Courir après les ombres de Sigolène Vinson – 2015

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L’exil est une course en solitaire, et ceux qui se noient n’existent pas.

Obsédé par Arthur Rimbaud, artiste devenu lui-même marchand, Paul Deville, est  un cynique marchand en matières premières au service de la Chine et de sa conquête des ports africains. Il s’est juré de détruire par ses manoeuvres une mondialisation qu’il déteste . Entre deux négociations, toujours en partance sur des bateaux, Paul  erre avec un berger éthiopien sur les traces de Rimbaud, un clandestin en partance pour la France via le Yémen,  une jeune pêcheuse de Djibouti et une Française à la dérive. Paul est un ancien prof d’économie, comme son père, brillant universitaire qui perdit un jour la raison…

Les psychiatres avaient fini par diagnostiquer son mal et l’avaient nommé « renoncement », forme aigüe de mélancolie. D’après eux, il avait fait le choix de perdre la raison. Paul devait accepter sa décision de rester fou, comme il devait accepter la charge qui lui était dévolue, prince héritier d’une désespérance idéologique , fils du roi de l’illusion. Parce que, évidemment, il ne pouvait jamais se détourner de ce pour quoi son père avait sacrifié son intelligence : rêver d’autre chose.

Waouh, Danser avec les ombres n’est pas un livre parmi d’autres, qu’on va oublier assez vite. Déjà le fond laisse un peu perplexe au début…un héros qui aide la Chine à piller l’Afrique en vue de détruire le capitalisme occidental tout en cherchant farouchement les derniers poèmes jamais parus de Rimbaud…

Ensuite , c’est une histoire qui mélange économie, géo-politique, poésie , l’univers maritime et l’ Afrique ou l’auteur à grandit en partie .  C’est donc un livre assez exigeant, très personnel,  avec un vocabulaire riche (un peu trop) mais réussi et fort.  .

C’est une sombre ballade économique,  mélancolique  et poignante.  Car Sigolène Vinson réussit ici l’impossible : marier la recherche des derniers vers de Rimbaud à la mondialisation meurtrière,  le verbe pur au politiquement pas correct.

J’ai retrouvé avec un grand plaisir l’auteur du Caillou , sorti la même année que Danser avec les ombres , en 2015.  Et même ci ce n’est pas un coup de foudre ni même un coup de coeur, j’aime vraiment ce qu’écrit Sigolène Vinson et au delà de ça, ce qu’elle me semble être en tant que personne.

Si le décor et le vocabulaire  m’ont parfois laissé un peu sur la berge dans son périple idéaliste et fou, Paul a réussi à m’embarquer avec ses ami(e)s, surtout Mariam, l’adolescent pêcheuse de Djibouti ou encore Louise, une française qui s’embarque pour Dunkerque :

 Paul est peut-être atteint du même mal qu’elle, un genre d’embarras de vivre. Dans son cas, cela ne passe pas . C’est une maladie bénigne dont elle souffre depuis la naissance : la thalassémie mineure. Une inversion de la formule sanguine qui lui donne les yeux jaunes et la flingue d’ennui quand le climat est trop froid. Elle a appris à aimer cette pathologie pour son nom : thalassémie . Une douleur qui s’appelle « mer », qui ne voudrait en être frappé? Alors, elle embarque sur des bateaux. La mélancolie quand elle est dans le sang pousse aux courses sur l’ Océan, les battements sourds de l’anémie sont à l’unisson des turbines et des hélices.

Je vais maintenant essayer de trouver  le premier livre publié de Sigolène Vinson, une autofiction parue en 2011 et intitulée  » J’ai déserté le pays de l’enfance ».

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15 réflexions sur “Courir après les ombres de Sigolène Vinson – 2015

  1. Celui-ci me ferait presque plus envie (ainsi que « J’ai déserté le pays de l’enfance ») mais je vais lire Le caillou, il est à mon programme 2017 ! 😀 Si, si tout arrive ! Je ne trouve pas le vocabulaire compliqué (dans les extraits que tu mets en tous cas) (hormis thalassémie que je ne connaissais pas, sauf le préfixe évidemment 😆 ) Bises 😉

    1. Là ce n’est pas compliqué, mais le vocabulaire  » africain » et  » navigation » est quand même compliqué quand on est né au Fite 😀
      Ceci dit, c’est un beau livre et je suis ravi de voir que certaines aient envie de lire Sigolène Vinson, avec ce titre ou le caillou !

  2. Si j’avais réussi à écrire ma chronique sur ce livre atypique, je ne l’aurais pas mieux fait. Bravo car l’exercice n’est pas facile ! Mais tu as réussi à retranscrire le côté atypique de ce roman.

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