Otages intimes de Jeanne BENAMEUR (2016 )

otages intimes

Etienne est photographe de guerre. Le livre commence alors qu’il est dans l’avion qui va le ramener vers la liberté, après une prise d’orage qui le conduira à l’enfermement, yeux bandé et attaché pendant plusieurs semaines.

De retour en France, Etienne regagne son village d’enfance à la campagne où il retrouve Irène, sa mère, qui joue du piano , Enzo son ami d’enfance, ébéniste et violoncelliste puis Jofranka, avocate à la cours de La Haye et flutiste. Il trouvera aussi une lettre d’Emma, son ancienne compagne.

Etienne va essayer de revenir à la vie, entouré de ces personnes,  mais envahi par ses souvenirs…d’otage, de guerre et d’enfance.

C’est la deuxième fois que je lis Jeanne Bénameur et je peux dire que c’est pour moi une grande auteur et que je la relirai encore.

Le début d’ Otages intimes m’a un peu laissé sur ma faim : s’il est certainement indispensable au déroulé de l’histoire de présenter  » l’avant », j’ai trouvé que le roman ne commençait vraiment qu’au moment où Etienne était revenu sur le sol français.

Mais ensuite, j’ai été transporté à la fois par Etienne, ses pensées, mais aussi par les liens entre tous les personnages clés de la vie du reporter. Jeanne Bénameur crée des liens d’amour ou d’amitié (mais l’amitié est aussi de l’amour) très forts, pudiques et réalistes.  Elle restitue également à merveille les sentiments et les interrogations existentielles légitimes d’ Etienne après sa captivité.

Ecouter sans frémir. Ne pas se laisser submerger par la barbarie. Ecouter les mots rares, terribles. Ne pas couper les silences. Laisser venir par fragments le récit de l’horreur. Sa conviction totale, que si un être humain peut entendre, alors celle qui parle a une chance de reprendre place dans un monde qui a dévasté et la chair et l’esprit. Parce qu’elle est bien là, la différence entre corps et chair. Les corps peuvent bien retourner à la liberté. La chair, elle, qui la délivre ? Il n’y a que la parole pour ça.

Et c’est l’occasion pour l’auteur de nous interroger sur ce qu’est la vie, l’existence, l’humain, l’humanité, l’amour et la haine, l’amour et la barbarie. Et le tout sans donner de leçons ni de réponses absolues.

On croit avoir trouvé la paix mais la vie est inventive. Elle revient déranger tout notre petit monde paisible. Et il faut bouger.

Et somme, j’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture à multiples facettes. Otages intimes nous force à nous poser la question de notre propre part de captivité et d’emprisonnement, notre part d’ Otages intimes !  Et puis c’est tout simplement une écriture qui me touche, belle, forte, très simple, avec des phrases très courtes, comme j’aime. Jeanne Bénameur fait du beau avec de l’ordinaire, ça change de tous ces auteurs qui essayent de faire du brillant avec de l’extra ordinaire….

ll y a parfois des ciels tumultueux de printemps, au bord de l’océan une clarté brusque qui aveugle contre l’ardoise miroitante des nuages. Dans une déchirure du ciel, inattendu, un bleu, irisé de lumière et de pluie, lavé, incroyable. Un bleu de miracle. C’est là que se tient la mère. Juste sa peau contre les nuages.
Une bourrasque et elle pourrait disparaître.L’indécision de la lumière alors, c’est sa vérité.

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22 réflexions sur “Otages intimes de Jeanne BENAMEUR (2016 )

  1. soene

    Hello Mindounet,
    Au Club de Lecture, nous avons Profanes de Jeanne B. à lire pour cette saison 2016-2017. Je l’ai beaucoup aimé.
    Dans la foulée, une amie m’a prêté Otages intimes et j’aime décidément beaucoup l’écriture de Jeanne B.
    On est tous prisonniers de quelque chose ou de quelqu’un, otages dans son corps mais aussi dans sa tête et dans son coeur… Une belle écriture qui donne à réfléchir.
    Je pense que tu devrais aussi aimer Profanes.
    Ben dis donc, j’ai drôlement du retard dans ma lecture mindounienne 😆
    Gros bisous

  2. Il est toujours dans ma PAL (offert par Martine) ! J’ai bien aimé ce que j’ai lu d’elle, son style précis et sans fioritures mais poétique malgré tout… J’aime aussi quand tu parles de « prise d’orage » (début de ton billet), moi je débranche les prises pendant l’orage , arf ! 😀 Ça me fait un peu penser à ce qu’avait dit Jean-Paul Kaufman après ses années de détention… mais je le lirai aussi pour cette part « d’otage » que nous avons en nous…

    1. Oui et comme je le dis, c’est l’après qui compte, la partie détention est courte même si je l’ai trouvée longue.
      Quoi qu’il en soit, un beau livre et une auteur de grand talent pour moi !
      Bises grande prêtresse qui va devoir lire le Gaudé et le comprendre…Warf 😀 😀

      1. Oui j’ai bien saisi qu’il y avait une différence entre la première et deuxième partie !!! Pour le Gaudé, il me faut déjà l’acheter et comme je ne suis pas encore affamée, il attendra un peu !!! 😆 Mais je le lirai ! 😀 Et puis j’ai celui de Gaëlle à finir rapidement, j’ai cru comprendre qu’il sortait le 22…

  3. estellecalim

    En lisant ton billet, je prends enfin conscience de ce qui m’avait un peu chiffonné dans ce roman (mais un tout petit peu seulement). Le début est effectivement un peu en retrait par rapport à la suite. Mais c’est une lecture dont je me souviens encore très bien, surtout les marches dans la montagne et la forêt 🙂

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