L’Auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier

Daphné du maurier 6

Troisième et dernier livre de ce recueil de trois romans de Cornouailles, voici l’ Auberge de la Jamaïque, publié en 1936 et qui fut le premier best-seller de Daphné Du Maurier (son troisième roman).

Devenue orpheline et pauvre,  la jeune Mary Yellan n’a pas d’autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de la Cornouailles . Dès son arrivée à l’Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu’elle a connue jeune et gaie n’est plus qu’une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l’auberge. Mary, au caractère bien trempé et aventureux, soupçonne un trafic de contrebande…

L’ Auberge de le Jamaïque est encore un livre génial de Daphné du Maurier. Le début fait vraiment penser aux Hauts de Hurlevent d ‘Emily Brontë, qui l’a inspirée en tant qu’auteur (ainsi que les autres membres de la famille),  mais il ne s’agit pas ici d’une histoire d’amour passionnelle dévastatrice. C’est un roman d’aventure pur et dur, très noir comme d’habitude chez la romancière anglaise.

C’est incroyable comme elle arrive à varier la thématique de ses livres, tout en gardant toujours les mêmes ingrédients : un personnage de femme au comportement masculin, la mer, les bateaux, un vieux manoir qui ici est une auberge grise en granit au milieu d’une plaine désolée, non loin de la côte. Et puis, la noirceur, certaines scènes sont  macabres voire choquantes pour l’époque.

On retrouve également dans l’ Auberge de la Jamaïque, le suspens psychologique habituel qui plaît tellement à ses lecteurs.

Ceci dit, ce ne sera  pas mon livre préféré, j’ai du mal avec l’aventure comme genre littéraire de toute manière.  La fin est plus heureuse que d’habitude et un peu téléphonée, comme si Daphné du Maurier voulait s’excuser de tout ce qu’elle a fait subir à la jeune Mary dans cette histoire. Et puis, on comprend quand même avant le terme,  le fin mot de cette horrible affaire, trop de rebondissements tuent parfois le rebondissement.

En résumé, un moment de lecture privilégié avec ce sixième livre lu de Daphné, mais  je reste sur La Crique du Français et Ma Cousine Rachel comme favoris (sans parler de  Rébecca qui sortit juste après l ‘Auberge de la Jamaïque et qui apporta gloire et reconnaissance mondiale à Daphné).

Je vous laisse juste un extrait, histoire de vous plonger dans l’ambiance…

Ici,sur le sommet, le vent s’agitait et pleurait avec des murmures de craintes, sanglotait à de vieux souvenirs de sang versé et de désespoir : il y avait là une note déchirante dont l’écho se répercutait et se perdait dans le granit, très haut au-dessus de la tête de Mary, sur le pic même de Roughtor, comme si les dieux eux-mêmes étaient là, dressant vers le ciel leurs têtes imposantes.
En imagination, la jeune fille entendait le murmure de milliers de voix, les pas de milliers de pieds ; elle voyait les pierres autour d’elle se changer en hommes. Mais leurs faces étaient inhumaines, plus vieilles que le temps, sculptées et rugueuses comme le granit et ils parlaient une langue qu’elle ne pouvait comprendre.

Et j’ajoute que j’ai vu l’auberge en vraie pendant les vacances en Cornouailles…et même si aujourd’hui il y a des routes et quelques maisons autour et un village pas loin, je comprends qu’à l’époque cet endroit ait bouleversé la jeune Daphné au point de le choisir pour compter cette histoire…

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21 réflexions sur “L’Auberge de la Jamaïque de Daphné du Maurier

  1. estellecalim

    J’avais été très déçue quand j’ai lu ce livre après avoir lu Rebecca. C’est sympatoche, mais parfois un peu longuet et comme tu dis, la fin est franchement téléphonée ! C’est peut-être celui par lequel il faut commencer pour ne pas être déçu 😉

  2. Je ne sais pas si je l’ai dans mes vieux Poche, j’ai Le bouc émissaire, La maison sur le rivage (qui me tombe des mains régulièrement, je pense qu’il faut passer le cap du début qui est space) et un autre, il faut que je cherche dans le bazar ! 😆 Je me souviens très bien de l’anecdote racontée par T. de Rosnay dans Manderley for ever qui l’a amenée à écrire ce livre : sa balade à cheval avec une amie qui s’était pris une branche (il me semble), et elles avaient atterri dans cette auberge « de la Jamaïque » pour se réchauffer et se remettre de leurs émotions ! C’est là que l’on reconnaît les grands écrivains qui savent se servir de la moindre anecdote et la transformer en quelque chose de génial, du moins intéressant ici… On sent ta passion et ton séjour a dû compléter et exhauster cet élan daphnéïen !!! 😆 Vivement ton reportage « cornouillais » !!! 😀 Bises Poussin !

    1. Exactement tu as très bonne mémoire et c’est édifiant en effet de voir comment tout ce qu’il lui arrivait lui servait à inventer des histoires, ce qui veut dire que le débat réel fiction ne sert à rien !
      Le reportage arrive…et ce sera en plusieurs morceaux !!
      Je viens d’acheter encore un recueil de livres de Daphné du Maurier avec notamment cette fameuse maison sur le rivage (inspirée par sa dernière demeure en partie). Je crois que ce fut son dernier best seller d’ailleurs…
      Bises

      1. Oui normalement quand je ne suis pas sous substances j’ai une excellente mémoire ! Je n’y suis plus du tout du tout depuis février et j’en suis très contente ! 😀 La maison sur le rivage est un de ses derniers livres, je pense qu’elle a beaucoup moins écrit dans sa dernière maison et elle a été « malade » longtemps avant de mourir… C’est Ménabilly qui est sa source d’inspiration principale ! J’ai vu pour tes achats, tu es mono-maniaque en ce moment warf ! 😀

        1. Oui c’est étrange ! En attendant elle avait quand même amputé Rébecca de passages-clé et ce qui est plus étrange c’est que Daphné n’ait rien dit et bien après que personne avant T. de Rosnay ne se soit penché sur la question ! A mon avis comme ça se vendait tout seul « comme ça », personne n’a fait d’efforts… 😉

          1. Elle a quand même refusé un titre (le bouc-émissaire je crois) que Denise avait choisi comme traduction française et aussi demandé à corriger quelques contre sens mais en effet, pour Rébecca non mais je pense qu’elle n’a pas lu le livre en français en entier, pas plus que dans les autres langues…

  3. soene

    Quand on aime, Mindounet, on revient toujours à ses auteurs favoris 😉
    Trop d’aventures tuent l’aventure, aussi, sans doute 🙄
    Bon, je n’ai rien lu d’elle et si je la lis ce sera dans une autre prochaine vie, la mienne actuelle est encombrée d’ouvrages à lire 😆
    Se retrouver sur les lieux d’un roman, c’est de l’émotion.
    Tu as dû apprécier.
    Gros bisous pour ton we proche

    1. Rhaaa, tu devrais faire une entorse à tes lectures pour la découvrir…c’est une auteur géniale !
      Oui pour les lieux, et tu verras sur mes articles racontant mon périple en Cornouailles que ce n’est pas fini…
      Bisous.

    2. So’N, ha oui je suis d’accord avec Mind, il FAUT que tu lises Rebecca (c’est un minimum) pour ta culture classique et en plus tu vas adorer j’en suis sûre ! 😀 Bisous Dame-aux-Roses-qui-veut-me-piquer-ma-place-de-deuxième !!! :mrgreen: Tu ne m’auras pas, arf ! 😆

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