Et si c’était vrai…

Je suis en train de lire La Servante Ecarlate. Je ne vais pas faire de chronique sur ce monument que tout le monde connait, c’est fort, puissant, glaçant…bien écrit (et traduit ).  Une charge contre la religion enfin le fanatisme de la religion  et peut être contre le patriarcat, même si ce n’est pas ce qui ressort après avoir lu le tiers du roman.

Simplement, j’ai repris comme titre de cet article celui du premier roman de Marc Lévy, sorti il y a presque 20 ans, Et si c’était vrai ?

Je ne vais pas divulgâcher  (oui ça existe, c’est parait-il la traduction française de spolier) l’histoire pour ceux qui ne l’ont pas encore lue ou vue à la télé mais simplement recopier la première phrase de la quatrième de couverture:

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

Ben, si on enlève le tout début de la phrase, elle n’a rien inventé, ça existe déjà, il suffit de voir l’Etat Islamique par exemple. Bon c’est vrai qu’elle a écrit son livre en 1985, et que l’organisation de la société du livre, effroyablement décrite, n’existe pas, c’est donc bien une dystopie mais quand même, elle n’invente pas tout.

Ce qui cloche avec le monde actuel, c’est que nous ne sommes pas en situation de chute drastique de la fécondité. Enfin globalement. C’est même le contraire, il y a trop de natalité d’un point de vue écologique, bien plus que la planète ne peut le supporter. Mais j’ai entendu que certains pays asiatiques revenaient sur leur politique de l’enfant unique. Et puis, chez nous et dans beaucoup de pays riches, les couples ont de plus en plus de problèmes de fécondité.

Si on rajoute que les extrémismes ne sont jamais aussi bien portés, partout et quels que soient leur nature, ben je me dis Et si c’était vrai ? Pas tout de suite bien entendu, mais dans 100 ans, 200 ans ? Et si Margaret Atwood avait écrit un livre prophétique ?

Bon assez parlé, je retourne au livre…j’ai hâte de lire la suite !

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Le dernier des nôtres d’Adélaïde De CLERMONT-TONNERRE

Hello, le bar est ouvert et pour recommencer, une fois n’est plus coutume, je vais vous parler d’un coup de coeur de lecture estivale. Pas « Le » méga coup de coeur mais un coup de coeur quand même !

Adelaïde de CLERMONT TONNERRE nous raconte une belle histoire, une vraie, bien construite et joliment écrite, sans fioritures particulières, juste des mots simples mais qui claquent quand il le faut.

Le dernier des nôtres raconte l’histoire de Werner Zilch, dans les années 70 à New-York, lequel essaye de faire fortune dans l’immobilier avec son associé et ami de toujours, Marcus. Werner rencontre un jour Rébecca, dont il va tomber follement amoureux. Mais Werner est un enfant adopté au terme de la guerre, il ne sait rien de ses origines biologiques et donc de ses vrais parents. Et l’auteure va remonter le temps et peu à peu rapprocher les années 40 et les années 70 et reconstituer l’histoire de Werner…

Le mal existe, les sadiques aussi. N’allez pas leur chercher d’excuses, ils n’en ont pas. C’est leur tempérament profond. Ils prennent leur plaisir dans les blessures qu’ils infligent. Il faut les fuir ou si vous en avez les moyens, les abattre, parce qu’en tant qu’être sensible, vous avez des limites que ces gens n’ont pas

Le dernier des nôtres passe du style comique et décontracté (récit des années 70) au style glaçant et noir (récit des années 40) avec facilité et brio. J’ai noté peut-être quelques longueurs sur la vie Newyorkaise, j’avais envie de savoir…et pour savoir, il fallait  aller jusqu’au bout du roman. Il y a un beau suspens et Adélaïde de CLERMONT-TONNERRE arrive  à maintenir l’intérêt jusqu’aux dernières pages, avec des rebondissements crédibles car mesurés.

Les personnages principaux, au nombre de 7, sont tous bien « réels » et existent chacun à leur tour au fil des mots.  Les 450 pages du roman se lisent vite et facilement et ont le mérite de faire déconnecter le lecteur, ce qu’on attend d’un livre au minimum. Je pense que Le dernier des nôtres ferait un très beau film de cinéma si un réalisateur talentueux s’emparait du projet.

Ce passage,  résume bien le personnage de Werner et le fond de l’histoire du livre:

Je croyais au pouvoir infini de la volonté et j’étais résolu à me forger un monde à la force du poignet. Je ne savais pas d’où je venais. A qui je devais ce visage taillé à la serpe, ces yeux délavés, ma crinière sable, ma taille hors norme qui m’obligeait à me plier, genoux au menton, dans les bus et au cinéma. J’étais libre de tout héritage, de tout passé, je me sentais maître de mon avenir. L’envie de prouver qui j’étais, l’envie que mon nom trop souvent moqué inspire le respect et, s’il le fallait, la crainte, me brûlait.

En conclusion, un beau moment de lecture de cet été 2019 et un succès en librairie amplement mérité !

On croit souvent que les êtres timides et effacés sont gentils alors qu’ils sont simplement faibles. Ils vous égorgeront dès que l’occasion leur en sera donnée pour se venger de leur propre médiocrité.

Et vous, un coup de coeur littéraire cet été ?

 

Dicker, les romans et moi !

Je viens de finir de lire La disparition de Stéphanie Mailer, le quatrième roman de Joël Dicker. Je ne lis habituellement pas de polar, mais là j’ai fait exception et j’ai dévoré ce roman totalement addictif dès la troisième page : 850 pages lues en 10 jours, ce qui pour moi est rapide ! Un livre qui tient toutes ses promesses, avec un feu d’artifice final, même si je trouve que le bouquet comporte un peu trop de fusées justement !

Mais si  je parle de Dicker, c’est parce que dans le cours de l’histoire, il est question d’un livre, d’un critique littéraire, d’une pièce de théâtre et disons, un peu du milieu artistique !  Et là, avec pas mal de dérision, l’auteur suisse dit en gros, qu’il y a 6 sortes de romans, dont le degré d’intérêt et de valeur , aux yeux des critiques dépend justement de sa catégorie .

En bas de la pyramide, on trouve le roman à l’eau de rose (un peu la lie du roman finalement…) : j’en ai lu pas mal et j’aime bien, enfin disons que  j’aime bien les histoires sentimentales et d’amour.

Ensuite, on va trouver la sous catégorie du roman policier. Je n’en ai jamais lu beaucoup (enfin si à une époque quand même…) j’ai du mal avec, mais qui sait, depuis Dicker…et donc il qualifie son propre roman de sous catégorie quelque part !

Ensuite, il cite le roman « tout court » : on peut y mettre des tas de livres dans cette catégorie fourre-tout.

En quatrième catégorie, et là, le livre commence à gagner en dignité, on trouve le roman historique. Et là, j’avoue que j’aime bien ces romans là, enfin pas le pur roman historique mais une histoire romancée qui se base sur des faits réels , des personnages réels, comme par exemple La salle de bal de Anna Hope ou encore justement, le premier livre publié de Dicker,  » Les derniers jours de nos pères « qui raconte une histoire autour d’une brigade de soldats français engagés auprès d’une armée spéciale anglaise. Ou encore récemment,  j’ai lu  » Bleu de Delft » qui raconte le parcours d’une femme (fictive) qui essaye de faire sa place dans l’univers de la peinture sur  faïence , et qui gravite autour de personnages réels,notamment Rembrandt et Vermeer. Bref j’aime beaucoup mais à la condition que l’Histoire ne soit que la toile de fond de l’histoire…du coup c’est pas trop ce genre de roman que le milieu littéraire porte au firmament.

En cinquième catégorie et là on approche du Graal, Dicker cite le « roman intellectuel« . Haaa oui, j’en ai lu beaucoup et j’ai bien aimé cette période, mais maintenant c’est fini pour moi…je suis passé à autre chose. Par contre, un jour je lirai Proust c’est certain, ça changera des auteurs qui se prennent pour lui.

Et enfin, le roman qui attire le plus les critiques et l’élite littéraire….est le roman incompréhensible. Là , je dois dire que je n’en ai jamais lu, car si je commence un livre et que je ne comprends rien (c’est arrivé) j’arrête tout de suite. Dans cette catégorie, je pense au fameux Ulysse de Joyce…qui passe pour être LE roman…mais que finalement peu de personnes ont lu où sont arrivé au bout et même si, elles n’ont pas pigé grand chose .

Bref, cette classification m’a bien fait sourire . Elle est forcément réductrice te caricaturale, comme à chaque fois qu’on met des gens, des choses ou des oeuvres dans des cases…mais je trouve que c’est bien vu.

Par contre, personnellement, je rajouterais une dernière catégorie et finalement, c’est souvent là qu’on trouve aussi de très belles surprises : le roman inclassable !

Ca raconte Sarah de Pauline DELABROY – ALLARD

Ben en fait ça raconte Sarah, une jeune femme violoniste exubérante et terriblement vivante, qui un soir, chez des amis communs va rencontrer la narratrice du livre. Les deux femmes se lient d’amitié jusqu’au moment où Sarah lui avoue qu’elle est follement amoureuse d’elle. Cet amour étant partagé, une passion amoureuse va exister entre les deux femmes, dévorante, excessive…une passion quoi, jusqu’au jour où, forcément, ça va partir en vrille.

Les jours qui suivent, je ne pense qu’à ce qui s’est passé,les images vont et viennent derrière mes paupières dès que je ferme les yeux. Je ne pensais pas toucher un jour le corps d’une femme, aimer ça à la folie au point d’y penser sans arrêt, nuit et jour. Elle ne quitte pas mon esprit. Elle me hante, nue, sublime, un fantôme qui fait gonfler mes veines,larmoyer mon sexe. C’est une révélation, une lumière, une épiphanie.

C’est un premier roman, comme une première passion.

Cela raconte une passion, une vraie, une genre Belle du Seigneur mais en plus soft ou plus moderne.

Ça raconte ça, un tout petit matin dans une nuit noire de janvier, les éclairages orangers des réverbères, les rues sombres des Lilas, la silhouette de Sarah, cette silhouette telle que je la connais, avec sa boîte de violon sur le dos et ses deux jambes toute frêles en dessous, la valise qu’elle tire du bras droit, une capuche sur la tête. Elle ouvre un peu la bouche, pour recevoir des flocons sur la langue, elle rit, elle a le nez rouge, elle a du blanc sur les cils, elle me parle et elle dit c’est trop beau hein mon amour.

Du coup, sur le thème , c’est très banal et sur le traitement, aussi finalement et comment faire autrement ? Il y a la présentation rapide des personnages, la narratrice à l’existence toute tracée, plutôt morne,  classique, prof, avec une fille et Sarah, artiste de musique classique, reconnue dans son art et totalement foutraque, bruyante, déjantée. Puis vient la rencontre, les premiers moments passés ensemble, puis vient l’histoire d’amour…jusqu’au point de rupture.

Elle est morte. Je ne suis pas sûre. Mais je crois qu’elle est morte, une nuit de printemps. Un printemps presque comme un autre, un printemps à rendre mélancolique n’importe qui. C’est moi, qui l’ai tuée. Je ne suis pas sûre. Mais je crois que c’est moi qui l’ai tuée. Elle disait qu’elle ne m’aimait plus.

Oui mais voilà, pour ce premier roman, Pauline DELABROY-ALLARD arrive à harponner le lecteur dès les premières phrases et à ne pas le lâcher jusqu’à la fin sans quasiment aucun répit ni temps mort.

L’auteur retranscrit dans ses mots et dans sa façon d’écrire le côté obsessionnel de cet amour féminin. Il y a des répétitions de mots voulues, des lights-motifs qui reviennent sans cesse dans l’histoire. Avec des respirations façon Wikipédia pour reprendre son souffle. C’est un style un peu hypnotique qui m’a fait penser de loin  à Nina Bouraoui ou Simonéta  Greggio.

Ca raconte Sarah raconte la passion amoureuse entre deux femmes mais ce n’est pas le sujet du livre, je veux dire que cela soit deux femmes,et si le récit est bien plus charnel que sensuel, on n’est pas dans du sulfureux mais dans du fougueux.

La dérive de la relation est restituée à merveille, surtout dans la seconde partie qui toutefois m’a laissé un peu interrogatif sur  le destin de Sarah, on peut imaginer plusieurs hypothèses la concernant, contrairement à la narratrice.

En résumé, Pauline DELABROY-ALLARD qui a passé un an à écrire ce roman, et a attendu encore plus longtemps avant de l’envoyer parLla Poste à quelques éditeurs qu’elle apprécie, a vraiment bien fait  de franchir le pas. J’ai beaucoup aimé cette lecture et c’est pour moi un coup de coeur.

Et pour finir, cette petite pensée…

La mer est comme la peau du ventre d’une femme qui aurait eu plusieurs enfants.

Une PAL pâle !

Ma PAL (poche à livres) revient de loin ! Il y a quelques jours, il n’y avait plus que 2 livres à l’intérieur , je parle des livres que j’ai envie de lire, on a tous des titres qui sont là depuis des mois et des années, qu’on lira un jour mais qu’on a pas envie de lire jusque là.

Alors je me suis dit : action réaction ! Hé hop , une petite commande chez le père Joseph avec que de l’occasion pour oxygéner un peu la chose si je puis dire. 2 titres, je n’étais jamais tombé aussi bas. Je viens de repasser à 6…c’est toujours pas terrible, mais tout part en vrille…même ma PAL ! J’ai failli lancer un PALATHON à mon profit car je ne reçois plus de livres dans ma BAL comme à l’époque de gloire de ce blog…hi hi hi , je vous le dis, tout part en vrille 😀

Alors il y a quoi dans cette PAL ?

  • Thomas VINAU : La part des nuages . J’en lis un de temps en temps, quand j’ai 2h de libre…ça fait du bien de lire cet auteur même si 2h après on a déjà tout oublié !
  • Mathias MALZIEU : Une sirène à Paris.Celui-ci je l’ai piqué à La Douce.J’avais adoré le vampire en pyjama, on va voir si j’accroche à cette histoire qui est un conte.
  • Cécile COULON: Les grandes villes n’existent pas. C’est un court essai pour changer du roman, qui parle de l’enfance à la campagne…à voir
  • Pauline DELABROY-ALLARD : Ca raconte Sarah. Encore un livre sur la passion amoureuse, j’en attends beaucoup, je n’ai vu que du bon le concernant, c’est un premier roman, je l’ai feuilleté en librairie sans le prendre, voilà c’est fait
  • Florence HERRLEMANN : L’appartement de dessous : Je vais renouer avec l’épistolaire avec ce livre. Un second roman que j’ai découvert sur le blog de Caroline, l’irrégulière, qui m’a donné envie de le lire. Si c’est pas bien, ce sera donc entièrement sa faute.

Et j’ai dit qu’il y avait 6 livres…en fait il n’y a en a plus que 5 car j’ai attaqué le sixième , donc il sort de la PAL ! Et ce sixième c’est Sarah VAUGHAN : La ferme du bout du monde. Et c’est déjà top après 40 pages. Bon faut dire qu’il y a 2 histoires, une actuelle et une pendant la seconde guerre mondiale, que l’auteur est anglaise, que ça se passe dans la Cornouailles et que sur la première page, l’auteur cite Daphné du Maurier et Anne Brontë. On est chez moi quoi…et ce sera parfait avant de partir en vacances en Angleterre !

La ferme du bout du monde succède à L’amour est une île, de Claudie Gallay, terminé il ya 2 jours. Encore une fois, une merveille, plus je lis cette auteur et plus j’aime. Je crois qu’elle va devenir l’auteur vers lequel on revient toujours en sachant qu’on va aimer  et se retrouver. Un peu comme Jean-Philippe  Blondel,  Delphine de Vigan et Sigolène Vinson.

Voilà voilà…un PALATHON, faut que je creuse l’affaire !!

Loin de la foule…déchainée !

Finies les presque 500 pages de ce livre de Thomas Hardy, l’un de ses tous premiers romans. Je ne comprends pas vraiment pourquoi il a choisi ce titre-là mais par contre, j’ai retrouvé avec grand plaisir le génial auteur de Tess d’ Urberville et de Jude l’obscur. Encore une fois, il y a du romanesque, de l’amour, des personnages bien épais qui luttent à la fois contre la passion amoureuse et aussi contre les circonstances, voire les éléments. Le tout dans la campagne anglaise au coeur des champs et de leurs travailleurs,  avec toujours cette noirceur qui caractérise Thomas Hardy.

Ce n’est pas par hasard si j’ai lu ce classique du dix-neuvième siècle anglais juste maintenant !  A la fin du mois, je retourne en Angleterre…et justement dans le Dorset, le pays de Thomas Hardy que l’on retrouve comme décor de tous ces romans, sauf que le pays se nomme alors le Wessex dans ses écrits.

J’ai même prévu d’aller visiter sa maison , je crois même qu’on peut visiter sa maison natale, et plus intéressant, le petit Cottage où il écrivit ses romans. Et d’ailleurs, après avoir arrêté les romans (juste après Tess qui fit scandale à l’époque) il s’est mis ensuite  au théâtre et à poursuivi également la poésie, car ce fut aussi un poète.

Avant le Dorset, on sera à Bath…et là c’est pour voir cette ville magnifique et marcher sur les traces de Jane Austen. Et peut-être, si on n’est pas trop loin et si on a le temps, on ira voir la maison et le parc où Agatha Christie écrivait ses enquêtes policières, mais là c’est déjà le Dévon !

Je reviens à Loin de la foule déchaînée, et vraiment, il n’y a pas de mouvement de foule dans ce roman là…et aucun personnage ne fuit la ville pour la campagne !

Vivre loin de la foule est une bénédiction, je veux dire habiter loin de la foule, au calme, à la campagne. Mais à condition aussi de pouvoir rejoindre la foule des villes très vite. Personnellement, j’aime les  deux, le silence pour habiter  et le bruit des foules anonymes pour se divertir. L’anonymat des foules et l’intimité de la campagne en quelque sorte.

Les personnages de Thomas Hardy sont toujours des campagnards mais ils vont parfois à la ville, plus pour des raisons pratiques ou pour gagner leur vie mais ça ne leur réussit pas souvent !

Il me reste maintenant à voir l’adaptation cinéma de Thomas Vinterberg, pour voir comment il restitue l’univers de l’auteur anglais.

Une petite pensée pour terminer…

Ma joie me fait presque peur et je me dis qu’elle ne durera pas. Il m’est arrivé si souvent d’être heureux et plein d’espérance au moment même où, déjà, le souci commençait à poindre dans l’éloignement, que j’en suis presque arrivé à être satisfait de ma tristesse et à craindre une humeur gaie.

Lectures…à vive allure !

Ayant eu du temps contraint à rester enfermé à la maison, j’ai lu pas mal, et voici un résumé de quatre lectures, agréables mais vraiment pas transcendantes non plus !

Le coeur blanc de Catherine POULAIN

Si vous avez lu et aimé Le grand marin, premier roman au succès phénoménal de Catherine Poulain, vous aimerez son deuxième opus. Ben oui, c’est exactement le même livre, sauf que ça ne se passe pas en Alaska dans le milieu de la pêche, mais dans le Sud de la France, dans le milieu des saisonniers qui récoltent les fruits sous la canicule. On y retrouve la force, la beauté de l’écriture, la noirceur et la dureté mais je suis resté sur ma faim, il va falloir trouver autre chose pour le troisième roman.

Ici ça va de Thomas VINAU

Pour ceux qui aiment cet auteur, c’est dans la continuité, un texte très court, poétique, qui a du sens. Un couple qui revient sur les lieux de l’enfance de l’un, en pleine campagne. C’est un bel exercice, mais il ne se passe rien et au final, on retombe vite dès qu’on a refermé le livre. Cela ne m’empêchera pas de relire Thomas Vinau, j’ai un autre livre de lui sur mes étagères.

Deux Soeurs de David FOENKINOS

Bon je suis fan de l’auteur, mais là, ça sent le livre de commande de Gallimard à plein nez. Il est sorti vite, il est plus court que d’habitude et le scénario tient sur un post-it. Le registre est différent,  mais ça ne le fait vraiment pas !  Quand on a aimé La délicatesse, Les Souvenirs, Henry Pick et bien entendu Charlotte, on se dit qu’il devrait publier moins . Pour les fans, attendez la sortie poche…voire attendez le prochain roman

Le dimanche des Mères de Graham SWIFT.

Ce livre à succès raconte une journée d’une bonne anglaise dans les années 20, le jour du dimanche des mères où les nobles donnaient congés aux domestiques pour qu’elles aillent rendre visite à leur mère . Et l’auteur décrit avec brio et un vocabulaire très actuel le déclin de l’aristocratie et les classes sociales anglaises de l’époque. C’est pas mal, sans plus, le style de l’auteur n’a rien de particulier mais des quatre lectures ci dessus, c’est celui que je vous recommande !

Au final, quatre lectures agréables, très bien quand on a du temps, mais sinon pas indispensables à mon humble avis.

Par contre, je vous parlerai bientôt d’un coup de coeur terminé hier…et je vais enchaîner sur le premier roman de Joël Dicker, qui semble très différent des 3 autres, puisqu’il part de faits historiques liés à la guerre.

Belles lectures à vous !

J’ai enfin réussi à lire Virginia Woolf…

Bon, ok, toujours pas ses romans célèbres comme Le Phare, Les heures ou Miss Dalloway, mais ce petit recueil de six nouvelles et  d’un essai autour des femmes et de leur condition dans la société de l’époque et plus particulièrement sous le prime de l’art et de la culture.

D’abord, il y a un essai bref, très clair, simple, argumenté sur Les femmes et le roman et plus généralement sur les femmes et l’écriture. Et Virginia de constater qu’il était impossible aux femmes d’écrire en raison de la société patriarcale et du manque total d’éducation et de culture jusqu’au dix-neuvième siècle. Pour elle les premières femmes à vraiment écrire en Angleterre furent Jane Austen , les Soeurs Brontë et George Elliot, quitte à se faire passer pour des hommes pour y parvenir et à transgresser les règles établies.

Là où l’essai est intéressant c’est que Virginia explique que ces premières femmes  écrivains, étaient forcément cantonnées au roman et en grande partie autobiographique , faute de connaître le monde, les arts, la vie intellectuelle. Et que par la suite, les nouveaux auteurs ont produit des romans sans forcément grand intérêt.  Et Virginia Woolf se réjouit de voir qu’il y a désormais aussi des femmes poètes et attend le moment ou les femmes en écriture pourront faire référence sur les essais, les biographies, les livres d’histoire ou scientifiques

Ensuite, il y a les six nouvelles, qui narrent six Rêves de femmes.

2 de ces rêves en sont vraiment, je veux dire que ça raconte des rêves éveillés et là j’ai été largué, comme dans mes tentatives de débuter ses romans.

Par contre, les quatre  autres nouvelles sont très accessibles et racontent des histoires de femmes dans la société , et là j’ai trouvé une Virginia Woolf à la fois drôle, corrosive, imaginative, en avance sur son temps, libérée  et surtout totalement dévouée à la cause des femmes. Je crois qu’on peut parler ici d’écrits féministes dans le bon sens du terme, avec en plus  de l’ironie à revendre.

On a souvent dit que Virginia Woolf était sous l’emprise de son mari, Léonard, à la fois pour la publication de ses oeuvres mais aussi en raison de sa santé mentale défaillante et de ses nombreuses dépressions voire tentatives de suicide.

Quoi qu’il en soit, elle démontre ici qu’au niveau des idées et de l’intellect, elle est totalement libre et qu’elle revendique sa liberté d’écrire, de penser,et le droit des femmes à être autonome et à désirer…mais également à ne pas avoir d’enfants ou tout au moins à bien réfléchir au fait de porter des enfants et d’être cantonné à ce seul rôle.

En résumé, une belle lecture qui j’espère me permettra de relire Virginia pour qui j’ai un grand intérêt et une sorte de fascination depuis longtemps.

Et pour terminer, au lendemain de la journée internationale des droits de la femme, je vous laisse avec ce passage…à méditer !

Tandis que nous portons des enfants, les hommes, eux-mêmes, supposons-nous enfantent des livres et des tableaux. Nous, nous peuplons le monde. Eux, ils le civilisent. Mais aujourd’hui que nous savons lire, qu’est ce qui nous empêche de juger sur pièces ? Avant de mettre au monde un seul enfant de plus, nous devons faire le serment d’apprendre à la connaître tel qu’il est ce monde.

Changer l’eau des fleurs – Valérie PERRIN – 2018

Une fois n’est plus coutume, mais voici un coup de coeur pour le second roman de Valérie PERRIN, Changer l’eau des fleurs, sachant que son premier roman , Les oubliés du dimanche, était déjà un coup de coeur pour moi !

Alors de quoi ça parle ?

C’est l’histoire d’une femme, Violette Toussaint, qui autrefois garde-barrière est devenue gardienne de cimetière dans une petite ville de Bourgogne près de Macon. Sa vie est rythmée par les enterrements et les rencontres avec les familles mais aussi par la vie avec les 3 fossoyeurs de la commune, le curé et les propriétaires du magasin de pompes funèbres local.

Et dès le début du livre, c’est beau…

Ma grand-mère m’a appris très tôt comment cueillir les étoiles : la nuit il suffit de poser une bassine d’eau au milieu de la cour pour les avoir à ses pieds.

Le début de l’histoire s’attache à décrire cette vie particulière  à l’intérieur d’un cimetière de province, et c’est un bonheur absolu qui alterne entre humour, tendresse et pensées qui font mouche.

Et vous ? Vous ne buvez pas ?
Je me sers une larme et trinque avec lui.
– C’est tout ce que vous buvez ?
– Je suis gardienne de cimetière, je ne bois que des larmes.

Et puis, Valérie Perrin, commence à raconter l’histoire car elle sait faire ce que beaucoup d’écrivains français actuels ne savent pas faire : raconter une histoire, une vraie, construite, dense, qui va tenir le lecteur en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. Et elle sait y faire  !  L’histoire est double : celle de Violette qui peu à peu se découvre comme une femme meurtrie par son passé (on s’en doutait un peu vu sa philosophie de vie, son travail et son humour) mais aussi celle d’un homme, Julien Seul, qui débarque un jour au cimetière et dans l’existence de Violette…

Changer l’eau des fleurs est dans le prolongement exact des Oubliés du dimanche, un mélange de noirceur sur le fond, de tendresse, de sentiments, de choses tristes et dures et de moments de bonheur. Parfois on aurait envie de Kleenex et souvent on sourit. On oscille entre vie et mort, c’est le métier de Violette qui veut ça…

J’adore rire de la mort, me moquer d’elle. C’est ma façon de l’écraser. Comme ça, elle fait moins son importante. En me jouant d’elle, je laisse la vie prendre le dessus, prendre le pouvoir.

Le style est fluide et la façon de raconter est très cinématographique, ce qui est logique car Valérie Perrin est aussi scénariste. On devine bien parfois ce qui va se passer mais sur le passé de Violette et ce qui l’a meurtrie, le suspens est là jusqu’à la fin.

Et quel beau portrait de femme !

Je parle toute seule. Je parle aux morts, aux chats, aux lézards, aux fleurs, à Dieu ( pas toujours gentiment). Je me parle. Je m’interroge. Je m’interpelle. Je me donne du courage. (…)
A Brancion-en-Chalon, il y a des gens qui ne m’aiment pas, se méfient ou qui ont peur de moi. Peut-être parce que je semble porter le deuil en permanence. S’ils savaient qu’en dessous il y a l’été, ils me feraient peut-être brûler sur un bûcher. Tous les métiers qui touchent à la mort ont l’air suspects

Bref, après Joël Dicker, dans un registre totalement différent, Changer l’eau des fleurs est exactement ce que j’ai envie de lire au quotidien ! Vivement le troisième !

 

Un poème sur ce blog…tout part en vrille…

 

Non, le titre ne ment pas, vous allez vraiment lire un poème ici même. Je ne suis pas malade. Je suis en tarin de lire le second roman de Valérie Perrin,  » Changer l’eau des fleurs » , qui est top pour le moment, et elle cite un poème de Jacques Prévert.

J’ai dû en étudier à l’école, il me semble qu’il est au programme avant le collège ou pendant, mais je n’en ai bien entendu aucun souvenir.

Le voici !

Le chat et l’oiseau
Un village écoute désolé
Le chant d’un oiseau blessé
C’est le seul oiseau du village
Et c’est le seul chat du village
Qui l’a à moitié dévoré
Et l’oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l’oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l’oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n’arrête pas de pleurer
Si j’avais su que cela te fasse tant de peine
Lui dit le chat
Je l’aurai mangé tout entier
Et puis je t’aurais raconté
Que je l’avais vu s’envoler
S’envoler jusqu’au bout du monde
Là-bas c’est tellement loin
Que jamais on n’en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets
Il ne faut jamais faire les choses à moitié.
Déjà, c’est pas de la poésie hermétique, c’est sobre, tout en finesse et puis je me dit, tout ça pour en arriver à la chute que je trouve hyper réussie !
Bref…je vieillis, c’est moche !