Nos espérances de Anna HOPE – 2020

Lissa, Hannah et Cate sont trois amies de longue date. Elles ont 35 ans environ et habitent près de Londres. Lissa passe des castings à répétition, mais hormis un joli rôle dans une pièce, elle n’arrive pas à percer. Cate a suivi la voie classique rencontre , grossesse, mariage, maison ,  le tout rapidement, mais elle n’arrive pas à se réjouir de ce parcours pourtant recherché par d’autres. Hannah de son côté, essaie depuis des années de devenir mère sans succès, ce qui l’éloigne de son mari…

Les trois amies se connaissent depuis la fin des années 90, celles de leur rencontre, de leurs études, de leurs espoirs, les années où tout était  possible. On est en 2010 et le delta entre leurs espérances de jeunes adultes et leurs vies réelles de femmes est difficile à franchir.  Laquelle des trois va se noyer  en traversant le delta du temps qui passe ? Et les deux autres seront-elles là,  voudront-elles être là ou pourront-elles être là  pour leurs amies? Mais il est sûrement encore possible…

Elles ont encore la majeure partie de la vie devant elles. Elles ont fait des erreurs, mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne se sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée. Il leur reste du temps pour devenir ce qu’elles seront.

Je retrouve enfin Anna Hope après La salle de bal et le Chagrin des vivants qui ont été pour moi deux coups de coeur absolus. Cette fois-ci l’auteur ne repart pas sur la trame de ses deux précédents romans à succès , à savoir la construction d’histoires basées sur des faits réels et  l’analyse d’un contexte historique. Non, dans Nos espérances, il s’agit d’une histoire contemporaine et je dirais tout à fait banale : l’histoire d’une amitié entre trois femmes et leur parcours de vie sur 15 ou 20 ans, entre joies et détresses.

Lissa, Hannah et Cate sont des héroïnes ordinaires, dans une vie ordinaire . Mais voilà, Anna Hope, par son style et sa sensibilité, son élégance d’écriture,  arrive à rendre ces femmes à la fois uniques et complexes, et chaque lectrice et même chaque lecteur arrivera à s’identifier à au moins l’une d’elle.  D’autant qu’il y a plusieurs personnages secondaires extrêmement bien construits et attachants, y compris des personnages masculins.

Car si Anna Hoppe s’inscrit dans une lignée féministe (on l’avait déjà remarqué dans ses deux premiers romans) elle ne surfe absolument pas sur la vague du « me too » et « balance ton porc » ni sur la critique parfois sans appel des hommes , du mâle dominant . C’est bien sur la force (et les faiblesses voire bassesses) de ses héroïnes, qui sont tantôt des filles, tantôt des mères, tantôt des épouses , que l’auteur se base pour nous emporter dans Nos espérances.

Et puis, ce qui est génial, c’est que Anna Hope sait terminer ses romans avec  un épilogue crédible et mesuré, sans happy-end tonitruant ni cette impression de cul de sac trop souvent ressentie sur les romans contemporains, particulièrement ceux qui abordent ce genre de thématique un peu passe partout.

Bref, vous l’avez compris, j’ai encore une fois beaucoup aimé Nos espérances, c’est le coup de coeur littéraire de ce premier trimestre 2020, pendant lequel j’ai lu  dix romans.

J’espère que Anna Hope profite de son confinement pour écrire le quatrième roman …c’est en tous les cas  » mon espérance ».

La décennie littéraire

Nous venons de finir une décennie, et forcément, il y a des palmarès et des classements qui apparaissent. Et c’est intéressant de regarder ces faits, qui renvoient  une réalité  plus on moins vraie !

Quel serait pour vous le livre ou les livres de la décennie qui vient de s’écouler?

Il  y a pléthore de classements de sites culturels ou de médias qui font leur classement de la décennie, et on n’arrive pas vraiment aux mêmes auteurs  suivant les supports, même si certains écrivains populaires sont souvent cités (Lemaître, Slimani, Dicker, Ferrante). Sur d’autres sites dits plus  culturels, on va retrouver souvent Houellebeck, Modiano, Despentes et sur les sites imbuvables , on trouve des auteurs que pas grand monde ne connaît !
Je serais personnellement bien incapable de faire un palmarès sur les 10 ou 20 meilleurs livres sortis entre 2010 et 2019. Et d’ailleurs c’est tellement subjectif que ça n’existe pas en soi une telle liste, sauf pour son auteur.
Il reste alors à se pencher sur les chiffres de diffusion.
Au moins, les ventes, elles,  donnent une photographie de la décennie écoulée, même si cela ne plait pas à tout le monde…

Tout d’abord, le top  des ventes de la décennie, tous formats, selon Livres hebdo et le cabinet GFK, du numéro 1 au numéro 20.

1) Indignez-vous! de Stéphane Hessel (Indigène, 2010 et réédité en 2011)
2) Astérix, vol. 35: Astérix chez les Pictes de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (Albert René, 2013)
3) Astérix, vol. 36: Le papyrus de César de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (Albert René, 2015)
4) Astérix, vol. 37: Astérix et la Transitalique de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (Albert René, 2017)
5) Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano (Pocket, 2017)
6) Astérix, vol. 38: La fille de Vercingétorix de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad (Albert René, 2019)
7) L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle (Pocket, 2010)
8) L’amie prodigieuse: Enfance, adolescence d’Elena Ferrante (Folio, 2016)
9) Cinquante nuances de Grey d’E. L. James (Lattès, 2012)
10) La femme parfaite est une connasse: guide de survie pour les femmes normales d’Anne-Sophie Giard (J’ai lu, 2013)
11) L’étranger d’Albert Camus (Folio, 1972 et réédité en 2013)
12) Cinquante nuances plus sombres d’E. L. James (Le livre de poche, 2014 et réédité en 2017)
13) Demain, j’arrête! de Gilles Legardinier (Pocket, 2013)
14) Cinquante nuances de Grey d’E. L. James (Le livre de poche, 2014 et réédité en 2015)
15) Bescherelle, la conjugaison pour tous (Hatier, 2012 et réédité en 2019)
16) La délicatesse de David Foenkinos (Folio, 2011 et réédité en 2014 et 2018)
17) La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker (De Fallois, 2014 et réédité en 2018)
18) Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson (Pocket, 2012)
19) Un avion sans elle de Michel Bussi (Pocket, 2013)
20) Cinquante nuances plus claires d’E. L. James (Le livre de poche, 2014 et réédité en 2018)

Hé bien, ce que je constate c’est que la BD domine,  toutes les sorties d’Astérix sont dans le top 20. Les livres dits « feel good » cartonnent. A noter, un seul classique, l’ Etranger de Camus. ! Et l’auteure de cinquante nuances de gris, qui parvient à placer le grand format et le poche du volume 1 de sa trilogie. Et puis un manifeste sous forme d’un carnet pour le livre le plus vendu des 10 dernières années en France.
Je n’ai lu que trois de ces best sellers : Le Foenkinos, le Ferranté et le Dicker.Heureusement qu’il y a des romans dans le lot !
Et justement, si on ne regarde  maintenant que les ventes de romans en grand format , le palmarès des livres les plus vendus sur les 10 dernières années est bien différent. (même source : Livres hebdo et GFK)
Certes, l’auteure américaine , E.L James place ces 3 nuances de gris dans le top 20 mais c’est quasiment la seule auteur étrangère de ce classement. Par contre, un auteur français réussit la prouesse de placer 7 romans dans les 20 premiers sur toute la décennie : Guillaume Musso , qui, sans faire de bruit, domine largement  les ventes de livre depuis des années. A noter qu’en ne prenant que les grands formats, on retrouve classés  Pierre Lemaître (Au revoir là-haut),   Joel Dicker  comme indiqué plus haut (Harry Québert) et Leila Slimani (Chanson douce)  sur les marches de ce top 20. Et ces trois  derniers auteurs, je les ai lus, j’ai lu tous les Dicker, je relirai Leila Slimani, par contre pour Lemaître, même si j’ai  beaucoup aimé son histoire, c’est au revoir merci !
Au final, en regardant les deux classements, on a forcément une littérature grand public, puisqu’on parle de chiffres de vente, mais au moins on a du concret !

C’est qui qui ??

Hello les ami(e)s  !

Je viens de terminer un livre que j’ai beaucoup aimé, d’un ou d’une auteur que j’aime beaucoup et que je retrouve toujours avec plaisir et émotion.

Mais je ne vais pas chroniquer le livre ni même dire de qui il s’agit.

Essayez de deviner à partir des extraits ci dessous…qui sont ceux que j’aime trouver dans les livres..

On ne peut affirmer d’où l’on vient sans se tromper, l’origine est semblable à un chemin tortueux qui se divise lui-même en plusieurs chemins tortueux, même un arbre généalogique ne peut restituer la vérité car le propre de la famille est de garder les secrets, de ne jamais les révéler, et de les nier quand ils sont trahis.
La famille, c’est la chambre interdite de la mémoire interdite, et cette cellule close fait des ravages

 

il ne suffit pas de se travestir pour être un autre, de se cacher les yeux pour s’inventer, de garder le silence pour ne pas trahir le secret, la nuit ne suffit pas à voiler le jour et le jour ne recouvre pas la nuit, tout circule et se mélange, tout révèle et se contredit, tout se répond et s’oppose, les mots sont des oiseaux sauvages. (…) il y aura toujours du mystère et de l’inconnu, nous ne saurons ni les racines ni la terre, nous ne saurons ni les raisons du bonheur ni celle des chagrins ; une seule certitude demeure – nous espérons.

 

J’écris les travées et les silences, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas. J’écris les chemins que l’on évite, et ceux que l’on a oubliés. J’étreins les Autres, ceux dont l’histoire se propage dans la mienne, comme le courant d’eau douce qui se déverse dans la mer. Je fais parler les fantômes pour qu’ils cessent de me hanter. J’écris parce que ma mère tenait ses livres contre sa poitrine comme s’ils avaient été des enfants.

Alors, vous avez une idée?

Qui peut bien écrire pareilles choses ?

Je peux juste vous dire que c’est quelqu’un qui a déjà écrit une bonne douzaine de romans, souvent teintés d’auto-fiction mais pas toujours, et que j’en ai déjà parlé plusieurs fois dans ce blog , à l’époque d’over-blog et depuis que je suis passé sur wordpress.  Enfin, l’auteur va bientôt sortir un nouveau livre, pour la rentrée littéraire d’hiver, en janvier ou février…

PS : la photo n’est pas un indice !

Une année de lecture…

 

Nous sommes le 8 décembre, il est donc possible de faire le bilan de mon année de lectures 2019, puisque bilan il y a. Fin 2018 et début 2019, au moment du changement de région et de travail, j’ai eu une panne de lecture mais heureusement, elle n’ a pas duré, et à l’heure où j’écris cet article (08:34), je vais attaquer mon 32 ième livre, c’est déjà pas mal !

Alors que retenir de mon année littéraire 2019 ?

L’auteur de l’année : incontestablement c’est Joël Dicker puisque j’ai lu ses quatre romans cette année et à chaque fois je me suis régalé. Son tout premier roman, Les derniers jours de nos pères est une merveille. Pour les autres, il sait raconter des histoires et mettre du suspens comme aucun autre .

Le(s) livre(s) de l’année : La servante écarlate et sa « non suite » Les testaments. Là on est dans le lourd, moi qui ait du mal avec tout ce qui vient d’Amérique, je dois dire que j’ai été comblé par Margaret Atwood. J’ai moins adhéré sur  » C’est le coeur qui lâche en dernier » même si c’est un top livre et une critique féroce et drôle des dérives de nos sociétés.

La nullité de l’année : Deux soeurs de David Foenkinos. David, arrête de faire des livres de commande en deux coups de cuillère à pot…bosse un peu, n’oublie pas que tu as écris Les souvenirs, La délicatesse et Charlotte…

Les bonnes pioches de l’année: Maritima , le nouveau roman de Sigolène Vinson, vraiment abouti et beau.  Bleu de Deft de Simone Van der Blugh, une vraie découverte, L’amour est une île de Claudie Gallay, La sentinelle de la pluie de Tatiana de Rosnay, Une sirène à Paris de Mathias Malzieu. La grande escapade de Jean-Philippe Blondel, même si c’est loin d’être son meilleur.

Le classique de l’année : Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy: toujours égal à lui-même, un super moment!

Les déceptions de l’année : La vie éternelle de Frédéric Beigbeder qui ferait mieux de bosser ses livres au lieu d’aller casser ceux des autres au Flasque et l’Enclume, où décidément se retrouvent là  les écrivains ratés et ceux en perte de vitesse. Egalement, le second roman de Catherine Poulain, Le coeur blanc, alors que j’avais adoré Le grand marin. Enfin, Le dimanche des mères de Graham Swift…tout ça pour ça…

Les coups de coeur de l’année: J’en retiens trois : Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin qui après Les oubliés du dimanche a réussi à faire encore mieux, vivement le suivant ! Le dernier des nôtres d’Adélaïde de Clermont Tonnerre où il y a tout ce que je cherche dans un roman, histoire et style. La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan...la Cornouailles, la guerre, les secrets de famille…

Voilà! Et maintenant , bientôt 2020 et j’ai mis je crois 12 livres sur ma liste de Noël…y aura plus qu’à  !

Je voulais chroniquer Eric Reinhardt…

J’avais dit dans mon dernier article que je parlerai de ma dernière lecture, à savoir La chambre des époux d’Eric Reinhardt.  C’est l’histoire d’un compositeur de musique classique dont la femme a un cancer et alors qu’elle se bat pour en réchapper, il se bat pour finir une symphonie, le plus vite possible , au cas où…et la femme s’en sort.  C’est de l’autofiction puisque l’auteur a vécu cela avec sa propre épouse, lui devant écrire son dernier livre sans relâche, lui lisant tous les soirs sa production du jour. Après, ça part en vrille car la fiction se mélange à la réalité, et que le compositeur quitte temporairement sa femme guérie pour une autre femme également atteinte d’un cancer, dans l’espoir de la guérir aussi cette fois  en lui faisant l’amour tous les jours.

Comment dire, c’est assez perplexe que j’ai terminé ce livre, à la fois très interpellant , original, mais aussi assez complexe et parfois risible, voire trash, avec un Eric Reinhardt qui fait des phrases tellement longues que même lui semble ne pas s’y retrouver. Bref, c’est un auteur intéressant, mais son écriture est avant tout un exercice de style donc pas indispensable .

Il y a une phrase (que je raccourcis ici sinon j’y suis encore dans une heure ) qui m’a frappé. La voici.

l’âge, le sens de l’âge , pour chacun, c’est l’intuition de la distance qui nous sépare du temps probable de sa propre mort…et parfois ce rapport à l’âge n’est plus indexé que sur sa propre vitalité…est-ce qu’on est en état de vie ou pas…ne plus avoir d’âge ne veut pas forcément  dire qu’on est vieux, cela veut dire qu’on est jeune tant qu’on entretien sa vitalité.

Brillant le gars et optimiste en plus, du coup, comme je vais passer le cap des 50 ans dans quelques jours et que ça me donne envie de me pendre, je me suis dis qu’il avait raison l’artiste, je n’avais qu’à entretenir ma vitalité et tout irait bien…vivre d’art et d’amour et zou, en route pour être centenaire !

Il se trouve que hier j’avais deux rendez-vous médicaux dans la matinée.

Et donc hier, j’ai été faire un bilan radiologique pour tester la qualité de mes os (car j’ai eu l’occasion de prendre de la Cortisone pendant en gros 2 ans à un moment donné de ma vie, quand j’étais jeune…) parce qu’il faut bien contrôler de temps en temps, même quand ça  ne va pas mal !  Résultat des courses, ostéoporose ! Et je n’ai même pas de ménopause vu que je suis un homme, avouez que c’est pas de bol !  Mais voilà, c’est scientifique…et la machine me donne même un taux de risque de fracture à 10 ans…histoire d’être bien précise avec un % à virgules !  Et comme ici, dans le bas Chablais on a trois mois de brouillard , gris, pluvieux chaque année, ça va pas arranger les choses !

Non mais What The Fuck ?

Et dans la foulée, comme avec l’âge ma vue baisse un peu, et que j’ai toujours eu un peu  de mal à converger, je suis allé voir une spécialiste orthoptiste. Et là verdict, j’ai un strabisme que j’ai toujours eu, sauf que jusqu’ici j’étais jeune, donc j’arrivais à le compenser, mais maintenant la compensation ne marche plus, donc pour le corriger et gagner en confort de vision, il faut un geste chirurgical…sur un muscle à gauche de l’oeil !

Non mais Double What The Fuck ??

En conclusion, je vous conseille de brûler tous les livres d’Eric Reinhardt , c’est un auteur qui porte la poisse avec ses théories à la con sur la vitalité, sur l’amour et l’art plus forts que la mort et j’en passe…ou alors offrez-les à ceux que vous n’aimez pas, c’est bientôt Noël…

Les testaments de Margaret ATWOOD – 2019

Nous sommes quinze  ans après la fin de la Servante Ecarlate. La République de Galaad, dirigée par les Fils de Jacob, des fanatiques religieux américains existe toujours, mais elle a bien du plomb dans l’aile.  La résistance est là et le régime pourrait bien vaciller.

Les Testaments raconte le parcours et l’histoire de 3 femmes. Le première est la terrible Tante Lydia, le personnage clé de la Servante Ecarlate, ancienne juge aux affaires familiales, avant Galaad. La seconde est une jeune fille canadienne, vivant à la lisière de Galaad et luttant contre cette république théocratique. La troisième est une jeune fille née à Galaad d’une servante et qui  a été enlevée pour être donnée à un commandant et son épouse.

Ces trois femmes livrent leur témoignage …d’où le nom des Testaments, et Margaret ATWOOD va petit  à petit les mettre en relation car leur destin est bien entendu lié, au premier comme au second sens du terme…

Verdict : j’ai adoré ce livre, dévoré en une semaine malgré ses 550 pages et je l’ai préféré à La Servante Ecarlate, ce qui est rare lorsqu’il s’agit d’une suite ! C’est parce que Margaret ATWOOD, en écrivain chevronnée et multi récompensée, a eu l’intelligence de donner une suite à son histoire originelle, mais qui n’est pas La suite du premier roman. Du coup, j’ai lu ici ou là que certains étaient déçus car il reste encore des questions en suspens, même si à la fin du livre , on retombe en grande partie sur nos pattes.

Ce livre est totalement addictif, et l’auteur n’ayant plus à mettre en place ni à expliquer Galaad, peut s’attacher à raconter une histoire avec du suspens jusqu’au terme du livre.

On retrouve les thèmes chers à Margaret ATWOOD, la place de la femme, le totalitarisme, l’extrémisme et la destruction de la planète par l’homme, même si ce thème n’est que l’arrière-plan des Testaments.

Je dirais que ce tome 2 est plus grand public que le premier, je pense que l’auteur a tenu compte du méga succès de La servante Ecarlate et de la série qui a suivi le livre et touché des millions de personnes dans le monde.

D’ailleurs , les cinq premiers jours de sa sortie, il se vendait un exemplaire toutes les 5 secondes…en Angleterre !

Et puis, je ne peux m’empêcher de penser que comme dans le premier livre, tout ce que raconte Margaret ATWOOD en terme d’organisation sociale et de totalitarisme existe ou a existé réellement !  D’ailleurs un épisode du livre m’a rappelé fortement la rafle du Vel d’hiv…

Alors voilà, à lire très vite, quel talent !  Et peut-être pour moi , lire autre chose de l’auteur canadienne , qui aura finalement écrit la Les Testaments trente ans après sa servante…

Et un extrait pour finir.

Souscrivez-vous à la théorie selon laquelle l’inné l’emporte sur l’acquis ? Auquel cas, la faute originelle d’Adam s’imposera en chacun de nous quels qu’en soient les efforts rigoureux que nous pourrons déployer pour l’éradiquer et notre projet Galaad sera alors voué à l’échec, hélas !

Et si c’était vrai…

Je suis en train de lire La Servante Ecarlate. Je ne vais pas faire de chronique sur ce monument que tout le monde connait, c’est fort, puissant, glaçant…bien écrit (et traduit ).  Une charge contre la religion enfin le fanatisme de la religion  et peut être contre le patriarcat, même si ce n’est pas ce qui ressort après avoir lu le tiers du roman.

Simplement, j’ai repris comme titre de cet article celui du premier roman de Marc Lévy, sorti il y a presque 20 ans, Et si c’était vrai ?

Je ne vais pas divulgâcher  (oui ça existe, c’est parait-il la traduction française de spolier) l’histoire pour ceux qui ne l’ont pas encore lue ou vue à la télé mais simplement recopier la première phrase de la quatrième de couverture:

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

Ben, si on enlève le tout début de la phrase, elle n’a rien inventé, ça existe déjà, il suffit de voir l’Etat Islamique par exemple. Bon c’est vrai qu’elle a écrit son livre en 1985, et que l’organisation de la société du livre, effroyablement décrite, n’existe pas, c’est donc bien une dystopie mais quand même, elle n’invente pas tout.

Ce qui cloche avec le monde actuel, c’est que nous ne sommes pas en situation de chute drastique de la fécondité. Enfin globalement. C’est même le contraire, il y a trop de natalité d’un point de vue écologique, bien plus que la planète ne peut le supporter. Mais j’ai entendu que certains pays asiatiques revenaient sur leur politique de l’enfant unique. Et puis, chez nous et dans beaucoup de pays riches, les couples ont de plus en plus de problèmes de fécondité.

Si on rajoute que les extrémismes ne sont jamais aussi bien portés, partout et quels que soient leur nature, ben je me dis Et si c’était vrai ? Pas tout de suite bien entendu, mais dans 100 ans, 200 ans ? Et si Margaret Atwood avait écrit un livre prophétique ?

Bon assez parlé, je retourne au livre…j’ai hâte de lire la suite !

Le dernier des nôtres d’Adélaïde De CLERMONT-TONNERRE

Hello, le bar est ouvert et pour recommencer, une fois n’est plus coutume, je vais vous parler d’un coup de coeur de lecture estivale. Pas « Le » méga coup de coeur mais un coup de coeur quand même !

Adelaïde de CLERMONT TONNERRE nous raconte une belle histoire, une vraie, bien construite et joliment écrite, sans fioritures particulières, juste des mots simples mais qui claquent quand il le faut.

Le dernier des nôtres raconte l’histoire de Werner Zilch, dans les années 70 à New-York, lequel essaye de faire fortune dans l’immobilier avec son associé et ami de toujours, Marcus. Werner rencontre un jour Rébecca, dont il va tomber follement amoureux. Mais Werner est un enfant adopté au terme de la guerre, il ne sait rien de ses origines biologiques et donc de ses vrais parents. Et l’auteure va remonter le temps et peu à peu rapprocher les années 40 et les années 70 et reconstituer l’histoire de Werner…

Le mal existe, les sadiques aussi. N’allez pas leur chercher d’excuses, ils n’en ont pas. C’est leur tempérament profond. Ils prennent leur plaisir dans les blessures qu’ils infligent. Il faut les fuir ou si vous en avez les moyens, les abattre, parce qu’en tant qu’être sensible, vous avez des limites que ces gens n’ont pas

Le dernier des nôtres passe du style comique et décontracté (récit des années 70) au style glaçant et noir (récit des années 40) avec facilité et brio. J’ai noté peut-être quelques longueurs sur la vie Newyorkaise, j’avais envie de savoir…et pour savoir, il fallait  aller jusqu’au bout du roman. Il y a un beau suspens et Adélaïde de CLERMONT-TONNERRE arrive  à maintenir l’intérêt jusqu’aux dernières pages, avec des rebondissements crédibles car mesurés.

Les personnages principaux, au nombre de 7, sont tous bien « réels » et existent chacun à leur tour au fil des mots.  Les 450 pages du roman se lisent vite et facilement et ont le mérite de faire déconnecter le lecteur, ce qu’on attend d’un livre au minimum. Je pense que Le dernier des nôtres ferait un très beau film de cinéma si un réalisateur talentueux s’emparait du projet.

Ce passage,  résume bien le personnage de Werner et le fond de l’histoire du livre:

Je croyais au pouvoir infini de la volonté et j’étais résolu à me forger un monde à la force du poignet. Je ne savais pas d’où je venais. A qui je devais ce visage taillé à la serpe, ces yeux délavés, ma crinière sable, ma taille hors norme qui m’obligeait à me plier, genoux au menton, dans les bus et au cinéma. J’étais libre de tout héritage, de tout passé, je me sentais maître de mon avenir. L’envie de prouver qui j’étais, l’envie que mon nom trop souvent moqué inspire le respect et, s’il le fallait, la crainte, me brûlait.

En conclusion, un beau moment de lecture de cet été 2019 et un succès en librairie amplement mérité !

On croit souvent que les êtres timides et effacés sont gentils alors qu’ils sont simplement faibles. Ils vous égorgeront dès que l’occasion leur en sera donnée pour se venger de leur propre médiocrité.

Et vous, un coup de coeur littéraire cet été ?

 

Dicker, les romans et moi !

Je viens de finir de lire La disparition de Stéphanie Mailer, le quatrième roman de Joël Dicker. Je ne lis habituellement pas de polar, mais là j’ai fait exception et j’ai dévoré ce roman totalement addictif dès la troisième page : 850 pages lues en 10 jours, ce qui pour moi est rapide ! Un livre qui tient toutes ses promesses, avec un feu d’artifice final, même si je trouve que le bouquet comporte un peu trop de fusées justement !

Mais si  je parle de Dicker, c’est parce que dans le cours de l’histoire, il est question d’un livre, d’un critique littéraire, d’une pièce de théâtre et disons, un peu du milieu artistique !  Et là, avec pas mal de dérision, l’auteur suisse dit en gros, qu’il y a 6 sortes de romans, dont le degré d’intérêt et de valeur , aux yeux des critiques dépend justement de sa catégorie .

En bas de la pyramide, on trouve le roman à l’eau de rose (un peu la lie du roman finalement…) : j’en ai lu pas mal et j’aime bien, enfin disons que  j’aime bien les histoires sentimentales et d’amour.

Ensuite, on va trouver la sous catégorie du roman policier. Je n’en ai jamais lu beaucoup (enfin si à une époque quand même…) j’ai du mal avec, mais qui sait, depuis Dicker…et donc il qualifie son propre roman de sous catégorie quelque part !

Ensuite, il cite le roman « tout court » : on peut y mettre des tas de livres dans cette catégorie fourre-tout.

En quatrième catégorie, et là, le livre commence à gagner en dignité, on trouve le roman historique. Et là, j’avoue que j’aime bien ces romans là, enfin pas le pur roman historique mais une histoire romancée qui se base sur des faits réels , des personnages réels, comme par exemple La salle de bal de Anna Hope ou encore justement, le premier livre publié de Dicker,  » Les derniers jours de nos pères « qui raconte une histoire autour d’une brigade de soldats français engagés auprès d’une armée spéciale anglaise. Ou encore récemment,  j’ai lu  » Bleu de Delft » qui raconte le parcours d’une femme (fictive) qui essaye de faire sa place dans l’univers de la peinture sur  faïence , et qui gravite autour de personnages réels,notamment Rembrandt et Vermeer. Bref j’aime beaucoup mais à la condition que l’Histoire ne soit que la toile de fond de l’histoire…du coup c’est pas trop ce genre de roman que le milieu littéraire porte au firmament.

En cinquième catégorie et là on approche du Graal, Dicker cite le « roman intellectuel« . Haaa oui, j’en ai lu beaucoup et j’ai bien aimé cette période, mais maintenant c’est fini pour moi…je suis passé à autre chose. Par contre, un jour je lirai Proust c’est certain, ça changera des auteurs qui se prennent pour lui.

Et enfin, le roman qui attire le plus les critiques et l’élite littéraire….est le roman incompréhensible. Là , je dois dire que je n’en ai jamais lu, car si je commence un livre et que je ne comprends rien (c’est arrivé) j’arrête tout de suite. Dans cette catégorie, je pense au fameux Ulysse de Joyce…qui passe pour être LE roman…mais que finalement peu de personnes ont lu où sont arrivé au bout et même si, elles n’ont pas pigé grand chose .

Bref, cette classification m’a bien fait sourire . Elle est forcément réductrice te caricaturale, comme à chaque fois qu’on met des gens, des choses ou des oeuvres dans des cases…mais je trouve que c’est bien vu.

Par contre, personnellement, je rajouterais une dernière catégorie et finalement, c’est souvent là qu’on trouve aussi de très belles surprises : le roman inclassable !

Ca raconte Sarah de Pauline DELABROY – ALLARD

Ben en fait ça raconte Sarah, une jeune femme violoniste exubérante et terriblement vivante, qui un soir, chez des amis communs va rencontrer la narratrice du livre. Les deux femmes se lient d’amitié jusqu’au moment où Sarah lui avoue qu’elle est follement amoureuse d’elle. Cet amour étant partagé, une passion amoureuse va exister entre les deux femmes, dévorante, excessive…une passion quoi, jusqu’au jour où, forcément, ça va partir en vrille.

Les jours qui suivent, je ne pense qu’à ce qui s’est passé,les images vont et viennent derrière mes paupières dès que je ferme les yeux. Je ne pensais pas toucher un jour le corps d’une femme, aimer ça à la folie au point d’y penser sans arrêt, nuit et jour. Elle ne quitte pas mon esprit. Elle me hante, nue, sublime, un fantôme qui fait gonfler mes veines,larmoyer mon sexe. C’est une révélation, une lumière, une épiphanie.

C’est un premier roman, comme une première passion.

Cela raconte une passion, une vraie, une genre Belle du Seigneur mais en plus soft ou plus moderne.

Ça raconte ça, un tout petit matin dans une nuit noire de janvier, les éclairages orangers des réverbères, les rues sombres des Lilas, la silhouette de Sarah, cette silhouette telle que je la connais, avec sa boîte de violon sur le dos et ses deux jambes toute frêles en dessous, la valise qu’elle tire du bras droit, une capuche sur la tête. Elle ouvre un peu la bouche, pour recevoir des flocons sur la langue, elle rit, elle a le nez rouge, elle a du blanc sur les cils, elle me parle et elle dit c’est trop beau hein mon amour.

Du coup, sur le thème , c’est très banal et sur le traitement, aussi finalement et comment faire autrement ? Il y a la présentation rapide des personnages, la narratrice à l’existence toute tracée, plutôt morne,  classique, prof, avec une fille et Sarah, artiste de musique classique, reconnue dans son art et totalement foutraque, bruyante, déjantée. Puis vient la rencontre, les premiers moments passés ensemble, puis vient l’histoire d’amour…jusqu’au point de rupture.

Elle est morte. Je ne suis pas sûre. Mais je crois qu’elle est morte, une nuit de printemps. Un printemps presque comme un autre, un printemps à rendre mélancolique n’importe qui. C’est moi, qui l’ai tuée. Je ne suis pas sûre. Mais je crois que c’est moi qui l’ai tuée. Elle disait qu’elle ne m’aimait plus.

Oui mais voilà, pour ce premier roman, Pauline DELABROY-ALLARD arrive à harponner le lecteur dès les premières phrases et à ne pas le lâcher jusqu’à la fin sans quasiment aucun répit ni temps mort.

L’auteur retranscrit dans ses mots et dans sa façon d’écrire le côté obsessionnel de cet amour féminin. Il y a des répétitions de mots voulues, des lights-motifs qui reviennent sans cesse dans l’histoire. Avec des respirations façon Wikipédia pour reprendre son souffle. C’est un style un peu hypnotique qui m’a fait penser de loin  à Nina Bouraoui ou Simonéta  Greggio.

Ca raconte Sarah raconte la passion amoureuse entre deux femmes mais ce n’est pas le sujet du livre, je veux dire que cela soit deux femmes,et si le récit est bien plus charnel que sensuel, on n’est pas dans du sulfureux mais dans du fougueux.

La dérive de la relation est restituée à merveille, surtout dans la seconde partie qui toutefois m’a laissé un peu interrogatif sur  le destin de Sarah, on peut imaginer plusieurs hypothèses la concernant, contrairement à la narratrice.

En résumé, Pauline DELABROY-ALLARD qui a passé un an à écrire ce roman, et a attendu encore plus longtemps avant de l’envoyer parLla Poste à quelques éditeurs qu’elle apprécie, a vraiment bien fait  de franchir le pas. J’ai beaucoup aimé cette lecture et c’est pour moi un coup de coeur.

Et pour finir, cette petite pensée…

La mer est comme la peau du ventre d’une femme qui aurait eu plusieurs enfants.