Prout Prout la vie de Marcel…

Je ne lis quasiment plus depuis quelques semaines, mais bon j’ai la tête prise par tout autres choses, ça reviendra.

Mais quand même, depuis quelques jours je me suis lancé dans cette sorte de biographie de Proust, présentée comme une analyse critique de l’oeuvre de l’écrivain : A la recherche du temps perdu.

Et je dois dire que c’est super intéressant, je n’ai pas encore fini, j’en arrive à la période où Marcel Proust passait ces étés au grand hôtel à Cabourg. Mais déjà, on peut dire que quand même il a eu une vie méga chiante depuis sa naissance.

Une enfance où déjà il était fragile et asthmatique avec un père aimant mais absent, une mère un peu trop présente et un milieu de haute bourgeoisie. A la suite, une période hyper mondaine où Proust fréquente des salons littéraires à la mode et fréquente le Ritz à Paris…quel ennui.

Et puis, crises d’asthme sévère, mort du Père, puis de la Mère…deuil compliqué.

Côté écriture, ben on se demande comment Proust est devenu cet immense auteur, encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands. Au départ, un premier récit passé assez inaperçu, puis des traductions d’un critique d’art anglais , Ruskin, faites essentiellement par maman avec l’aide de Marcel la nuit.

Et puis, ce que je retiens de Proust à la plage, c’est que selon l’auteur, Proust s’est mis à écrire La recherche parce qu’il n’arrivait pas à écrire justement. Impossibilité pour lui de mettre en place un roman, de se lancer dans une fiction. A tel point que selon l’auteur, La recherche est un roman sur l’impossibilité d’écrire, mais dans lequel Proust abolit les frontières entre l’oeuvre et la vie de l’auteur : les deux se mélangent dans cette réinvention des souvenirs de Proust.

En résumé, un super livre pour approcher Proust et j’espère qu’il me donnera envie de le lire, même si je dois dire que vu la longueur des phrases et vu le peu d’intérêt de la vie de l’auteur…mais c’est ainsi que je dois m’y prendre, d’abord approcher le bonhomme avant de le lire !

A suivre et je vous conseille donc Proust à la plage  qui est issu d’ une collection puisqu’il existe aussi un titre consacré à Colette et dans d’autres domaines, à Darwin, Einstein, ou l’homo sapiens !

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Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel – 1945 – Récit / Témoignage

Françoise Frenkel est une jeune femme juive polonaise qui a étudié les lettres françaises à La Sorbonne et a fondé à Berlin en 1921 la première librairie consacrée aux oeuvres françaises. Avec l’arrivée d’ Hitler au pouvoir en 1933, et la mise en place des persécutions antisémites, elle sera contrainte de fermer sa librairie et de se réfugier à Paris en 1939. Puis de quitter Paris lors de l’exode vers la zone libre, puis de se cacher en zone libre pour échapper aux rafles et à la déportation qui attend les réfugiés juifs en France pendant la collaboration. D’ Avignon à Nice où elle restera longtemps, en passant par Grenoble et la Haute Savoie, Françoise Frankel arrivera en 1943 à passer en Suisse d’où elle écrira Rien ou poser sa tête, qui sera publié en 1945. Cette même année, Françoise Frankel reviendra à Nice pour vivre en France et on n’aura  alors plus de nouvelles d’elle.

Rien où poser sa tête est un récit sobre et descriptif de ce qu’a pu être la vie des juifs pendant la guerre et en particulier en France pendant le régime de Vichy. L’auteur se contente de raconter son quotidien sans aucun pathos ni aucune haine, comme s’il était indispensable de laisser un témoignage de cette réalité. Elle ne parle que d’elle même et des personnes qu’elle a croisées dans son périple , qui l’ont cachée , aidée, emprisonnée, jugée, relâchée. A chaque fois, Françoise Frenkel esquisse un portrait d’hommes et de femmes , sans les juger ni les encenser, qui ont croisé sa route.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui se dévore comme un roman et qui permet de garder en mémoire cette période noire de l’histoire européenne et française, probablement la pire de toutes. Si l’on connaît plus ou moins cette période de l’histoire, rien où poser sa tête a le mérite de sortir des théories pour témoigner sur la réalité des privations de la population en général et de la traque des juifs dans le but de les déporter à des fins d’extermination.

C’est un livre qui en apparence ne fait pas grand bruit, qui ne cherche pas à en mettre plein la vue au lecteur, qui n’est même pas triste ni plombant, et qui devrait être proposé au collège ou au lycée pour sortir des manuels d’histoire.

C’est le parcours d’une fugitive , le récit d’une solitude noire entrecoupée de quelques lueurs.

J’ai été frappé par l’analogie entre la situation des réfugiés juifs de l’époque et  celle des migrants d’aujourd’hui. A la différence  qu’ heureusement, lorsqu’ils sont arrêtés et internés dans des camps , ils ne finissent pas dans la chambre à gaz. Mais on retrouve tellement de points communs, les passeurs étaient déjà en place et organisés et la population déjà divisée entre aider ou se conformer aux règles…

En résumé, Rien où poser sa tête fut pour moi une belle découverte, trouvée dans la librairie et achetée au feeling.

Les 3 premiers…

Je me désintéresse de plus en plus de la rentrée littéraire et cette année encore plus que d’habitude, vu mes difficultés à lire.

Mais j’aime bien jeter un oeil aux meilleures ventes de livres grands formats de la rentrée littéraire, histoire de voir si les têtes d’affiche sont toujours les mêmes…

Il y a 2 classements de référence, celui d’ EDITSTAT qui fonctionne sur l’ensemble des réseaux de vente de livres (librairies, chaînes, grandes surfaces), et celui de DATALIB qui lui ne concerne que les libraires indépendantes. ! Cela peut être intéressant de voir les différences entre les 2…

Et voici donc les 5 meilleures ventes de la rentrée littéraire, selon ces 2 classements.

Pour DATALIB, au 17 septembre, date à laquelle j’écris cet article:

  1. Jérôme Ferrari
  2. Amélie Nothomb
  3. Maélîs de Kérandal
  4. Pauline Delatroy Allart
  5. Adeline Dieudonné

Pour EDITSTAT, derniers chiffres arrêtés au 10  septembre:

  1. Amélie Nothomb
  2. Jerôme Ferrari.
  3. Maélîs de Kérandal
  4. Jussi Adler-Olsen
  5. Yasmina Khadra

Donc, concernant les 3 premiers qui sont largement en tête des ventes, que l’on soit client fidèle d’une librairie indépendante ou que l’on achète ses livres dans tous les points de vente, le résultat est le même.  Il s’agit de trois auteurs phare, très populaires et on voit que le succès d’Amélie Nothomb ne s’émousse pas puisqu’elle est numéro 1 des ventes malgré son volume métronomique de publication : un nouveau roman à chaque rentrée littéraire. Il semble que le roman d’ Adeline Dieudonné ( La vraie vie), qui est un premier roman, émerge de la masse publiée.  Yasmina Khadra est également habituée des podiums de ventes. Je ne connais pas les autres auteurs .

 

 

 

La tresse de Laétitia COLOMBANI – 2017 – Premier roman

La tresse raconte le destin parallèle de trois femmes : il y a Smita l’indienne, mise au ban de la société car faisant partie de la caste la plus minable qui soit, celle des intouchables, condamnée  de naissance à vider la merde des castes supérieures (dans le sens premier du terme). Il y a Gulia, la sicilienne qui travaille avec sa famille dans le dernier atelier de fabrication de perruques à partir de cheveux de femmes italiennes. Enfin, il y a Sarah, la canadienne, divorcée , mère de trois enfants et avocate réputée dans un cabinet sans pitié. Ces trois femmes sont à leur manière des battantes, pour vivre ou pour survivre…mais un coup dur vient les frapper, chacune de leur côté.

C’est drôle, je poursuis ma série « premier roman » et je me rends compte que l’auteur, Laétitia Colombani, est également scénariste, comme Valérie Perrin et Ivan Caldérac, les auteurs de mes derniers coups de coeur de lecture.

La tresse ne sera pas un coup de coeur, pour deux raisons principales. La première c’est qu’on voit où l’auteur veut en venir bien avant la fin, elle marche souvent avec ses gros sabots mais elle n’est pas la seule chez les écrivains. Et puis, surtout, je n’ai pas accroché au style, qui est sans relief, plat.

Mais d’un autre côté, je dois dire que j’ai dévoré ce roman assez court, car il est bien construit, il y a une histoire pensée , l’auteur est partie de la fin et a mis en place ces trois histoires de femmes aux destins si différents, mais qui ont en commun d’être femme et de se battre pour rester debout. De ne pas se soumettre ni capituler devant la fatalité où la société. Oui, La tresse est un roman féministe à sa manière, sans pancartes ni bruit, mais par la force qui se dégage des trois héroïnes.

Laétitia Colombani sait raconter une histoire, donner du rythme et ménager le suspens même si parfois ça fait un peu sourire au niveau des amorces en fin de chapitre (Ne zappez pas, le meilleur est à venir….) Elle sait aussi toucher le lecteur, tirer sur la corde sensible, peut-être un peu trop diront certains, notamment avec Sarah.

Et puis, j’ai appris des choses sur la société indienne et la religion et si tout ce que narre l’auteur à travers l’histoire de Smita est vrai encore aujourd’hui (et je pense que oui puisque Laétitia Colombani a fait des recherches sur le sujet) cela donne vraiment pas envie d’aller dans ce pays…

La tresse a beaucoup été critiqué, débattu, sur les blogs et dans le milieu littéraire, comme c’est le cas chaque fois qu’un roman devient un phénomène d’édition. LA tresse est toujours en tête des ventes des livres de poche au moment où vous lisez ces lignes. Certains l’on encensé, d’autres ont crié à l’arnaque et l’on détesté…personnellement, je me positionne entre les deux !

Au final,  pour moi, un très bon moment de lecture pour la Tresse. Je ne suis pas pressé de relire cet auteur si elle sort un second livre, mais à sa sortie en poche sûrement que je le ferai, pour voir. A lire juste pour le plaisir de lire, sans attendre un chef-d’oeuvre ni une écriture singulière.

Juste une citation de Coco Chanel reprise par l’auteur pour terminer…parce qu’elle me plaît bien…même si Coco Chanel vendait du rêve…

« Personne n’est plus jeune après quarante ans », elle se souvient de cette phrase de Coco Chanel lue dans un magazine, qu’elle avait aussitôt refermé. Elle n’avait pas pris le temps de lire la suite : « Mais on peut être irrésistible à tout âge. »

Venise n’est pas en Italie de Ivan CALBERAC – 2015 – Premier roman

Emile a 15 ans, il vit en région parisienne. Son père est vendeur en porte à porte, sa mère est femme au foyer et son frère s’est engagé dans l’armée. En apparence, une famille ordinaire, sauf que celle-ci est plutôt extravagante et assez gênante pour Emile. En effet, le jeune homme s’avère être sensible et très peu fier de lui et de sa famille. Au lycée, il croise Pauline, sympathise avec cette jeune fille de bonne famille, qui pratique le violon. Celle-ci invite Emile à Venise, pour assister à un concert. Alors que les parents d’Emile étaient d’accord pour lui acheter un billet de train et le laisser partir seul pour Venise, voilà qu’ils décident de l’accompagner en Italie…par la route.

Second livre de la série « j’achète un premier roman au feeling en librairie «  et second coup de coeur !  Et curieusement, comme pour  » Les oubliés du dimanche », l’auteur est scénariste !

Alors, il y a quand même une chose qu’il faut dépasser dans ce livre, c’est accepter que ce récit sous forme de journal intime d’un adolescent de 15 ans ne soit pas tout à fait crédible. Je ne parle pas du récit, mais de que dis Emile par rapport à son âge. Lorsque j’avais 15 ans, j’aurais bien été incapable d’avoir le genre de pensées du personnage qui ne fait pas que se regarder le nombril. Il faut dire aussi que l’histoire de Venise n’est pas en Italie se déroule dans une période sans téléphone portable ni Internet…

Il y a plein de niveaux de solitude, la solitude tout seul, accessible à tous, en libre-service, ouverte 24 heures sur 24, mais il y a aussi la solitude à deux, qu’on appelle la vie de couple, je le vois bien quand mes parents se comprennent pas du tout, à quel point ils se sentent chacun comme une île déserte. Et puis bien sûr, celle que je connais le mieux, la solitude entre trois et dix personnes en moyenne, qui s’appelle la vie de famille, une des plus coriaces, parce que pour le couple, il y a des recours juridiques comme le divorce, qui a été créé pour mettre fin à la solitude à deux, mais en ce qui concerne la vie de famille, même devant la Cour de justice européenne, ils peuvent rien pour vous.

Car Ivan Calbérac nous convie à un voyage vers Venise, qui est à fois une petite aventure, une histoire d’amour, une parodie de la vie de famille et une sorte de traité philosophique.

Il y a tout ce qui me plaît dans ce récit : de la tendresse, de l’humanité, beaucoup de drôlerie et de profondeur en même temps. Venise n’est pas en Italie fera le bonheur de beaucoup de lecteurs quel que soit ce qu’ils recherchent ! On s’identifie très vite à Emile en qui on retrouve l’adolescent qu’on a été ou que l’on est toujours si on est attardé comme moi. Et puis les galères en famille, tout le monde connaît ça !

« Le problème , quand on a honte de sa famille,c’est qu’en plus on a honte d’avoir honte. C’est quelque chose entre la double peine et le triple cafard. »

Ivan Calbérac, qui a lui-même adapté son roman en pièce de théâtre, apporte une réelle fraîcheur tout en interpellant son lecteur que les bizarreries de l’être humain et les non sens de la société actuelle.

J’ai adoré ses réflexions et son style, j’ai pensé à Foenkinos parfois mais en plus pétillant.

Bien qu’elle fût devant moi, à un mètre de distance, j’ai eu envie de lui écrire une lettre d’amour, parce que j’adore écrire, j’exprime souvent mieux les choses en les taisant. Les mots sur le papier, c’est du silence qui parle, c’est le début de la poésie.

Les autres membres de la famille sont également bien campés : le père est un genre de doux dingue bruyant qui peut vite se mettre en colère, la mère est une taiseuse qui cache son jeu et fait mal quand elle se lâche.

Mais ma mère c’est un peu comme les divisions qu’on fait à l’école primaire, il manque souvent la retenue. Paraît que c’est un problème mondial, le manque de retenue et de poésie aussi.

Le style de l’auteur est jubilatoire, axé sur la dérision et parfois le burlesque, avec une prédilection pour les aphorismes, ce que j’aime assez dans les romans, du moment qu’il y a une vraie histoire et que l’auteur ne se contente pas de noter ses pensées sur un carnet.

En résumé, un moment de lecture parfait ou presque que je vous recommande chaudement !

Et France Culture a adoré aussi…alors là tout fout le camp…j’ai pas compris !

Pour ceux qui ont souffert de solitude toute leur vie, c’est peut-être une solution intéressante, la fosse commune, avoir de la compagnie pour l’éternité, ça se refuse pas.

 

 

Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin – 2015 – Premier roman

Il faut écouter dans l’urgence parce que le silence n’est jamais loin.

Justine à 21 ans, elle est aide soignante à la maison de retraite de Milly, le village de son enfance où elle habite depuis toujours. Ses parents sont morts en même temps que ceux de son cousin Jules, dans un accident de voiture lorsqu’elle était petite. Justine et Jules vivent toujours chez leurs grands-parents. La jeune femme se passionne pour son travail et ses « oubliés du dimanche »  et noue une relation particulière avec Hélène, une pensionnaire qui tenait autrefois le café de Milly, avec Lucien. Hélène va confier sa vie à Justine, et ces confessions bouleversantes vont pousser Justine à s’interroger sur sa propre famille…et sur elle même.

Ce que je ne trouve pas joli chez moi, je me dis qu’un jour ce sera la beauté de quelqu’un. Quelqu’un qui m’aimera et qui deviendra mon peintre. Ce sera celui qui me continuera. Qui me fera passer du brouillon au chef d’oeuvre si j’ai une grande histoire d’amour. On est tous le Michel-Ange de quelqu’un , le problème c’est qu’il faut le rencontrer.

Premier livre de ma série, j’achète au feeling en furetant dans la librairie et je lis des premiers romans.

Hé bien, ça va m’encourager à poursuivre , j’ai littéralement dévoré et adoré cette histoire et la façon de la raconter de l’auteur. Pourtant, la dédicace à Claude Lelouch m’avait un peu refroidi, je ne supporte pas ses films ni lui même !

Valérie Perrin est tout d’abord une grande raconteuse d’histoire, et là aussi c’est paradoxal car elle est scénariste et les scénarios et Lelouch…mais je m’éloigne encore du sujet !

Plus sérieusement, Les oubliés du dimanche est une histoire totalement maîtrisée, qui sait tenir en haleine le lecteur et toucher sa sensibilité. Il ressort beaucoup de dimension humaine dans ce récit qui mélange aujourd’hui , la période de la seconde guerre mondiale et les années 80.

C’est avant tout une grande histoire d’amour, enfin même plusieurs belles histoires d’amour que Valérie Perrin arrive habilement à relier entre elles. L’auteur sait émouvoir son lectorat sans toutefois en faire des tonnes.

Sa vie était foutue. Comme la machine à laver. Elle le savait qu’elle était foutue, bien avant que Marcel ne vérifie « une dernière chose ». Et quand la vie est foutue, on ne tremble plus, on ne pleure plus, on hait.

Son style est simple mais j’y ai trouvé beaucoup de sensibilité et beaucoup de poésie, dans le bon se,s du terme…du genre en lisant je me suis dit souvent  » Waouh c’est beau ! »

Elle lui affirme que chaque être humain est relié à un oiseau . Et que certaines personnes ont le même. Il suffit d’observer le ciel pour voir que son oiseau n’est jamais loin. Elle dit que les oiseaux ne meurent pas, qu’ils se donnent à l’infini. Dès qu’on met un oiseau en cage, un homme devient fou.

En résumé, j’ai passé un moment magnifique et Les oubliés du dimanche m’a rappelé un peu Le Confident d’ Hélène Grémillon que j’avais adoré à l’époque. Ce premier roman est parfait pour une lecture d’été .

Et cette petite dernière que j’aime beaucoup…

 » Tu sais pourquoi Lucien n’a jamais voulu m’épouser? Parce que l’alliance encercle le seul doigt qui possède une veine aillant vers le coeur ».

Une part de ciel de Claudie GALLAY – 2013 – Poche

Ce n’est pas les ans qui font l’habitude. C’est le renoncement.

Carole est une citadine qui vit seule, ses filles sont temporairement à l’étranger. A l’approche de Noël, elle  prend le train et rejoint le Val, le village perdu de son enfance, dans les Alpes, au pied des pistes de ski.  En effet, Curtil, son père a envoyé une boule à neige, signal habituel qui marque son retour temporaire dans sa famille . Carole va retrouver Gaby, sa soeur  et Philippe, son frère, renouer avec les lieux et les personnes qui ont peuplé sa jeunesse et les habitants du Val…

Troisième roman lu de Claudie Gallay depuis le début de l’année et encore une fois j’ai adoré ! Bon, quelques longueurs car il fait plus de 600 pages, il ne faut pas se presser pour lire Une part de Ciel. L’intrigue se tisse petit à petit, un peu comme une perfusion au goutte à goutte qui finit par irriguer tous les sens du lecteur.

Déjà la description du lieu, le Val, et de son environnement est parfaitement maîtrisée. Le village de montagne… J’ai pensé un peu aux 3 Gueules dans le livre de Cécile Coulon, sauf que du coup à côté du Val, les 3 gueules font  un peu Disney Land comme description. La terre est très importante dans ce roman, elle donne l’atmosphère générale du livre.

Et puis, comme souvent chez Claudie Gallay, des personnages qui au départ n’ont rien de spécial, rien pour plaire ou accrocher le lecteur , mais qui peu à peu se révèlent et deviennent touchants, faibles et forts à la fois. Peut-être qu’on leur ressemble et c’est  ce qui nous touche.

J’ai toujours froid quand je reviens au Val. Un instant j’ai ressenti l’envie terrible de rester dans le train. Je suis née ici, d’un ventre et de ce lieu. Une naissance par le siège et sans pousser un cri. Ma mère a enterré mon cordon de vie dans la forêt. Elle m’a condamnée à ça, imiter ce que je sais faire, revenir toujours au même lieu et le fuir dès que je le retrouve.

 Mais quel est le thème du livre me direz-vous ? Une part de Ciel est un livre sur les silences, les non-dits, les murmures et l’amour caché qu’il peut y avoir dans une famille, une fratrie, celui qui est là mais ne s’exprime pas, sinon dans le reproche ou la méfiance…

Dans toutes les vies il n’est question que de cela, l’amour, le manque, les interdits. Si tout se passe bien, on finit la conscience tranquille. Mais il est rare que tout se passe bien.

On rencontre aussi une galerie de personnages secondaires vraiment bien vus, comme Sam, l’épicier qui va fermer sa boutique…

La plus grande des solitudes, c’est quand plus personne ne vous a connu enfant, que plus personne ne sait votre passé, votre jeunesse. Vous ne pouvez plus parler de vous alors vous vous repliez et vous vous taisez. J’aime infiniment la vie et j’ai aussi affreusement peur de la perdre. Je ne connais personne qui n’a pas peur.

En résumé,  Une part de ciel est un vrai beau roman, dans la lignée des précédents de Claudie Gallay, avec ce style très personnel qui fait sa force.

Une dernière pensée pour terminer.

Et tout être humain il y a un lac, une tristesse liquide que les oignons aident à vider.

Lecture de mes lectures

 

Vous connaissez cette photo par coeur, mais je l’adore…

Depuis la fin de l’année 2017 et encore plus depuis 2018, je me rends compte que je ne lis plus pareil, je veux dire que je ne prends plus autant de plaisir, que je ne n’arrive pas à m’immerger dans les mots des auteurs, je n’arrive pas à évacuer en somme. J’ai moins de coups de coeur aussi mais ceci explique peut être cela.

Alors ce n’est pas vraiment une panne sèche de lecture mais il faut que je réagisse parce que la lecture, c’est une partie de mon équilibre personnel…et j’ai envie de continuer toujours à un rythme régulier.

Action réaction, comme dirait l’avion  (sauf si c’est un avion AIR FRANCE hein, mais vous le savez…) !

Voici ce que j’envisage pour la fin de l’année 2018  et 2019.

  • Acheter des livres totalement au pif en librairie, uniquement des poches, au feeling…et j’ai commencé la semaine dernière avec deux romans qui m’ont parlés, comme ça…

 

  • Relire des titres qui ont été de vrais coups de coeur, depuis que j’ai ouvert le blog et je sais par lequel je vais commencer : Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, en voyant un post sur FB de Galéa , j’ai eu envie de relire ce roman là…

 

  • Me foutre totalement de l’actualité littéraire, sauf bien entendu s’il y avait une sortie d’un de mes auteurs phare.

 

  • Pour les grands formats, ne lire que des premiers romans…vous savez ceux qui sont noyés par les sorties des rentrées littéraires et dont pas grand monde ne parle car business is business…

 

  • Prendre des amphétamines juste avant les séances de lecture.

 

Je ne sais pas ce que vous en pensez, enfin si vous en pensez quelque chose, mais je vais partir là dessus, car je n’ai pas envie d’essayer d’arrêter de lire même juste pour 1 mois, pour retrouver le feel good !

Bien entendu, si vous avez un coup de coeur absolu pour un premier roman ou un poche, vous pouvez essayer de me le vendre !

A suivre donc, j’ai encore des livres dans ma PAL que je vais écouler et après je m’y mets !

Les déraisons d’ Odile d’ OULTREMONT – 2018 – Editions de l’Observatoire – 0.08€ la page

À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe

Adrien est un employé anonyme d’une société qui distribue de l’eau. Il est quasi invisible et prisonnier d’une routine quotidienne. Louise elle, est fantasque, un peu déjantée, artiste, du genre à appeler ses chiens  » LE CHAT » et à parler en changeant de rimes chaque jour. Les deux vont se rencontrer et vivre en couple, selon un équilibre improbable. Et puis, quasiment jour pour jour, Adrien est mis au placard (dans tous les sens du terme) par son employeur, et Louise apprend qu’elle est atteinte d’un cancer aux poumons. L’équilibre vacille…

Dis comme cela, ce premier roman d’ Odile d’ Oultremont pourrait faire penser aux premiers livres de Marc Levy. En fait, après avoir lu  » Les déraisons » , c’est à Foenkinos que je pense et encore plus au génial  » En attendant Bojanglès ».

Certes, ce genre de livre à déjà été écrit plein de fois, mais voilà, j’ai beaucoup aimé cette fraîcheur et cette prose, qui constitue une ode à ceux et celles qui ne sont pas dans la norme, qui ne filent pas droit comme la société voudrait qu’ils filent. C’est rythmé, bien écrit, jubilatoire.

Odile d’ Oultremont alterne les passages drôles avec ceux qui nouent l’estomac, et au final c’est une belle et grande histoire d’amour qu’elle invente à travers Adrien et Louise, qui crèvent l’écran enfin les pages du roman.

Il y a également de belles pensées sur la vie, la nature humaine , le temps qui passe…la mort, la vie…et les quelques personnages secondaires qui peuplent cette histoire sont bien trouvés.

Il avait le vertige. il se vit perché, avec elle, au sommet d’un sommet, au bord de la première vue du monde qui n’est rien d’autre que le dernière et, alors, en une preuve d’amour absolu, lui offrir de la laisser s’en aller, seule face à l’immensité, de la rendre à son état premier, la solitude. Et de lui signifier ainsi sa confiance infinie.

Alors au final, étant donné que depuis la rentrée 2017 je rame en lecture et que j’ai du mal à me concentrer et à me vider la tête en lisant, je déclare Les déraisons un coup de coeur littéraire  !

En plus ce livre est parfait pour se détendre et s’émouvoir, parfait pour l’été, à condition de ne pas attendre de lire le roman du siècle !

Les rêveurs de Isabelle Carré – 2018 – Grasset – 007€ la page

« Le roman, c’est la clé des chambres interdites de notre maison » Aragon, cité par l’auteur au début du récit.

Dans ce premier roman, Isabelle Carré évoque son enfance, ses parents, son adolescence , ses premières amours, et son parcours vers le théâtre…notamment. C’est le récit d’une famille un peu atypique, un peu déglinguée, un peu trop hors des normes communes dans les années 70.

Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou, parfois joyeux, bordélique toujours, qui ne tarderait pas à s’assombrir, mais bien un rêve, tant la vérité et la réalité en étaient absentes. Là encore, et malgré la sensation apparente de liberté, il fallait jouer au mieux l’histoire, accepter les rôles qu’on nous attribuait, fermer les yeux et croire aux contes.

Les rêveurs part de faits authentiques , autobiographiques, qui sont ensuite racontés de manière romancée, un peu comme un puzzle de vie où il manquerait des pièces que l’auteur fabriquerait pour qu’elles s’imbriquent aux pièces disponibles.

Au final, comme le relève Isabelle Carré, c’est un livre un peu foutraque, qui manque d’unité, mais qui révèle une part de vérité de cette femme sensible et bienveillante. Pas de règlement de compte ici, pas de ruptures brutales, et pourtant il pourrait y avoir de quoi vu le pedigree des parents, si je puis dire…

Et pour un premier roman, c’est une plume toute en finesse et sensibilité, qui ne cherche pas à en mettre plein les yeux ou à émouvoir, mais qui cherche juste à toucher le lecteur en lui disant la vérité, enfin une vérité.

Je me réside où réside, où se cache la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l’on attente à son orgueil, quand on le blesse ? Cette blessure – qui devient ainsi le for intérieur- , c’est elle qu’il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de coeur secret et douloureux.

C’est parfois drôle, parfois décalé, et parsemé de références littéraires qui sont chères à l’auteur.

Ce faisant, on aborde des thèmes encore très actuels, comme la condition des classes, l’homosexualité, les séjours en hôpital psychiatrique et j’en passe. Mais jamais avec pathos, ni violence, de la retenue, de l’émotion, du vrai…

J’ai donc beaucoup aimé Les rêveurs, mais je n’irai pas jusqu’au coup de coeur, car il y a dans les rêveurs un certain désordre qui a un peu nuit à ma lecture à certains moments, mais je suis curieux de voir si après ce premier succès public et critique, Isabelle Carré va poursuivre dans la voie de l’écriture…et de la rencontre de ses lecteurs.

Je rêve surtout de rencontrer des gens. Je n’ai jamais trouvé simple de faire connaissance, ailleurs que sur un plateau. Mais on se quitte une fois le tournage ou la pièce terminés, et on ne se revoit jamais comme on se l’était promis…Alors je m’offre une seconde chance, j’écris pour qu’on me rencontre.