Journal d’un vampire en Pyjama de Mathias MALZIEU – 2016

Ma boulimie créative a franchi un cap quand j’ai perdu ma mère. Elle n’a cessé d’augmenter ensuite. Chacun ses béquilles, les miennes sont des toupies électrifiées : je ne peux m’appuyer sur elles que lorsqu’elles sont en mouvement. Les règles sont simples : ne pas s’arrêter, éviter de freiner et surtout n’être enfermé nulle part, au sens propre comme au figuré. Faire le con poétiquement est un métier formidable.

Je connaissais jusqu’ici Mathias Malzieu comme le chanteur fou furieux du groupe  de rock Dyonisos…et j’avoue que je l’ai toujours trouvé sympathique  à défaut d’aimer sa musique et sons style.

Dans ce livre, Mathias Malzieu raconte à sa manière, un épisode tragique de sa vie. Un jour, âgé de 39 ans,  épuisé physiquement, il se retrouve à l’hôpital pour passer une batterie d’examens qui vont lui révéler qu’il est atteint d’une maladie orpheline aussi rare que grave, laquelle détruit sa moelle osseuse, donc ses globules rouges, blancs et ses plaquettes.  Il doit être transfusé à forte dose et se transforme ainsi en Vampire qui vit en pyjama dans les hôpitaux. Ensuite, des traitements coriaces puis une greffe de moelle osseuse devront être entrepris afin qu’il puisse vivre.

Vous l’avez compris, il s’agit d’un récit totalement autobiographique, écrit à partir des notes prises par l’auteur durant ses longs mois d’hospitalisation, sous la forme d’un journal.   Certains passages ont été écrits sur le vif, mais je pense que d’autres l’ont été à posteriori car à certains moments, je ne pense qu’il était en mesure d’arriver à écrire.

Franchement, je connaissais son côté décalé, poète, grand enfant voire parfois déjanté, mais je ne pensais pas qu’il écrivait aussi bien. Je n’ai pas lâché Journal d’un vampire en Pyjama depuis le moment où j’ai commencé sa lecture. Et dès le premier court chapitre, j’étais conquis par son style, son humour, son auto dérision mais aussi par la gravité du récit sous des airs de conte terrible qui finit bien.

On reconnaît le chemin qui mène à l’hôpital aux joyeux commerces semés autour par le Petit Poucet de la mort.Quand j’étais petit, je croyais que les magasins de pompes funèbres vendaient des chaussures pour les morts. L’entrée de l’hôpital est situé juste après la troisième échoppe. On dirait un grand lycée triste dont tous les élèves auraient été punis. Il y a une chapelle pour que les gens pleurent tranquille et une boutique Relay où on peut acheter des bonbons et L’ équipe. Regarder les résultats du foot, prier un coup et grignoter un Mars. Je vais me faire changer les plaquettes. M’en faire poser de nouvelles, disons. J’ai plus de sang-frein. liquidation quasi totale des particules coagulantes. Si je caresse un hérisson du bout des doigts, j’aurai un bleu sur l’avant bras.

Mathias Malzieu arrive à la fois à émouvoir et à faire sourire, à faire réfléchir et compatir sans toutefois aller vers la pitié, la plainte, la douleur avant tout.

Vraiment, il a réussi à me toucher sur un sujet que je ne lis jamais, la maladie, parce qu’il me fait peut, comme à la plupart des gens. Et je n’aime pas les récits en forme de confessions larmoyantes. Mais là, j’ai trouvé entre chaque ligne une énergie et une force vitale qui poussent le lecteur à essayer d’être vivant.

Et plus simplement, cette écriture échappée d’un univers de Tim Burton ou d’une histoire merveilleuse dans le tragique , m’a émue.

J’ouvre la porte de chez moi comme un voleur mélancolique. Il est plus de trois heures du matin. Rosy se réveille, on se chuchote des petites blagues rassurantes.Puis, blottissage intégral. Le sommeil ne vient pas, je vais me chercher tout nu du Coca dans le frigidaire. Le boire glacé à en chialer des bulles. Prendre un goûter à quatre heures du matin en regardant les étoiles scintiller au loin dans la brume tel un feu d’artifice raté. Regarder Rosy dormir, ses seins remontant à la surface de la couette comme des îles flottantes. Voir le petit matin effacer la lune avec sa gomme en forme de nuage. Prendre une double dose d’assomnifères et s’écrouler enfin.

C’est un vrai coup de coeur, et comme cette histoire se lit très vite, je ne peux que vous conseiller de rencontrer ce vampire en pyjama.

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27 réflexions sur “Journal d’un vampire en Pyjama de Mathias MALZIEU – 2016

  1. Il est dans ma PAL depuis Noël. Quand j’ai appris que j’étais peut être compatible pour donner à une personne en attente on ne sait où dans le monde. Malheureusement pas d’autres examens depuis, ce qui veut dire que cela n’ira pas plus loin. Dommage, j’avais trouvé que cela aurait été le plus joli cadeau de Noël à offrir 😉
    Peut être une autre fois!

    1. Oui, il y a quelques moments impudiques dans le livre parce que c’est difficile de ‘éviter quand il s’agit de faits réels, mais c’est noyé dans le second degré et la poésie ! Je te le conseille vraiment ! 😀

  2. La Douce

    Mon coup de coeur 2016… J’ai retrouvé la poésie, l’humour et l’auto-dérision que je connaissais déjà dans ses chansons et dans ses autres romans mais puissance 10. Je crois que je vais le relire!

  3. Tu en parle avec justesse et j y retrouve tous mes ressentis. Une belle lecture, un recit qui parle avec poésie des soignants et qui livre une intimité sur les sentiments de quelqu’un (presque) commme toi et moi qui se bousculent quand la maladie arrive: très beau.

    1. Oui, tout à fait. Je suis comme j’imagine tout le monde, terrifié par la maladie, les hôpitaux, et je trouve son récit hyper positif, bon bien entendu parce qu’il finit bien, mais quand même, un bel exercice ! J’avais lu chez toi une chronique d’ailleurs…

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