Monsieur…

femme robe rose dentellePremière publication le 9 novembre 2013, dans le cadre des plumes d’ Asphodèle.

Monsieur,

Si je prends la plume ce soir, au moment où mon existence  vacille,  c’est pour coucher sur le papier un souvenir passionnel,  comme une explication au désastre  dont vous m’avez fait l’honneur d’être le complice depuis plus de trente années.

Je vous en prie Monsieur, brûlez tout ce qui précède et qui est en votre possession  mais pas cette lettre !  Ne la mettez pas dans votre poubelle comme un vulgaire courrier ou un très mauvais manuscrit même si vous n’avez pas été trop regardant en ce qui me concerne, j’en conviens.

Je l’ai rencontrée dans le train de  17h38 pour Paris, c’était le 26 juillet 1958. Elle portait une   courte robe  de couleur rose avec un assortiment de dentelles . On  voyait très peu  de tenues similaires à cette époque là, c’était presque excentrique.  Sa présence dans ce train  était un peu comme « a  cupcake in a  pudding ».

 Nous eûmes de brefs échanges courtois et de circonstance,  il faisait très chaud dans ce compartiment  où nous étions les seuls passagers, et  tandis que  je détaillai la carte de son anatomie, j’évitai de  croiser ses yeux d’opaline qui pénétraient au plus profond de l’âme humaine.

Alors que le train arrivait  dans l’essoufflement  d’une entrée en gare, elle se leva pour descendre fumer une cigarette sur le quai, je ne sais pour quelle coquetterie elle ne fumât pas dans le compartiment en ma présence. A la faveur d’un courant d’air, sa robe se souleva tandis  que  sa peau m’effleurait  par deux fois, alors qu’elle regagnait sa place.

A ce moment, je sus que je serais perpétuellement amoureux   de cette jeune femme. J’étais pétrifié par son allure et sa beauté juvénile. Mon appendice masculin se mit à s’allonger comme l’appendice nasal de ce stupide pantin de bois dont le nom m’échappe.

Lorsque le train arriva à Paris, j’osai bafouiller deux ou trois phrases et remettre ma carte de visite à Pauline, elle s’appelait ainsi. J’espérai je ne sais quoi en retour, une folie peut être. Je n’étais pas particulièrement bel homme mais je séduisais assez facilement les femmes.

Je n’eus jamais  la moindre réponse. Une relation  épistolaire ne m’aurait de toutes façons pas satisfait, mais elle aurait au moins flatté mon ego.

Par la suite, je n’ai cessé de  rechercher Pauline  en vain,  partout, en tout, et chez les autres femmes aussi.

Je me suis marié cinq  fois, un vrai fiasco conjugal. J’ai eu quantité de maîtresses,  de liaisons sans lendemain, j’ai réalisé beaucoup de fantasmes et pas que dans mes livres, mais pas le seul qui eût pu m’apaiser.

Alors, je suis tombé dans la grossièreté, la facilité, la vulgarité, la misogynie,  pour faire payer aux femmes l’affront pourtant  auto infligé  lors de  cette journée de 1958.  J’ai écris à la chaîne des romans crasseux en picolant plus que de raison.

Mes femmes légitimes  m’ont épousé pour l’argent et vous, Monsieur, vous m’ avez édité  uniquement pour l’argent aussi.  Finalement,  Il y a dans l’existence réelle bien plus de vulgarité que dans mes livres, autant chez les femmes, que chez les hommes, fussent-ils éditeurs.

Cela n’excuse rien,  Monsieur, mais cela donne juste un autre point de vue…

A l’heure où je prends mes distances avec la vie  et me trouve dans le sas de l’au-delà, je vous salue bien bas. La récréation est terminée. J’aime Pauline et j’emmerde tous  mes détracteurs pour des siècles et des siècles !

PS : mots prononcés par l’éditeur au moment  où il détruisit cette lettre tout en appelant son assistante :   »  Messa dita est. Il est mort, réimprimez en masse son dernier livre  « 

 

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20 réflexions sur “Monsieur…

      1. Un coup de vent qui fait faire la culbute bien assis au fond de son siège! Je vais fredonner « l’amour, c’est comme une cigarette » toute la soiree, je crois! (Mireille Mathieu, c’est ça?😄😄😄)

  1. Se venger sur toutes les femmes alors qu’il n’a pas pu conclure avec l’une, eh ben je vais te dire, c’est vraiment dégueulasse. 😉
    Qu’est-ce qu’elles lui ont donc fait, toutes les autres ? 😛
    ¸¸.•*¨*• ☆

  2. Coucou à toi et merci pour la lecture d’un ancien texte.
    Qu’est ce qu’il a bien pu faire à Pauline, pour recevoir une missive aussi ???? Je m’interroge. A bon escient, je ne sais. 🙂
    Bonne journée à toi. Ici il fait bien trop chaud, vive demain. 🙂

      1. J’ai du mal à distinguer où commence les mots écrits à l’intention de Monsieur et ensuite, l’auteur qui est Monsieur qui raconte cette belle rencontre. Etre Belge, bilingue Français-Néerlandais, offre des désavantages par rapport à certaines lectures très littéraires dans l’utilisation des mots. J’essaie de comprendre MTG 😉 🙂

        1. En fait, c’est le vieil auteur qui, au moment où il sait sa mort proche écrit à son éditeur. Il lui explique en gros que c’est cette obsession pour Pauline qui lui a fait écrire des livres à la chaîne, pas très bons, un peu axés sur le sexe…et donc il commence sa lettre par  » Monsieur ». 😀 😀

  3. soene

    Moi j’ai oublié ce texte ou bien à l’époque on ne se connaissait pas encore. Va falloir que j’aille vérifier tout ça 😉
    Un vrai début de roman, y’a plus ka continuer sur cette lancée, Mindounet
    Gros bisous pour une petite semaine de boulot

    1. Non, il n’est pas trop vieux, je pense qu’on se connaissait, mais comment veux-tu te rappeler?? C’est pas possible…
      Bonne semaine à toi aussi, j’espère qu’il fait pas trop chaud à Lyon !

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