L’ombre de nos nuits de Gaëlle JOSSE (2016 )

ombre de nos nuits

Les livres savent de nous des choses que nous ignorons.

Cette chronique se fait dans le cadre l’une lecture commune avec Asphodèle (qui m’a gâté encore une fois en m’offrant ce livre !). Par ailleurs, nous avons pu rencontrer Gaëlle Josse le 5 mars dernier, à la Chapelle sur Erdre, où elle venait recevoir un prix local pour son précédent livre , Le Dernier Gardien d’Ellis Island. C’est la première fois que je rencontrais une auteur en vrai !

Rencontre super intéressante, sur le travail d’écrivain, avec à la clé une dédicace pour le livre et une bise de l’auteur…et je vous conseille de lire la chronique de la Grande Prêtresse sur L’Ombre de nos nuits : Ici.

D’un côté il y a George de La Tour, qui peint un tableau en 1639, dans le duché de Lorraine, lequel ne fait pas  à l’époque partie du royaume de France.  Sur cette oeuvre, c’est Claude, la propre  fille du peintre, qui pose pour incarner la jeune femme (Irène)  qui soigne les blessures de Sébastien en lui retirant les flèches qu’il a reçues. Le maître de peinture est aidé par deux apprentis, son propre fils et aussi Laurent, un jeune orphelin qu’il a recueilli.

Je m’aperçois que la nuit, à la lueur d’une simple torche, d’un braséro ou d’une chandelle, tout s’apaise. la ferveur du jour s’est tue, notre frénésie ralentit, nos passions s’assagissent. Ne reste que l’essentiel, une main, un geste, un visage. C’est ce que je poursuis en peignant, et rien d’autre désormais. De l’obscurité émerge une étrange vérité, celle de nos coeurs.

De l’autre, , il y a une  narratrice qui en 2014 est saisie devant le tableau de George de La Tour, vu dans un musée à Rouen.  La scène représentée lui rappelle une histoire d’amour passionnée et unilatérale qui l’a beaucoup meurtrie dans le passé. Elle a vainement tenté elle aussi de retirer les flèches de son amour de l’époque.Elle se met alors à parler, à écrire à B, cet homme qu’elle a aimé puis perdu…

Il me semblait qu’enfin les méandres , les sinuosités, les replis de ma propre vie allaient , avec toi, se déployer, à la manière dont les jeunes gymnastes aux corps d’enfants, visages graves et justaucorps pailletés, déroulent un ruban fixé à un bâton en lui faisant décrire d’étourdissantes arabesques.

Voici le tableau : Saint Sébastien soigné par Irène.

saint sebastien

J’ai lu tous les romans de Gaëlle Josse et je dois dire que celui-ci est mon préféré. Pour ceux et celles qui la connaissent, j’y ai retrouvé la force de Nos vies désaccordées et l’efficacité narrative de Noces de Neige.

Les romans à deux voix ou deux époques sont légions mais celui-ci raconte en fait deux histoires à trois voix et l’apprenti du peintre invente avec brio les pensées de son Maître tout en livrant les siennes.

Ce qui m’a plu dans l’Ombre de nos nuits, c’est la sincérité et la force de la narratrice, qui confie à cet amour perdu et au lecteur par la même occasion, sa peine et son désenchantement vis à vis de cet amour à sens unique auquel elle a dû renoncer pour une question de survie personnelle.

Je sais que je ne t’ai pas perdu. Pour perdre, il faut posséder. Tes sentiments ne m’ont jamais appartenu, ni quoi que ce soit de toi. Mon regard scrute le tableau. Je vois les mains qui émergent de la nuit et semblent danser autour de la blessure, dans ce geste si limpide que je détourne les yeux, aveugle.

Le parallèle avec Irène, qui panse les blessures de Sébastien est joliment décliné, même si parfois, on se dit que la narratrice aurait pu finalement  occuper l’ensemble du livre, mais du coup, l’histoire n’était plus la même.

Tout est juste et beau dans ce livre, l’ambiance, le rythme, le style, les mots (qui parfois volent un peu haut pour moi mais j’ai l’habitude avec certains auteurs), les métaphores, au point que j’ai dévoré ce court texte, peut être un peu court d’ailleurs même si c’est une qualité d’être sobre et ramassé,  en seulement trois  séances de lectures.

L’histoire de Gaëlle Josse touchera tous ceux et celles qui ont eu au moins une fois dans leur vie, un vrai chagrin d’amour et tous ceux et celles qui sont sensibles à l’exploration des sentiments et de l’âme humaine.

Tout ce que les hommes ont inventé , tout ce qu’on nomme civilisation ou culture, ne sert qu’à tenir en laisse notre part sauvage, notre fulgurante envie, par moments, de dépecer l’autre et de dévorer son coeur encore palpitant. Je l’ai compris avec toi.

Et puis , cerise sur le gâteau, c’est aussi la possibilité de pénétrer l’univers de George De le Tour, son époque, sa famille, sa création d’artiste, ses doutes, ses joies. Je ne sais pourquoi, mais les romans qui s’appuient sur l’univers de la peinture font mouche chez moi, comme si les tonalités de  l’écriture se mariaient naturellement avec celles des couleurs du peintre.

Je vous suggère donc de lire L’ombre de nos nuits et de découvrir Gaëlle Josse avec ce roman, si vous ne la connaissez pas…c’est trois heures de bonheur garanti.

Et je termine cette looooooooongue chronique par ce passage que j’adore et qui à mon humble avis, est la meilleure quatrième de couverture pour présenter le livre, mais les éditeurs ou diffuseurs sont nuls pour les quatrièmes de couv en général…

Comment un peintre aborde-t-il un sujet ?Comme un nouvel amour ? Collision frontale ou lente infusion? La claque ou la pieuvre?Le choc ou la capillarité ? Plein soleil ou clair -obscur? Toi tu m’avais éblouie. Ensuite je me suis aveuglée. Pénétrer dans ton dédale, sans crainte, et découvrir des trains fantômes avec des squelettes qui tombent du plafond et vous prennent par la main en hurlant de dire. Réaliser qu’en fait il était possible à chaque instant d’arrêter la course hallucinée des wagons et de descendre. Il suffisait de la vouloir, mais c’est toi que je voulais.

logo coup de couer

 

 

 

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49 réflexions sur “L’ombre de nos nuits de Gaëlle JOSSE (2016 )

  1. estellecalim

    Bon, il faut que je me décide à lire à nouveau cette auteure ! J’ai lu les heures silencieuses et j’avais vraiment aimé. Je note celui-ci 🙂

      1. estellecalim

        Il faut que je lise Nos vies désaccordées. C’est court, et c’est parfait pour moi en ce moment. J’espère que je vais aimer si tu n’as pas aimé le seul que j’ai aimé (bon, si tu n’as rien compris à cette phrase, c’est normal 😀 )

          1. estellecalim

            J’ai lu des billets mitigés sur le Gardien et je sais ce qu’il fait de pas terrible. Du coup, pas très envie de le lire, j’avoue 😉
            (et dis donc, c’est hot ta nouvelle déco !)

            1. Oui mais elle plait cette nouvelle déco, faut dire qu’elle est moins fluorescente et qu’il y a une harmonie entre tous les tableaux et moi aussi je l’adore…je changerai les tableaux de temps en temps 😀

  2. soene

    N’empêche, j’étais prem’s et aujourd’hui aussi 😆
    Ca compte dans le classement ?
    J’ai des journées folles, heureusement que les we sont inhabités d’activités associatives 😆

    Pour perdre il faut posséder. Comme c’est vrai…
    Et en amour, être éblouie oui, aveuglée non, ça fait souffrir !

    Un billet de lecture généreux, Mindounet, pour Gaëlle Josse qui le vaut bien, je n’en doute pas 😉
    Je n’aime pas trop ce genre de peintures par contre, trop sombres, trop dures parce que trop réalistes ? Je ne peux pas dire vraiment pourquoi je n’aime pas…
    Pourtant, tu ne me donnes pas vraiment envie de lire ce roman, mais il ne faut jamais dire jamais !
    Je m’en vais voir les propos de Miss Aspho.
    Bon dimanche et gros bisous tout mouillés 😥

    1. Eblouie mais pas aveuglée…voilà une belle formule. C’est peut-être la différence entre l’amour et la passion amoureuse non ?
      Je ne sais pas si ce livre te plairait, je ne suis pas certain à vrai dire…qui sait ! Ce qui est certain, c’est qu’il se lit très vite et bien !

  3. Je viens de laisser un commentaire chez Miss Aspho, mais comme j’y ai lu que tu te plains d’en recevoir moins qu’elle, je viens poser ma griffe ici aussi.
    Pour le moment, (si tu vas chez Isa, tu pourras comprendre), je n’ai guère d’avis sur ce dernier roman de Gaëlle, parce que ce que j’en ai lu m’a déboussolée et contrainte à l’abandon (provisoire). Et pourtant… j’aime l’écriture de G.J. dont j’ai lu/dévoré tous les livres précédents. Alors, je ne m’inquiète pas. J’y reviendrai, c’est sûr 🙂

    1. Je le savais, Isa me l’avait dit. C’est étrange mais peut être que la partie liée à l’histoire d’amour actuelle ne te plait pas, elle est peut être trop brute, trop éloignée de l’histoire du peintre…trop simple aussi je ne sais pas…tu verras bien si tu tentes de reprendre la lecture. Mais je crois qu’il ne faut pas se forcer non plus. Je m’étais ennuyé avec Les heures silencieuses, mais je suis allé au bout car le texte était court et joliment écrit!

  4. C’est noté. J’avais bien aimé Noces de Neige que tu m’avais offert! C’est vrai qu’elle a cette capacité à immerger le lecteur très rapidement dans l’histoire alors que les livres sont plutot « courts ».

    1. Tout à fait, comme Jean-Philippe Blondel, dans un registre qui n’a rien à voir.
      On retrouve ici un peu le même style de narration que dans Noces de Neige, avec ceci dit un double point de vue pour la partie qui se rapporte au tableau : celui du peintre et celui de son apprenti.
      Un chouette livre vraiment !

  5. J’ai rencontré Gaëlle Josse la semaine d’avant, je n’ai pas eu de bise, je vais être jalouse … le roman attend dans la PAL, je ne vais pas l’y laisser trop longtemps, surtout après vos deux billets. Mon préféré d’elle, c’est « le gardien … » peut-être parce que je l’ai découverte avec lui. C’est une belle plume.

    1. Alors tu as le même goût qu’Asphodèle. Il est bien différent du dernier gardien mais pas pour la qualité de la plume de l’auteur. Elle fait son chemin sans faire de bruit et ça fonctionne…

    1. Tu devrais vraiment le lire, je suis sûr que celui-ci pourrait te plaire. Tu pourrais même le prêter à Mister B.
      Je ne connaissais pas George de la tour, c’est trop ancien comme peinture pour que ça me plaise mais j’ai aimé la façon dont elle explique la conception de cet illustre tableau…
      Bisous.

  6. On sent ton enthousiasme et ça fait plaisir ! C’est rigolo car j’ai « post-ité » les mêmes deux dernières citations que toi ! Mais je ne pouvais pas tout mettre ! Comme tu le sais mon préféré reste « Le dernier Gardien » mais j’ai beaucoup aimé la deuxième partie, les réflexions sur l’aveuglement des amours impossibles et la tonalité des mots, raccords avec l’atmosphère du tableau… J’ai aussi aimé le message d’espoir ! Le livre devient lumineux au fur et à mesure… En plus du beau moment avec elle en « vrai » et c’est toujours un bonheur (trop court) de la lire ! 🙂 Bises Poussin !

    1. Ben oui, on attendra le prochain live avec enthousiasme. Comme souvent, on n’est pas raccord sur nos titres préférés chez un auteur mais on est d’accord sur le fond et le plaisir de lire ce genre de romans, courts et intenses.
      Je n’ai pas tout mis non plus sur les extraits que j’avais aimés le plus , c’est déjà pas mal !
      Au fait, merci de m’avoir offert ce livre, je crois ne pas l’avoir dit dans la chronique cette fois-ci !
      Bisous et belle journée !

      1. Si tu l’as déjà dit mais comme tu vieillis et que tu perds un peu la boule en ce moment, je te pardonne !!! 😆 Arf ! C’est pour ça que finalement, les « jeudis citations » sont intéressants et permettent de donner une vue plus précise du style d’un(e) auteur(e) ainsi que de l’atmosphère d’un livre. Même si c’est aussi le « réduire » à une ou deux citations… Ne me remercie pas, tu le méritais, pour une fois, mouhaha (je sors vite avant que ne lâches les chiens !!! 😆 )…
        Bisous♥

    1. Pour moi, c’est le pendant de Nos vies désaccordées qui fut le titre préféré de moi. Après, tu aimeras ou pas…les extraits cités te donnent déjà une idée ! Bonne journée Céline !

  7. Je sais que je suis certainement passée à côté d’un beau moment de lecture en ne suivant pas ton conseil de lecture. La preuve en est cette chronique. Mais la vie est longue et ça viendra …

  8. Bonjour Mind
    Ce roman était pile poil pour toi, peinture et littérature. Je ne sais plus si j’ai déjà lu un roman de cet auteur,,(si oui j’ai oublié) Je crois que j’aimerais bien Nos vies désaccordées.
    Par contre je ne sais pas si la quatrième m’aurait attirée (un peu trop fantasque), on se demande dans quoi on va plonger?

    1. Pour une fois, je trouve que la quatrième de couverture est pas mal du tout ! Ha oui, nos vies désaccordées est vraiment bien, c’est dans la lignée de celui-ci…mais disons en plus romanesque .
      Bisous Louise 😀

  9. soene

    J’ai été vérifié sur G.
    Ca me rappelait un autre livre 🙄
    J’avais bien aimé Les heures silencieuses de cet auteur qui partait aussi d’un tableau 😉
    Donc, je reviens te lire de a à z 😉

        1. Nan nan Mindounet, je ne sais pas si tu as vu son dernier billet du « 20 », long comme un jour sans pain, il est aussi long que nos 2 billets réunis ! Chez moi elle n’a lu que la partie « rencontre (elle ne se foule pas 😆 ) Parce que si tu enlèves les photos de mon billet, tu verras que ma chronique est beaucoup moins longue que la tienne, on parie ? :lol:, allez, je copie-colle dans un Doc Word et je te donne le nombre de mots (juste pour la chronique du livre ; ) !

          1. Oui j’ai vu son article et je n’ai pas tout lu, je l’ai même dit dans mon commentaire…par contre j’ai bien regardé toutes les images…je devrais me mettre au coloriage je crois 😀

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