En attendant Bojangles, d’ Olivier BOURDEAUT ( 2015)

bojangles

Ce livre est le récit d’un garçon (dont on ne connaît pas le prénom) sur une partie de son enfance avec ses parents, couple extravaguant et hors norme. Le père, Georges, a laissé tombé ses affaires commerciales pour ne vivre que pour sa passion pour son épouse, rencontrée par hasard et aussitôt mariée. La mère, donc, qui change de prénom tous les jours pour éviter la routine, totalement excentrique , folle douce qui fait de leur vie une fête permanente constituée de danses, de soirées, de cocktails. Mais un jour, cette folie joyeuse se transforme petit à petit en folie furieuse…

 » Le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeautée d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence. »

En attendant Bojangles est un premier roman qui a obtenu un immense succès public, porté par le bouche à oreilles et relayé également par la critique et les prix littéraires, ce qui n’est pas souvent le cas.  Selon moi, c’est plus que mérité car Olivier Bourdeaut à réussi à extraire une jolie pépite, toute en poésie et légèreté, mais aussi en gravité et sensibilité.

Ce n’est pas tant l’histoire qui est originale, dont le déroulé tient sur un post-it, ni la thématique, qui a été écrite des centaines de fois. Il s’agit simplement d’une histoire d’amour très forte, qui commence bien et finit forcément mois bien, comme toutes les histoires d’amour passionnelles.

« Elle avait réussi à donner un sens à ma vie en la transformant en un bordel perpétuel…Cette folie, je l’avais accueillie les bras ouverts, puis je les avais refermés pour la serrer très fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle folie douce ne soit pas éternelle. Pour elle, le réel n’existait pas… Le problème, c’est qu’elle perdait complètement la tête. Bien sûr, la partie visible restait sur ses épaules, mais le reste, on ne savait pas où il allait. »

Non, ce qui m’a plu, c’est le contexte, l’originalité, la  douce décadence par moment, à travers le père et la mère mais aussi les deux autres personnages centraux du livre : Mademoiselle Superfétatoire, un gros oiseau exotique qui accompagne cette famille partout où elle va,  et l’ Ordure, l’ami de la famille, un sénateur grivois dont l’objectif est de parvenir un jour à pouvoir faire tenir son assiette sur son ventre pour manger…

Et puis, le style de narration choisi par Olivier Bourdeaut a fait mouche : il croise le regard de cet enfant sur sa vie qui ressemble tellement peu à celle de ses camarades de classe et le regard de Georges, le père, qui consigne ses émotions sur un carnet intime que récupérera ensuite son fils devenu adulte.

Au final, En attendant Bojangles est une histoire forte, touchante, décalée, souvent drôle, souvent en forme de pieds de nez au système et aux règles bien établies, une critique des normes et de la normalité et une forme de bras d’honneur aussi vis à vis de la masse, une forme d’éloge de la différence, une incitation à casser la routine, à prendre la route, une année sabbatique, à simplement ne pas vivre en faisant sembler d’oublier qu’un jour il faudra mourir.

« – Henriette, faisons les valises, ce soir je veux prendre l’apéritif sur le lac ! Alors on jetait des milliards de choses dans la valise, ça volait dans tous les sens, papa hurlait : – Pauline, où sont mes espadrilles ? Et Maman répondait : – A la poubelle Georges, c’est encore là qu’elles vous vont le mieux ! Et Maman lui lançait : – Georges, n’oubliez pas votre bêtise, on  en a toujours besoin… »

Et l’air de rien, l’auteur nous raconte une histoire d’amour, une vraie, qui n’obéit qu’à ses propres règles.

En résumé, je me suis vraiment régalé en lisant ce court texte, le seul bémol est que j’ai préféré la première partie, celle de la folie douce, à la deuxième, celle de la folie beaucoup moins douce de Constance, enfin Jacqueline, ou plutôt Mireille, enfin la mère de famille quoi ! Je ne dis rien sur l’horrible couverture, c’est je crois  un petit éditeur (Finitude) qui est moins percutant sur l’art visuel et je le remercie d’avoir donné sa chance à Olivier Bourdeaut.

J’ai beaucoup ri en lisant cet extrait !

« Mon petit, il y a deux catégories de personnes qu’il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes. Les premiers, parce qu’un homme qui refuse de manger une entrecôte à certainement dû être un cannibale dans une autre vie. Et les seconds, parce qu’un homme chapeauté d’un suppositoire qui moule grossièrement ses bourses dans un collant fluorescent pour gravir une côte à bicyclette n’a certainement plus toute sa tête. Alors si un jour tu croises un cycliste végétarien, un conseil mon bonhomme, pousse-le très fort pour gagner du temps et cours très vite et très longtemps ! »

Un joli coup de cour en ce qui me concerne , je vous le conseille , et si vous le lisez vous saurez pourquoi l’auteur a choisi ce titre particulier…et vous comprendrez aussi la phrase de Bukowski, en exergue sur la première page du livre :  » Ceux qui ne deviennent jamais fous…leurs vies doivent être bien ennuyeuses. »

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26 réflexions sur “En attendant Bojangles, d’ Olivier BOURDEAUT ( 2015)

  1. Philisine Cave

    J’ai adoré ce roman et je ne l’ai pas chroniqué. Je n’aime pas non plus al couverture mais au moins, on repère assez vite le bouquins sur les étals. Je l’ai déjà offert trois fois (quatre en fait, avec un exemplaire pour moi !). Ziboux

    1. Ha mince, je pensais que c’était toi la deuxième chronique super élogieuse. Mais je vois que tu l’as aimé aussi. Il faut plutôt l’unanimité ce livre, même les critiques ont été assez enthousiastes !
      Bisous Ziboux !

    1. Voilà au moins 2 blogueuses qui aiment cette couverture…je ne sais plus qui est la seconde d’ailleurs !
      Il a été très chroniqué ce roman et tant mieux, je trouve qu’il a réussi son coup et il a osé se lancer dans ce premier roman avec brio !

  2. Déroutée pendant les 20 premières pages mais je me suis laissée embarquer peu à peu. Le texte est puissant ! Moi aussi j’ai adoré le passage du végétarien / cycliste ! 😆

  3. Oh !!! Tu l’as aimé ! J’en suis ravie… et puis tu en parles si bien. Tout à fait d’accord avec toi concernant la couverture. J’ai failli passer à côté à cause d’elle. Belle journée cher ami 😊

  4. soene

    Trop bien l’idée de changer de prénom tous les jours, Mindounet. Je fais le faire aussi, comme ça, j’aurai enfin des prénoms qui me plaisent 😉
    Une vie oisive conduit sûrement à la folie car loin des cadres de vie, on pète les plombs. En plus, ce couple doit être friqué a priori…
    Je le note illico car si toi et Antiblues l’avez aimé ce premier roman, c’est forcément une pépite 😆
    Et tiens, même j’irai plus loin, je le proposerai à mon Club de Lecture, ça nous changera 😆
    Gros bisous fraîchurisés

    1. Non, elle n’a pas d’argent et lui, il a réussi dans les affaires en simplifiant et il revend tout pour dilapider avec elle cet argent…
      Oui un coup de coeur, pas un coup de foudre mais en effet, conseille-le, quand un premier roman a autant d’échos, c’est qu’il a vraiment quelque chose derrière !
      Bises et belle journée !

  5. Pour une fois que j’ai lu avant toi le livre dont tu parles, je peux mettre mon grain de sel… 😉
    Un peu dérouté au début, je me suis laissé séduire par l’auteur au style et à l’humour si particuliers.
    L’histoire est légère et si sombre à la fois ! Un magnifique éloge de l’amour absolu, de l’hédonisme pratiqué désespérément par des « loosers » magnifiques au bord de la folie, dans une société auto-normée et étouffante …
    Bien sûr, il faut aussi écouter la chanson de Nina Simone, Mr Bojangles, gaie et triste à la fois…

    1. C’est tout à fait ça, sauf qu’au début je n’ai pas été dérouté mais enchanté par cette folie !
      La chanson, je l’ai à peine écouté, il faut que je prenne le temps de le le faire comme il faut.
      Mais oui , c’est un beau livre, facile à lire et en même temps profond !

  6. Ah tu n’aimes pas la couverture ? Je l’aime bien pourtant .
    Sinon je l’ai déjà noté sur plusoeurs blogs , je souligne (en vert) et je file récupérer mes espadrilles que j’ai mise à la poubelle il y a peu 🙂
    Bisesss

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