Le mystère Henri Pick de David Foenkinos – 2016

Le premier roman est toujours celui d’un bon élève. Seuls les génies sont d’emblée des cancres.

Delphine est éditrice chez Grasset. Son compagnon, Frédéric, vient de publier un premier roman passé inaperçu . En vacances en Bretagne, dans sa famille, Delphine découvre à Crozon, la bibliothèque des livres oubliés, fondée par un amoureux des livres aujourd’hui décédé. En plus d’être une bibliothèque classique, cette dernière contient une section dédiée à tous les manuscrits rejetés et donc jamais publiés par aucun éditeur, que leurs auteurs ont déposé là. Delphine et Frédéric , d’abord amusés , lisent en vrac  certains textes , lorsqu’ils tombent sur un manuscrit écrit par un certain Henri Pick, l’ancien propriétaire d’une pizzeria du village. L’éditrice est persuadé que ce livre est un chef d’oeuvre, et part à la recherche de Pick pour le convaincre de publier ce livre…

Après la longue parenthèse  » Charlotte « , ceux qui me suivent savent à quel point ce roman m’a touché, j’appréhendais un peu de retrouver David Foenkinos. Après un tel succès et un changement notable de style et de sujet, je me demandais comment il allait pouvoir revenir  à son style originel et m’embarquer à nouveau sur son navire.

Et bien, non seulement je n’ai pas été déçu par le Mystère Henri Pick, mais encore, je dois dire que c’est presque un coup de Coeur. J’y ai retrouvé la légèreté apparente des mots de l’auteur, toujours aussi habile et facétieux avec la langue française. J’y ai retrouvé sa pâte habituelle pour faire simple.

Mais il n’y a pas que cela. Il s’écarte des histoires sentimentales qui ont fait son succès et sa réputation et se concentre sur le livre, l’écrit, l’écriture et le succès en littérature. Le Mystère Henri Pick est un livre intelligent qui nous amène à nous interroger sur les raisons du succès ou de l’échec d’un livre, et sur le milieu de l’édition. Il y a dans ce roman, un côté fable jubilatoire que j’ai vraiment apprécié.

On croit que le Graal est la publication . Tant de personnes écrivent avec ce rêve d’y parvenir un jour , mais il y a pire violence que la douleur de ne pas être publié: l’être dans l’anonymat le plus complet. Au bout de quelques jours, on ne trouve plus votre livre nulle part, et on se retrouve d’une manière assez pathétique à errer d’une librairie à une autre, à la recherche d’une preuve que tout cela a existé. Publier un roman qui ne rencontre pas son public, c’est permettre à l’indifférence de se matérialiser.

Et puis, malgré quelques digressions qui s’écartent un peu du propos et de l’histoire, tout en apprenant beaucoup de choses réelles sur des auteurs de légende et actuels, je ne me suis pas ennuyé une seconde. En effet, David Foenkinos a construit son histoire comme une enquête littéraire et le suspens est constant et jusqu’à la dernière page. J’avais compris avant la fin  50% du dénouement seulement.

Au final, une fois de plus, Foenkinos réussit son coup et procure un vrai plaisir de lecture à celui qui sait apprécier cet univers là,  qui s’adresse aux amoureux des livres tout comme aux lecteurs occasionnels. Il démontre que la forme ne veut  pas dire absence de fond.

On peut se raisonner, mais c’est toujours le corps qui décide du temps nécessaire à la cicatrisation affective.

Et en lisant le Mystère Henri Pick, je pense à ce que disait récemment une auteur  dans une émission littéraire : « On écrit pour tout le monde ou alors on n’écrit pas ».

 

Publicités

16 réflexions sur “Le mystère Henri Pick de David Foenkinos – 2016

  1. soene

    C’était si beau, poétique, touchant, Charlotte…
    Je n’ai pas lu la Délicatesse (trop de battage ?…) mais ce livre me tente aussi, quand il sera en poche ou bien si je le trouve, par hasard, à 2 euros 🙄
    Je note. Le sujet titille !
    Gros bisous

    1. 2 euros faudra attendre un moment je pense, mais après en poche en occasion, disons à 5 euros ?
      Il est très différent de Charlotte, c’était un livre exceptionnel dans son parcours d’auteur mais je pense que celui-ci te plairait tout à fait !!
      Bisous.

  2. Comme Aspho… Je n’ai lu que « La délicatesse » et puis je n’ai pas voulu poursuivre. Par contre, avec ce roman, je ne dis pas non ! Il me tente assez…

  3. Tu connais mon goût pour le monsieur depuis « La délicatesse » ! Je n’ai pas essayé « Charlotte » mais celui-ci me tenterait assez je dois dire ! Et je te signale (au passage 😉 ) quand j’ai lu La Délicatesse, je ne connaissais absolument pas Foenkiki, je ne savais pas qu’il vendait autant de livres, donc je n’avais aucun a priori…mais je n’avais pas aimé du tout ! 😉 Ça va ? Pas trop de jet-lag ? 😆 Bisous 😀

    1. Rhooo non pour le jet lag, juste crevé !
      Charlotte est beaucoup plus personnel pour l’auteur, c’est différent. Ici, c’est proche de son style habituel sur une enquête littéraire, un vrai régal !

Exprimez-vous ici, MTG vous remercie

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s