Venise n’est pas en Italie de Ivan CALBERAC – 2015 – Premier roman

Emile a 15 ans, il vit en région parisienne. Son père est vendeur en porte à porte, sa mère est femme au foyer et son frère s’est engagé dans l’armée. En apparence, une famille ordinaire, sauf que celle-ci est plutôt extravagante et assez gênante pour Emile. En effet, le jeune homme s’avère être sensible et très peu fier de lui et de sa famille. Au lycée, il croise Pauline, sympathise avec cette jeune fille de bonne famille, qui pratique le violon. Celle-ci invite Emile à Venise, pour assister à un concert. Alors que les parents d’Emile étaient d’accord pour lui acheter un billet de train et le laisser partir seul pour Venise, voilà qu’ils décident de l’accompagner en Italie…par la route.

Second livre de la série « j’achète un premier roman au feeling en librairie «  et second coup de coeur !  Et curieusement, comme pour  » Les oubliés du dimanche », l’auteur est scénariste !

Alors, il y a quand même une chose qu’il faut dépasser dans ce livre, c’est accepter que ce récit sous forme de journal intime d’un adolescent de 15 ans ne soit pas tout à fait crédible. Je ne parle pas du récit, mais de que dis Emile par rapport à son âge. Lorsque j’avais 15 ans, j’aurais bien été incapable d’avoir le genre de pensées du personnage qui ne fait pas que se regarder le nombril. Il faut dire aussi que l’histoire de Venise n’est pas en Italie se déroule dans une période sans téléphone portable ni Internet…

Il y a plein de niveaux de solitude, la solitude tout seul, accessible à tous, en libre-service, ouverte 24 heures sur 24, mais il y a aussi la solitude à deux, qu’on appelle la vie de couple, je le vois bien quand mes parents se comprennent pas du tout, à quel point ils se sentent chacun comme une île déserte. Et puis bien sûr, celle que je connais le mieux, la solitude entre trois et dix personnes en moyenne, qui s’appelle la vie de famille, une des plus coriaces, parce que pour le couple, il y a des recours juridiques comme le divorce, qui a été créé pour mettre fin à la solitude à deux, mais en ce qui concerne la vie de famille, même devant la Cour de justice européenne, ils peuvent rien pour vous.

Car Ivan Calbérac nous convie à un voyage vers Venise, qui est à fois une petite aventure, une histoire d’amour, une parodie de la vie de famille et une sorte de traité philosophique.

Il y a tout ce qui me plaît dans ce récit : de la tendresse, de l’humanité, beaucoup de drôlerie et de profondeur en même temps. Venise n’est pas en Italie fera le bonheur de beaucoup de lecteurs quel que soit ce qu’ils recherchent ! On s’identifie très vite à Emile en qui on retrouve l’adolescent qu’on a été ou que l’on est toujours si on est attardé comme moi. Et puis les galères en famille, tout le monde connaît ça !

« Le problème , quand on a honte de sa famille,c’est qu’en plus on a honte d’avoir honte. C’est quelque chose entre la double peine et le triple cafard. »

Ivan Calbérac, qui a lui-même adapté son roman en pièce de théâtre, apporte une réelle fraîcheur tout en interpellant son lecteur que les bizarreries de l’être humain et les non sens de la société actuelle.

J’ai adoré ses réflexions et son style, j’ai pensé à Foenkinos parfois mais en plus pétillant.

Bien qu’elle fût devant moi, à un mètre de distance, j’ai eu envie de lui écrire une lettre d’amour, parce que j’adore écrire, j’exprime souvent mieux les choses en les taisant. Les mots sur le papier, c’est du silence qui parle, c’est le début de la poésie.

Les autres membres de la famille sont également bien campés : le père est un genre de doux dingue bruyant qui peut vite se mettre en colère, la mère est une taiseuse qui cache son jeu et fait mal quand elle se lâche.

Mais ma mère c’est un peu comme les divisions qu’on fait à l’école primaire, il manque souvent la retenue. Paraît que c’est un problème mondial, le manque de retenue et de poésie aussi.

Le style de l’auteur est jubilatoire, axé sur la dérision et parfois le burlesque, avec une prédilection pour les aphorismes, ce que j’aime assez dans les romans, du moment qu’il y a une vraie histoire et que l’auteur ne se contente pas de noter ses pensées sur un carnet.

En résumé, un moment de lecture parfait ou presque que je vous recommande chaudement !

Et France Culture a adoré aussi…alors là tout fout le camp…j’ai pas compris !

Pour ceux qui ont souffert de solitude toute leur vie, c’est peut-être une solution intéressante, la fosse commune, avoir de la compagnie pour l’éternité, ça se refuse pas.

 

 

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Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin – 2015 – Premier roman

Il faut écouter dans l’urgence parce que le silence n’est jamais loin.

Justine à 21 ans, elle est aide soignante à la maison de retraite de Milly, le village de son enfance où elle habite depuis toujours. Ses parents sont morts en même temps que ceux de son cousin Jules, dans un accident de voiture lorsqu’elle était petite. Justine et Jules vivent toujours chez leurs grands-parents. La jeune femme se passionne pour son travail et ses « oubliés du dimanche »  et noue une relation particulière avec Hélène, une pensionnaire qui tenait autrefois le café de Milly, avec Lucien. Hélène va confier sa vie à Justine, et ces confessions bouleversantes vont pousser Justine à s’interroger sur sa propre famille…et sur elle même.

Ce que je ne trouve pas joli chez moi, je me dis qu’un jour ce sera la beauté de quelqu’un. Quelqu’un qui m’aimera et qui deviendra mon peintre. Ce sera celui qui me continuera. Qui me fera passer du brouillon au chef d’oeuvre si j’ai une grande histoire d’amour. On est tous le Michel-Ange de quelqu’un , le problème c’est qu’il faut le rencontrer.

Premier livre de ma série, j’achète au feeling en furetant dans la librairie et je lis des premiers romans.

Hé bien, ça va m’encourager à poursuivre , j’ai littéralement dévoré et adoré cette histoire et la façon de la raconter de l’auteur. Pourtant, la dédicace à Claude Lelouch m’avait un peu refroidi, je ne supporte pas ses films ni lui même !

Valérie Perrin est tout d’abord une grande raconteuse d’histoire, et là aussi c’est paradoxal car elle est scénariste et les scénarios et Lelouch…mais je m’éloigne encore du sujet !

Plus sérieusement, Les oubliés du dimanche est une histoire totalement maîtrisée, qui sait tenir en haleine le lecteur et toucher sa sensibilité. Il ressort beaucoup de dimension humaine dans ce récit qui mélange aujourd’hui , la période de la seconde guerre mondiale et les années 80.

C’est avant tout une grande histoire d’amour, enfin même plusieurs belles histoires d’amour que Valérie Perrin arrive habilement à relier entre elles. L’auteur sait émouvoir son lectorat sans toutefois en faire des tonnes.

Sa vie était foutue. Comme la machine à laver. Elle le savait qu’elle était foutue, bien avant que Marcel ne vérifie « une dernière chose ». Et quand la vie est foutue, on ne tremble plus, on ne pleure plus, on hait.

Son style est simple mais j’y ai trouvé beaucoup de sensibilité et beaucoup de poésie, dans le bon se,s du terme…du genre en lisant je me suis dit souvent  » Waouh c’est beau ! »

Elle lui affirme que chaque être humain est relié à un oiseau . Et que certaines personnes ont le même. Il suffit d’observer le ciel pour voir que son oiseau n’est jamais loin. Elle dit que les oiseaux ne meurent pas, qu’ils se donnent à l’infini. Dès qu’on met un oiseau en cage, un homme devient fou.

En résumé, j’ai passé un moment magnifique et Les oubliés du dimanche m’a rappelé un peu Le Confident d’ Hélène Grémillon que j’avais adoré à l’époque. Ce premier roman est parfait pour une lecture d’été .

Et cette petite dernière que j’aime beaucoup…

 » Tu sais pourquoi Lucien n’a jamais voulu m’épouser? Parce que l’alliance encercle le seul doigt qui possède une veine aillant vers le coeur ».

Une part de ciel de Claudie GALLAY – 2013 – Poche

Ce n’est pas les ans qui font l’habitude. C’est le renoncement.

Carole est une citadine qui vit seule, ses filles sont temporairement à l’étranger. A l’approche de Noël, elle  prend le train et rejoint le Val, le village perdu de son enfance, dans les Alpes, au pied des pistes de ski.  En effet, Curtil, son père a envoyé une boule à neige, signal habituel qui marque son retour temporaire dans sa famille . Carole va retrouver Gaby, sa soeur  et Philippe, son frère, renouer avec les lieux et les personnes qui ont peuplé sa jeunesse et les habitants du Val…

Troisième roman lu de Claudie Gallay depuis le début de l’année et encore une fois j’ai adoré ! Bon, quelques longueurs car il fait plus de 600 pages, il ne faut pas se presser pour lire Une part de Ciel. L’intrigue se tisse petit à petit, un peu comme une perfusion au goutte à goutte qui finit par irriguer tous les sens du lecteur.

Déjà la description du lieu, le Val, et de son environnement est parfaitement maîtrisée. Le village de montagne… J’ai pensé un peu aux 3 Gueules dans le livre de Cécile Coulon, sauf que du coup à côté du Val, les 3 gueules font  un peu Disney Land comme description. La terre est très importante dans ce roman, elle donne l’atmosphère générale du livre.

Et puis, comme souvent chez Claudie Gallay, des personnages qui au départ n’ont rien de spécial, rien pour plaire ou accrocher le lecteur , mais qui peu à peu se révèlent et deviennent touchants, faibles et forts à la fois. Peut-être qu’on leur ressemble et c’est  ce qui nous touche.

J’ai toujours froid quand je reviens au Val. Un instant j’ai ressenti l’envie terrible de rester dans le train. Je suis née ici, d’un ventre et de ce lieu. Une naissance par le siège et sans pousser un cri. Ma mère a enterré mon cordon de vie dans la forêt. Elle m’a condamnée à ça, imiter ce que je sais faire, revenir toujours au même lieu et le fuir dès que je le retrouve.

 Mais quel est le thème du livre me direz-vous ? Une part de Ciel est un livre sur les silences, les non-dits, les murmures et l’amour caché qu’il peut y avoir dans une famille, une fratrie, celui qui est là mais ne s’exprime pas, sinon dans le reproche ou la méfiance…

Dans toutes les vies il n’est question que de cela, l’amour, le manque, les interdits. Si tout se passe bien, on finit la conscience tranquille. Mais il est rare que tout se passe bien.

On rencontre aussi une galerie de personnages secondaires vraiment bien vus, comme Sam, l’épicier qui va fermer sa boutique…

La plus grande des solitudes, c’est quand plus personne ne vous a connu enfant, que plus personne ne sait votre passé, votre jeunesse. Vous ne pouvez plus parler de vous alors vous vous repliez et vous vous taisez. J’aime infiniment la vie et j’ai aussi affreusement peur de la perdre. Je ne connais personne qui n’a pas peur.

En résumé,  Une part de ciel est un vrai beau roman, dans la lignée des précédents de Claudie Gallay, avec ce style très personnel qui fait sa force.

Une dernière pensée pour terminer.

Et tout être humain il y a un lac, une tristesse liquide que les oignons aident à vider.

Lecture de mes lectures

 

Vous connaissez cette photo par coeur, mais je l’adore…

Depuis la fin de l’année 2017 et encore plus depuis 2018, je me rends compte que je ne lis plus pareil, je veux dire que je ne prends plus autant de plaisir, que je ne n’arrive pas à m’immerger dans les mots des auteurs, je n’arrive pas à évacuer en somme. J’ai moins de coups de coeur aussi mais ceci explique peut être cela.

Alors ce n’est pas vraiment une panne sèche de lecture mais il faut que je réagisse parce que la lecture, c’est une partie de mon équilibre personnel…et j’ai envie de continuer toujours à un rythme régulier.

Action réaction, comme dirait l’avion  (sauf si c’est un avion AIR FRANCE hein, mais vous le savez…) !

Voici ce que j’envisage pour la fin de l’année 2018  et 2019.

  • Acheter des livres totalement au pif en librairie, uniquement des poches, au feeling…et j’ai commencé la semaine dernière avec deux romans qui m’ont parlés, comme ça…

 

  • Relire des titres qui ont été de vrais coups de coeur, depuis que j’ai ouvert le blog et je sais par lequel je vais commencer : Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel, en voyant un post sur FB de Galéa , j’ai eu envie de relire ce roman là…

 

  • Me foutre totalement de l’actualité littéraire, sauf bien entendu s’il y avait une sortie d’un de mes auteurs phare.

 

  • Pour les grands formats, ne lire que des premiers romans…vous savez ceux qui sont noyés par les sorties des rentrées littéraires et dont pas grand monde ne parle car business is business…

 

  • Prendre des amphétamines juste avant les séances de lecture.

 

Je ne sais pas ce que vous en pensez, enfin si vous en pensez quelque chose, mais je vais partir là dessus, car je n’ai pas envie d’essayer d’arrêter de lire même juste pour 1 mois, pour retrouver le feel good !

Bien entendu, si vous avez un coup de coeur absolu pour un premier roman ou un poche, vous pouvez essayer de me le vendre !

A suivre donc, j’ai encore des livres dans ma PAL que je vais écouler et après je m’y mets !

Les déraisons d’ Odile d’ OULTREMONT – 2018 – Editions de l’Observatoire – 0.08€ la page

À l’état pur, la déraison maintient en équilibre sur un fil invisible. Mieux, elle devient une arme d’une puissance inouïe

Adrien est un employé anonyme d’une société qui distribue de l’eau. Il est quasi invisible et prisonnier d’une routine quotidienne. Louise elle, est fantasque, un peu déjantée, artiste, du genre à appeler ses chiens  » LE CHAT » et à parler en changeant de rimes chaque jour. Les deux vont se rencontrer et vivre en couple, selon un équilibre improbable. Et puis, quasiment jour pour jour, Adrien est mis au placard (dans tous les sens du terme) par son employeur, et Louise apprend qu’elle est atteinte d’un cancer aux poumons. L’équilibre vacille…

Dis comme cela, ce premier roman d’ Odile d’ Oultremont pourrait faire penser aux premiers livres de Marc Levy. En fait, après avoir lu  » Les déraisons » , c’est à Foenkinos que je pense et encore plus au génial  » En attendant Bojanglès ».

Certes, ce genre de livre à déjà été écrit plein de fois, mais voilà, j’ai beaucoup aimé cette fraîcheur et cette prose, qui constitue une ode à ceux et celles qui ne sont pas dans la norme, qui ne filent pas droit comme la société voudrait qu’ils filent. C’est rythmé, bien écrit, jubilatoire.

Odile d’ Oultremont alterne les passages drôles avec ceux qui nouent l’estomac, et au final c’est une belle et grande histoire d’amour qu’elle invente à travers Adrien et Louise, qui crèvent l’écran enfin les pages du roman.

Il y a également de belles pensées sur la vie, la nature humaine , le temps qui passe…la mort, la vie…et les quelques personnages secondaires qui peuplent cette histoire sont bien trouvés.

Il avait le vertige. il se vit perché, avec elle, au sommet d’un sommet, au bord de la première vue du monde qui n’est rien d’autre que le dernière et, alors, en une preuve d’amour absolu, lui offrir de la laisser s’en aller, seule face à l’immensité, de la rendre à son état premier, la solitude. Et de lui signifier ainsi sa confiance infinie.

Alors au final, étant donné que depuis la rentrée 2017 je rame en lecture et que j’ai du mal à me concentrer et à me vider la tête en lisant, je déclare Les déraisons un coup de coeur littéraire  !

En plus ce livre est parfait pour se détendre et s’émouvoir, parfait pour l’été, à condition de ne pas attendre de lire le roman du siècle !

Les rêveurs de Isabelle Carré – 2018 – Grasset – 007€ la page

« Le roman, c’est la clé des chambres interdites de notre maison » Aragon, cité par l’auteur au début du récit.

Dans ce premier roman, Isabelle Carré évoque son enfance, ses parents, son adolescence , ses premières amours, et son parcours vers le théâtre…notamment. C’est le récit d’une famille un peu atypique, un peu déglinguée, un peu trop hors des normes communes dans les années 70.

Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou, parfois joyeux, bordélique toujours, qui ne tarderait pas à s’assombrir, mais bien un rêve, tant la vérité et la réalité en étaient absentes. Là encore, et malgré la sensation apparente de liberté, il fallait jouer au mieux l’histoire, accepter les rôles qu’on nous attribuait, fermer les yeux et croire aux contes.

Les rêveurs part de faits authentiques , autobiographiques, qui sont ensuite racontés de manière romancée, un peu comme un puzzle de vie où il manquerait des pièces que l’auteur fabriquerait pour qu’elles s’imbriquent aux pièces disponibles.

Au final, comme le relève Isabelle Carré, c’est un livre un peu foutraque, qui manque d’unité, mais qui révèle une part de vérité de cette femme sensible et bienveillante. Pas de règlement de compte ici, pas de ruptures brutales, et pourtant il pourrait y avoir de quoi vu le pedigree des parents, si je puis dire…

Et pour un premier roman, c’est une plume toute en finesse et sensibilité, qui ne cherche pas à en mettre plein les yeux ou à émouvoir, mais qui cherche juste à toucher le lecteur en lui disant la vérité, enfin une vérité.

Je me réside où réside, où se cache la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l’on attente à son orgueil, quand on le blesse ? Cette blessure – qui devient ainsi le for intérieur- , c’est elle qu’il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de coeur secret et douloureux.

C’est parfois drôle, parfois décalé, et parsemé de références littéraires qui sont chères à l’auteur.

Ce faisant, on aborde des thèmes encore très actuels, comme la condition des classes, l’homosexualité, les séjours en hôpital psychiatrique et j’en passe. Mais jamais avec pathos, ni violence, de la retenue, de l’émotion, du vrai…

J’ai donc beaucoup aimé Les rêveurs, mais je n’irai pas jusqu’au coup de coeur, car il y a dans les rêveurs un certain désordre qui a un peu nuit à ma lecture à certains moments, mais je suis curieux de voir si après ce premier succès public et critique, Isabelle Carré va poursuivre dans la voie de l’écriture…et de la rencontre de ses lecteurs.

Je rêve surtout de rencontrer des gens. Je n’ai jamais trouvé simple de faire connaissance, ailleurs que sur un plateau. Mais on se quitte une fois le tournage ou la pièce terminés, et on ne se revoit jamais comme on se l’était promis…Alors je m’offre une seconde chance, j’écris pour qu’on me rencontre.

Seule Venise de Claudie GALLAY – 2004 – Babel (poche)

Une femme , quittée par son amant à Paris vide son compte en banque et se réfugie à Venise. On est en décembre, et l’héroïne habite dans une petite pension , tenue par Luigi. Elle va croiser un jeune couple de danseurs et un prince Russe âgé , les trois pensionnaires du moment. Et également un libraire énigmatique, amoureux de Venise et des belles lettres…

Ha l’amour…Ha Venise…Ha Claudie Gallay, et enfin un coup de coeur littéraire pour ce court roman

Il y a deux personnages clés dans Seule Venise. Evidemment, il y a la ville, encore plus belle et envoûtante en hiver, quiconque est déjà allé là-vas aura envie d’y retourner sur le champ. Et pour les autres, je parie que vous envie d’aller voir pour voir si vous ressentez les ressentis du lecteur. Et puis, Venise se marie tellement bien avec la solitude et l’abandon, qui sont les états d’âme de l’héroïne lorsqu’elle débarque à la gare de Venise.

Et puis bien entendu, il y a cette femme, dont on sait très peu de choses, qui est banale, ordinaire, qui vit un chagrin d’amour on ne peut plus répandu. Oui mais voilà, sans s’en rendre compte, comme à chaque fois avec Claudie Gallay, on s’attache par petite touche au personnage, on ressent de l’empathie et une sorte de proximité avec elle. Sans parler des personnages secondaires qui sont très réussis, particulièrement ce vieux prince russe, lui même exilé à Venise par amour. Mais aussi Carla, la danseuse…

Elle est jeune, vingt-cinq ans à peine. La peau de ses paupières est fine, bleue à force de transparence, comme les yeux des tous jeunes enfants. Les yeux, c’est la seule chose qui ne grandit pas  chez l’être humain, de la naissance à la mort.

D’ailleurs le sentiment amoureux est omniprésent dans Seule Venise, et là aussi, la ville ne fait que d’exalter ou l’exacerber.

Je m’assoie près de vous. Il est des êtres dont c’est le destin de se croiser. Un jour ils se rencontrent. On est de ceux-là. Je crois qu’on est ensemble, déjà. Qu’on a sa place dans la vie l’un de l’autre. Même s’il ne se passe rien. Même si l’on ne se touche pas. Même si vos mains.

Enfin, au terme de ma lecture, je fais toujours le même constat concernant Claudie Gallay : comment peut-elle arriver avec aussi peu de mots, de phrases complexes à toucher autant le lecteur? Comment arrive-telle à faire du beau avec du rien…c’est un mystère, peut-être celui de l’écrivain, le vrai…je ne sais pas mais ce que je sais c’est que je vais enchaîner avec un autre roman de l’auteur d’ici la fin de l’année, ce sera le troisième et si ça se trouve même pas le dernier…

Il faut que les gens meurent pour comprendre à quel point on les aime.
Il faut cela.
On cesse alors d’attendre d’eux
et les choses deviennent plus faciles.
On attend trop des vivants vous ne croyez pas ?
Je vais peut-être écrire à mes enfants.

Ce qui m’ennuie c’est qu’à l’époque Télérama avait aimé…tout fout le camp…

« Grâce à des phra­ses courtes pour dire la solitude et de lentes déambulations, l’auteure détourne les clichés vénitiens, pour redonner vie aux fantômes de la lagune ».

 

La play-livres.

Il y a quelques jours , j’ai publié un article sur une play-list musicale (ICI), qui a étrangement bien marché et que certains ont même repris sur leur propre blog, comme un tag.

Aujourd’hui, je change de domaine artistique et modifie aussi un peu les questions…quoi que !

Voici la play-livres !

Quel est le dernier livre que vous vous êtes offert ?

Pour moi, c’est le premier roman d’ Isabelle Carré,  » Les rêveurs », j’en parle très bientôt, j’ai beaucoup aimé…

Et le dernier livre que vous avez offert ?

Lettre d’une inconnue de Stephan Zweig…un court texte très très fort!

L’île déserte est de retour, vous pouvez embarquer l’intégrale d’un auteur classique et d’un auteur actuel , qui choisissez-vous?

Houla, pas simple comme question. Pour l’auteur classique, je prendrai Daphné du Maurier, parce qu’elle a beaucoup publié, que j’adore et que c’est de la lecture plaisir, parfait pour l’île déserte. Pour l’auteur actuel, je dirais Sigolène Vinson, pour le rêve et la prise de tête…

Quel livre offrir à une personne que vous n’aimez pas ?

Bah, un gros pavé bien chiant, donc un classique français, allez je me lance, Notre Dame de Paris de Hugo .

Enfin, le livre qui est pour vous l’histoire d’amour la plus forte ?

J’en ai lu des tonnes…très difficile de choisir…allez pour ne pas avoir à le faire je vais dire Le livre de ma mère d’Albert Cohen…une histoire d’amour absolue, celle du fils pour sa mère !

Voilà, si ça vous branche vous pouvez le faire…

 

Au commencement su septième jour de Luc LANG – 2016 – Folio (poche)

 

Nous vivons comme nous rêvons,
seuls.

Thomas est informaticien, 37 ans, il vit en région Parisienne avec sa femme Camille et leurs 2 enfants. Une nuit, Thomas est réveillé et apprend que Camille a eu un très grave accident de la route sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Alors que Camille est dans un coma profond, Thomas essaye de remonter le fil des événements…

Au commencement du septième jour est un livre ambitieux, dense, 630 pages très serrées, très peu de dialogues, une belle plume, sobre mais prenante…il m’a fallu 3 semaines pour arriver au terme du roman !

La déchirure s’agrandit, le plan de lumière vive gravit la pente, il approche, inondant l’ensemble du cirque, Thomas se sent seul dans un paysage qu’il pensait frappé d’obsolescence, c’est le souffle d’une déflagration qui le repousse vers ce qu’il pensait révolu, c’est l’absence de Camille qui le déporte en cet endroit où il ne devrait plus être. Il pose les coudes et les avant-bras sur la pierre fraîche, le menton dans les mains, il s’endort dans le soleil.

Le livre commence comme un thriller psychologique…le personnage enquête sur l’accident avec l’aide d’un ami…puis arrive la seconde partie, et là rien à voir, on part sur le passé familial de Thomas, avec son frère, Jean, qui est berger dans les Pyrénées…puis enfin la dernière partie qui se déroule en Afrique,  où Thomas rejoint sa soeur, Claire, qui s’occupe de la misère locale face aux terroristes de Boko Haram.

Bref, Luc Lang livre un livre multidimensionnel, et dresse le portrait très fouillé d’un homme en détaillant sa vie professionnelle, sa vie de couple, son rôle de père, de frère, de fils…

Thomas se souvenait de son père Aurèle qui le terrorisait, lorsque, à l’estive, il lui désignait avec insistance l’entrée des grottes où vivaient de grands ours meurtriers, quand ce n’était pas un abominable yéti des neiges capable d’emporter les enfants… Jean souriait, Pauline riait, Thomas ne savait plus où se réfugier, c’était finalement dans les bras de son père qu’il…
Pour mieux te tenir, c’était lui le carnassier, ce…
Qu’est-ce qui te prend ?
Non, rien.
Pourquoi tu parles comme ça de notre…
Laisse, je te dis.

Mais du coup, je me suis parfois ennuyé notamment dans le récit d’une ascension en montagne mais aussi dans la description du voyage effectué par Thomas pour retrouver sa soeur en Afrique.

Et puis je suis un peu resté sur ma faim car Luc Lang laisse tomber l’énigme de l’accident, c’est frustrant, au profit d’une histoire familiale dont on comprend très vite les ressorts .

Au final, Au commencement du septième jour est un bon livre, mais pour le coup, il aurait gagné à être plus court et mieux construit.

Je relirai certainement Luc Lang car je lui trouve du talent mais pas tout de suite…

Une longue impatience de Gaëlle JOSSE- 2018 – Notabila- 0.07€ la page

Et un gros bisou à Emilie qui m’a offert ce livre là aussi 😀

Anne est une veuve de marin, remariée avec le pharmacien d’un village breton, Etienne. Elle a eu  deux enfants avec lui en plus de son premier enfant, Louis, âgé de 16 ans. La cohabitation entre Louis et Etienne est difficile, ce dernier corrige Louis à coups de ceinturon pour ses frasques, nous sommes dans les années 50. Un jour Louis se rebelle contre Etienne, puis part de la maison, sans plus jamais donner signe de vie,  et devient matelot au long cours. Anne va devoir gérer cette absence…

Je vis avec une absence enfouie en moi, une absence qui me vide et me remplit à la fois. Parfois, je me dis que le chemin qui me happe chaque jour est comme une ligne de vie, un fil sinueux sur lequel je marche et tente d’avancer, de toutes les forces qui me restent. Il me faudrait chercher des arrangements pour enjamber chaque jour sans dommage, mais je ne sais rien des arrangements.

C’est la septième fois que je retrouve  Gaëlle Josse, toujours avec grand plaisir et vu les échos sur ce nouveau roman, je pensais qu’ une longue impatience serait un coup de coeur, et décidément , en 2018, je n’arrive pas à en avoir vraiment.

C’est une belle histoire, racontée comme toujours chez l’auteur avec beaucoup de sensibilité. Cette femme qui est dans l’attente impossible de ce fils évaporé en mer par la faute d’Etienne, et donc par la sienne, est vraiment touchante, poignante, enfermée dans son malheur et sa culpabilité. La seconde moitié du livre m’ a vraiment touché. Gaëlle Josse a toujours des idées poétiques et belles, comme celle de la sirène et surtout celle que l’on trouve à la fin du récit dans la maison au bord de l’océan, que je ne révélerai pas. Quant à la fin, justement, elle est juste parfaite…

La solitude de l’héroïne est vraiment bien restituée, elle est oppressante et colle le lecteur dans l’histoire. Qu’il s’agisse de la relation avec Etienne, le mari, ou de toute autre relation, c’est la solitude absolue de cette femme  qui ressort.

Je me demande pourquoi il m’aime tant, et ce qu’il peut bien trouver à une femme comme moi, habitée d’absents, cousue d’attentes, de cauchemars et de désirs impossibles. Peut-être ne trouve-t-il rien en moi, rien qui se réduise à des défauts ou des qualités, mais seulement l’amour, l’inexplicable tremblement pour une inexplicable lueur.

J’ai trouvé le décor très ressemblant à ce que je connais de la Bretagne , la maison se situe probablement autour de la Pointe de Van, dans le Finistère, encore que j’ai retrouvé aussi un coin des Côtes d’Armor dont je ne me souviens plus le nom, mais je revois le même « trou d’eau » que celui présent dans  Une longue Impatience.

Alors vous me direz, mais que demander de plus ?

Ben je vous répondrais qu’un coup de coeur ça ne se décrète pas et que c’est exigeant un coup de coeur et que j’avais envie que cela en soit un !

J’ai trouvé le début du récit  d’ Une longue impatience et la mise en place trop rapides et parfois simplistes, les passages évoquant la guerre peu utiles au récit, et puis, cette mère qui écrit à son fils embarqué sur des océans inconnus pour lui raconter le festin qu’elle lui fera à son retour ne m’a pas convaincu. Certes, il y a eu les pénuries de la guerre, certes on est dans les années 50, mais le côté mère nourricière ne m’a pas vraiment emballé, elle aurait pu écrire tellement d’autres choses à son Louis !

Peut-être aussi que cette soumission absolue chez cette femme m’a gêné…de sa naissance à sa mort, elle n’aura jamais fait autre chose que de  se soumettre…c’était sûrement le lot de  beaucoup de femmes à cette époque dans la France reculée (et d’ailleurs ça l’est encore aujourd’hui et même dans les grandes villes… ), mais j’aurais aimé peut être autre chose de sa part…une autre réaction.

En résumé, un bon moment de lecture comme à chaque fois avec Gaëlle Josse, mais j’ai préféré l’Ombre de nos nuits ou Un été à quatre mains, pour ne parler que des plus récents livres.

Tous les jours je dois m’inventer de nouvelles résolutions, des choses pour tenir debout, pour ne pas me noyer, pour me réchauffer, pour écarter les lianes de chagrin  qui menacent de m’étrangler. J’apprends à me réjouir de ce qui est heureux, de ce qui est doux, de ce qui est tendre, des bras des enfants autour de mes épaules, des mains brûlantes d’Etienne sur mes hanches, de la rosace parfaite d’une fleur de camélia, d’un rayon de lumière qui troue les nuages et vient danser sur le mur, de la fraîcheur des draps en été, du beurre salé qui fond sur le pain tiède, je me fabrique toute une collection de bonheurs dans lesquels puiser pour me consoler, comme un herbier de moments heureux,