Le bouc-émissaire de Daphné du MAURIER (1957)

boucemissaire

John est un professeur d’histoire de France dans une université poussiéreuse. Sur le point de rentrer d’un séjour en France dans la Sarthe, il rencontre par hasard son sosie parfait , Jean, un aristocrate dirigeant une verrerie familiale menacée de faillite. Les deux hommes vont comparer leurs malheurs et boire de l’alcool. John est solitaire, sans famille et convaincu d’avoir raté sa vie. Jean est égoïste et se sent étouffé par sa famille et son entreprise…ambiance !

Il n’y a rien de très grave, dis-je, sinon que j’ai raté ma vie . Nous en sommes tous là, dit-il, vous, moi, tous les gens que vous voyez dans ce buffet de gare. Nous sommes tous des ratés. Le secret de l’existence, c’est de reconnaître ce fait assez tôt et de s’y résigner. Ensuite ça n’a plus d’importance.

Il Saoule John au buffet de la gare, puis au bar  d’un hôtel , prend ses affaires et disparaît dans la nuit. Au petit matin, le chauffeur de Jean vient chercher John à l’hôtel…et le stratagème fonctionne, personne ne remarque le changement d’identité tant la ressemblance physique  est forte…

Le bouc-émissaire  n’est pas parmi les titres les plus connus de Daphné Du Maurier. Il fut publié en 1957, après les déferlantes Rébecca et Ma cousine Rachel , et obtint à l’époque un beau succès, à mon sens totalement justifié. On y retrouve tout le brio de l’écrivain et toute sa manière habituelle d’écrire et de construire ses histoires.

Le point de départ est la recherche des traces de ses ancêtres français, vivant dans la Sarthe, dans un château et exerçant le métier de verriers. Le thème de l’échange des sosies et du changement d’identité est probablement lié à un évènement dont Daphné aura eu connaissance.

Et une fois de plus , le suspense est intense, il va crescendo, jusqu’à l’avant dernier chapitre, lequel est suivi par une fin…ouverte, comme les affectionne Daphné du Maurier. Et quel suspens, psychologique et haletant, le vrai.  Du côté de l’histoire, par moment il y a un peu de Stéphen King, et du côté de l’univers, du cadre de l’histoire, j’ai eu l’impression d’être dans un film de Claude Chabrol…vieille famille en déliquescence, déclin de l’aristocratie , secrets troubles, passé malsain…

Mais surtout, dans Le bouc-émissaire, on retrouve le thème du bien et du mal, de la rédemption, la culpabilité, chers à Daphné du Maurier. On retrouve son goût pour le macabre , les choses noires…ses personnages sont gratinés entre une grand-mère morphinomane, une tante ne jurant que par Dieu et une petite illuminée portée vers la scarification. C’est le côté Gothique de Lady Daphné que j’adore…

C’est parfois céder à une sorte d’indulgence que de penser de soi le pire. On dit: maintenant que je suis au fond du trou, je ne tomberai pas plus bas et on éprouve une espèce de plaisir à se vautrer dans les ténèbres. Oui mais voila, ce n’est pas vrai. On peut toujours tomber plus bas. Le mal en nous est infini, comme le bien. C’est une question de choix. On s’efforce de s’élever ou l’on s’efforce de tomber. L’important est de découvrir dans quelle direction on va.

Le personnage de John, le héros, l’usurpateur d’identité presque malgré lui est vraiment approfondi…le Bouc-émissaire est une personne avec une conscience, un coeur…

Et enfin, on retrouve la fluidité habituelle de Daphné du Maurier, au milieu du premier chapitre on est déjà dans l’histoire, on voit la scène, on est dans le ressenti de son personnage, dans l’atmosphère des lieux…c’est son côté Brontë !

Une mélancolie indéfinissable enveloppant ce décor silencieux comme les lieux où les rêves et la vie se sont enfouis et où les spectres  accoudés comme moi dans l’ombre de vieux murs, couvrent leurs secrets et leurs chagrins. Le profond silence m’était brisé par instants que par un unique son semblable à celui d’un filet d’eau tombant dans le fossé: je me penchai et me tordit le coup pour le découvrir, mais rien ne coulait des masques des gargouilles qui me regardaient en ricanant du haut de la tour surplombant ma fenêtre. L’horloge de l’église du village derrière le château sonna onze heures, sur une note haute et flûtée qui malgré sa maigreur, prenait le sens d’avertissement.

Voilà encore un coup de coeur pour moi…j’attends toujours de lire un roman décevant de Daphné du Maurier !

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21 réflexions sur “Le bouc-émissaire de Daphné du MAURIER (1957)

    1. Ce titre n’est pas le plus connu et pourtant, il contient un suspens psychologique intense. Je ne sais pas si tu as lu Manderley for ever de Tatiana de Rosnay, une bio géniale sur Daphné !
      Bonne journée !

  1. Il est dans mes étagères, je l’avais commencé après la lecture de la bio de Tatiana de Rosnay mais j’avais trouvé l’écriture datée et le démarrage très lent… Comme c’est un vieux Poche, ce doit encore être une traduction de la Denise qui a bousillé « Rebecca »…je ne sais pas mais il faudrait que je m’accroche pour le lire, ton billet me donne envie ! En revanche, La maison sur le rivage m’est tombé des mains trois fois, alors je ne pense pas y revenir ! 😉 Bises mon Poussin Gothique ! 😆

    1. C’est aussi une traduction de Denise mais je l’ai trouvée bien !
      La maison sur le rivage je l’ai en attente aussi et encore un autre…je n’en ai pas fini avec Lady du Maurier !
      Bisous et belle journée !

  2. estellecalim

    Ah la la !! Comment ne pas le noter après la lecture d’un tel billet ? J’ai encore plein d’autres romans d’elle à lire, mais je le garde pour plus tard, il fait vraiment envie 🙂

  3. Ça me fait penser aux films « Le Talentueux M. Ripley » et « Plein Soleil ». Ce sont des adaptations d’un livre publié en 1955. On dirait que Daphné a été inspirée !

    1. Peut-être mais je ne l’ai pas lu dans les bios. Par contre elle est allée en France, sur les lieux de son enfance dans la Sarthe et les lieux du roman existent en vrai, et certains personnages ont existé…un livre extra comme à chaque histoire !

  4. Je n’ai lu que Rebecca de cette auteur.
    Je ne dis pas que je ne lirai pas ce livre – mais le titre me fait penser à une copie récemment corrigée : « j’étais leur bouquet mystère ».

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