livre » ! Là je parlerais plutôt d’un style « plat », limite « simplet »… Je te dis « Manderley for ever » est une exception mais bon, elle avait un sujet en or ! 😉 J’avais commencé « Le voisin » (que d’autres ont aimé), et j’ai balancé le livre à la page 15 je crois, j’ai voulu l’offrir à Marie (qui n’a pourtant pas les mêmes goûts que moi), pareil, elle l’a refilé…depuis je ne sais pas ce qu’il est devenu ! 😆 Chez Emmaüs peut-être ! 😉

        1. Je ne connais aucun autre titre de Tatiana de Rosnay mais je remarque que tu n’es pas la seule à parler de cette simplicité ou platitude… 😀 , on va refaire le débat éternel sur les styles d’écriture, qui est un grand écrivain et qui ne l’est pas… le populaire et la grande littérature. J’ai lu Bobin m’attendant à un truc fantastique en écoutant les blogueuses et je trouve ça bien écrit mais plat aussi…même si un seul livre, c’est rapide pour me faire une opinion…noter quelques pensées sur un carnet tous les jours ou quant on a un moment c’est plus facile que de raconter une vraie histoire et ça fait pas forcément un grand écrivain qui restera.

          1. Non on ne va pas refaire le débat, de toutes façons, en général un des deux n’écoute jamais les arguments de l’autre et donc reste sur ses positions ou ses a priori… 😉 Je ne connaissais pas Bobin avant de bloguer mais Tatiana de Rosnay de nom. Juste avant mon blog, j’avais donc acheté le Voisin à Hyper U, sans a priori ni avoir lu de billet sur elle et je n’ai pas aimé, je l’ai offert à Marie qui n’ a pas aimé et nous n’avons pas du tout les mêmes goûts (pas souvent). Bobin, je l’ai lu suite à des billets sur les blogs (mais je ne l’ai jamais trouvé à Hyper U) et jusqu’à présent je n’ai pas tout aimé, même dans ses petites phrases, certaines sont bien d’autres ne me touchent pas. Mais je ne parierai pas sur QUI restera dans l’histoire de la littérature… Je préfère des « fragments » percutants et intelligents, universels que des livres que l’on oublie un an après les avoir lus… Mais bon, ça ne m’a pas empêchée d’acheter Manderley malgré mes a priori et de le trouver bon ! Je ne fais pas d’ostracisme ni de racisme avec les auteurs « qui se vendent » donc taxés de « populaire » (Modiano se vend très bien aussi 😉 ) : j’aime ou je n’aime pas, point ! Après il ne faut pas non plus sombrer dans le snobisme inverse qui serait de trouver génial quelqu’un sous prétexte qu’il est populaire…et oui chaque médaille a son revers ! Ecoute-toi avant d’écouter les autres ou plutôt ce que pensent les autres ! 😉 Bises Poussin 🙂

          1. Oui mais ça c’est quand je suis malade !!! 😆 Sinon je rajoute au moins un jaune d’oeuf et un peu de fromage qui « file »… Mais on reste dans la simplicité avec juste 2 ingrédients en plus ! 😀 😀

    1. Il est rude au départ…et pourtant il ne s’agit pas des camps de la mort, là je n’ai jamais lu quoi que ce soit pour les mêmes raisons que toi enfin disons que j’appréhende donc j’évite de lire ce genre de récits.

    1. De mon côté, je ne la connais pas en tant que femme ou très peu mais depuis que je sais qu’elle est passionnée par Daphné du Maurier et depuis que j’ai lu sa géniale bio…elle m’intéresse et ce livre là me conforte !

  4. soene

    Tu n’as pas changé de sexe, Mindounet ?
    Il y a un « e » de trop à une seule chose m’a gêné 😉
    Je plaisante évidemment car ton billet de lecture est parfait pour donner envie de lire ce livre.
    J’ai lu Rose et à l’Encre russe de Tatiana de Rosnay. J’ai adoré le premier, moins le 2e.
    On le trouve souvent en livre d’occasion. La prochaine fois que je le croise, je l’achète !
    S’ils t’intéressent, mes 2 livres peuvent voyager. Je viens de les retrouver dans un pile !
    Gros bisous

    1. Coucou !
      Merci, pour le moment j’ai assez à lire, je vide ma pile le plus possible avant de la reconstituer, mais je regarderai de quoi il s’agit pour plus tard.
      Celui-ci est le livre qui l’a lancée et depuis elle rencontre un vrai succès public. Joli livre !
      Non je n’ai pas changé de sexe… 😀 il y avait 4 fautes au départ, celle ci est passée à la trappe 😀
      Bisous !

  5. Je n’ai vu que le film. J’avais trouvé qu’il était très bien fait. Kristin Scott-Thomas est une grande actrice.
    Mais j’essaie de lire des choses un peu joyeuses en ce moment…
    Bisous Mind
    ¸¸.•*¨*• ☆

  6. Bon samedi à toi MDG 🙂
    Comme Caroline Doudet, je n’osais pas lire le livre, trop de sensibilité sur ce sujet. Pas envie de replonger dans l’horreur. Et puis ma belle-soeur arrive avec le bouquin et me dit : « Je te rassure, je te le conseille, il est tellement bien écrit et bon c’est réel, mais tu pourras le lire » (elle me connaît 🙂 ) Bon je me lance, et effectivement je l’ai lu quasiment d’une traite. Étant ex-Bruxelloise, Vichy, un peu dans l’histoire, mais le Vel d’Hiv, j’en avais justement vu des extraits cinématographiques à vomir personnellement, tant les images étaient prenantes et sont certainement bien lointaines de la réalité. En Belgique, cette période n’est pas trop abordée au cours d’histoire.
    Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup appris sur cet évènement. Pour ce qui concerne Vichy et tout ce qui c’est passé à cette époque je remercie la saga de la Bicyclette Bleue de Régine Desforges qui l’aborde dans une des suites.

    Je suis entièrement d’accord avec ton développement, et l’auteur(e) écrit le tout avec beaucoup de finesse en y mélangeant une pointe de suspense habilement menée au milieu de l’histoire passée.
    J’ai beaucoup aimé l’histoire, l’écriture. Et le sujet, j’ai pu le lire, avec des nœuds au ventre, normal. Je m’attendais à pire encore. J’ai vu les films sur la Shoah en son temps lorsqu’ils furent diffusés pour la première fois à la télé, il y a de nombreuses années et dès leurs sorties. Après je n’ai plus rien regardé, c’est suffisant me semble t-il.

    Pour la fin du roman, je suis sans avis, et trouve que cela entrait normalement dans la conception du livre. Peut-être, comme tu avais vu le film très fidèle au roman, as-tu été quelque peu déroutée pour cette fin différente du film ? 🙂

    Ce livre est à mettre à côté du Journal d’Anne Franck en tant que témoignage.
    Voici ma petite contribution pour ce livre 🙂
    Bon week-end à toi.
    Geneviève

    1. Ouin on peut penser au Journal d’Anne Frank. Le livre n’est pas vraiment sur la Shoa mais sur l’épisode de la rafle du Vel D’hiv, qu’on ne doit pas oublier, qu’il ne faut pas oublier.
      Le happy-end final était pour moi trop prévisible mais c’est le point faible des auteurs anglo-saxons, enfin parfois.
      Merci de ta contribution à ce beau livre ! 😀

      1. En effet sur la rafle du Vel D’Hiv, évènement qu’on apprend pas en Belgique, ou très peu, alors qu’ici en France, il est bon de le rappeler. Je me suis instruite également en découvrant ce que je connaissais si vaguement par le terme, non des détails tels que décrits dans le livre et vus dans le film. Je me suis tout de même dit que de tels évènements devraient figurer dans nos cours. J’ai eu un professeur d’histoire qui nous a raconté au Lycée à Bruxelles, ce que faisait Mengelé et nous y avons passé à l’écouter, 50 mn de notre cours à nous « instruire ». C’était en 1970, ma dernière année de cours et j’avais vingt ans. Ici en France, par ce type de livre, la parole s’est quelque peu libérée quant à ce fait évoqué par l’auteur(e). Il ne s’agit effectivement pas de la Shoah. Merci pour cet échange 🙂

        1. Ce que faisait Mengelé…j’espère qu’il ne rentrait pas dans le détail parce que l’intérêt pédagogique est limité…: 😀
          Une sombre histoire de la France…y a t-il eu pire ?? Depuis le xx ième siècle je ne crois pas…

    1. Je comprends, je suis aussi assez limité pour lire des scènes vraiment dures. Le début est assez cru mais il faut aussi penser que l’action ne se passe pas dans les camps d’extermination. c’est le premier roman que je lis de Tatiana de Rosnay, je n’avais lu qu’une biographie géniale de Daphné du Maurier, et je n’ai pas été déçu.

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