L’amie prodigieuse 4, l’enfant perdue d’Eléna FERRANTE – 2018- Gallimard – 0.04€ la page

Alors que Lila est restée à Naples , au quartier, Lénu est partie avec son amant Nino, laissant son mari et délaissant ses filles. Le temps passant, la relation passionnelle avec Nino s’estompe et après avoir revu Lila, Lénu revient à Naples et s’installe dans les beaux quartiers. Elle écrit de plus en plus et se rapproche à nouveau de son « amie prodigieuse », Lila. Les deux femmes vont tomber enceintes au même moment…à Naples.

Voici un petit pitch de l’histoire de départ de ce tome 4 qui clôt ta tétralogie fabuleuse d’ Eléna Ferranté. J’ai attendu longtemps ce livre, un an et j’ai réussi à l’avoir la veille de sa sortie, mais j’ai connu une quasi panne de lecture avec  » L’enfant perdue« , mais pas à cause du roman !

Cette suite et fin est à la hauteur de l’histoire et de la saga d‘Eléna Ferranté et comme tout admirateur du talent de cette auteur italienne, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce dernier volet.

J’ai retrouvé la plume sobre et belle de l’auteur et son talent pour restituer toute la psychologie humaine de ses deux héroïnes. On est encore sur l’amour  haineux qui lie ces deux femmes depuis leur naissance et on retrouve le message et la ligne directrice du récit, à savoir la cause féminine, la tolérance en matière d’identité sexuelle.

Sa réflexion sur la culture, l’intelligence, les idées est aussi l’un des points forts du livre!

Pour produire des idées, il n’est pas nécessaire d’être un saint. De toute façon, les vrais intellectuels, il y en a très peu. La plupart des gens cultivés passent leur vie à commenter paresseusement les idées des autres. Leur énergie est principalement consacrée à exercer leur sadisme pour contrer tout rival potentiel.

Les gens déprimés n’écrivent pas de livres. Ceux qui écrivent ce sont les gens heureux, ceux qui voyagent, sont amoureux et ne font que parler, convaincus que les mots, d’une manière ou d’une autre, arrivent toujours à bonne destination.

Oui mais voilà, je dirais quand même que ce dernier volet de l’amie prodigieuse n’est pas le meilleur de la série, peut-être même le moins bon, mais le moins bon de quelque chose de génial donne quelque chose de beau et de grand.

En fait, il y a globalement un petit souci…alors que les trois premiers tomes vont de la naissance à la fin de la trentaine de Lila et Lénu, il n’y qu’un tome pour arriver à plus de 60 ans. Du coup, Eléna Ferranté se recentre sur les deux femmes au détriment des personnages secondaires et du contexte culturel et social de l’ Italie.

Par contre Naples reste omniprésente…

Etre né dans cette ville – écrivis-je même une fois, ne pensant pas à moi mais au pessimisme de Lila – ne sert qu’à une chose : savoir depuis toujours, presque d’instinct, ce qu’aujourd’hui tout le monde commence à soutenir avec mille nuances : le rêve du progrès sans limites est, en réalité, un cauchemar rempli de férocité et de mort.

Et surtout, elle multiplie les rebondissements à un rythme effréné qui font qu’on ne peut pas s’ennuyer , jusqu’à la toute fin, mais qu’on n’a pas le temps non plus de savourer le moment que déjà on est passé à une autre péripétie. Il aurait fallu un cinquième volet mais je pense qu’après 1800 pages, Eléna Ferranté avait peut-être envie de passer à autre chose.

Voilà, la saga fabuleuse de l’amie prodigieuse est close, moi qui fuit les sagas et les pavés à suite qui n’en finissent pas, j’ai fait une très belle rencontre littéraire avec Eléna Ferranté et je relirai cette auteur, probablement ces ouvrages d’avant l’Amie prodigieuse

Et pour finir, un joli portrait de lila…

Bien qu’elle nous ait toujours tous dominés et nous ait imposé à tous une façon d’être, sous peine de son ressentiment et de sa fureur, elle ressentait en elle-même comme un torrent, et tous ses efforts étaient, tout compte fait, destinés à se maîtriser. Quand, malgré ses calculs et ses plans préventifs sur les personnes et sur les choses, le torrent l’emportait, Lila perdait Lila, le chaos devenait l’unique vérité et elle, si active, si courageuse, s’effaçait terrorisée, elle se réduisait à néant.

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En attendant pas Bojanglès mais Ferranté…

Coucou !

Normalement devait paraître aujourd’hui ma chronique sur le tome 4 de l’Amie Prodigieuse d’ Eléna Ferrante. J’ai fait les yeux doux à la libraire pour l’avoir la veille de sa sortie et j’ai donc  commencé à le lire le 17 janvier. Et là, nous sommes le 4 février quand j’écris ces lignes et je n’ai lu que…320 pages en 18 jours.

Voilà, un an que j’attendais ce livre, il est top et ça ne passe pas, enfin au compte goutte…la panne de lecture. Et le pire c’est que j’ai derrière, plein de nouveautés que j’ai vraiment envie de lire !  Bref, suis dégoûté !

Alors en attendant la fin de cette lecture, histoire de parler de livres, j’ai été voir le top 20 des ventes actuelles d’après Datalib, au 5 février 2018.

Je me permets quelques commentaires perfides…

  1. l’Amie prodigieuse 3  (Houla, les droits d’auteurs… c’est loin Panama ?)
  2. l’Amie prodigieuse 4 (punaise, elle va en payer des impôts Eléna…finalement la Suisse…)
  3. Pierre Lemaître : couleurs de l’incendie ( pin pon)
  4. Delphine de Vigan : Les loyautés (il paraît  qu’elle va écrire la fin et la publier dans le tome 2…)
  5. l’Amie prodigieuse 1 ( Et les îles Caïman???)
  6. Jean Dormesson : Et moi je vis toujours (pas vraiment Jean , par contre vos héritiers oui…)
  7. Jean Teulé : Entrez dans la danse (non merci, pas le moral, panne de lecture, temps pourri, mais quand même, je ne suis pas désespéré à ce point ! )
  8. Paul Auster : 4 3 2 1  (0)
  9. Isabelle Carré : Les rêveurs (je trouve rien de mal à dire…j’aime beaucoup cette actrice et je le lirai…)
  10. Au revoir là-haut ( Le film de Dupontel est top !! )
  11. Eric Vuillard : l’Ordre du jour (dommage qu’il soit imprimé, autrement ça faisait un super joli carnet…)
  12. Marguerite Duras : La douleur (rien que  de lire le titre et l’auteur, j’ai envie d’avaler 2 Doliprane)
  13. David Foenkinos : Le Mystère Henry Pick ( Et non pas l’inverse)
  14. Philippe Delerm :Et vous avez eu beau temps (à peu près la même intensité qu’un bulletin météo…très cher  à la page ce genre de livre  )
  15. Romain Gary : La promesse de l’aube ( rien à voir avec l’ Eglise)
  16. l’Amie prodigieuse 2 (Eléna, sinon le Luxembourg ??? )
  17. Alice Zéniter : l’ Art de perdre (la première place du classement peut-être??? )
  18. Roy Arundhati : Le ministère du bonheur suprême  (hein ???)
  19. Olivier Bourdaut : En attendant Bojanglès (j’écrirais bien un autre livre…)
  20.  Olivier Bourdaut :Pactum Salis  (s’il pouvait autant se vendre que le premier…)

Et j’ai repéré aussi dans le classement des 100 meilleures ventes, Gaëlle Josse et Frédérick Beigbeder !

Voilà voilà…allez zou, je retourne lire !!

Jésus VS Harry Potter

L’autre jour, je suis tombé sur les livres les plus diffusés de tous les temps à travers le monde..j’avais déjà vu ce classement depuis longtemps mais là quelque chose a attiré mon attention.

Voici tout d’abord ce classement!

  • 1 – La Bible (4 milliards d’exemplaires) …
  • 2 – Le Coran (+ de 3 milliards d’exemplaires) …
  • 3 – « Les Citations du Président Mao Tse-Toung » (800 millions d’exemplaires) …
  • 4 – « Don Quijote de la Mancha », Miguel de Cervantes (500 millions d’exemplaires) …
  • 5 – Saga « Harry Potter », JK Rowling (450 millions d’exemplaires)

Donc la Bible est le livre le plus lu dans le monde ??

Pas certain…je suis de la génération Harry Potter et j’aime bien manipuler les chiffres…

La Bible est difficile à dater mais disons que si elle à 20 siècles…pour arrondir, ça veut dire qu’elle s’est vendue ou diffusée à raison de 200 millions d’exemplaires par siècle donc 2 millions par années

Harry Potter a été publié entre 1997 et 2007 pour les 7 romans originaux donc depuis 1997 à aujourd’hui, en gros cela fait 20 ans , cela signifie que le livre s’est diffusé à hauteur de 22 millions d’exemplaires par an ! CQFD !  Harry Potter est bien plus diffusé que la bible !

Bien entendu, vous allez me dire , et dans 5 siècles, est-ce qu’ Harry Potter sera encore connu et présent dans le monde entier ?

Et ben j’ai envie de dire oui…le fait que le sorcier Potter ait plus de popularité que le leader de secte Jésus est un marqueur du changement  des temps et de la societé.

Bon, on ne trouve pas encore des exemplaires d’Harry Potter dans les hôtels anglo-saxons, contrairement à des bibles , mais qui sait un jour futur…

En plus, j’ai envie de dire qu’il y a des points de comparaison entre Potter et Jésus, les deux font des miracles en  quelque sorte, ou du moins de la magie et à leur manière, oeuvrent pour le bien de l’humanité….ou pas, sont de grands mystificateurs !

Quoi qu’il en soit, se méfier des chiffres bruts et dans le match La Bible VS la saga Hary Potter, c’est ce dernier qui l’emporte !

Pour finir, je n’ai lu ni l’un ni l’autre et je n’en ai toujours pas l’intention !

Paula HAWKINS – Au fond de l’eau- 2017 – Sonatine – 405 pages – 0.05€ la page

Nous sommes dans un village anglais, Beckford, où coule une rivière, laquelle forme un bassin dans lequel au cours du temps, on a retrouvé des corps de femmes. Certaines se sont peut-être suicidées, d’autres ont peut-être été assassinées.

Alors qu’elle est fâchée avec sa soeur depuis de nombreuses années, Julia apprend que le corps de sa soeur, Nell, vient être retrouvée dans le bassin aux noyées du village de son enfance.  La veille, Nell avait contacté Julia pat téléphone mais cette dernière ne lui avait pas répondu, comme d’habitude. Elle n’a pas d’autre choix que de se confronter à cette disparition et à son enfance dans cet endroit à l’atmosphère noire, tendue, quasi mystique même.

Beckford est donc un endroit bizarre rempli de gens bizarres, avec une histoire bizarre. Et au milieu, il y a une rivière, et c’est cette rivière qui est le plus étrange, parce qu’on a l’impression que de quelque côté qu’on se tourne, quelle que soit la direction vers laquelle on se dirige, on finit toujours par tomber dessus.

Ceux qui me suivent ici régulièrement savent que je ne lis pas de polars…mais j’ai fait une exception pour Au fond de l’eau, car il s’agit du second roman de Paula Hawkins, l’auteur de La fille du train, livre vendu à 12 millions d’exemplaires dans le monde et lu par plus de 20 millions de personnes. Et comme j’avais adoré cette histoire, je me suis rué sur ce second roman .

Et j’ai bien fait, car il s’agit d’un thriller psychologique haletant, parfaitement maîtrisé et addictif dès les premières pages.  Le récit est fait sous la forme classique et très répandue du « choral » et l’auteur donne vie à une galerie de personnages plus ou moins inquiétants.

Ce qui m’a plu également, c’est que Paula Hawkins a créé un univers très féminin, toutes les disparues sont des femmes et les proches de ces disparues également. L’air de rien, il y a dans Au fond de l’eau, une dimension un peu féministe, à savoir une charge (gentille mais récurrente) contre les sociétés patriarcales.

Nickie disait qu’il y avait dans ce village des hommes prêt à vous condamner au premier regard, qu’il y en avait toujours eu. Mais évidemment, les gens fermaient les yeux. Ils n’aimaient pas penser au fait que l’eau de leur rivière était infectée par le sang et la bile de femmes persécutées, de femmes malheureuses : ils la buvaient tous les jours

Le suspens est entretenu jusqu’au bout, même si au final, je trouve la fin du livre moins maîtrisée que dans La fille du train.

Par contre, d’un point de vue de la tension psychologique, je trouve que le degré est encore supérieur dans Au fond de l’eau. Probablement que les lieux décrits par l’auteur sont encore plus flippants que le Londres retranscrit dans La fille du train.

Je ne sais pas quand je relirai un roman apparenté au polar, mais je suis certain de lire le troisième livre de l’anglaise Paula Hawkins lorsqu’il sortira, d’ici quelques années.

Un dernier extrait pour finir…

Et, ce n’est pas grave, le monde est ainsi fait, la rivière est ainsi faite- elle peut fouiller dans le passé et recracher sur la berge ce qu’elle a exhumé, aux yeux de tous. La rivière le peut, mais pas les gens. Pas les femmes. Quand on se met à poser des questions et à placarder des annonces dans les magasins et les pubs, quand on commence à prendre des photos, à entrer en contact avec les journaux et à s’interroger sur les sorcières, les femmes et les âmes perdues, ce n’est pas des réponses que l’on cherche, mais des ennuis.

Les loyautés de Delphine de Vigan – 2018 – Lattes- 0.08€ la page

Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été.

Théo et Mathis sont deux collégiens au début de leur adolescence. Ils sont issus  d’une famille fracassée pour l’un et en voie de l’être pour l’autre. Dans leur collège, ils ont trouvé une planque pour se réfugier et boire en cachette, des flasques ou des mini bouteilles d’alcool qu’ils se procurent comme ils peuvent. Hélène, professeur de SVT voit bien que Théo est différent de la norme, qu’il ne va pas bien et qu’il cache une souffrance , mais laquelle ?

Commencer 2018 par le nouveau livre de Delphine de Vigan est à la fois pour moi un bonheur et une évidence. Pour celles et ceux qui ne me connaissent pas trop, c’est l’une de mes auteurs âme-soeur.

Je dois dire qu’après la déferlante Rien ne s’oppose à la nuit et le succès phénoménal de D’après une histoire vraie, j’étais à la fois curieux et heureux de la retrouver avec un roman, pour peut-être revenir à ses histoires belles et fortes dont elle a le secret.

Après avoir dévoré Les loyautés, je dirais que j’ai été à la fois comblé et frustré.

Comblé, parce que Delphine de Vigan apporte une pierre précieuse supplémentaire à son oeuvre et aborde une fois de plus la solitude humaine, dans toute sa splendeur terrifiante. On retrouve son obsession autour de l’enfance meurtrie , volée, violentée, son amour des êtres humains blessés et aussi le métro parisien !  On retrouve sa plume légère et puissante comme les premiers flocons de neige qui parviennent à adhérer sur le sol gelé.

On retrouve aussi cette idée troublante que l’autre, même très proche, est toujours une énigme, parfois même un inconnu, et c’est bien flippant !

Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même de démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ?

Frustré, parce qu’en adoptant un très court texte (206 petites pages) qui est pour moi plus une grosse nouvelle qu’un court roman, l’auteur a produit un texte un peu réducteur je trouve, par rapport à ses autres longs romans. La fin ouverte pourra satisfaire tout le monde mais la progression pourra sembler à vitesse forcée et les détracteurs de la belle Delphine diront qu’elle en fait trop sur le pathos ou la sensibilité du lecteur en n’ampoulant pas ses mots dans des formules intellos ou métaphoriques.

Les loyautés envers sa famille, ses parents, ses amis, ceux que l’on aime peuvent être pesantes et destructrices pour soi-même. Elles sont respectables et courageuses, mais ô combien dévastatrices quand on est enfant ou adolescent.

Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.

En résumé, un livre absolument indispensable pour tout lecteur qui a un jour été saisi par l’humanité brute de l’auteur et son hyper sensibilité. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, je conseillerais de découvrir Delphine de Vigan avec Un soir de décembre, un roman dont on a beaucoup moins parlé que les autres et que personnellement j’adore.

Un grand merci à Estelle qui m’a offert ma première lecture de 2018.

Bilan littéraire de 2017 !

2017 est terminée,  petit regard dans le rétroviseur littéraire de l’année…et petite sélection parmi les 43 livres lus ces 12 derniers mois.

L’auteur que j’ai lue le plus : Sigolène Vinson.

C’est clairement ma préférence 2017, puisque j’ai lu 2 fois Danser avec les ombres, 2 fois J’ai déserté le pays de l’ enfance, que j’ai relu Le Caillou pour la troisième fois, que j’ai lu son roman sorti en août 2017, Les Jouisseurs, et enfin que j’ai découvert un texte de jeunesse en quelque sorte, une histoire de Dromadaires sur la route du héron !

Les classiques.

Uniquement des classiques anglais , ben oui, les classiques français me gavent copieusement en général:

  • Daphné du Maurier : La chaîne d’amour et Les oiseaux
  • Jane Austen : Persuasion (pas son meilleur …)
  • Oscar Wilde : Le portrait de Dorian Gray

Les découvertes

Belle pioche cette année pour moi avec les premières fois pour un auteur:

  • Marie Laberge : géniale auteure canadienne  , lue 2 fois avec Ceux qui restent et Le poids des ombres
  • Marcus Malte avec Le garçon, une histoire qu’on n’oublie pas de si tôt
  • Catherine Poulain, avec Le Grand Marin
  • Anna Hope : géniale jeune auteur anglaise avec La salle de bal et Le chagrin des vivants

Les Brontë

  • J’ai relu 2 fois Wuthering Heights, dont une fois en même temps qu’ Emilie…un monument. Je vais tenter de le lire en version originale en 2018
  • Une bio de Charlotte (en français) et une bio d’Émily (en anglais)
  • Les lettres des Brontë, une sélection de correspondances, surtout celles de Charlotte

Les confirmations

  • Véronique Olmi avec Bakhita, gros succès public
  • Leila Slimani avec Le jardin de l’ogre, son premier roman, top…
  • Gaêlle Josse avec Un été à quatre mains.
  • Valérie Tong Cuong, avec Par amour

En conclusion, une très belle année 2017, très peu de déceptions ou d’abandons, je ne me souviens même pas des titres  !

Et zou, c’est parti pour  2018 !

 

 

 

Par amour de Valérie TONG CUONG – 2017

La vérité est comme le soleil. Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder (Victor Hugo, cité dans le texte par l’un des personnages).

Nous sommes au Havre en 1940. La mobilisation a eu lieue. Puis la guerre qui n’en était pas une, puis la capitulation française…l’arrivée de Pétain au pouvoir, le Général en exil, puis la collaboration, puis l’épuration, puis les combats et les destructions, puis l’attente du débarquement allié, puis la libération et la capitulation finale de l’ Allemagne. La seconde guerre mondiale.

Dans la ville Normande, il y a Muguette, dont le mari est prisonnier quelque part en Allemagne, et ses deux enfants, Joseph et sa petite soeur Marline, qui ne parle plus depuis la mobilisation, excepté à Joseph. Et puis il y a Emelie, la soeur de Muguette, ses deux enfants ,Lucie et Jean, et Joffre son mari, démobilisé après la débacle française et ne jurant plus que par le Maréchal , au grand désaroi d’ Emelie.

Cela fait un an que j’ai envie de lire Par amour et de retrouver Valérie Tong Cuong pour la quatrième fois. Et enfin, mon envie s’est réalisée et voilà que ce roman est non seulement mon préféré des quatre mais encore un vrai coup de coeur.

Alors bien sur, Valérie est dans la grande tendance de ses deux ou trois dernières années, à savoir créer des personnages et une intrigue fictionnelle et romanesque, à partir d’un contexte historique et d’une recherche historique bien réelle. Mais elle fait le job à merveille. Ce livre est addictif dès les trois premières pages et l’auteur prouve que c’est une grande raconteuse d’histoire, capable de créer des personnages complexes et de les faire vivre avec émotion et brio.

On retrouve bien entendu dans Par amour, une forme d’optimisme, de bienveillance voire de valeurs chrétiennes qui peuvent parfois irriter . On se dit aussi, que Valérie Tong Cuong appuie  là où ca fait mal pour le lecteur, que c’est attendu, mais c’est tellement bien fait que ça passe.

Le temps et l’absence n’ont rien à voir avec l’amour, Muguette, ce qui compte, c’est ce qui le fonde. Parfois il se fonde sur une erreur d’appréciation, on croit aimer une personne, mais on aime un rêve, un désir, un idéal, quelque chose que l’on porte en soi depuis toujours et on affuble l’autre qui, souvent, s’y prête volontiers. C’est si flatteur ! Seulement à la première occasion, au premier effort, lorsque les masques tombent, l’autre apparaît tel qu’en lui-même, et rarement celui que l’on croyait aimer, l’amour devient alors sans objet, l’amour devient désillusion.

J’ai apprécié aussi, le style choral qui est l’un de mes procédés d’écriture préféré chez les auteurs de ma génération. Et puis, ce rappel historique m’a permis d’embrasser la guerre sur toute sa longueur et m’a donné envie d’aller au Havre, et c’est pas forcément évident , même quand on aime la mer et l’océan.

En somme, je me suis régalé, le suspens est présent jusqu’à la fin même si la révélation finale, qui m’a bien surpris, n’apporte finalement pas une plus-value au roman.

Alors à Noël, si vous ne savez pas quel roman offrir, celui-ci sera parfait, il renferme tout ce que l’on attend d’un belle histoire, sans fioriture ni prétention. Comme le dit Emelie:

 » nous ne faisions pas partie de ces bourgeois qui ampoulent leurs phrases pour afficher leur supériorité ».

Pensez à rajouter un paquet ou deux  paquets de kleenex, (4 pour toi Emilie si tu le lis…mais je parie que tu aimerais beaucoup…) pour les lecteurs ou lectrices les plus sensibles même si, ceux qui connaissent Valérie Tong Cuong savent que le happy-end l’emporte toujours  !

J’ignorais qu’il faut traverser ce genre d’événement tragique – la perte de ce que l’on a de plus précieux au monde -, pour mesurer ce que le corps et l’âme ressentent, ce trou indescriptible au milieu de soi-même

Et vivement le prochain roman !

Le poids des ombres de Marie LABERGE – 2017 (France) 1994 (Canada)

Aimer soutient mais ne sauve pas. Pas de rachat.

Diane a 30 ans. Elle est fâchée avec sa mère, Yseult, depuis sept ans et en opposition constante avec elle quasiment depuis sa naissance. Alors que les deux femmes se sont perdues de vue, Diane reçoit un appel de la morgue : elle soit aller reconnaître le cadavre d’ Yseutl, laquelle s’est suicidée en se jetant d’un pont , par une journée d’hiver. D’abord en colère, puis sonnée, puis complètement déséquilibrée dans sa vie , Diane va devoir affronter  l’ombre aveuglante  d’ Yseult, à partir de la lumière trouble des bagues qu’elle a laissées…

J’ai découvert cette année Marie Laberge avec  Ceux qui restent, qui fut un vrai coup de coeur. Je me suis donc rué dès la sortie de ce roman qui est en fait une réédition puisqu’il s’agit de l’un des premiers livres publiés par l’auteur, en 1994 au Canada, son pays d’origine.

Et je dois dire que je n’ai pas été déçu.

Je commence néanmoins par un bémol , Le poids des ombres raconte globalement la même chose que Ceux qui restent : faire face au suicide inexpliqué d’un proche et continuer sa vie en intégrant contre son gré celle du disparu. Egalement quelques faiblesses dans la construction du récit, le rythme du livre si je puis dire.

Pour le reste, c’est un roman très fort sur la relation mère-fille, qui oscille en permanence entre l’amour et la haine, la fascination et la répulsion, tant les deux femmes sont en opposition . Yseult est passionnée, hors cases, lucide et cynique, Diane est dans le rêve, l’illusion et le reproche permanent à Yseult qui ne correspond pas à son modèle. Cette fracture la rend jalouse.

Ce qui est génial dans le livre de Marie Laberge , c’est qu’elle arrive à nous faire aimer ces femmes et parfois aussi à les détester. Je dirais même qu’elle parvient à retourner le lecteur au fur et à mesure de la progression de l’histoire. Yseult qui semble au départ insensible et monstrueuse devient humaine et quelque part digne et capable d’amour. Diane, elle, qui semble victime et délaissée, apparaît égoïste et possessive.

Y’a deux luxes dans la vie, le plaisir et la volupté. T’aimes ni un ni l’autre.

Et puis, la plume de Marie Laberge est vraiment belle. Elle fait partie des auteurs qui aujourd’hui m’intéressent vraiment, ceux qui écrivent avant tout avec leur coeur, leurs, tripes,  qui laissent entrevoir leur vérité, leur vraie sensibilité . Les auteurs qui parlent avec leur tête et intellectualisent me laissent froid de plus en plus je crois.  Marie Laberge ne mâche pas ses mots et dans Le poids des ombres, il y a des passages à la fois âpres et acres mais aussi des envolées dont la sensibilité me touche…comme ici :

Si tu trouves un seul souvenir réconfortant, garde-le pour les aubes navrantes. Ne te laisse pas emporter par ton imagination dramatique qui construit des sagas tragiques aux fins lugubres.

Je sais que je relirai cette auteur prolifique et que j’y trouverais encore mon bonheur de lecteur.

Et ce beau passage pour finir…

La beauté, la volupté, le plaisir…ça ne rachète rien ? Dans l’épaisseur de la vie, aucune légèreté tu crois ? Il reste si peu dans nos mains à la fin d’une vie, si peu…il doit bien y avoir quelques grains de sable échappés du sablier impitoyable , quelques grains de sables qui s’incrustent dans les lignes de la main. Yseult, que mes mains n’ont pas retenue…

 

Le grand marin de Catherine POULAIN – 2016

Tout est dans la course Lili.  les étoiles aussi, la nuit et le jour, la lumière, tout court et nous on fait pareil. Autrement on est morts.

Lili est une jeune femme atypique qui quitte la France pour l’ Alaska. Elle veut rejoindre cette terre inhospitalière pour s’embarquer sur des navires de pêche, se confronter à l’océan, aux éléments et peut être même aller voir ensuite le bout du bout de la terre. Elle arrive donc à Kodiac et parvient à se faire embarquer sur un bateau qui part à la pêche à la morue noire. Lila parviendra à se faire embaucher pour deux autres campagnes de pêche, et entre chacune, arpentera le port, les bars à marin, les docks, les chantiers navals, l’alcool, l’ennui, les nuits… et devra se fondre dans cet univers masculin fait de force, de souffrances, de virilité absolue mais aussi de faiblesse et d’humanité. Car les marins sont aussi des humains, surtout un, le plus redoutable, celui qui ressemble à un lion et se prénomme Jude.

Le grand marin est ce qu’on appelle un phénomène d’édition…un premier roman, un succès incroyable à faire pâlir les auteurs confirmés et qui vendent beaucoup de romans, un engouement certain des critiques et libraires,  huit prix littéraires.

Oui mais voilà, j’avais hésité à le prendre en librairie, cet univers là ayant tendance à me faire fuir, les histoires de pêche et de poissons éventrés, très peu pour moi, je l’avais reposé. Et puis Asphodèle me l’a offert l’été dernier et je l’ai lu.

Et les mots de ce marin m’ont interpellés…

Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi.Je ne sais pas pourquoi j’y suis venu, je ne sais pas ce qui fait que l’on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou.

Hé bien, j’ai dépassé mes à priori , j’ai lu le plus vite possible les scènes de poissons éventrés et agonisant , je me suis laissé prendre au jeu , hypnotiser par cette histoire et le talent de Catherine Poulain et je ne le regrette pas ! Cette auteur est une grande conteuse et son récit est d’une force incroyable. Son défi est d’arriver à nous faire aimer sa Lili, dont on ne sait quasiment rien, on ne sait pas ce qu’elle fuit en venant en Alaska et on se doute qu’elle cherche bien plus qu’une simple liberté ou un dépassement de soi. En plus, elle est quelconque, pas jolie, pas drôle, pas sur-homme enfin sur-femme, juste déterminée.

Et puis, la peinture du port, du milieu des marins, des campagnes de pêche, du climat et de la nature polaire est extrêmement bien réussie. Catherine Poulain arrive à nous transporter là ou se trouvent les personnages, je voyais les lieux, même certains visages. Sa plume est belle, forte, à la fois cash et imagée, mélange de glauque et de beau suivant les chapitres.

Je tourne la tête vers la mer, elle est rousse des cuivres de la fin du jour. Peut-être va-t-on toujours aller ainsi, jusqu’à la fin de tous les temps, sur l’océan roussi et vers le ciel et vers le ciel ouvert, une course folle et magnifique dans le nulle part, dans le tout, coeur brûlant, les pieds glacés, escortés d’une nuée de mouettes hurlantes, un grand marin sur le pont, visage apaisé, presque doux.

Il y a quand même quelques critiques à faire sur Le grand marin. Pour une fois, je peux dire que j’ai trouvé un texte d’un auteur français actuel trop long…je veux dire qu’il y a des répétitions et un peu de gras et même si cela participe à hypnotiser le lecteur, sur la fin cela peut être pesant. Et puis, l’histoire entre Jude, Le grand marin et Lili est un peu trop mise au second plan à mon goût même si ce n’est pas l’objet du roman.

En résumé, une histoire que je ne suis pas près d’oublier et je suis vraiment curieux de savoir ce qu’elle va pouvoir proposer comme second roman.

Et un grand merci à Asphodèle d’avoir choisi ce titre pour moi, car comme je l’ai dit plus haut, je ne l’aurais pas lu sans cela !

Le Chagrin des vivants de Anna HOPE – 2014

C’est toujours plus facile de ne pas parler.

Nous sommes à Londres en 1920. La ville s’apprête à commémorer l’armistice lors d’une cérémonie particulière où le corps d’un soldat inconnu tombé en France sera inhumé au sein d’un monument à Westminster Abbey.

L’histoire se passe du 8 au 11 novembre 1920 et Le chagrin des vivants raconte le destin croisé de plusieurs femmes, chacune touchées par la guerre. Il y a,  Evelyne dont le fiancé est mort et le frère, ancien capitaine, est revenu sain et sauf et mène une existence en apparence confortable.  Evelyne travaille au bureau des pensions militaires. Il y a  la jeune Hettie qui, avec son amie Di, travaille dans un club de danse fréquenté par les anciens soldats, ce qui lui permet notamment de subvenir aux besoins de son frère, Fred,  soldat revenu diminué des combats, muré dans son silence .  Il y a  enfin ADA, qui a perdu son fils, Michael,  et continue pourtant de le voir et de le chercher dans les rues de Londres.

Anna Hope,  dont  Le chagrin des vivants fut le premier roman (énorme succès en Angleterre et ailleurs) va tisser une toile redoutable et magnifique, qui va  non seulement emprisonner et lier tous les protagonistes du récit, mais aussi le lecteur. Comme ici, lorsqu’ils vont chacun assister au défilé du soldat inconnu, notamment ADA:

Alors que le silence s’étire, quelque chose devient manifeste. Il n’est pas là. Son fils n’est pas à l’intérieur de cette boite. Et pourtant elle n’est pas vide, elle est pleine d’un chagrin retentissant : le chagrin des vivants.

 

Disons-le tout de suite, j’avais énormément aimé  La salle de bal, j’ai adoré Le chagrin des vivants, au point d’en faire un coup de foudre littéraire pour cette année 2017 !

L’auteur parvient à nous faire vivre cette époque avec beaucoup d’intensité, à nous faire ressentir toute la pesanteur des suites du désastre, la résistance des hommes face à ceux qui voudraient oublier…Et si beaucoup réapprendront à vivre, d’autres resteront à jamais marqués dans leur chair par la grande guerre, qui n’a de grandeur que son nom.

Un bel hommage aux oubliés de l’histoire, les sans grade,  et  aussi aux femmes qui travaillent dans l’ombre à réparer les destins. Un beau travail de mémoire. Un vrai.

Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose ?
Pas seulement lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie. […]
La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose , bon sang ?

Anna Hope se base, comme dans La salle de bal, sur des faits historiques, des livres et des documents d’époque, et invente ses personnages et leurs histoires qui sont  si intimement et délicatement mêlées. C’est une auteur, qui sur un premier roman, arrive à allier le fond et la forme, en cumulant les talents de jolie plume et de grande raconteuse d’histoire. C’est un régal permanent.

Le suspens est grandissant et à la fin, j’aurais presque voulu lire en diagonale pour aller plus vite et pourtant, j’ai réussi à épargner les 30 dernières pages pour les lire seulement le lendemain.  La fin est de facture classique mais l’auteur arrive à éviter le happy end trop happy , même s’il est logique…

Vivement le troisième roman, il faudra être patient, mais je serai au rendez-vous !