La chaîne d’amour ( loving spirit) de Daphné du Maurier – 1931

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Merci à Asphodèle qui m’a offert ce livre , un vrai coup de coeur,  dans une autre édition, vintage et belle…

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Lorsque Daphné du Maurier eut son coup de foudre pour la Cornouailles, elle remarqua dans le port de Fowey, une goélette désarmée  dont la proue était intacte : celle ci représentait le visage d’une certaine Janet Slade, qui fut à l’origine de la construction du bateau et qui lui donna son nom. Daphné se fit raconter l’histoire de ce bateau et fit des recherches pour remonter l’histoire du Jane Slade et de sa famille . Elle s’enferma dans sa maison Familiale de Ferrysade, pendant 6 mois, l’automne et l’hiver, et écrivit son premier roman, édité en 1931.

La  chaîne d’amour raconte donc l’histoire de Janet Coombe (le nom utilisé dans le livre), et de ses descendants , sur  quatre générations.

Ce premier roman (mais pas le  premier écrit publié) de Daphné du Maurier est une pure merveille…il est impressionnant de voir qu’à 20 ans passés, elle avait déjà quasiment tout ce qui fait la force de son écriture:

  • Une fascination pour la mer, la nature, les éléments
  • Une façon rythmée et habile de maintenir le lecteur en haleine
  • Un goût pour le noir, le macabre, même si ici l’on peut considérer qu’il y a un demi happy-end, ce qui n’est pas si fréquent chez l’auteur
  • Une exaltation pour le sentiment amoureux, l’amour filial
  • Une interrogation sur le sens de la vie, la mort, la religion
  • Une rébellion sur la place de la femme et celle de l’homme, Daphné du Maurier ayant toujours voulu être un homme et ayant mélangé les genres , dans ses livres comme dans sa vie réelle.

La chaîne d’amour  est aussi un hommage aux gens de la Cornouailles, aux personnes humbles, aux marins , à ceux qui ne s’encombrent ni  des faux semblants et de l’hypocrisie des salons londoniens, ni des  dogmes religieux, comme ici, lorsque Joseph, le fils de Janet, devenu capitaine du bateau est décrit par l’auteur:

Ainsi , Janet s’était trompée. Il n’y a pas de force plus puissante que la mort. La survivance des êtres n’est qu’une invention tout juste bonne à effrayer les enfants qui ont peur de marcher dans l’obscurité. Il était seul avec son navire, qu’il considérait comme son héritage. Pour l’amour d’elle, ce navire ne serait pas indigne de sa mémoire.  Ignorée de tous, si ce n’est du vent et de la mer, ayant sur les lèvres la caresse de l’écume et dans les cheveux la caresse du vent, l’image de Janet Coombe, en figure de proue, souriait doucement à elle-même.

Le titre du roman est celui d’un poème d’ Emilie Brontë, une citation est  d’ailleurs reprise sur la première page, et l’atmosphère composée par Daphné  fait vraiment penser à celle des Brontë, surtout celle des Hauts de Hurlevent. On est totalement dans un roman gothique, exalté et romantique malgré lui, l’obsession religieuse en moins, mais entre les Brontë et Daphné du Maurier, il s’est écoulé en gros 80 ans…

Autour de la maison, le vent hurlait en secouant les fenêtres. Les bougies grésillaient en frissonnant. Ensuite, la pluie vint se mêler au vent, et l’on eut alors l’impression que l’air se remplissait de cris et de frémissements. Là-bas, derrière la falaise, la mer tonnait en s’écrasant contre les rochers. Les arbres se courbaient sous la force du vent qui leur enlevait leurs dernières feuilles.

Je ne serai pas en paix dans le ciel, ni au repos dans ma tombe. Mon âme restera liée à ceux que j’aime. Quand ils seront tristes et malheureux , j’irai vers eux et Dieu même ne pourra pas me retenir.

J’avoue que je partais un peu sceptique sur ce livre, de par son sujet, son côté biographique réinventé et aussi parce que ce fut le premier roman publié de Daphné et qu’il rencontra un petit succès, sans toutefois arriver à la faire  vraiment remarquer du grand public.

Au final, La chaîne d’amour est peut-être le livre que j’ai préféré parmi les six ou sept que j’ai lus. Je te conseille vraiment à tous ceux et celles qui veulent être emportés par cette déferlante, qui aiment l’exaltation…

Lorsque Janet fut enterrée, par un tiède après-midi de septembre, le soleil brillait à travers les vitraux de l’église, et le vent d’ouest courbait doucement les hautes herbes des prairies . Il n’y avait pas de tristesse dans l’air…un merle chantait gaiement sur la plus haute branche d’un ormeau…les hommes travaillaient comme d’habitude sur la jetée. Janet Coombe n’était plus  qu’un petit nom gravé sur la pierre grise d’une tombe, en attendant que la pluie, le vent, la mousse et les racines des lierres le fissent disparaître, comme avaient disparu les feuilles des étés et les neiges des hivers passés.  Poussière ! La vie n’a pas de sens. Elle n’est qu’une fraction de temps, entre la naissance et la mort, une onde à la surface de l’eau.

Daphné du Maurier est à ce jour, l’auteur qui me correspond , autant dans ses écrits que dans ce que je sais de ses principes de vie…

Daphné du maurier 8

 

 

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35 réflexions sur “La chaîne d’amour ( loving spirit) de Daphné du Maurier – 1931

  1. Toutafê ! Et la ville commence par O…. ! Arf, heureusement qu’elle ne passe plus hein ! Mais cela dit, elle a raison ! Moi je n’ai pas le temps, j’achète et hop j’envoie, vu que je ne m’y prends pas deux mois à l’avance ! Celui-ci me parle bien… 😉 Bisous 🙂

  2. soene

    Tu devrais changer un peu de registre, Mindounet 😆
    Tu tournes en rond je trouve 😈
    Tu veux que je t’envoie la liste des bouquins avalés dans mes clubs de lecture ? 😉
    Pas taper moi, hein !
    Bonne semaine et gros bisous

    1. Ha non merci, quand je vois les titres de ton club, j’ai envie de me pendre!
      Non j’ai pas fini avec Daphné, c’est que le début, enfin il m’en reste à lire et à apprendre sur elle !
      Have a nice day !

      1. Un auteur de romans sentimentaux. Je dévorais ses histoires et je ne voyais que le romanesque, le gothique. Dans le cagibi de mon école, qui faisait office de bibliothèque, Rebecca était aux côtés des Barbara Cartland. Donc, en amour avec ce roman, j’ai poursuivi avec « L’Auberge de la Jamaïque » et « Le Général du Roi ».
        Je viens de vérifier si tu avais lu le dernier et je ne le vois pas dans tes archives.

        1. estellecalim

          C’est l’image que j’en avais aussi avant de lire Rebecca. C’est comme cela qu’on la présentait en tout cas dans ma jeunesse également 😉

        2. Je n’ai pas lu le Général du roi , je ne l’ai pas pour le moment, il m’attire moins mais je le lirai certainement.
          Daphné détestait qu’on la catalogue dans ce genre là, même si l’amour est toujours au coeur des histoires qu’elle écrit. Il y a souvent une seconde lecture derrière…

        1. Je dois dire que oui, pour le moment ce n’est que des coups de coeur, ce qui est rare avec un seul et même auteur. Même quand j’ai lu un titre qui ne me branchait pas au départ, sur la papier, j’ai adoré !
          A suivre !

  3. Voilà un roman que j’ai lu, relu et re-relu et je ne sais pas si je ne vais pas encore le relire. J’ai toujours pensé que c’était le plus beau roman de Daphné Du Maurier et je vois qu’on ne me dément pas. Je ne sais pas pourquoi le personnage de Janet Coombe, m’a toujours fait pensé à Célestine. Et toi MTG, tu penses que j’ai un peu raison ? Je sais que Céleste adore la navigation et les rêves l’ont toujours transportée, et c’est le cas de Janet.

    1. Je ne sais pas pour Célestine, tu la connais sûrement plus que moi mais pourquoi pas, c’est une belle référence !
      Oui, il est étonnant ce premier roman de Daphné du Maurier, écrit si jeune, si vite, dans cette maison de Fowey en hiver, sans chauffage ou presque…

    1. Emilie oui, tu ferais bien et je te conseille vraiment la bio de Tatiana de Rosnay car JUSTEMENT, elle ne déflore aucun livre et ça relève de la haute voltige ! Et en plus, elle donne envie de lire certains livres… Fonce ! ça se lit très vite, comme un roman ! 😉

    1. Oui, j’essaye d’être objectif, j’aime bien les auteurs et les citations un peu provoc, mais là ce n’est pas le cas, il s’agit chez Daphné de positions et de ressentis vrais, qui correspondent à sa vie réelle, et j’admire sa façon de vivre et bien entendu ses écrits.
      Quoi qu’il en soit, un très beau roman pour s’évader et rentrer dans son univers!
      Bises Val !

  4. Rhooo j’y croyais beaucoup en ce livre (sans savoir qu’il s’agissait de « La chaîne d’amour ») grâce à la bio (toujours elle) de T. de Rosnay ! Je suis heureuse qu’il t’ait plu et il a tout pour me séduire, si tu veux bien me le prêter à ton prochain passage, je ne dis pas non !!! 😆 Meuh non je ne fais pas de cadeaux intéressés, sinon j’aurais fait comme une certaine S. qui les lit avant de les offrir, arf (et le mal que j’ai eu à le trouver !!!) !!! 😆 De quoi me réconcilier avec Daphné car depuis Rébecca, je n’accroche pas vraiment aux autres… Bisous Poussin ! 😀

    1. Ha ha mais oui, tu le liras !! 😀
      Comme je le dis, pour son premier roman et pour en avoir lu déjà pas mal , je trouve qu’elle l’a vraiment réussi ! Je pense que la mer qui est omniprésente dans ce récit va te plaire !
      J’hésite entre 2 S pour les cadeaux intéressés…niak niak niak mais quand même je pencherais pour celle qui habite le plus au nord…:D 😀
      Bisous.

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