And the winner is…

Le célèbre éditeur anglais WH SMITH, fête cette année ses 225 ans d’existence, ce qui n’est pas rien. c’est notamment l’éditeur historique de Charlotte Brontë, puis le second éditeur de ses soeurs, le premier n’ayant pas été très bienveillant avec elles.

Cette maison  a édité des grands classiques de la littérature et continue  d’exister avec efficacité sur le marche littéraire outre-Atlantique.

Pour son anniversaire, elle a organisé un grand vote pour déterminer, à partir d’une liste de départ, quel était selon les votants, le livre en langue anglophone  le plus marquant de ces 225 dernières années.

Voici la liste des auteurs sélectionnés pour le sondage , que je classe suivant ma propre connaissance des classiques anciens ou contemporains en langue anglaise, et ma connaissance en la matière est limitée ! Je ne mets pas le nom de l’auteur élu par les lecteurs, pour garder un peu du suspense pour ceux qui seront intéressés.

Auteurs dont je n’avais jamais entendu prononcer le nom.

  • Vintage Lee
  • Emma Donoghue
  • Irain Banks
  • Yann Martel
  • Douglas Adam’s

Auteurs dont je connais le nom mais que je n’ai encore jamais lu

  • John Le Carré
  • Charles Dickens (nommé pour 2 titres)
  • JRR Tolkien
  • George Orwell
  • William Golding
  • Henry James

Auteurs dont j’ai déjà lu au moins un titre :

  • L’auteur qui a remporté les suffrages de ce vote (suspens quasi insoutenable…)
  • Alice Sebold
  • Jane Austen
  • Francis Scot Fitzgerald (j’ai pas réussi à le lire…quel ennui!!!)
  • Charlotte Brontë
  • Virginia Woolf (je n’ai jamais réussi à lire plus d’un quart de ses romans)
  • Emily Brontë

Hé bien le livre qui a rempoté les suffrages  juste devant Dickens et les soeurs Brontë a été….

J’adore les anglais et bravo à Daphné du Maurier, qui je le crois, aurait été à la fois très fière et énervée si elle avait connu ce vote, énervée car elle en avait assez qu’on la ramène toujours à Rébecca et aussi parce qu’elle admirait les enfants Brontë qui furent l’une de ses sources d’inspiration.

Si j’avais pu voter , j’aurais été bien embêté, mais le choix du coeur se serait porté sur Les Hauts de Hurlevent ou Jane Eyre…

Et vous, dans cette liste, vous auriez choisi qui?

Lettre à George Henry…

Cher Monsieur,

Votre lettre m’est parvenue hier. Croyez, je vous prie, que j’apprécie comme il se doit vos intentions et que je vous sais gré de vos compliments et vos encouragements ainsi que de vos conseils avisés.

Vous me mettez en garde contre les sirènes du mélodramatique et m’exhortez à demeurer au plus près de  la réalité. Je commençai ma carrière d’écrivain pénétré des principes que vous prônez, résolu à n’avoir d’autres guides que la Nature et la Vérité et à ne jamais m’en écarter d’un pouce. Je contins mon imagination, bannis le romanesque, m’interdis toute exaltation : je fuis également les tableaux trop flamboyants et je recherchai des accents nuancés, sobres et vrais.

Mon ouvrage (Le Professeur) achevé, je le proposai à un éditeur. Il le déclara original, fidèle à la Nature, mais n’osa l’accepter, faute d’y trouver les garanties requises pour une publication : le livre ne se vendrait pas. Je sollicitai successivement six autres éditeurs qui s’accordèrent à dire que mon roman ne comportait pas assez de « péripéties frappantes », qu’il il manquait un  » je ne sais quoi d’exaltant et de palpitant » et qu’il ne conviendrait jamais au public des cabinets de lecture. Jane Eyre rencontra dans un premier temps des réserves en partie similaires, mais trouva finalement preneur.

Ce n’est aucunement pour me soustraire aux critiques que je vous expose tout ceci , mais seulement pour signaler à votre attention la cause profonde de nombre de fléaux littéraires.

L’expérience individuelle n’est-elle-pas, Monsieur, dans les faits, d’une grande étroitesse? Un auteur peut-il en faire son unique ou principal sujet sans risquer de devenir répétitif ou verser dans le culte du moi ?

Et d’ailleurs, l’imagination est une faculté vigoureuse et inlassable qui n’a de cesse qu’on l’écoute et la mette à l’épreuve – faut-il donc rester sourd à ses cris et ignorer ses élans ? Quand elle nous représente de chatoyants tableaux, devons-nous détourner le regard et ne jamais nous essayer à les reproduire? Et quand elle déploie toute son éloquence, devons-nous refuser de noter sous sa dictée ce qu’elle nous murmure à l’oreille d’une voix rapide et passionnée?

Currer Bell (pseudonyme initial de Charlotte Brontë).

Charlotte Brontë, écrivant à un critique littéraire influant et fondateur d’une revue littéraire, en 1847, à la sortie de Jane Eyre en Angleterre. Les débats sur l’écriture d’un roman n’ont pas changés, plus d’un siècle et demi plus tard.

Lettre à Ellen…

Ellen,

Samedi dernier, en proie à un accès de sentimentalité, j’ai pris la plume pour vous écrire un de ces mots comme je devrais n’en adresser qu’à Mary, qui est presque aussi folle que moi. Il m’est retombé sous les yeux aujourd’hui et je me suis doutée que le regard serein d’ Ellen se teinterait de mépris à une telle lecture. Sur ce, j’ai résolu de concocter quelque chose qui soutienne un peu mieux l’examen des gens de bon sens. Je ne vous dirais rien de toutes les pensées et de tous les sentiments que vous m’inspirez,  Ellen. Je ne franchirai pas les bornes de cette réserve, qui seule me permet de garder la réputation d’une personne un tant soit peu sensée, et sans laquelle tous ceux qui me connaissent m’auraient depuis longtemps rangée dans la classe des écervelées françaises.

Pardonnez-moi si je ne vous raconte que des âneries, car j’ai la tête lasse et le coeur abattu. La tempête fait rage ce soir et la plainte continuelle du vent me remplit d’une intense mélancolie. Quand les circonstances, quand mon humeur m’accablent pareillement, Ellen, je cherche d’instinct refuge dans la contemplation de quelque idée sereine et tranquille ; et c’est votre image que j’invoque à l’instant, dans l’espoir qu’elle m’apportera quelque apaisement. Et vous voilà, assise tout près de moi, droite et silencieuse, vêtue de votre robe noire et ceinte de votre écharpe blanche, avec votre pâle visage aux traits de marbre – et cet air si doux, si paisible,en tout point semblable à la réalité. Comme je voudrais que vous me parliez ! Si l’avenir nous sépare – si le sort veut que nous passions toute notre vie loin l’une de l’autre, sans jamais nous revoir – quand je serai bien vieille et que je me remémorerai mon jeune temps, avec quelle nostalgique jouissance je ressusciterai le souvenir d’ Ellen Nussey, l’amie de mes premières années !

Lorsque j’éprouve de l’affection , je le dis hautement ; C’est là mon caractère, et je ne crains pas le moins du monde d’exciter votre vanité en vous encensant. C’est votre piété qui fait votre plus grand charme ; puisse-t-elle toujours vous garder telle que vous êtes, pure, modeste et charitable, tant en pensée qu’en action. Et moi, que suis-je, à côté de vous ? Comme je me sens indigne en comparaison  ! Je suis une vile créature, un être grossier et commun.

Ellen, je voudrais bien pouvoir passer le restant de mes jours auprès de vous . Je vous suis, depuis peu, plus tendrement attachée que je ne l’ai jamais été. Si seulement nous avions une petite maison et un peu de fortune personnelle, je crois bien que nous goûterions jusqu’à notre mort, à vivre ensemble dans une tendresse mutuelle, un bonheur auquel nul ne pourrait ajouter.

Adieu, portez-vous bien ma très chère Ellen,

Charlotte Brontë.

Cette lettre fut écrite par Charlotte à son amie intime Ellen Nussey (avec qui elle correspondra jusqu’à sa mort), en 1836.  Charlotte Brontë a alors 20 ans, elle a rencontré Ellen alors qu’elles étaient toutes eux élèves dans un pensionnat , en 1831. Onze années plus tard, Jane Eyre sera publié et deviendra rapidement un succès .

 

J’ai déserté le pays de l’enfance de Sigolène VINSON – 2011

Une autre solution était aussi de vivre . Je devais y songer. Pas d’athéisme plus fort que celui-là.

Française, la narratrice a passé son enfance en Afrique, à Djibouti. Le pays d Arthur Rimbaud, celui  des Afars, des pêcheurs, des bergers, de la mer et du vent. Rentrée à Paris lorsqu’elle était adolescente, elle essaye de surmonter cet arrachement. Elle deviendra  avocate, spécialisée en droit du travail et se retrouvera à défendre des entreprises qui licencient. Jusqu au jour où  l’accumulation de travail et l’envie plus forte de défendre les salariés la perturbent. Elle s’ effondre en pleine audience, burn-out comme on dit aujourd’hui. La narratrice est alors conduite dans un hôpital psychiatrique, pour un très bref séjour, lors duquel ses rêves vont se rappeler à elle…

J’avais douze ans, le nez collé au hublot. Je regardais Djibouti s’éloigner , le pays des braves disparaître. J’imaginais le sillage de l’avion qui s’effaçait, couverture d’un livre qui se refermait et n’offrait plus rien à lire. Je vivrais pour toujours dans le souvenir de la Corne de l’ Afrique qui elle ne se souviendrait pas de moi. Aucune trace de mon passage sur cette terre africaine, juste dans mon ventre, dans mes poumons prêts à exploser. Je m’arrachais du berceau de l’humanité et ressentais une douleur animale, j’étais à bout de souffle, je cherchais l’air.

C’est le premier livre publié par Sigolène Vinson en 2011. Il s’agit d’une autofiction puisque la narratrice c’est elle : elle a vraiment passé une partie de son enfance à Djibouti, elle a vraiment été avocate, a vraiment passé trois jours chez les fous, suite à un gros malaise en pleine audience et a  réellement laissé tomber son métier.

Les ressentis sur le travail, son travail, me parlent…et la comparaison avec la poésie aussi, car il est beaucoup question de poésie dans ce livre aussi !

La poésie était impuissante à nous sauver d’être des hommes, elle aggravait peut-être notre cas. Le labeur seul pouvait nous permettre d’avaler la pilule, à condition d’être rémunéré. Peut-être faut-il travailler sans réel motif sinon celui de gagner de quoi reconstituer sa force. On y perd peu de plumes. Bien moins d’illusions.

Fallait-il qu’ à trente ans je sois bien intégrée, exerçant un métier qui porte titre, pour en comparaison donner à mon enfance la force d’un ordre essentiel et supérieur, celui d’être. J étais quelqu’un quand je me perdais dans la contemplation d un horizon infini, sans bouger le moindre petit doigt, sans cligner de l’oeil. Je ne suis plus personne quand je plaide, quand je prends parti.

Ce livre m’a enchanté encore une fois, c’est un coup de coeur. J’ai retrouvé dans ce récit autobiographique la très forte sensibilité de Sigolène Vinson, son humanisme, son engagement « politique » et surtout son style sec, noir, parfois à la limite du morbide, tout en conservant des touches d’humour.

Et, puis, J’ai déserté le pays de l’enfance est la genèse du dernier roman de l’auteur, Danser avec les ombres, que j’ai relu à la suite, et il y a même une clé anecdotique qui explique pourquoi   » Le Caillou » , qui est selon moi le meilleur livre que j’ai lu, s’agissant  d’une auteur de ma génération.

Une chose étrange également, je en ressens aucune attirance pour l’ Afrique. Le désert, la chaleur écrasante, les paysages arides me font fuir. Et à force de lire Sigolène Vinson, j’arrive à trouver beau son second pays, celui où elle a passé une grande partie de son enfance, celui qu’elle pleure , celui qui l’a façonnée. Ses pleurs sont beaux, parce que c’est une déclaration d’amour à ses paysages et aux hommes et femmes qui les peuplent.

De la même manière, dans J’ai déserté le pays de l’enfance, la galerie des « fous » que la narratrice va rencontrer durant les trois jours passés au service psychiatrique d’un hôpital parisien est extrêmement humaine et forte.

Une fois de plus, je me suis laissé totalement embarquer par les mots de Sigolène Vinson. Ce n’est pas si évident dans les récits autobiographiques, même s’ils sont forcément toujours un peu romancés.

J’espère retrouver prochainement cette auteur dans un prochain roman,  son dernier étant sorti en 2015, mais je crois qu’ hélas, il faudra être patient. Qu’importe, je serai au rendez-vous !

Ce long passage sur l’ Afrique d’enfance de Sigolène Vinson,  pour terminer, que je trouve somptueux…tellement plus beau et fort que ce qu’écrivent habituellement les auteurs de ma génération…

Sept heures et le soleil est déjà là, cuisant, blanc, dur. Nos yeux ne voient pas, nos têtes ne pensent pas, nos jambes, cannes de pêcheurs, cuisses et mollets maigres pareils, seules remuent. Vieilles mécaniques qui avancent pour trouver l’ombre, l’endroit où l’on se pose. Dix-sept heures, les rayons se font tendres et rasants. La mer est d’or en fusion, on y entre, on y pleure, d’eau salée dans les yeux et d’indescriptible cafard. Dix-huit heures, notre peau se hérisse aux dernières lueurs. Ce n’est pas de froid, puisqu’il ne fait pas froid, c’est un nouveau sentiment qui nous saisit, l’appréhension de la nuit qui tombe sans autre transition que cette fraction de seconde où la corneille crie puis s’endort ou peut-être meurt, on ne sait jamais. Et moi, je crois mourir avec elle.  Je cours me mettre à l’abri. Je m’étale de tout mon long. Face contre terre, je guette la minute qui suit et que je reconnais, je l’appelle moment de grande solitude. Viennent enfin les bruits du noir, la rumeur qui me réintègre au monde.  Le miaulement pauvre du chat abyssin, le sifflement reptilien de l’électricité dans les fils au dessus de ma tête , ce même murmure qui s’échappe des lampadaires plantés sur la route de sable, faibles lampions qui font les ombres dansantes et fantastiques, la conversation rocailleuse des Afars et des Somalis aussi.  Au dessus de moi, les étoiles sont au complet, celles qu’on ne voit jamais dans un ciel d’Occident, étincelles du crépuscule, de cette friction fulgurante entre le jour et la nuit. Je me relève. Ces soirs-là, je ne suis pas morte, je ne suis jamais morte. Mais ce matin de décembre 2007, ce matin où j’étais adulte et avocat, je me suis bel et bien évanouie.

 

Dans le jardin de l’ogre de LEILA SLIMANI – 2014

Les gens insatisfaits détruisent tout autour d’eux.

Adèle est une  femme qui vit à Paris. Elle a épousé Richard, un chirurgien dévoué à son métier et à sa manière, à sa femme. Le couple a un fils , Lucien, trois ans. Adèle est journaliste . En apparence, une existence bourgeoise et tout à fait normale, ordinaire…un mari, en enfant, un métier. Mais Adèle souffre d’une addiction terrible au sexe, et malgré son envie d’en sortir et son dégoût d’y succomber encore et encore, elle ne parvient pas à s’en détacher

Elle les regarde et comprend qu’à présent sa vie sera toujours la même.  Elle s’occupera de ses enfants, s’inquiètera de ce qu’ils mangent. Elle ira en vacances dans des lieux qui leur plaisent, cherchera tous les week-end à les distraire. Comme les bourgeois du monde entier, elle ira les chercher au cour de guitare, les emmènera au spectacle, à l’école, cherchera tout ce qui peut les tirer vers le haut Adèle espère que ses enfants ne lui ressembleront pas.

J’ai découvert Leila Slimani avec Chanson Douce, qui fut un coup de coeur pour moi et obtint le fameux Prix Goncourt 2016.  Et son premier roman, Dans le jardin de l’ogre en est un aussi.

Il y a d’ailleurs quelques ressemblances entre les deux livres : ici aussi, il s’agit d’un portrait de femme à la dérive, qui a un moment donné s’est frottée au manque d’amour, lequel à engendré des comportements psychologiques déviants et dangereux. Ici aussi, on ressent de l’empathie pour l’héroïne : Adèle est bien plus victime que coupable puisqu’elle est sexuellement compulsive. Il n’y a rien de glamour ou de sexy dans son comportement. Elle subit, et fait subir par ricochet…

Elle comprit très vite que le désir n’avait pas d’importance. Elle n’avait pas envie des hommes qu’elle approchait. Ce n’était pas à la chair qu’elle aspirait, mais à la situation. Être prise. Observer le masque des hommes qui jouissent. Se remplir. Goûter une salive. Mimer l’orgasme épileptique, la jouissance lascive, le plaisir animal.

Leila Slimani nous livre une histoire forte, glaçante de A à Z. Dès la première page du livre le lecteur est en pleine tension, pris à parti par ce récit froid, sans aucune concession. On sait que l’on va au drame et que la fin heureuse n’est que peu probable.

Je salue la maîtrise et le style de cette jeune auteur : vraiment, Le jardin de l’Ogre est un premier roman, et on rencontre rarement autant de brio dans ce cas de figure. Il n’y a rien à enlever, pas de gras dans les mots de Leila Slimani.  La seconde partie est même un peu trop courte à mon avis.

Adèle est un personnage parfaitement réussi et convaincant, et à ses côtés, l’auteur arrive à faire exister par petites touches son mari, son fils,  sa meilleure amie Lauren, la seule au courant en grande partie de la double vie d’Adèle et même ses parents.

Seule la fin du livre, c’est à dire les deux dernières pages, m’ont laissé un peu sur ma faim car Leila Slimani renvoie  le lecteur vers un possible que l’on peut interpréter de diverses manières…voici les toutes dernières lignes , qui ne dévoilent en rien l’intrigue, je vous rassure !

Ca n’en finit pas,Adèle. Non, ça n’en finit pas. L’amour, ça n’est que de la patience. Une patience dévote, forcenée, tyrannique. Une patience déraisonnablement optimiste. Nous n’avons pas fini.

J’ai vraiment hâte de lire le prochain roman de cette auteur douée , initialement journaliste, qui a déjà rencontré un immense écho auprès du public et des critiques.

Trois saisons d’orage de Cécile COULON (2017)

Ce roman est l’histoire de deux familles au milieu d’un village de montagne  perdu : Les Fontaines. Ici se trouve une carrière que les ouvriers creusent , parfois au péril de leur existence. Il y  La famille d’André, le médecin du village,  qui ne fait pas partie des terres, des Fontaines. Elle vient de la ville… Mais elle saura se faire accepter. André aura un fils Bénédict, qui lui succédera et lui même aura une fille Bérangère.  La famille de Maxime puise son sang aux Trois-Gueules, le nom de la carrière, elle a toute légitimité.  L’un des fils de Maxime, Valère, reprendra la ferme familiale et sera lié avec la famille d’André.

Les Fontaines.
Je vous parle d’un endroit qui est mort mille fois avant mon arrivée, qui mourra mille fois encore après mon départ, d’un lieu humide et brumeux, couvert de terre, de pierre, d’eau et d’herbe. Je vous parle d’un endroit qui a vu des hommes suffoquer, des enfants naître, d’un lieu qui leur survivra, jusqu’à la fin, s’il y en a une.

Sixième roman lu par moi de Cécile Coulon,  Trois saisons d’orage semble rencontrer un accueil fantastique, beaucoup d’écho dans les médias,  le livre est pré-sélectionné dans plusieurs prix littéraires sérieux, bref tout va bien pour Cécile. Mais en ce qui me concerne, ça ne sera pas mon livre préféré de la pétillante auteur et je suis partagé dans mes ressentis.

Indéniablement, c’est un roman riche et efficace, qui arrive à ses fins, happe le lecteur dans la seconde partie de l’histoire et ne lui laisse aucun répit jusqu’à la fin. Le suspens et la tension sont omniprésents et s’installent petit à petit. Certains personnage, notamment Valère et André sont très construits.

Cécile Coulon, décrit parfaitement ce milieu hostile, ces Trois-gueules (la carrière exploitée par les hommes) et ces Fontaines (le village habité par les hommes) avec brio et précision. Mais j’ai trouvé la première partie un peu longue et avec plusieurs répétitions. Et alors qu’on pense que le personnage central de trois saisons d’orages est bien le  » décor  » où évoluent les personnages, un rebondissement auquel j’ai eu un peu du mal à croire au départ,  fait basculer l’histoire dans une saga sur fond de passion et de travail de la terre et de la pierre.

Un jour, quelqu’un découvrirait la vérité, et ce quelqu’un parlerait. Quand les gens parlaient aux Fontaines, ils parlaient beaucoup, longtemps, et très fort.

Je trouve que Trois saisons d’orage est un livre totalement réussi dans sa dimension sociale , lorsque Cécile Coulon nous fait partager sa vision de l’opposition ville campagne. Si au départ, on est du côté de ceux qui sont et font  cet endroit hostile, à la fin on s’interroge vraiment sur leur dimension humaine, et la cruauté n’est jamais très loin.

“ Aux Fontaines, on croyait toujours que le danger venait de l’extérieur, qu’on avait le temps de l’appréhender, personne ne se posait la question des tremblements intérieurs, des mouvements sous la surface, le soir, quand les cloches se taisaient. “

J’ai  également retrouvé ce qui me plaît chez Cécile Coulon, son style sec, précis et souvent extra-lucide, sa noirceur.

  Mais, d’un autre côté,  j’ai trouvé ce roman plus convenu, moins original dans la thématique et le traitement, un peu trop multiples facettes pour qu’il en reste à terme une couleur prégnante dans mon ressenti de lecteur.

Au final, C’est un livre qui oscille entre récit de société, saga familiale, roman de terroir, histoire passionnelle, un bon moment de lecture, et c’est déjà pas si mal !

Et encore une fois, je constate qu’après un coup de coeur pour le roman d’un auteur (Le coeur du Pélican sorti en 2015) on ressent souvent un peu  de déception sur le suivant, on voudrait qu’il soit encore mieux, mais ce n’est pas si fréquent.

 

Journal d’un vampire en Pyjama de Mathias MALZIEU – 2016

Ma boulimie créative a franchi un cap quand j’ai perdu ma mère. Elle n’a cessé d’augmenter ensuite. Chacun ses béquilles, les miennes sont des toupies électrifiées : je ne peux m’appuyer sur elles que lorsqu’elles sont en mouvement. Les règles sont simples : ne pas s’arrêter, éviter de freiner et surtout n’être enfermé nulle part, au sens propre comme au figuré. Faire le con poétiquement est un métier formidable.

Je connaissais jusqu’ici Mathias Malzieu comme le chanteur fou furieux du groupe  de rock Dyonisos…et j’avoue que je l’ai toujours trouvé sympathique  à défaut d’aimer sa musique et sons style.

Dans ce livre, Mathias Malzieu raconte à sa manière, un épisode tragique de sa vie. Un jour, âgé de 39 ans,  épuisé physiquement, il se retrouve à l’hôpital pour passer une batterie d’examens qui vont lui révéler qu’il est atteint d’une maladie orpheline aussi rare que grave, laquelle détruit sa moelle osseuse, donc ses globules rouges, blancs et ses plaquettes.  Il doit être transfusé à forte dose et se transforme ainsi en Vampire qui vit en pyjama dans les hôpitaux. Ensuite, des traitements coriaces puis une greffe de moelle osseuse devront être entrepris afin qu’il puisse vivre.

Vous l’avez compris, il s’agit d’un récit totalement autobiographique, écrit à partir des notes prises par l’auteur durant ses longs mois d’hospitalisation, sous la forme d’un journal.   Certains passages ont été écrits sur le vif, mais je pense que d’autres l’ont été à posteriori car à certains moments, je ne pense qu’il était en mesure d’arriver à écrire.

Franchement, je connaissais son côté décalé, poète, grand enfant voire parfois déjanté, mais je ne pensais pas qu’il écrivait aussi bien. Je n’ai pas lâché Journal d’un vampire en Pyjama depuis le moment où j’ai commencé sa lecture. Et dès le premier court chapitre, j’étais conquis par son style, son humour, son auto dérision mais aussi par la gravité du récit sous des airs de conte terrible qui finit bien.

On reconnaît le chemin qui mène à l’hôpital aux joyeux commerces semés autour par le Petit Poucet de la mort.Quand j’étais petit, je croyais que les magasins de pompes funèbres vendaient des chaussures pour les morts. L’entrée de l’hôpital est situé juste après la troisième échoppe. On dirait un grand lycée triste dont tous les élèves auraient été punis. Il y a une chapelle pour que les gens pleurent tranquille et une boutique Relay où on peut acheter des bonbons et L’ équipe. Regarder les résultats du foot, prier un coup et grignoter un Mars. Je vais me faire changer les plaquettes. M’en faire poser de nouvelles, disons. J’ai plus de sang-frein. liquidation quasi totale des particules coagulantes. Si je caresse un hérisson du bout des doigts, j’aurai un bleu sur l’avant bras.

Mathias Malzieu arrive à la fois à émouvoir et à faire sourire, à faire réfléchir et compatir sans toutefois aller vers la pitié, la plainte, la douleur avant tout.

Vraiment, il a réussi à me toucher sur un sujet que je ne lis jamais, la maladie, parce qu’il me fait peut, comme à la plupart des gens. Et je n’aime pas les récits en forme de confessions larmoyantes. Mais là, j’ai trouvé entre chaque ligne une énergie et une force vitale qui poussent le lecteur à essayer d’être vivant.

Et plus simplement, cette écriture échappée d’un univers de Tim Burton ou d’une histoire merveilleuse dans le tragique , m’a émue.

J’ouvre la porte de chez moi comme un voleur mélancolique. Il est plus de trois heures du matin. Rosy se réveille, on se chuchote des petites blagues rassurantes.Puis, blottissage intégral. Le sommeil ne vient pas, je vais me chercher tout nu du Coca dans le frigidaire. Le boire glacé à en chialer des bulles. Prendre un goûter à quatre heures du matin en regardant les étoiles scintiller au loin dans la brume tel un feu d’artifice raté. Regarder Rosy dormir, ses seins remontant à la surface de la couette comme des îles flottantes. Voir le petit matin effacer la lune avec sa gomme en forme de nuage. Prendre une double dose d’assomnifères et s’écrouler enfin.

C’est un vrai coup de coeur, et comme cette histoire se lit très vite, je ne peux que vous conseiller de rencontrer ce vampire en pyjama.

Le mystère Henri Pick de David Foenkinos – 2016

Le premier roman est toujours celui d’un bon élève. Seuls les génies sont d’emblée des cancres.

Delphine est éditrice chez Grasset. Son compagnon, Frédéric, vient de publier un premier roman passé inaperçu . En vacances en Bretagne, dans sa famille, Delphine découvre à Crozon, la bibliothèque des livres oubliés, fondée par un amoureux des livres aujourd’hui décédé. En plus d’être une bibliothèque classique, cette dernière contient une section dédiée à tous les manuscrits rejetés et donc jamais publiés par aucun éditeur, que leurs auteurs ont déposé là. Delphine et Frédéric , d’abord amusés , lisent en vrac  certains textes , lorsqu’ils tombent sur un manuscrit écrit par un certain Henri Pick, l’ancien propriétaire d’une pizzeria du village. L’éditrice est persuadé que ce livre est un chef d’oeuvre, et part à la recherche de Pick pour le convaincre de publier ce livre…

Après la longue parenthèse  » Charlotte « , ceux qui me suivent savent à quel point ce roman m’a touché, j’appréhendais un peu de retrouver David Foenkinos. Après un tel succès et un changement notable de style et de sujet, je me demandais comment il allait pouvoir revenir  à son style originel et m’embarquer à nouveau sur son navire.

Et bien, non seulement je n’ai pas été déçu par le Mystère Henri Pick, mais encore, je dois dire que c’est presque un coup de Coeur. J’y ai retrouvé la légèreté apparente des mots de l’auteur, toujours aussi habile et facétieux avec la langue française. J’y ai retrouvé sa pâte habituelle pour faire simple.

Mais il n’y a pas que cela. Il s’écarte des histoires sentimentales qui ont fait son succès et sa réputation et se concentre sur le livre, l’écrit, l’écriture et le succès en littérature. Le Mystère Henri Pick est un livre intelligent qui nous amène à nous interroger sur les raisons du succès ou de l’échec d’un livre, et sur le milieu de l’édition. Il y a dans ce roman, un côté fable jubilatoire que j’ai vraiment apprécié.

On croit que le Graal est la publication . Tant de personnes écrivent avec ce rêve d’y parvenir un jour , mais il y a pire violence que la douleur de ne pas être publié: l’être dans l’anonymat le plus complet. Au bout de quelques jours, on ne trouve plus votre livre nulle part, et on se retrouve d’une manière assez pathétique à errer d’une librairie à une autre, à la recherche d’une preuve que tout cela a existé. Publier un roman qui ne rencontre pas son public, c’est permettre à l’indifférence de se matérialiser.

Et puis, malgré quelques digressions qui s’écartent un peu du propos et de l’histoire, tout en apprenant beaucoup de choses réelles sur des auteurs de légende et actuels, je ne me suis pas ennuyé une seconde. En effet, David Foenkinos a construit son histoire comme une enquête littéraire et le suspens est constant et jusqu’à la dernière page. J’avais compris avant la fin  50% du dénouement seulement.

Au final, une fois de plus, Foenkinos réussit son coup et procure un vrai plaisir de lecture à celui qui sait apprécier cet univers là,  qui s’adresse aux amoureux des livres tout comme aux lecteurs occasionnels. Il démontre que la forme ne veut  pas dire absence de fond.

On peut se raisonner, mais c’est toujours le corps qui décide du temps nécessaire à la cicatrisation affective.

Et en lisant le Mystère Henri Pick, je pense à ce que disait récemment une auteur  dans une émission littéraire : « On écrit pour tout le monde ou alors on n’écrit pas ».

 

Ceux qui restent de Marie LABERGE- 2016

Le temps fait une sorte de ménage dans les souvenirs, on oublie ce qui déchire, ce qui écrase de peine, et on arrange sa vie pour avoir un peu l’anesthésie.

Sylvain a 29 ans. Il met fin à ses jours en se pendant dans la maison de campagne de ses parents. Aucune explication, aucun mot, aucune raison objective. Pas le moindre signe de dépression ou de mal de vivre , rien qui ne pouvait laisser penser cela.

L’entourage de Sylvain va être confronté à ce drame, et dans un besoin de continuer à dialoguer avec lui, va essayer de survivre, de comprendre. Il y a son père, Vincent, et sa mère, Muguette . Il y a sa femme, Mélanie -Lyne et son fils, leur fils, Stéphane, âgé de 5 ans au moment des faits. Et enfin il y a Charlène, la maîtresse de Sylvain, chez qui il passât sa dernière soirée, une soirée de sexe, avant de quitter Charlène avec le sourire et d’aller de suicider.

Sylvain a commis un acte désespéré. L’était-il? Sans doute. Il n’a rien dit, rien écrit, rien laissé pour nous aider à comprendre. Cela signifie peut-être qu’il ne souhaitait pas être deviné, compris ou entendu. Ce qui ne me rend pas moins responsable. De ma vie. De celle des gens qui me sont chers.

C’est le premier livre de Marie Laberge, auteur canadien phare dans son pays, que je lis. Je dois dire que deux des personnages s’expriment en parlé canadien, et qu’au départ cela m’a un peu gêné. Heureusement, non seulement on s’y fait très vite mais les 2/3 du récit se déroule en français littéraire si je puis dire.

Veux-tu me dire pourquoi je te parle ? Certainement pas parce que t’es parlable. T’as jamais pris la peine de répondre dans le temps que j’étais là, pourquoi je m’acharne à te parler ? Je dois être folle . Faut-tu avoir besoin pour parler à des morts…remarque t’es le seul à qui je parle. Les autres sont morts, pis ça finit là. Toi…c’est sûr que t’es mort, mais t’achales, tu reviens, tu restes collé comme si y avait de quoi à rajouter, comme si ça voulait pas finir là.

Ceux qui restent est un livre puissant et qui ne peut laisser indifférent le lecteur. Le suicide de Sylvain est expédié en deux pages et Marie Laberge donne la parole à chaque proche de Sylvain, à tour de rôle. Au départ, il s’agit d’un dialogue entre chacun et le défunt, puis l’interaction entre les personnages se met en place et la vie continue, comme elle le peut.  L’histoire des personnages du roman se poursuit pendant une vingtaine d’année après la mort de Sylvain.

Ce qui m’a vraiment touché, c’est qu’il n’y a jamais de  pleurs sur Sylvain, ni de jugement. Le suicide était son choix et malgré la douleur terrible de chacun, ce choix est respecté. Les personnages arrêtent même assez vite de chercher une explication à quelque chose qui n’en a pas.

La force de Ceux qui restent, qui n’est pas un livre sur le suicide mais sur le deuil et l’émoi profond d’êtres humains ordinaires confrontés à un drame extra-ordinaire.

La mort de quelqu’un qu’on aime, ça nous oblige à considérer comment on vit. A quel prix, à quel renoncement on consent. La mort de Sylvain m’a obligé à tout remettre sur la table. Et à essayer de voir qui j’étais vraiment. Et à vivre avec cet homme-là, sans haine.

Comment ne pas culpabiliser d’être encore en vie, comment ne pas vouloir mourir à son tour, comment continuer à vivre, à ressentir des émotions, à aider l’autre, à ne pas se focaliser sur sa propre souffrance et au final comment arriver encore à aimer ?

C’est tout cela qui est au centre des mots de Marie Laberge.

J’ai beaucoup aimé par le style de l’auteur, qui ne prend jamais de gants, qui regarde la vérité en face, qui ne s’apitoie pas plus sur Sylvain que sur sa famille, qui ne juge personne.

S’il fallait échapper à tout ce qui enlaidit la vie, à tout ce qui l’altère, la rend souffrante et surtout nous rappelle sa finitude, est-ce qu’on serait encore des êtres humains? Ou des béats hébétés et gras, ravis de se goinfrer d’une violence télévisée qui, en aucun cas, ne devrait nous effleurer?

On est happé dès le début par son regard et on est forcément touchés par l’un ou l’autre des personnages. Le père de Sylvain et sa maîtresse, sont les maillons forts de l’histoire et l’on n’est pas près d’oublier leur personnage.

Et puis, du début à la fin, il y a une construction habile, un crescendo dans l’émotion et la renaissance ce certains et le déclin d’autres. Marie Laberge s’offre même le luxe de mettre du suspens psychologique dans cette  histoire racontée à trois voix principales.

Ceux qui restent est un vrai coup de coeur et je relirai Marie Laberge bientôt !

Courir après les ombres de Sigolène Vinson – 2015

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L’exil est une course en solitaire, et ceux qui se noient n’existent pas.

Obsédé par Arthur Rimbaud, artiste devenu lui-même marchand, Paul Deville, est  un cynique marchand en matières premières au service de la Chine et de sa conquête des ports africains. Il s’est juré de détruire par ses manoeuvres une mondialisation qu’il déteste . Entre deux négociations, toujours en partance sur des bateaux, Paul  erre avec un berger éthiopien sur les traces de Rimbaud, un clandestin en partance pour la France via le Yémen,  une jeune pêcheuse de Djibouti et une Française à la dérive. Paul est un ancien prof d’économie, comme son père, brillant universitaire qui perdit un jour la raison…

Les psychiatres avaient fini par diagnostiquer son mal et l’avaient nommé « renoncement », forme aigüe de mélancolie. D’après eux, il avait fait le choix de perdre la raison. Paul devait accepter sa décision de rester fou, comme il devait accepter la charge qui lui était dévolue, prince héritier d’une désespérance idéologique , fils du roi de l’illusion. Parce que, évidemment, il ne pouvait jamais se détourner de ce pour quoi son père avait sacrifié son intelligence : rêver d’autre chose.

Waouh, Danser avec les ombres n’est pas un livre parmi d’autres, qu’on va oublier assez vite. Déjà le fond laisse un peu perplexe au début…un héros qui aide la Chine à piller l’Afrique en vue de détruire le capitalisme occidental tout en cherchant farouchement les derniers poèmes jamais parus de Rimbaud…

Ensuite , c’est une histoire qui mélange économie, géo-politique, poésie , l’univers maritime et l’ Afrique ou l’auteur à grandit en partie .  C’est donc un livre assez exigeant, très personnel,  avec un vocabulaire riche (un peu trop) mais réussi et fort.  .

C’est une sombre ballade économique,  mélancolique  et poignante.  Car Sigolène Vinson réussit ici l’impossible : marier la recherche des derniers vers de Rimbaud à la mondialisation meurtrière,  le verbe pur au politiquement pas correct.

J’ai retrouvé avec un grand plaisir l’auteur du Caillou , sorti la même année que Danser avec les ombres , en 2015.  Et même ci ce n’est pas un coup de foudre ni même un coup de coeur, j’aime vraiment ce qu’écrit Sigolène Vinson et au delà de ça, ce qu’elle me semble être en tant que personne.

Si le décor et le vocabulaire  m’ont parfois laissé un peu sur la berge dans son périple idéaliste et fou, Paul a réussi à m’embarquer avec ses ami(e)s, surtout Mariam, l’adolescent pêcheuse de Djibouti ou encore Louise, une française qui s’embarque pour Dunkerque :

 Paul est peut-être atteint du même mal qu’elle, un genre d’embarras de vivre. Dans son cas, cela ne passe pas . C’est une maladie bénigne dont elle souffre depuis la naissance : la thalassémie mineure. Une inversion de la formule sanguine qui lui donne les yeux jaunes et la flingue d’ennui quand le climat est trop froid. Elle a appris à aimer cette pathologie pour son nom : thalassémie . Une douleur qui s’appelle « mer », qui ne voudrait en être frappé? Alors, elle embarque sur des bateaux. La mélancolie quand elle est dans le sang pousse aux courses sur l’ Océan, les battements sourds de l’anémie sont à l’unisson des turbines et des hélices.

Je vais maintenant essayer de trouver  le premier livre publié de Sigolène Vinson, une autofiction parue en 2011 et intitulée  » J’ai déserté le pays de l’enfance ».

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