Sombre dimanche d’Alice ZENITER (2013)

zeniter

Les Mandy habitent de génération en génération la même maison en bois posée au bord des rails près de la gare Nyugati à Budapest . Le jeune Imre grandit dans un univers mélancolique de non-dits et de secrets où Staline est toujours tenu pour responsable des malheurs de la famille.  Imré est entouré du grand père, estropié et acâriatre, de son père, Pal,  silencieux et veuf, de sa grande soeur, Agi,  aimante et dynamique et de son meilleur ami, Szolt, plus âgé que lui.

Les gens passaient devant lui comme des trains. Pal les regardait avec intérêt, avec compassion, avec tendresse, mais ils ne faisaient pas partie de lui. Ils n’habitaient pas son monde. Il ne savait pas lui-même pourquoi il était fait de la sorte.Il n’aimait pas être ainsi. Il aurait voulu être normal.

Nous allons suivre plus de quinze ans de la vie d’Imré, enfant, adolescent, adulte. Cette vie singulière et triste s’insère dans la vie familiale  sur trois générations et la vie de la Hongrie, entre la fin de la guerre, le communisme soviétique et l’ouverture européenne du pays.

Hé bien en cet automne, j’enchaîne les coups de coeur. J’ai pas mal hésité et attendu avant de lire le deuxième roman d‘Alice Zéniter, qui fut un succès critique et public. En effet, encensé par Télérama, le milieu intello et couronné du prix Inter, auteur Docteur en études théâtrales et normalienne, ça partait plutôt mal. Mais j’ai dépassé mes préjugés et j’ai bien fait car j’ai adoré cette histoire et ce Sombre dimanche qui s’étire sur des années et des années, avec toutefois des joies au milieu du chaos mélancolique des dimanches.

Car la vie d’Imré n’est pas très gaie, mais il se confronte  aux fugues adolescentes, à son premier travail dans un sex shop, à ses premiers émois amoureux et à  l’amour avec la rencontre de celle qui deviendra sa femme et la mère de sa fille, Kerstin,une jeune allemande venue en Hongrie pour voir la « vraie vie », pas celle des bourgeois de Berlin auxquels elle appartient.

Il y a des vies minuscules , on ne rend pas compte. Ce n’est pas une question de temps, on pourrait tous vivre quatre-vingts ans, ça ne changerait rien. Il y a des vies qui sont immenses, qui ont embrassé toutes les dimensions du monde. Et il y a des vies sèches  et linéaires, comme des pailles à cocktail mâchonnées encore et encore. J’avais tellement peur de ça.

L’univers dépeint par Alize Zéniter est noir, on est pas dans un roman bisounours, mais empreint d’une poésie mélancolique et riante à la fois, à condition de vouloir voir les échappées de joies et d’espoirs disséminées dans le brouillard du jardin de la maison au niveau des rails. Car l’univers d’Alice Zéniter est souvent triste…

Il y avait très peu de vrais salauds et de vrai saints. Il n’y avait que des hommes qui regardaient leur nombril , tremblaient pour leur nombril et protégeaient leur nombril sans jamais cesser d’être d’une banalité insoupçonnée.

Sombre dimanche est un livre qui parle du bonheur, de réussir sa vie malgré le poids de sa famille et les secrets plus ou moins nauséabonds qui refont surface dans la vie d’ Imré.

Est-ce qu’on peut oublier qu’on a eu une famille ?

Les mots dAlice Zéniter sont simples, harmonieux , touchants et sa construction en courts chapitres alternants passé, présent, évènements importants et anecdotes est efficace et heureuse.

En résumé, j’ai passé un très bon moment de lecture, tout m’a plu dans ce roman, je n’ai rien trouvé à dire en négatif, et j’avoue ne pas comprendre ce qui s’est passé au niveau de Télérama et du prix Inter…disons qu’un éclair de lucidité n’est jamais à exclure dans ce milieu…à moins que ce soit moi qui devienne lucide en vieillissant???

Je vais relire cette auteur, probablement avec son tout  premier roman et je vous invite à partager mon coup de coeur pour Sombre dimanche. logo coup de couer

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25 réflexions sur “Sombre dimanche d’Alice ZENITER (2013)

  1. Je ne connaissais pas du tout ce livre et cet auteur. Pour moi le fait d’être encensé par Télérama peut être un peu angoissant… On n’a pas forcément les mêmes goût Télérama et moi-même.^^ Et puis les romans qui suivent un personnage sur des décennies, cela peut être sublime, comme ça peut être diaboliquement chiant.^^ Mais là du coup, je suis plutôt tentée… A voir si ce livre croise mon chemin… 🙂

    1. Télérama est méprisant pour une certaine littérature, pour les auteurs populaires et ça c’est insupportable à mes yeux !!
      Ce livre est peu connu chez Daphné du Maurier et pourtant il est excellent.
      Merci de ton passage te belle journée.

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