Le livre que je ne voulais pas écrire- Erwan Lahrer – 2017 – Quidam éditeur – 0.08€ la page

C’est l’histoire d’un mec, rocker,  qui se rend à un concert de rock à Paris, au Bataclan, le 13 novembre 2015, et qui se retrouve au milieu d’une tuerie, cloué au sol avec une balle dans les fesses (au sens propre du terme).

Et ce mec est aussi écrivain, alors bien entendu, la tentation d’écrire sur cette soirée est très présente, mais voilà, Erwan ne veut pas écrire sur cet évènement, il ne s’estime pas victime et ne veut en aucun cas témoigner.  Sauf qu’il va finir par écrire sur ce concert maudit, mais à condition de faire un vrai livre, un vrai roman…

Et c’est l’histoire d’un autre mec, un lecteur qui ne voulait pas lire cet ouvrage, car je n’ai pas envie de parcourir un JT quand je lis un roman, et parce que pour moi, le meilleur « témoignage » dans ce cas, c’est le silence. Mais je ne suis pas écrivain, je déteste le rock et heureusement, dans tous les concerts que j’ai faits, je n’ai jamais croisé de terroristes armés jusqu’aux dents.

Oui mais voilà, quelques copines blogueuses ont été convaincantes dans leurs chroniques, Jean-Philippe Blondel dithyrambique sur FB et puis Sigolène Vinson est une amie de l’auteur et si elle a, à sa manière, cautionné ce livre en lui donnant ses mots, c’est que ce livre devait être lu par moi.

Alors j’ai lu le livre d‘Erwan Lahrer, que je voulais pas lire et qu’il ne voulait pas écrire.

Et je m’en félicite !

Ben oui,le mec raconte cette tragédie sans jamais se poser en victime, sans jamais exprimer de haine pour ces assassins , sans pathos, avec lucidité et un détachement totalement attachant, sans compter un humour qui fait souvent mouche. Un second degré vis à vis de lui-même qui fait du bien…

Un héros aurait surmonté le ridicule de la situation et, malgré la douleur, se serait redressé pour, d’une voix rauque altérée par une souffrance maîtrisée, « envoyer ces enfants de salauds en enfer ! » Super Lavette gît dans son sang et celui de ses voisins, ne peut pas bouger, feint d’être mort. Super Lavette ne cache personne, ne protège personne, n’aide personne à s’enfuir. Super Lavette ne panse aucun blessé, ne comprime aucune artère, ne cautérise aucune plaie. Super Lavette n’est pas habitué au vacarme effrayant des armes de guerre.

C’est en effet un vrai livre, humaniste et intelligent, pas le genre de truc  populiste et larmoyant qui finit sur TF1 dans l’émission racoleuse et putassière  sept à huit .

Ci dessous, il exprime son désarroi face à une amie  rescapée elle aussi d’un commando terroriste

Pendant des semaines, des mois, tu t’es trouvé face à elle dans une situation de désemparement aigu, soucieux de la consoler, la réconforter, la soutenir, de lui donner de l’amour en sachant que c’était inutile, que tu resterais à jamais à la surface de son chagrin, comme ces crèmes contre la sécheresse cutanée qui, nous explique-t-on en petits caractères, n’hydratent que les couches supérieures de l’épiderme.Parce que tu es à l’extérieur de son drame …….L’extrême souffrance nous renvoie à notre irréductible solitude, à notre irréfragable individualité…..

On s’attache très vite à Erwan Lahrer, sans le connaître, et on ne peut imaginer que ce type triche ou soit un sale individu. Il est ceci dit assez malin pour parler de son avant dernier livre, qui est sorti au moment où il écrivait péniblement celui-ci…Marguerite n’aime pas ses fesses…pourtant à priori, elle n’a pas pris une balle de kalashnikov dans son séant la marguerite…et du coup, il est probable que je le lise, pour voir ce qu’il écrivait avant.

Le récit d’ Erwan Lahrer est entrecoupé de petits textes de sa famille, de ses proches, qui expriment comment ils ont vécu cette soirée du 13 novembre 2013.  Ces textes ne sont pas tous passionnants, ils cassent parfois le récit, mais tous sont vrais et certains sont très beaux, ceux de Sigolène et d’ Eglantine en particulier.

En résumé, ce livre qu’ Erwan Lahrer ne voulait pas écrire est un vrai bel objet littéraire, au vocabulaire soutenu, pas mal de mots compliqués sont utilisés, ce que je n’aime pas en général mais ici, ce n’est pas pour en mettre plein la vue alors ça passe.

Et ce passage pour terminer…

« La littérature n’empêche pas les balles. Henri Barbusse, Louis-Ferdinand Céline, Erich Maria Remarque, Louis Guilloux ou Ernest Hemingway n’ont pas empêché, en romançant 14-18, la Seconde Guerre mondiale. Henri Alleg n’a pas empêché Guantanamo. Anne Frank, Primo Levi, Henri Vercors, Georges Hyvernaud n’ont empêché aucun génocide, aucune bataille, aucun massacre de civils. On envoie aujourd’hui encore des gamins se faire buter, les femmes sont violées par les vainqueurs, les bâtards nourrissent des désirs de vengeance. La littérature n’arrête pas les balles. Par contre, elle peut empêcher un doigt de se poser sur une gâchette. Peut-être. Il faut tenter le pari. »

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37 réflexions sur “Le livre que je ne voulais pas écrire- Erwan Lahrer – 2017 – Quidam éditeur – 0.08€ la page

  1. saxaoul

    Je suis ravie de savoir qu’il t’as plu !!! Je suis en train de lire Marguerite. C’est clairement un livre qui ne peut pas plaire à tout le monde mais pour le moment j’aime bien. On retrouve certains des thèmes de prédilection d’Erwan Larher : une certaine vision de la société, des valeurs, etc. Et je confirme pour avoir participé à une rencontre avec lui en librairie : c’est quelqu’un de sincère et de fort sympathique. Il a beaucoup d »humour aussi.

  2. Oui,oui marguerite n’aime pas ses fesses, ça pourrait être une bonne suite, ça… (j’ai lu tous les livres de l’auteur, et le dernier qu’il ne voulait pas écrire, aussi, forcément)

    1. Tous les livres ? Tu es donc plutôt fan d’Erwan ! J’avoue que je n’en avais jamais entendu parler, mais avec son dernier livre, tout les blogs en ont parlé, enfin pas mal !
      Et je note que tu me conseillerais plutôt Marguerite ….

      1. ah zut les commentaires ne sont pas dans l’ordre chronologique habituel, ça m’a troublée
        Je le lis depuis ses débuts, donc quel que soit le sujet ^_^ je te vois bien avec Marguerite, oui ^_^

  3. Lu parce que j’ai apprécié mon échange avec l’auteur au livre sur la place sans savoir dans quoi je me lançais. (Tu le sais à présent, je suis blonde…) et je l’apprécié tout comme toi malgré les mêmes réticences. Une belle surprise.

      1. Bon en attendant, ta réputation de sale gosse est confirmée, non seulement j’ai lu d’une traite le Tome 1 de la saga de Ferrante que tu m’avais offert mais j’ai dû commander les deux autres tomes pour éviter le manque, tssss !!! 😆

  4. Je ne connaissais pas cet auteur avant que quelques médias ne s’emparent de son histoire.J’avoue que je ne sais pas trop…
    A voir… Un jour peut-être…
    Parce qu’il est vrai que ton billet donne envie de le découvrir!
    Bisous

      1. Beau ténébreux, canaille et fragile. Santiags aux pieds. Je le croise au salon du livre de Châteauroux. Je ne le connais pas plus, tu sais que je suis une grande timide ! J’ai sous la main Marguerite et j’ai hâte que tu le lises pour connaître ton avis… Je ne te dis rien mais c’est loin de tes lectures habituelles.
        La couverture ne peut que te plaire !

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