J’ai enfin réussi à lire Virginia Woolf…

Bon, ok, toujours pas ses romans célèbres comme Le Phare, Les heures ou Miss Dalloway, mais ce petit recueil de six nouvelles et  d’un essai autour des femmes et de leur condition dans la société de l’époque et plus particulièrement sous le prime de l’art et de la culture.

D’abord, il y a un essai bref, très clair, simple, argumenté sur Les femmes et le roman et plus généralement sur les femmes et l’écriture. Et Virginia de constater qu’il était impossible aux femmes d’écrire en raison de la société patriarcale et du manque total d’éducation et de culture jusqu’au dix-neuvième siècle. Pour elle les premières femmes à vraiment écrire en Angleterre furent Jane Austen , les Soeurs Brontë et George Elliot, quitte à se faire passer pour des hommes pour y parvenir et à transgresser les règles établies.

Là où l’essai est intéressant c’est que Virginia explique que ces premières femmes  écrivains, étaient forcément cantonnées au roman et en grande partie autobiographique , faute de connaître le monde, les arts, la vie intellectuelle. Et que par la suite, les nouveaux auteurs ont produit des romans sans forcément grand intérêt.  Et Virginia Woolf se réjouit de voir qu’il y a désormais aussi des femmes poètes et attend le moment ou les femmes en écriture pourront faire référence sur les essais, les biographies, les livres d’histoire ou scientifiques

Ensuite, il y a les six nouvelles, qui narrent six Rêves de femmes.

2 de ces rêves en sont vraiment, je veux dire que ça raconte des rêves éveillés et là j’ai été largué, comme dans mes tentatives de débuter ses romans.

Par contre, les quatre  autres nouvelles sont très accessibles et racontent des histoires de femmes dans la société , et là j’ai trouvé une Virginia Woolf à la fois drôle, corrosive, imaginative, en avance sur son temps, libérée  et surtout totalement dévouée à la cause des femmes. Je crois qu’on peut parler ici d’écrits féministes dans le bon sens du terme, avec en plus  de l’ironie à revendre.

On a souvent dit que Virginia Woolf était sous l’emprise de son mari, Léonard, à la fois pour la publication de ses oeuvres mais aussi en raison de sa santé mentale défaillante et de ses nombreuses dépressions voire tentatives de suicide.

Quoi qu’il en soit, elle démontre ici qu’au niveau des idées et de l’intellect, elle est totalement libre et qu’elle revendique sa liberté d’écrire, de penser,et le droit des femmes à être autonome et à désirer…mais également à ne pas avoir d’enfants ou tout au moins à bien réfléchir au fait de porter des enfants et d’être cantonné à ce seul rôle.

En résumé, une belle lecture qui j’espère me permettra de relire Virginia pour qui j’ai un grand intérêt et une sorte de fascination depuis longtemps.

Et pour terminer, au lendemain de la journée internationale des droits de la femme, je vous laisse avec ce passage…à méditer !

Tandis que nous portons des enfants, les hommes, eux-mêmes, supposons-nous enfantent des livres et des tableaux. Nous, nous peuplons le monde. Eux, ils le civilisent. Mais aujourd’hui que nous savons lire, qu’est ce qui nous empêche de juger sur pièces ? Avant de mettre au monde un seul enfant de plus, nous devons faire le serment d’apprendre à la connaître tel qu’il est ce monde.

Changer l’eau des fleurs – Valérie PERRIN – 2018

Une fois n’est plus coutume, mais voici un coup de coeur pour le second roman de Valérie PERRIN, Changer l’eau des fleurs, sachant que son premier roman , Les oubliés du dimanche, était déjà un coup de coeur pour moi !

Alors de quoi ça parle ?

C’est l’histoire d’une femme, Violette Toussaint, qui autrefois garde-barrière est devenue gardienne de cimetière dans une petite ville de Bourgogne près de Macon. Sa vie est rythmée par les enterrements et les rencontres avec les familles mais aussi par la vie avec les 3 fossoyeurs de la commune, le curé et les propriétaires du magasin de pompes funèbres local.

Et dès le début du livre, c’est beau…

Ma grand-mère m’a appris très tôt comment cueillir les étoiles : la nuit il suffit de poser une bassine d’eau au milieu de la cour pour les avoir à ses pieds.

Le début de l’histoire s’attache à décrire cette vie particulière  à l’intérieur d’un cimetière de province, et c’est un bonheur absolu qui alterne entre humour, tendresse et pensées qui font mouche.

Et vous ? Vous ne buvez pas ?
Je me sers une larme et trinque avec lui.
– C’est tout ce que vous buvez ?
– Je suis gardienne de cimetière, je ne bois que des larmes.

Et puis, Valérie Perrin, commence à raconter l’histoire car elle sait faire ce que beaucoup d’écrivains français actuels ne savent pas faire : raconter une histoire, une vraie, construite, dense, qui va tenir le lecteur en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. Et elle sait y faire  !  L’histoire est double : celle de Violette qui peu à peu se découvre comme une femme meurtrie par son passé (on s’en doutait un peu vu sa philosophie de vie, son travail et son humour) mais aussi celle d’un homme, Julien Seul, qui débarque un jour au cimetière et dans l’existence de Violette…

Changer l’eau des fleurs est dans le prolongement exact des Oubliés du dimanche, un mélange de noirceur sur le fond, de tendresse, de sentiments, de choses tristes et dures et de moments de bonheur. Parfois on aurait envie de Kleenex et souvent on sourit. On oscille entre vie et mort, c’est le métier de Violette qui veut ça…

J’adore rire de la mort, me moquer d’elle. C’est ma façon de l’écraser. Comme ça, elle fait moins son importante. En me jouant d’elle, je laisse la vie prendre le dessus, prendre le pouvoir.

Le style est fluide et la façon de raconter est très cinématographique, ce qui est logique car Valérie Perrin est aussi scénariste. On devine bien parfois ce qui va se passer mais sur le passé de Violette et ce qui l’a meurtrie, le suspens est là jusqu’à la fin.

Et quel beau portrait de femme !

Je parle toute seule. Je parle aux morts, aux chats, aux lézards, aux fleurs, à Dieu ( pas toujours gentiment). Je me parle. Je m’interroge. Je m’interpelle. Je me donne du courage. (…)
A Brancion-en-Chalon, il y a des gens qui ne m’aiment pas, se méfient ou qui ont peur de moi. Peut-être parce que je semble porter le deuil en permanence. S’ils savaient qu’en dessous il y a l’été, ils me feraient peut-être brûler sur un bûcher. Tous les métiers qui touchent à la mort ont l’air suspects

Bref, après Joël Dicker, dans un registre totalement différent, Changer l’eau des fleurs est exactement ce que j’ai envie de lire au quotidien ! Vivement le troisième !

 

Un poème sur ce blog…tout part en vrille…

 

Non, le titre ne ment pas, vous allez vraiment lire un poème ici même. Je ne suis pas malade. Je suis en tarin de lire le second roman de Valérie Perrin,  » Changer l’eau des fleurs » , qui est top pour le moment, et elle cite un poème de Jacques Prévert.

J’ai dû en étudier à l’école, il me semble qu’il est au programme avant le collège ou pendant, mais je n’en ai bien entendu aucun souvenir.

Le voici !

Le chat et l’oiseau
Un village écoute désolé
Le chant d’un oiseau blessé
C’est le seul oiseau du village
Et c’est le seul chat du village
Qui l’a à moitié dévoré
Et l’oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l’oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l’oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n’arrête pas de pleurer
Si j’avais su que cela te fasse tant de peine
Lui dit le chat
Je l’aurai mangé tout entier
Et puis je t’aurais raconté
Que je l’avais vu s’envoler
S’envoler jusqu’au bout du monde
Là-bas c’est tellement loin
Que jamais on n’en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets
Il ne faut jamais faire les choses à moitié.
Déjà, c’est pas de la poésie hermétique, c’est sobre, tout en finesse et puis je me dit, tout ça pour en arriver à la chute que je trouve hyper réussie !
Bref…je vieillis, c’est moche !

La vérité sur …La vérité…sur L’affaire Harry Quebert de Joël Dicker

La vérité c’est qu’il m’aura fallu 15 jours seulement pour lire les 850 pages d’Harry Québert alors que je suis en panne de lecture depuis l’été dernier. Ayant vu la série , je me suis rué sur le livre et je me suis alors rendu compte que vraiment la série était hyper fidèle au livre et contenait quasiment tout, donc bravo à Jean-Jacques Annaud, et pour la petite histoire 89 propositions d’adaptation télé ou ciné ont été faites et toutes refusées avant !

La vérité c’est que l’histoire du livre  est hyper bien ficelée, suspens jusqu’au bout et construction habile pour accrocher le lecteur. Polar et histoire d’amour sur fond littéraire, rien de bien nouveau. Style très simple (trop diront les intellos…enfin les détracteurs de Dicker). Ok c’est pas du Chopin écrit ! Mais voilà, 5 millions d’exemplaire vendus et diffusion dans près de 40 pays…alors pour un type quasi inconnu (un seul roman écrit auparavant) c’est quand même bluffant et puis Chopin n’est pas accessible à tout le monde !

Mais ce n’est pas qu’un roman à succès facile car au delà de l’intrigue , La vérité est aussi une réflexion sur l’écriture , sur être écrivain, sur la célébrité qui peut être associée à l’écriture et le passage de la gloire à la déchéance. Tout est histoire de faux semblants et d’usurpation dans cette histoire et Dicker montre qu’il n’est pas dupe et bien conscient du milieu dans lequel il évolue et des impostures possibles. Certaines phrases sont jubilatoires et politiquement incorrect et j’aime bien.

Et puis, la peinture de l’ Amérique , bien que pas tant que critique que ça, est bien réalisée et on voit mal comment  certains adaptateurs potentiels avaient prévu de déplacer l’intrigue en Angleterre ou même pire encore !

Bref j’ai aimé La vérité sur  l’ affaire Harry Québert même si j’aurais préféré un peu moins de retenue et de politiquement correct  un peu niais  sur l’affaire criminelle et l’histoire d’amour entre l’écrivain Harry Québert (34 ANS)  et Nola, 15 ans,  l’adolescente disparue. Mais voilà il est suisse Joël Dicker donc forcément un peu sur la retenue 😀  et puis n’est pas Albert Cohen qui veut  !

Et vous savez quoi ? La douce m’a offert Le livre des Baltimore et je vais l’attaquer sous peu, encore 600 pages , je verrai bien si je suis captivé sachant que là il n’y aura pas eu de série pour me donner envie de lire !

Lectures 2018

On arrive à la fin de l’année et je vais quand même faire un petit bilan de mes lectures, sachant qu’au final j’aurai lu 27 livres dont 18 avant la fin juin. Depuis c’est la panne, mais je finis l’année avec La vérité sur l’ affaire Harry QUEBERT , du fameux Joël DICKER, voisin suisse. Et comme je suis tombé en addiction en regardant la série, je me suis dit qu’il fallait que je lise le livre phénomène !

Cette année, l’auteur phare de mes lectures aura été Claudie Gallay, avec trois romans lus dont son dernier, La beauté des jours, mais aussi Seule Venise, et je dois dire que j’ai vraiment beaucoup aimé à chaque fois. Elle a l’art de rendre le banal voire le sinistre merveilleux !

Egalement l’année des retours vers « mes valeurs sures », avec le nouveau Blondel (La mise à nu), pas mal du tout mais pas dans ses meilleurs, le nouveau Foenkinos, (Vers la beauté), pas mal sans plus, le nouveau Delphine de Vigan (Les Loyautés), plutôt décevant au final quand on est fan et récemment le nouveau Julian Barnes (La seule histoire), fort et beau comme toujours chez cet auteur anglais.

A noter que j’ai cédé à la pression médiatique si je puis dire, en lisant un type de livre que je ne voulais pas lire :celui que l’auteur ne voulait pas écrire…vous aurez peut-être reconnu Erwan Lahrer ! Et j’ai bien fait, un livre touchant et décalé sur les attentats terroristes…entre autres !

2018 a été aussi la découverte de Philippe Besson avec Arrête avec tes mensonges puis Les passants de Lisbonne et c’est un auteur que je vais relire , j’aime beaucoup son style et sa sensibilité même si je pressens qu’il est le genre d’auteur qui écrit toujours le même livre…

Forcément, une bio sur les Brontë, car sinon ça ne serait pas drôle et le témoignage si fort et accrocheur  sur la traque des juifs pendant la seconde guerre mondiale de Françoise Frenkel avec Rien où poser ma tête.

Et enfin, une série premiers romans qui m’a vraiment procuré du plaisir en tant que lecteur et dès que j’aurais retrouvé la lecture, je compte bien continuer des séries premiers romans.  Dans le désordre :

  • La tresse de Laétitia Colombani : Une super idée de déroulement d’histoire, un gros succès pour l’auteur.
  • Les rêveurs d’Isabelle Carré : Toute la sensibilité de l’actrice est là, même si la construction du livre est foireuse
  • Venise n’est pas en Italie de Ivan Calberac : une histoire géniale, fraîche et un peu déjantée avec un vrai fond en plus
  • Les oubliés du Dimanche de Valérie Perrin  : une très belle histoire, très humaine voire humaniste, peut être un peu trop sentimentale parfois mais top, et d’ailleurs je lirai son dernier roman sorti à la rentrée je crois.

En espérant faire mieux l’année prochaine, par contre toujours pas prévu de lire Victor Hugo 😀

La seule histoire…

Certaines personnes, avançant en âge, décident de vivre au bord de la mer. Elles contemplent le flux et le reflux des marées, l’écume sur la plage, plus loin les brisants et au delà, et peut-être, au delà de tout cela, perçoivent-elles les vagues océaniques du temps, et trouvent-elles, dans cette immensité suggérée, quelque consolation pour leur propre petite vie et leur mort prochaine.

Ha mais carrément, et si l’on enlève l’avançant en âge et la mort prochaine, c’est totalement  ça l’océan lorsqu’on est triste, mélancolique ou en proie au chagrin. Les poètes ont souvent raconté la vague qui s’échoue aux pieds de l’homme ou de la femme, et qui emporte leurs larmes en refluant. Enfin, je n’y comprends rien en poésie mais je crois que c’est vrai !

Et pourquoi diable est-ce que je parle de ça ?

Hé bien parce qu’en exactement 30 jours j’ai réussi à lire un roman vraiment bien de Julian Barnes, l’un des plus grands auteurs  anglais actuels et qui s’appelle La seule histoire. Je n’arrive toujours pas à lire mais peut-être bien que ça revient à très petite dose.  En l’occurrence, c’était seulement 260 pages mais très denses !

Julian Barnes, c’est celui qui a écrit La fille qui danse, que je vais relire tantôt car je me souviens d’un très grand livre, très fort, sans vraiment me souvenir de cette histoire. Et là, dans La seule histoire, il est question d’une histoire d’ amour hors normes, c’est à dire entre une femme mariée et un étudiant, qui bien entendu va finir mal. Et le narrateur s’interroge sur l’amour, alors qu’il est devenu vieux…mais pas en regardant la mer en permanence, il est bien vivant ce monsieur.

Ce qui revient souvent dans ce récit, c’est qu’en amour, tout est vrai et tout est faux et qu’un premier amour, le véritable amour, détermine souvent une vie pour le reste de temps qui reste à vivre. Que les autres histoires viennent se confronter à La seule histoire.

Mais  c’est vrai que la mer, à condition qu’elle ait des vagues et des ressacs, des chaos iodés, à cette vertu de calmer, peut être pas les chagrins d’amour, mais au moins elle arrive à apaiser. La montagne, ce n’est pas pareil pour moi, elle peut aussi apaiser et rendre plus zen, mais à condition de la parcourir ou de l’escalader. La simple contemplation ne suffit pas, peut-être parce qu’il manque le bruit de l’océan qui se retire et le fracas de la houle.

Bref, j’ai lu un livre, j’arriverai peut être à une petite trentaine cette année, mais lus surtout entre janvier et mai 2018. Et je vous conseille de découvrir Julian Barnes si vous ne le connaissez pas encore…

Prout Prout la vie de Marcel…

Je ne lis quasiment plus depuis quelques semaines, mais bon j’ai la tête prise par tout autres choses, ça reviendra.

Mais quand même, depuis quelques jours je me suis lancé dans cette sorte de biographie de Proust, présentée comme une analyse critique de l’oeuvre de l’écrivain : A la recherche du temps perdu.

Et je dois dire que c’est super intéressant, je n’ai pas encore fini, j’en arrive à la période où Marcel Proust passait ces étés au grand hôtel à Cabourg. Mais déjà, on peut dire que quand même il a eu une vie méga chiante depuis sa naissance.

Une enfance où déjà il était fragile et asthmatique avec un père aimant mais absent, une mère un peu trop présente et un milieu de haute bourgeoisie. A la suite, une période hyper mondaine où Proust fréquente des salons littéraires à la mode et fréquente le Ritz à Paris…quel ennui.

Et puis, crises d’asthme sévère, mort du Père, puis de la Mère…deuil compliqué.

Côté écriture, ben on se demande comment Proust est devenu cet immense auteur, encore aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands. Au départ, un premier récit passé assez inaperçu, puis des traductions d’un critique d’art anglais , Ruskin, faites essentiellement par maman avec l’aide de Marcel la nuit.

Et puis, ce que je retiens de Proust à la plage, c’est que selon l’auteur, Proust s’est mis à écrire La recherche parce qu’il n’arrivait pas à écrire justement. Impossibilité pour lui de mettre en place un roman, de se lancer dans une fiction. A tel point que selon l’auteur, La recherche est un roman sur l’impossibilité d’écrire, mais dans lequel Proust abolit les frontières entre l’oeuvre et la vie de l’auteur : les deux se mélangent dans cette réinvention des souvenirs de Proust.

En résumé, un super livre pour approcher Proust et j’espère qu’il me donnera envie de le lire, même si je dois dire que vu la longueur des phrases et vu le peu d’intérêt de la vie de l’auteur…mais c’est ainsi que je dois m’y prendre, d’abord approcher le bonhomme avant de le lire !

A suivre et je vous conseille donc Proust à la plage  qui est issu d’ une collection puisqu’il existe aussi un titre consacré à Colette et dans d’autres domaines, à Darwin, Einstein, ou l’homo sapiens !

Rien où poser sa tête de Françoise Frenkel – 1945 – Récit / Témoignage

Françoise Frenkel est une jeune femme juive polonaise qui a étudié les lettres françaises à La Sorbonne et a fondé à Berlin en 1921 la première librairie consacrée aux oeuvres françaises. Avec l’arrivée d’ Hitler au pouvoir en 1933, et la mise en place des persécutions antisémites, elle sera contrainte de fermer sa librairie et de se réfugier à Paris en 1939. Puis de quitter Paris lors de l’exode vers la zone libre, puis de se cacher en zone libre pour échapper aux rafles et à la déportation qui attend les réfugiés juifs en France pendant la collaboration. D’ Avignon à Nice où elle restera longtemps, en passant par Grenoble et la Haute Savoie, Françoise Frankel arrivera en 1943 à passer en Suisse d’où elle écrira Rien ou poser sa tête, qui sera publié en 1945. Cette même année, Françoise Frankel reviendra à Nice pour vivre en France et on n’aura  alors plus de nouvelles d’elle.

Rien où poser sa tête est un récit sobre et descriptif de ce qu’a pu être la vie des juifs pendant la guerre et en particulier en France pendant le régime de Vichy. L’auteur se contente de raconter son quotidien sans aucun pathos ni aucune haine, comme s’il était indispensable de laisser un témoignage de cette réalité. Elle ne parle que d’elle même et des personnes qu’elle a croisées dans son périple , qui l’ont cachée , aidée, emprisonnée, jugée, relâchée. A chaque fois, Françoise Frenkel esquisse un portrait d’hommes et de femmes , sans les juger ni les encenser, qui ont croisé sa route.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui se dévore comme un roman et qui permet de garder en mémoire cette période noire de l’histoire européenne et française, probablement la pire de toutes. Si l’on connaît plus ou moins cette période de l’histoire, rien où poser sa tête a le mérite de sortir des théories pour témoigner sur la réalité des privations de la population en général et de la traque des juifs dans le but de les déporter à des fins d’extermination.

C’est un livre qui en apparence ne fait pas grand bruit, qui ne cherche pas à en mettre plein la vue au lecteur, qui n’est même pas triste ni plombant, et qui devrait être proposé au collège ou au lycée pour sortir des manuels d’histoire.

C’est le parcours d’une fugitive , le récit d’une solitude noire entrecoupée de quelques lueurs.

J’ai été frappé par l’analogie entre la situation des réfugiés juifs de l’époque et  celle des migrants d’aujourd’hui. A la différence  qu’ heureusement, lorsqu’ils sont arrêtés et internés dans des camps , ils ne finissent pas dans la chambre à gaz. Mais on retrouve tellement de points communs, les passeurs étaient déjà en place et organisés et la population déjà divisée entre aider ou se conformer aux règles…

En résumé, Rien où poser sa tête fut pour moi une belle découverte, trouvée dans la librairie et achetée au feeling.

Les 3 premiers…

Je me désintéresse de plus en plus de la rentrée littéraire et cette année encore plus que d’habitude, vu mes difficultés à lire.

Mais j’aime bien jeter un oeil aux meilleures ventes de livres grands formats de la rentrée littéraire, histoire de voir si les têtes d’affiche sont toujours les mêmes…

Il y a 2 classements de référence, celui d’ EDITSTAT qui fonctionne sur l’ensemble des réseaux de vente de livres (librairies, chaînes, grandes surfaces), et celui de DATALIB qui lui ne concerne que les libraires indépendantes. ! Cela peut être intéressant de voir les différences entre les 2…

Et voici donc les 5 meilleures ventes de la rentrée littéraire, selon ces 2 classements.

Pour DATALIB, au 17 septembre, date à laquelle j’écris cet article:

  1. Jérôme Ferrari
  2. Amélie Nothomb
  3. Maélîs de Kérandal
  4. Pauline Delatroy Allart
  5. Adeline Dieudonné

Pour EDITSTAT, derniers chiffres arrêtés au 10  septembre:

  1. Amélie Nothomb
  2. Jerôme Ferrari.
  3. Maélîs de Kérandal
  4. Jussi Adler-Olsen
  5. Yasmina Khadra

Donc, concernant les 3 premiers qui sont largement en tête des ventes, que l’on soit client fidèle d’une librairie indépendante ou que l’on achète ses livres dans tous les points de vente, le résultat est le même.  Il s’agit de trois auteurs phare, très populaires et on voit que le succès d’Amélie Nothomb ne s’émousse pas puisqu’elle est numéro 1 des ventes malgré son volume métronomique de publication : un nouveau roman à chaque rentrée littéraire. Il semble que le roman d’ Adeline Dieudonné ( La vraie vie), qui est un premier roman, émerge de la masse publiée.  Yasmina Khadra est également habituée des podiums de ventes. Je ne connais pas les autres auteurs .

 

 

 

La tresse de Laétitia COLOMBANI – 2017 – Premier roman

La tresse raconte le destin parallèle de trois femmes : il y a Smita l’indienne, mise au ban de la société car faisant partie de la caste la plus minable qui soit, celle des intouchables, condamnée  de naissance à vider la merde des castes supérieures (dans le sens premier du terme). Il y a Gulia, la sicilienne qui travaille avec sa famille dans le dernier atelier de fabrication de perruques à partir de cheveux de femmes italiennes. Enfin, il y a Sarah, la canadienne, divorcée , mère de trois enfants et avocate réputée dans un cabinet sans pitié. Ces trois femmes sont à leur manière des battantes, pour vivre ou pour survivre…mais un coup dur vient les frapper, chacune de leur côté.

C’est drôle, je poursuis ma série « premier roman » et je me rends compte que l’auteur, Laétitia Colombani, est également scénariste, comme Valérie Perrin et Ivan Caldérac, les auteurs de mes derniers coups de coeur de lecture.

La tresse ne sera pas un coup de coeur, pour deux raisons principales. La première c’est qu’on voit où l’auteur veut en venir bien avant la fin, elle marche souvent avec ses gros sabots mais elle n’est pas la seule chez les écrivains. Et puis, surtout, je n’ai pas accroché au style, qui est sans relief, plat.

Mais d’un autre côté, je dois dire que j’ai dévoré ce roman assez court, car il est bien construit, il y a une histoire pensée , l’auteur est partie de la fin et a mis en place ces trois histoires de femmes aux destins si différents, mais qui ont en commun d’être femme et de se battre pour rester debout. De ne pas se soumettre ni capituler devant la fatalité où la société. Oui, La tresse est un roman féministe à sa manière, sans pancartes ni bruit, mais par la force qui se dégage des trois héroïnes.

Laétitia Colombani sait raconter une histoire, donner du rythme et ménager le suspens même si parfois ça fait un peu sourire au niveau des amorces en fin de chapitre (Ne zappez pas, le meilleur est à venir….) Elle sait aussi toucher le lecteur, tirer sur la corde sensible, peut-être un peu trop diront certains, notamment avec Sarah.

Et puis, j’ai appris des choses sur la société indienne et la religion et si tout ce que narre l’auteur à travers l’histoire de Smita est vrai encore aujourd’hui (et je pense que oui puisque Laétitia Colombani a fait des recherches sur le sujet) cela donne vraiment pas envie d’aller dans ce pays…

La tresse a beaucoup été critiqué, débattu, sur les blogs et dans le milieu littéraire, comme c’est le cas chaque fois qu’un roman devient un phénomène d’édition. LA tresse est toujours en tête des ventes des livres de poche au moment où vous lisez ces lignes. Certains l’on encensé, d’autres ont crié à l’arnaque et l’on détesté…personnellement, je me positionne entre les deux !

Au final,  pour moi, un très bon moment de lecture pour la Tresse. Je ne suis pas pressé de relire cet auteur si elle sort un second livre, mais à sa sortie en poche sûrement que je le ferai, pour voir. A lire juste pour le plaisir de lire, sans attendre un chef-d’oeuvre ni une écriture singulière.

Juste une citation de Coco Chanel reprise par l’auteur pour terminer…parce qu’elle me plaît bien…même si Coco Chanel vendait du rêve…

« Personne n’est plus jeune après quarante ans », elle se souvient de cette phrase de Coco Chanel lue dans un magazine, qu’elle avait aussitôt refermé. Elle n’avait pas pris le temps de lire la suite : « Mais on peut être irrésistible à tout âge. »