Bakhita de Véronique OLMI – 2017

 

Parfois, la connaissance du monde est une grande fatigue.

Quelle épopée, terrible et sublime que nous raconte Véronique Olmi dans son dernier roman, Bakhita.

Celle d’un jeune fille de sept ans, enlevée par des négriers dans son village du Soudan en 1835, pour être livré à l’esclavage le plus sordide jusqu’à ses 14 ans. A partir de là, achetée par le consul d’Italie au Soudan, elle reste esclave mais ne subira plus de sévices. Elle sera ramenée en Italie où elle sera protégée et instruite par une congrégation de religieuses à Venise. Elle ne quittera plus l’église, deviendra elle-même religieuse , s’occupant d’enfants orphelins et pauvres, jusqu’à sa mort. Devenue célèbre de par sa couleur noir prononcé et sa foi, utilisée par l’ Eglise Catholique à des fins d’évangélisation, elle sera canonisée par Jean-Paul 2, bien après sa mort.

J’ai du mal à rédiger cette chronique, j’ai fini le livre il y a trois semaines . J’aime beaucoup Véronique Olmi et avec Bakhita, elle prouve qu’elle peut changer totalement d’univers, se mettre au service exclusif de cette femme au destin hors du commun et raconter sa vie, la vie, l’humain, l’inhumain, avec sobriété et retenuse,mais avec une force inouïe. Il faut dire que l’auteur de Bord de mer sait écrire avec une force peu commune parmi les auteurs de notre génération.

Du coup, les 200 premières pages sont dures à encaisser, lorsqu’on sait que l’histoire racontée , bien que romancée est l’ HISTOIRE de l’esclavage et notre humanité il n’y a pas si longtemps que ça. D’ailleurs, dans Bakhita, on balaye partiellement 80 ans d’histoire, avec notamment les 2 guerres mondiales du vingtième siècle.

Elle voudrait leur dire comme la vie est rapide, ce n’est qu’une flèche, brûlante et fine, la vie est un seul rassemblement, furieux et miraculeux, on vit on aime et on perd ce qu’on aime, alors on aime à nouveau et c’est toujours la même personne que l’on cherche à travers toutes les autres. Il n’y a qu’un seul amour. Une seule hostie partagée. Un seul pain multiplié. Elle voudrait leur dire, mais avec son mélange et sa timidité, qui la comprendrait ?

La suite est plus  réjouissante, et je dois dire que moi qui suis athée et tout en respectant la foi, farouchement critique voire opposé à toute Eglise, j’ai eu envie de croire , et c’est un tour de force de Véronique Olmi.

C’est un livre essentiel, qui ne fait pas de bruit, comme son auteur, et comme dirait une blogueuse amie qui hélas ne voudra pas lire Bakhita, c’est toujours les personnes qui la ramènent le moins qui sont les plus intéressantes.

Au final, ce roman déchirant est un hommage à cette femme mais aussi à la femme en général et à tout être humain qui possède une grandeur d’âme, et celle de Bakhita est infiniment puissante.

Le fil conducteur de l’histoire est la séparation…la vie de Bakhita est faite de séparations , douloureuses et multiples. Seul Dieu ne se séparera jamais d’elle…

« Elle sait qu’il ne faut s’attacher à personne, qu’à Dieu. C’est ce qu’ils disent mais elle n’y croit pas. Ce qu’elle croit, c’est qu’il faut aimer au-delà de ses forces, et elle ne craint pas les séparations, elle a quitté tant de personnes, elle est remplie d’absences et de solitudes. »

PS: Véronique Olmi a eu le prix Fnac 2017 pour ce roman, lequel est un vrai prix décerné par des lecteurs, libraires et clients de la FNAC. Il est en lisse également pour le Fémina et le Goncourt, mais après étude du dossier, je parie que Véronique Olmi sera dans la dernière sélection mais ne l’aura pas…l’ Académie Goncourt alterne chaque année entre un livre intello et un livre populaire et cette année c’est au tour de l’intello. Pas très important, c’est un succès de librairie depuis sa sortie !

35 réflexions sur “Bakhita de Véronique OLMI – 2017

  1. soene

    Je ne sais pas si j’ai envie de lire ce roman, Mindounet. Je me concentre pour le moment sur ma liste de livres du Club de Lecture. J’avance très doucement et je vais bientôt être à la bourre de lecture…
    Un sujet grave, des Femmes remarquables et tellement fortes moralement, il y en a toujours eu dans l’Histoire. Elles m’impressionnent avec leurs destins hors du commun.
    Bisous

  2. sous les galets

    Il est drôlement bien ton billet (même si je crois savoir de quelle blogueuse tu parles), je reconnais que j’ai été influencée par un article qui dézinguait complètement ce roman et c’est dommage. Mais c’est plus à cause d’un autre titre qu’entre Olmi et moi je crains que ce soit compliqué.
    Bref, pour en revenir au roman, on sent que tu l’as vraiment aimé, et c’est touchant ce que tu dis sur la Foi et l’Eglise quand on te connait un peu.
    Peut-être un jour en poche, je me laisserai tenter (on est d’accord sur un point, l’histoire de l’esclavage est aussi-et surtout- la notre, c’est important de la regarder en face).
    Bises

    1. L’esclavage moderne est toujours là, bien entendu on ne peut pas vraiment comparer.
      Pour Bakhita, je crois qu’elle avait la foi en elle depuis toute petite, sans cela elle serait morte, et puis la Foi religieuse s’y est rajoutée et c’est assez troublant !

  3. estellecalim

    Honnêtement, vu la longévité des livres qui ont le Goncourt, il vaut peut-être mieux qu’elle ne l’ait pas 😉 (qui se souvient du Goncourt de 1954 ? de 1982 ?… )

    1. Oui mais non quand même : le Goncourt est le prix le plus prestigieux (hormis le Nobel de littérature mais qui récompense plus une oeuvre en globalité une carrière et qui est international) et il signifie au moins 100000 ventes de plus…

  4. lacapacitedemerveillement

    Merci pour l’info, je ne connaissais pas. J’ai lu des livres similaires, vu récemment sur Netflix « d’abord, ils ont tué mon père », tous ces sujets sont bouleversants mais essentiels à notre humanité dissonante.

  5. Pas si inaperçu, il m’a été recommandé par des libraires, catégorie Coup de coeur, et la presse ( enfin celle que je lis ^-^ ) suit ce livre. Je n’ai encore jamais lu cette auteure, je tourne autour de ce titre, et là, je te le dis franchement, ton billet est génial ! J’y lis que ce livre va m’intéresser, tout ce que tu écris sur la foi d’un côté et la manipulation par l’Eglise de l’autre, et je n’avais même pas noté qu’il se déroulait en Italie.

    1. Non, j’exagère, il a bonne presse, est partout dans les librairies et dans le top des ventes depuis sa sortie. Sans compter le prix Fnac et peut être d’autres. Mais en général, Véronique Olmi ne fait trop de bruit ! Le thème prinicipal n’est pas la foi et l’église catholique mais cela fait partie de la vie de cette femmme et pas qu’un peu. C’est avant tout un hommage à cette femme au destin de survivante…

      1. Le dernier Chalandon, c’est un cadeau d’un ami (qui m’a offert en même temps Les panthères grises de Patrick Eudeline).
        Oui, je confirme qu’on ne peut pas tout lire, surtout que je ne veux pas abandonner mon genre de prédilection, les polars.

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