Ecriveur ou écrivain ?

Ce n’est pas ce qu’il écrit qui fait l’écrivain. Son besoin premier est d’écrire. Ecrire, c’est à dire se faire absent du monde et de lui-même pour, éventuellement, en faire la matière d’élaborations littéraires. N’importe quel sujet est bon pourvu qu’il permette d’écrire. Pendant six ans, jusqu’en 1946,  je tenais un journal. J’écrivais pour conjurer l’angoisse. N’importe quoi. J’étais un écriveur. L’écriveur deviendra écrivain quand son besoin d’écrire sera soutenu par un sujet qui permet et exige que ce besoin s’organise en projet. Nous sommes des millions à passer notre vie à écrire sans jamais rien achever ni publier.  André Gorz dans  » Lettre à D.

J’ai découvert André Gorz avec Lettre à D (j’en ai parlé rapidement il y a quelques jours) : c’est un intellectuel philosophe, ami de Sartre qui a prôné la décroissance économique et donc a beaucoup publié et énormément écrit. Et je trouve qu’il dit tout sur l’écriture dans ce court passage.

On ressent l’envie d’écrire ou pas au départ. Si elle se transforme en besoin alors petit à petit on devient écriveur comme il dit. Et puis ça peut s’arrêter là, on écrit, on invente, on remplit des cahiers, des journaux…c’est pour soi, peut-être un jour pour des proches et puis basta. Cela peut suffire. C’est pratiquer en amateur voire en amoureux de l’écriture.

Et puis, la vrai question, c’est qu’est-ce qui pousse à vouloir être lu par plus de monde, par exemple en ouvrant un blog d’écriture ou assimilé ? Et au delà, quel est le déclic qui donne envie d’essayer de se faire publier?  Vouloir être publié c’est faire partager au plus grand nombre possible ses mots, ses émotions. Mais cela suppose, comme le dit André Gorz que le sujet le permette et que le besoin s’organise en projet. Et pour moi, c’est peut-être déjà perdre sa liberté d’écriveur, même si de mon côté, si j’étais déjà écriveur assidu et passionné, je tenterais probablement la chose je crois. Sans être certain déjà d’arriver au bout du projet (le manuscrit) et surtout en sachant que les chances de devenir écrivain sont minces. Déjà d’être édité mais surtout que le livre marche !

Comme le dit Foenkinos dans  son dernier roman, c’est bien pire d’avoir un livre publié qui ne rencontre que l’indifférence et finit au pilori , renvoyé chez l’éditeur.  Au pire, comme Aznavour dans sa chanson on peut toujours dire qu’on a du talent et que c’est le public qui ne comprend rien !

Enfin, après l’édition, se pose la question de ne faire que écrivain, à temps complet si je puis dire. Bien entendu, compte tenu de ce que touche un écrivain sur le produit fini, beaucoup ne peuvent pas. Mais d’autres qui pourraient, ne le veulent pas, comme s’il était sain d’avoir un vrai métier à côté !

Ceci dit, l’écrivain qui ne fait que ça doit assurer la promotion de son livre ensuite, et ça c’est un autre métier, fait de communication, de relationnel, de rencontres et indirectement de commercial aussi, qu’on le veuille ou non. Peut-être pas si on s’appelle Modiano ou Ferranté et encore, l’éditeur doit leur mettre un peu la pression de temps en temps pour qu’ils aillent au charbon et sortent de leur tour que l’on qualifie parfois d’ivoire, sans que je sache pourquoi d’ailleurs.

En conclusion,  scribouilleur, écriveur ou écrivain, de toute manière , les mots ne sont que des écrits vains…et ce qui fait leur force.

 

Publicités

35 réflexions sur “Ecriveur ou écrivain ?

  1. soene

    Mais c’est de la philosophie tout ça Mindounet 😆
    Il ne faut prendre la grosse tête pour ne pas tomber dans l’autosatisfaction.
    Ecrire est tout un Art et bien peu l’atteignent.
    Pas le temps d’analyser à fond tout ça, je reviendrai plus tard, pour mieux « ruminer » 😉
    Gros bisous

  2. Rhooo un livre que j’avais commencé à lire chez S., notre amie commune et qui m’avait interpellé dès les premières pages ! Ensuite le développement que tu dais sur l’écriture est intéressant, je me pose la question depuis…mon adolescence et je n’ai toujours pas de réponse adéquate ! 😉 Ecrire est un besoin, quand les muses s’en vont, je pleure ou presque mais elles reveiennent toujours, encore plus fortes ! Je crois que si on veut aller au bout d’un « projet » comme le dit l’auteur (et un autre arf) , il ne faut pas se disperser et s’accrocher ! Maintenant qu’Emilie est toute nue, je fais quoi là ? 😆 La barre est haute aujourd’hui, 😀 Bisous 😀

    1. Quoa, Emilie toute nue ? où ça où ça ???:D 😀
      peut-être qu’un jour tu tenteras d’aller jusqu’au projet ou pas, tout dépend du besoin réel par rapport à ça. Je crois que c’est ça l’essentiel, si le besoin est satisfait en étant écriveur, alors pas besoin de se lancer dans un projet d’édition. Sinon, pourquoi ne pas le faire? Dans ce cas, ce que dit l’auteur dans cette situation est du bon sens, il faut quand même avoir un projet, une colone vertébrale, une architecture…
      Bisous et le bonjour aux muses si tu les croises…

  3. Beau billet, bel extrait. J’aime bien ce mot  » écriveur « , il y a un côté  » en train de faire, à l’ouvrage « . Cela confirme que cette lecture m’attend 🙂 . Quant à l’écriture, c’est tout un univers personnel, toujours en évolution je crois, je veux dire pour les motivations d’écrire, besoin ou plaisir, pour soi ou pour être lu. Et comme je t’ai lu dans une de tes réponses à un commentaire, je pense comme toi qu’il y a des moments, des disponibilités, des temps nécessaires. A une époque, je ne pouvais plus écrire. C’était bien différent de  » je n’ai pas envie d’écrire « . Et ça revient.  » Et tout le reste est littérature  » comme disait le poète 😉

  4. valmleslivres

    Très intéressant, l’extrait que tu cites. Je suppose que la plupart des blogueurs font partie des gens qui ont besoin de mettre des mots sur le papier (virtuel ou pas). Il y a les mots qu’on écrit pour soi, parfois pour soigner ses maux. Il y a ceux qu’on fait rimer par amour et qu’on partage avec l’autre. Et ceux que d’autres ont écrit pour les partager avec le plus grand nombre. Vivre sans écrire, d’une manière ou d’une autre, me semble difficile. Il faudrait porter des mots très lourds, qui finalement s’allègent quand on les écrit.

    1. Et joli commentaire , décidément, sur cet article vous êtes inspirées.
      Vivre sans écrire te semble difficile…cela dépend ce qu’on entend par écrire justement. Sije regarde mon cas personnel, j’y arrive très bien, je ne considère pas que faire mes articles de blog c’est écrire…et c’est les seuls mots que j’aligne. Par contre, pour moi, c’est vivre sans lire et sans musique qui me serait impossible…

      1. valmleslivres

        Sans musique, je l’ai fait longtemps, je sais que je peux (ça serait plus dur maintenant).
        Ecrire sur le blog, c’est déjà écrire. Mais effectivement, il y a des moments où ça ne me suffit pas. Moins j’écris, mieux je vais en fait !

      1. valmleslivres

        Oh que oui! Pour moi, j’en suis certaine, ça déborde sur le cahier en même tant que sur mes joues, et après ça va quand-même un peu mieux. Parce qu’en les (d)écrivant, on analyse nos émotions. Mettre le bon mot sur l’émotion qui lui correspond est essentiel (parole de psy que je valide).

  5. chachashire

    Un coup d’oeil aux meilleures ventes de la FNAC me confirment dans ce que je pense : on vend des livres quand ils servent à autrui, en étant divertissant, ou par des connaissances apportées, ou par le développement de soi.

    Ecrire à qui ? voila la question, et de quel point de vue ? Idéalement la nécessité existentielle d’écrire de porter une parole surchargée, qui resterait, permet la rencontre. Auteur, écriveur, écrivain, rédacteur ou chef d’équipe, on peut inventer autant de mot qu’on veut

    1. On n’a pas toutes les réponses en fait. De quel point de vue, je crois qu’on arrive à cerner la chose si on écrit, mais à qui, c’est peut être plus compliqué.
      Côté romans , pour les grands formats, c’est Amélie Nothomb qui est en tête des ventes en ce moment…suivie par Alice Zéniter.

      1. chachashire

        Il n’y a pas que les romans qui sont écrits. Et pour ce qui me concerne, et j’ai entendu et lu de la part d’autres, je crois qu’on écrit pour un lectorat dont on assume qu’il saura occuper les creux avec sa propre imagination.

  6. Sur le bonheur et la nécessité absolue d’écrire, je n’ai jamais rien lu d’aussi fort que Rilke dans ses « Lettres à un jeune poète »

    « Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même,
    cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez
    s’il pousse ses racines au plus profond de votre
    cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriezvous
    s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci
    surtout : demandez-vous à l’heure la plus
    silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment
    contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers
    la plus profonde réponse. Si cette réponse est
    affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi
    grave question par un fort et simple : « Je dois »,
    alors construisez votre vie selon cette nécessité.
    Votre vie, jusque dans son heure la plus
    indifférente, la plus vide, doit devenir signe et
    témoin d’une telle poussée. Alors, approchez de
    la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le
    premier homme, ce que vous voyez, ce que vous
    vivez, aimez, perdez. »

    Je ne pourrais vivre sans écrire, toute ma vie est tournée dans cette optique, tout ce que je vis, je l’imagine posé sur le papier et transcendé par les mots.Et ce, depuis que je suis toute petite…
    Bisous Mindounet

    1. Effectivement c’est très fort et c’est très beau à la fois, mais assez exalté comme propos.  » Mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire » , sur le papier on peut le dire mais dans la réalité, c’est plus difficile. Ceci dit, dans l’histoire et encore aujourd’gui on meurt pour des mots alors finalement…
      J’entends très souvent parler de ce texte, il faudrait que je le lise, d’autant que ce n’est pas de la poésie.
      Il ne dit pas ceci étant, si écrire c’est pour soi ou pour être lu…
      Bisous miss.

    2. J’ai lu une grande partie de cette lettre et je dois dire que je reste médusé par tant de génie.
      J’apprécie aussi, Mind the gap, ton développement du sujet sur l’écriveur. que dire alors d’un écrivant ?

  7. Je n’aime pas le mot « écriveur ». La sonorité est un peu dure.
    C’est tout ce que je peux te dire… je n’écris pas. Lorsque je dois le faire, c’est presque une épreuve !

    1. Je n’ai jamais écrit en dehors des ateliers des plumes et du blog, mais je sais qu’àun moment donné, j’ai arrêté, ça ne venait plus, même ce petit exercice. Il ya sûrement des moments propices, où l’esprit est canalisé par l’écrit, et assez disponible pour l’être, et d’autres non. Il faut peut-être aussi des éléments déclencheurs…
      Bises, ça reviendra en ce qui te concerne…

  8. De mon point de vue, totalement, disons, solitaire (égoïste ?), l’écriture est une passion dans le vrai sens du terme… Quand je n’écris pas, je ressens un véritable manque, et lorsque j’écris, je ne peux faire que cela…
    Evidemment, je mentirai si je disais que je ne souhaite pas éditer… Et j’essaierai…Une fois que j’aurai convoquer toutes les muses de mon fil rouge, j’enverrai un p****n de manuscrit…
    Pour le moins, mes muses, elles sont là…Capricieuses parfois, mais elles reviennent toujours faire un tour par chez moi… Et, pour moi, en tout cas, c’est ce qui est précieux…
    Selon moi, encore une fois, être édité, c’est à la fois canaliser cette passion dévorante qui déborde un peu de partout (un peu comme s’il fallait faire d’un potage un gratin de légumes), partager cette intensité, et montrer une façon personnelle d’approcher et de percevoir le monde, bien au-delà des faits divers…
    Pour comparer à quelque chose d’un peu plus simple, peut-être qu’écrire pour soi se rapprocherait de la masturbation, quand écrire pour être édité serait plus proche de faire l’amour…

    1. Oh qu’il est top ce commentaire. J’ai pensé à Isa et toi en écrivant cet article d’ailleurs…et je suis ravi de voir ta réaction.
      Je dirais que je te sens capable de faire l’amour et si jamais tu était éconduite, de toute façon, on arrive à prendre du plaisir aussi avec la seule masturbation…certes ce n’est pas du tout la même chose mais bon.
      Pas mal ta métaphore, de toute manière écrire c’est se mettre à nu, se montrer nu…la nudité choque chez nous, à tort à mon avis, elle est le prétexte à beaucoup de conservatisme . Heureusement qu’on est plus tolérant et ouvert avec les livres.

      1. Tu parles de la métaphore du potage, je suppose… 😀 😀 😀
        Elle aurait été plus crédible si j’avais été éditée 😀 😀 😀

        La nudité est prétexte à beaucoup de choses… Le conservatisme, la pornographie, bref la phallocratie… (Attention, Emilie se lâche, aujourd’hui 😀 😀 :D)
        Mais je ne sais pas si dans les livres, on est plus ouvert… J’avais vu passer un truc au début de l’été sur un écrivain féminin (unE écrivain(E), une auteure ???) connu au début de l’été qu’ un « journaliste » d’un journal en ligne avait qualifié de s*l*p* parce qu’elle écrivait du porno chic (avec succès a priori).
        Cela avait fait un peu de bruit car un collectif de femmes ou de féministes s’était approprié le truc… TU as dû en entendre parler, je pense…

        Sinon pour mon petit cas personnel, ce qui est important c’est le plaisir, effectivement 😉
        Que je prends à écrire et que je pourrai peut-être donner un jour 😀
        Bisous jumeau astral

        1. Oui j’ai vu passer cette histoire pour cette personne qui écrit des livres érotiques.
          Je pensais plus au nu artistique, même s’il a une foret dimension érotique, qui bien souvent choque et provoque des tolés…ce qui a d’ailleurs pour effet , peut être de renforcer le porno.
          On ne peut pas nier que le porno a ceci de terrible, c’est qu’il est dirigé uniquement pour le plaisir de l’homme et que du coup, la femme n’est traitée que comme un simple objet devant y parvenir. La phallocratie on ne peut pas la nier non plus, elle a toujours été là et n’est pas prête de disparaître.
          Quant au potage, essaye donc d’en transformer un en gratin 😀
          Bisous jumelle astrale.

Exprimez-vous ici, MTG vous remercie

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s