Le Chagrin des vivants de Anna HOPE – 2014

C’est toujours plus facile de ne pas parler.

Nous sommes à Londres en 1920. La ville s’apprête à commémorer l’armistice lors d’une cérémonie particulière où le corps d’un soldat inconnu tombé en France sera inhumé au sein d’un monument à Westminster Abbey.

L’histoire se passe du 8 au 11 novembre 1920 et Le chagrin des vivants raconte le destin croisé de plusieurs femmes, chacune touchées par la guerre. Il y a,  Evelyne dont le fiancé est mort et le frère, ancien capitaine, est revenu sain et sauf et mène une existence en apparence confortable.  Evelyne travaille au bureau des pensions militaires. Il y a  la jeune Hettie qui, avec son amie Di, travaille dans un club de danse fréquenté par les anciens soldats, ce qui lui permet notamment de subvenir aux besoins de son frère, Fred,  soldat revenu diminué des combats, muré dans son silence .  Il y a  enfin ADA, qui a perdu son fils, Michael,  et continue pourtant de le voir et de le chercher dans les rues de Londres.

Anna Hope,  dont  Le chagrin des vivants fut le premier roman (énorme succès en Angleterre et ailleurs) va tisser une toile redoutable et magnifique, qui va  non seulement emprisonner et lier tous les protagonistes du récit, mais aussi le lecteur. Comme ici, lorsqu’ils vont chacun assister au défilé du soldat inconnu, notamment ADA:

Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boite. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : le chagrin des vivants.

 

Disons-le tout de suite, j’avais énormément aimé  La salle de bal, j’ai adoré Le chagrin des vivants, au point d’en faire un coup de foudre littéraire pour cette année 2017 !

L’auteur parvient à nous faire vivre cette époque avec beaucoup d’intensité, à nous faire ressentir toute la pesanteur des suites du désastre, la résistance des hommes face à ceux qui voudraient oublier…Et si beaucoup réapprendront à vivre, d’autres resteront à jamais marqués dans leur chair par la grande guerre, qui n’a de grandeur que son nom.

Un bel hommage aux oubliés de l’histoire, les sans grade,  et  aussi aux femmes qui travaillent dans l’ombre à réparer les destins. Un beau travail de mémoire. Un vrai.

Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose ?
Pas seulement lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie. […]
La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose , bon sang ?

Anna Hope se base, comme dans La salle de bal, sur des faits historiques, des livres et des documents d’époque, et invente ses personnages et leurs histoires qui sont  si intimement et délicatement mêlées. C’est une auteur, qui sur un premier roman, arrive à allier le fond et la forme, en cumulant les talents de jolie plume et de grande raconteuse d’histoire. C’est un régal permanent.

Le suspens est grandissant et à la fin, j’aurais presque voulu lire en diagonale pour aller plus vite et pourtant, j’ai réussi à épargner les 30 dernières pages pour les lire seulement le lendemain.  La fin est de facture classique mais l’auteur arrive à éviter le happy end trop happy , même s’il est logique…

Vivement le troisième roman, il faudra être patient, mais je serai au rendez-vous !

Publicités

37 réflexions sur “Le Chagrin des vivants de Anna HOPE – 2014

  1. Nota Bene : Je viens de me remettre à La salle de bal après un Thomas Vinau et Gaëlle Josse et là j’accroche mieux alors je vais m’accrocher mais je ne sais pas pourquoi celui-ci me tente davantage…

  2. soene

    Hello Mindounet
    Le voilà donc ton COUP DE FOUDRE 😆
    Ce livre fait partie de la liste de mon Club de Lecture. Après ton billet élogieux je vais donc prendre un grand intérêt à découvrir ce roman.
    La période de la 1er guerre mondiale n’est pas ma tasse de thé mais je me fie à tes goûts littéraires 😉
    Et en attendant son 3e roman, j’aurai largement le temps de lire les 2 précédents 🙄
    Bonne fin de semaine et gros bisous

  3. sous les galets

    Tu vas rire, mais sur France Q ils en avaient parlé dans les mêmes termes que toi à sa sortie…donc j’étais déjà tentée, mais tu enfonces le clou, tu en parles vraiment très bien (tu sais que je m’aperçois que finalement tu es plus sensible aux plumes féminines non ?)
    Noté

    1. Hola oui, je lis principalement des femmes, sans le chercher vraiment. Mis à part Blondel que j’adore mais qui a aussi un côté féminin avéré, je ne lis pas beaucoup d’auteurs en fait.
      Ce livre pourrait te plaire. C’est pas vraiment l’esprit que je me fais d’un livre  » France Q » mais c’est pas non plus un livre sans fond…bientôt Noël 😀

  4. Je n’avais pas entendu parler de cette auteure mais le succès de la La salle de bal et ce que tu dis de ce premier roman me donne envie de la découvrir. En plus, j’aime beaucoup quand il y a un contexte historique.

    1. Là tu ne seras pas déçue, il y a dans ses 2 livres la bibliographie des ouvrages de référence qu’elle lit avant de composer son roman. Elle part de faits réels, historiques et elle brode son histoire autour !!

Exprimez-vous ici, MTG vous remercie

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s