Dora Bruder de Patrick MODIANO (1997)

dora bruder

Patrick Modiano tombe un jour de 1988, sur une annonce parue en 1941 dans un journal Parisien : « PARIS. ON RECHERCHE une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m. 55, visage ovale, yeux gris marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41, boulevard Ornano, Paris. »

Dora Bruder est le récit de l’enquête menée par l’écrivain pour reconstituer les éléments de vie de cette jeune fille juive, qui sera assassinée à Auschwitz en 1942 comme des centaines de milliers d’autres…après plusieurs fugues.

 » Il faudrait savoir s’il faisait beau ce 14 décembre, jour de la fugue de Dora. Peut-être l’un de ces dimanches doux et ensoleillés d’hiver où vous éprouvez ce sentiment de vacance et d’éternité – le sentiment illusoire que le cours du temps est suspendu, et qu’il suffit de se laisser glisser par cette brèche pour échapper à l’étau qui va se refermer sur vous. »

Pour moi, il n’est question ici que  de mémoire, de laisser une trace de cette existence , de cette vie sacrifiée pour rien. Ce livre n’est pas roman, je dirais même que ce n’est presque pas un livre mais un reporting précis d’une recherche minutieuse , quasi policière, du narrateur , pour reconstituer le parcours de Dora.

Pour ne pas oublier cette vie dérisoire, car le dérisoire est une partie de l’universel et la mémoire se doit de servir l’humain dans sa globalité.

A cette recherche, se mêlent des éléments réels de la vie de Patrick Modiano, puisque ce qu’il apprend sur Dora Bruder, ses parents et les arrestations de 1942 à Paris résonnent avec ses origines et sa propre trajectoire. Le père de Modiano était en effet juif, mais il échappa aux ennuis grâce à des appuis auprès des allemands et finit par faire du marché noir pour survivre après avoir dû se cacher pour éviter les ennuis . Ce père que Modiano n’a pas connu ou très peu de par ses absences,  et qu’il a lui même décidé de ne plus voir du tout bien après la guerre.

En somme, Dora Bruder est  pour moi, une auto-fiction publiée lorsqu’on  ne débattait pas stérilement de l’utilité de ce procédé en comparaison avec le fictionnel.

Celui qui n’ a jamais lu Modiano pourra être dérouté par Dora Bruder, mais ceci est vrai pour les trois autres livres que j’ai lus de lui.

Et comme pour les autres, j’ai lu très rapidement ce court texte, sans comprendre pourquoi j’avais envie d’aller au bout , pourquoi j’étais pris dans ce récit, pourquoi cette jeune fille devenait mon obsession de lecteur durant quelques heures, quelques journées…

C’est le mystère Modiano, que j’ai du mal à cerner. Je vais me procurer une biographie de l’auteur si l’en existe, très probablement même s’il n’a que 71 ans aujourd’hui, à défaut, une analyse de ses livres.

Et si lire Modiano, c’était:

« Comme se trouver au bord d’un chant magnétique , sans pendule pour en capter les ondes… »

Dora Bruder est souvent considéré comme l’un des titres phare de Patrick Modiano, peut être l’un qui permet de mieux comprendre sa quête…je ne sais pas mais j’aime beaucoup ce passage là:

 » J’ai écrit ces pages en novembre 1996. Les journées sont souvent pluvieuses. Demain nous entrerons dans le mois de décembre et cinquante-cinq ans auront passé depuis la fugue de Dora. La nuit tombe tôt et cela vaut mieux : elle efface la grisaille et la monotonie de ces jours de pluie où l’on se demande s’il fait vraiment jour et si l’on ne traverse pas un état intermédiaire, une sorte d’éclipse morne, qui se prolonge jusqu’à la fin de l’après-midi. Alors, les lampadaires, les vitrines, les cafés s’allument, l’air du soir est plus vif, le contour des choses est plus net, il y a des embouteillages aux carrefours, les gens se pressent dans les rues. Et au milieu de toutes ces lumières et de cette agitation, j’ai peine à penser que je suis dans la même ville que celle ou se trouvaient Dora Bruder et ses parents, et aussi mon père quand il avait vingt ans de moins que moi. J’ai l’impression d’être tout seul à faire le lien entre ce Paris de ce temps-là et celui d’aujourd’hui, le seul à me souvenir de tous ces détails. Par moments, le lien s’amenuise et risque de se rompre, d’autres soirs la ville d’hier m’apparaît en reflets furtifs derrière celle d’aujourd’hui. »

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14 réflexions sur “Dora Bruder de Patrick MODIANO (1997)

    1. Sharon devrait demander à Miss Aspho si MTG peut te l’envoyer étant donné qu’il est chez lui en ce moment et qu’il doit le rendre à sa propriétaire.
      A lire en effet, c’est à chaque fois une expérience un livre de Modiano…

  1. Je n’ai pas lu ta chronique parce que je compte lire ce Modiano dès que je trouverai le temps (c’est cette histoire qui me tente le plus et tu sais que j’ai eu un vrai coup de cœur pour la plume de ce très grand Monsieur de la littérature française). Bises.

    1. Même si dans mes chroniques je ne rentre jamais dans le détail de l’intrigue ni des thématiques, tu as raison ! Lis le livre, fais ta chronique et après tu lis celles des autres, je fais un peu pareil.
      Dora Bruder a je crois une place centrale dans l’oeuvre de Modiano…
      Belles lectures et gros bisous.

  2. J’aime beaucoup la façon dont tu cernes le Monsieur et la phrase que tu cites (le champ magnétique sans pendule) lui va très bien, comme elle va au lecteur qui entre ou pas dans l’univers d’un auteur. On peut aimer, ou pas mais on ne peut nier son talent d’écrivain justement qui captive le lecteur en quelques phrases alors que l’histoire ne casse pas trois pattes à un canard vu que la plupart du temps il n’y a pas « d’histoire », juste l’Histoire, son obsession récurrente… à laquelle il donne une dimension personnelle….Bisous poussin ! 😉

    1. Tu en parles bien aussi…c’est vraiment ça, il amène le lecteur à le suivre dans une recherche floue et obsessionnelle, sans récit romancé, enfin dans ce livre là. Bisous et merci de me l’avoir prêté !

  3. soene

    Hello Mindounet
    J’ai lu ce livre après qu’il ait été commenté à mon Club de Lecture. Bref, il ne m’a pas beaucoup inspirée.
    Je suis d’accord avec toi.
    Je viens de finir « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » du même auteur qui avait reçu le Prix Nobel de Littérature en 2014 pour ce livre…
    C’est ça un Prix Nobel de Littérature ? 🙄
    Faudra bien m’expliquer pourquoi car j’ai lu avec ennui les pages…
    Encore une histoire de gros sous 😥
    Gros bisous

    1. Heu, en fait le Nobel ne récompense pas un livre mais une oeuvre dans sa globalité. Pour Modiano, c’est la mémoire des années d’occupation à Paris qui lui a valu le Nobel. Ce n’est pas un prix littéraire comme les autres…
      On n’explique pas pourquoi on s’ennuie ou pas en lisant mais Modiano peut être très ennuyeux en effet si on ne rentre pas dans son univers. Moi ça y st je suis dedans, j’en ai lu 4 et c’est pas terminé…
      Bisous et bonne journée !

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