Aurélien, d’ Aragon (1944)

aurelien

Un grand merci à Monesille qui m’a offert ce livre ! Et une pensée pour Galéa qui est un peu aux origines de cette lecture. Enfin un coucou à Valentyne et Soène qui en ont fait une lecture commune

Aurélien est un jeune rentier oisif qui enchaîne les aventures amoureuses dans le Paris mondain des années 1920. Revenu de la grande guerre, il déborde d’une énergie dont il ne sait que faire, et il traîne son ennui sur les quais de la seine, entre réceptions, dîners mondains,  affaires et ateliers d’artistes. Chez son ami Edmond Barbentane, avec qui il a fait la guerre, il rencontre un jour Bérénice Morel,  cousine d’Edmond et épouse d’un pharmacien de province, venue prendre du repos et du bon temps dans la capitale. D’abord insensible à la jeune femme, Aurélien va en tomber fou amoureux. Les deux jeunes gens vont partager un amour passionné, une quête d’absolu , mais leur passion s’avère être impossible…

Je dois dire que j’ai failli abandonner ce livre dans les cinquante premières pages, je ne connaissais pas Aragon , je m’attendais à un récit poétique et pas du tout, du moins au début : des descriptions longues dans un style daté et poussiéreux, presque aussi insupportable que chez Hugo et Balzac que je n’ai jamais réussi à lire.

Seulement, le personnage d’Aurélien est intriguant et assez fouillé dès le début alors j’ai décidé de m’accrocher. Et j’ai bien fait, au final Aurélien est un vrai coup de coeur, quelle histoire et quel pavé (700 pages en petits caractères).

Ah, s’il avait pu douter de lui-même, il ne doutait plus de son amour pour Bérénice ! On ne doute pas d’une plaie vive. L’horrible, le casse-tête, c’était ce comportement… Aurélien croyait se calmer, rendre tout plus tolérable, en cherchant à comprendre, en comprenant. Alors il fouillait les ténèbres récentes de ces quelques semaines extraordinaires, de ce qu’il appelait déjà son bonheur, comme si… A quoi cela se réduisait-il pourtant ? A se martyriser la mémoire, à se déchirer le cœur, Leurtillois reconstituait minute à minute cette période déjà close, cette aventure de la brièveté de laquelle il se surprenait toujours émerveillé.

Vraiment, Aragon construit au fil des pages un personnage complexe, vivant, introspectif, qui traîne son ennui de vivre comme les prisonniers traînaient un boulet à la cheville . Cet Aurélien , mélange de lui-même et de son ancien ami Drieu La Rochelle est un grand personnage de Roman. Bérénice, son amour impossible aussi, même si elle revient mois souvent dans l’histoire.

Aurélien connaissait en lui ce défaut, ce trait de caractère au moins, qui faisait qu’il n’achevait rien, ni une pensée ni une aventure. Le monde était pour lui plein de digressions qui le menaient sans cesse à la dérive. Les volontés les mieux formées, les décisions échouaient là devant. Ce n’était pas de l’irrésolution. Mais sollicité par tout, à quoi se serait-il borné?
Il ne s’était pas plus tôt formulé une vérité certaine, que l’incertain lui en paraissait, qu’il était prêt à parier contre lui-même, à épouser la certitude inverse.

Et puis, c’est une peinture littéraire des années vingt à Paris, des artistes de l’époque, surtout les peintres, de la mode, de la Seine et de la Scène…

C’est également une histoire romanesque sur fond historique, puisque Aragon parle par petites touches de la première guerre, de la victoire, de l’ après guerre et que l’histoire se termine ensuite au moment de la débâcle de 1942. (le roman fut publié en 1944).

Mais enfin et surtout, c’est l’une des plus grandes histoires de passion amoureuse qu’il me soit arrivé de lire. On y retrouve le message et la trame de Belle du Seigneur ou de Madame Bovary, on sait dès le début que la passion va détruire Aurélien et Bérénice et que c’est l’impossibilité de l’amour qui rend l’existence pitoyable.

Il devinait confusément un piège. Une femme pour un homme, c’est d’abord un miroir, ensuite un piège… Un monde de complications. Un monde. Non. Mille fois non. Se reprendre avant d’être dans l’engrenage. D’ailleurs quelle futilité, cette femme !

Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. Tous ceux qui s’en sont pris à elle s’y sont pris. On ne peut l’essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu. On dira que c’est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s’en détromper.

Ceci-dit, les histoires et surtout le style n’ont rien à voir ni avec Flaubert ni avec Cohen, même si l’on retrouve des longueurs inutiles et des morceaux de haute volée. Aragon arrive à faire vivre tous les personnages secondaires, et ils sont légion, sans trop perdre le lecteur. Et il savait déjà en 1944 utiliser ce qu’on appelle aujourd’hui le teasing, c’est à dire introduire un évènement qui fait palpiter le coeur du lecteur qui devra attendre deux ou trois chapitres pour y accéder. Par contre, je trouve le dernier rebondissement, donc la dernière page de trop…

En résumé, cette lecture m’a vraiment enthousiasmée, ce personnage d‘Aurélien est l’un de ceux qui m’auront le plus touché dans la littérature romanesque et amoureuse, j’avais souvent l’impression de le voir, de le comprendre, du moins en partie, de partager certains ressentis avec lui. Il est touchant, vraiment.

Au fond, le siècle d’Aurélien s’écrit en deux mots : il y avait eu la guerre, et il y avait Bérénice.

Je sais que cette histoire est l’une des quatre écrites par Louis Aragon dans la série  » La vie réelle ». Est-ce que je tenterai un autre de ses romans ? L’avenir le dira.

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22 réflexions sur “Aurélien, d’ Aragon (1944)

  1. Hey mais tu as publié ces derniers temps (pendant que j’avais le dos tourné^^) !!! 😆 Hooou, je sens que Noël et la pause arrivent ! 😀 !J’adore Aragon le poète, j’ai lu Aurélien et ce livre m’a suivie longtemps mais là, il y aurait besoin d’une relecture et je m’aperçois que certains classiques sont soit empoussiérés à jamais (pour moi c’est Balzac et Flaubert) et d’autres sont toujours d’actualité, ou se lisent sans ennui mortel ! 😀

    1. En tous les cas, celui-ci m’a enchanté, une fois le cap des 100 pages passées ! Une vraie belle et grande histoire d’Amour, mais pas que !
      Balzac, jamais , Flaubert, j’ai adoré Madame Bovary tu t’en doutes et je n’ai pas pu lire l’éducation sentimentale, j’ai capitulé assez vite tellement c’était chiant…idem pour le Rouge te le noir et bien d’autres, Notre dame de Paris. Les classiques français sont particulièrement chiants , c’est leur différence avec les anglais qui eux sont top dès le début et infiniment plus modernes !
      Bisous !

      1. Je te conseille Martin Eden de Jack London (un coup de coeur absolu, suis en retard dans mon billet) ! 😉 Un classique américain, encore plus moderne et avec une histoire d’amour impossible…et pire encore !

  2. soene

    Hello Mindounet
    Il faut que j’aille relire nos billets.
    J’aime beaucoup le tien.
    Un coup de coeur, c’est super 😉
    Tu nous feras bientôt sans doute un récap’ de tes coups de coeur littéraires 2016 ?
    Bonne fin de semaine
    Je remarque que la neige arrive dans les Pyrénées 🙄 enfin sur ton blog, elle tombe à petits flocons 😉 une vieille tradition bloguesque et encore des souvenirs 😆
    Gros bisous
    P.S. que vous êtes choux sur la photo éditée par Miss Aspho

    1. Ha oui, un coup de coeur au final, mais comme je le dis, j’ai failli capituler sur le début.
      Oui je ferai un bilan de mes lectures 2016 (43 livres, peut être 44), début 2017, c’est prévu !
      La neige tombe plus sur le blog que dans les Pyrénées pour le moment, grand beau depuis 10 jours, c’est super agréable mais le matin ça gèle…
      Bisous et bon week-end.

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