Lolita de Vladimir Nabokov

lolitaJe suis un écrivain américain , né en Russie et formé en Angleterre, où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne. Je suis venu en Amérique en 1940 et j’ai décidé de devenir citoyen américain et de faire de ce pays mon foyer.  Tels sont les mots reproduits sur Wikipédia prononcés par Vladimir Nabokov, immense auteur du vingtième siècle, dont Lolita paru en 1955 est le livre emblématique.

Tout le monde connaît plus ou moins, l’histoire : celle d’ Humbert Humbert, un européen obsédé par les « nymphettes », qui va vivre une relation passionnelle avec Dolorès Haze, une jeune fille américaine qui a 12 ans au début de leur relation et 14 à son terme.

Dès le début du livre, le lecteur est dans l’ambiance…

 » Il vous faut être un artiste doublé d’un fou, une créature d’une infinie mélancolie, avec une bulle de poison ardent dans les reins et une flemme supra-voluptueuse brûlant en permanence dans votre délicate épine dorsale, pour discerner aussitôt, à des signes ineffables  (la courbe légèrement féline d’une pommette, la finesse d’une jambe duveteuse, et autres indices que le désespoir et la honte et les larmes de tendresse m’interdisent d’énumérer), le petit démon fatal au milieu de ces enfants en bonne santé. »

 

Je dois dire que Lolita m’a vraiment interpellé par sa forme et aussi par sa thématique et je comprends qu’il y ait eu autant de débats et de censure lors de sa sortie. Vladimir Nabokov à écrit un texte extrêmement fort et prenant.

D’un côté, il raconte le parcours  d’un pervers sexuel, conscient de ses déviations et qui se déteste pour ça, mais ne pouvant résister à son addiction pour certaines filles à l’orée de leur puberté.

De l’autre, c’est le portrait d’un homme  qui aime passionnément sa Lolita, comme on aime une maîtresse et qui s’auto-détruit et la détruit en se lançant à corps perdu dans un amour impossible et immoral .

 » Nous ne sommes pas des monstres sexuels ! Nous ne violons pas comme le font ces braves soldats ». Nous sommes des hommes infortunés et doux , aux yeux de chiens battus, suffisamment intégrés socialement pour maîtriser nos pulsions en présence des adultes mais prêts à sacrifier des années et des années de notre vie pour pouvoir toucher une nymphette ne serait-ce qu’une seule fois. Nous ne sommes pas des tueurs assurément, les poètes ne tuent point. ».

 

Mais là ou le texte de Nabokov est fort, c’est dans la façon de raconter l’histoire. Humbert Humbert, rédige un mémoire destiné à son avocat pour raconter sa folie. Et il raconte de manière claire, cynique, objective, sans aucune complaisance pour qui que soit…il dit la vérité, sa vérité , sans ménager le lecteur et en le prenant à partie.

 » La loi romaine stipulant qu’une fille peut se marier à douze ans fut adoptée par l’Église et est encore en vigueur, de façon plus ou moins tacite, dans certains états américains. Et quinze ans est partout l’âge légal. Il n’y a rien de mal disent les deux hémisphères, à ce qu’un vaurien quadragénaire, béni par le prêtre local et gorgé de boisson, se défasse de ses habits de fête trempés et darde jusqu’à la garde sa jeune épousée….. Je suis le chien fidèle de la nature, je n’ai fait qu’obéir à la nature. Pourquoi alors ce sentiment d’horreur dont je ne puis me défaire ?  »

 

Et puis, ce sale type est un érudit, un intellectuel, un docte docteur lettré…et en aucun cas un pédophile assassin de petites filles comme adorent les journaux télévisés et ceux qui les regardent en tremblant devant leur poste télé… Il n’y a jamais de violence, de contrainte physique, de viol au sens physique du terme. Lors de leur premier rapport sexuel, alors que Lo à 12 ans, elle s’offre à ses avances et lui  avoue même  qu’il ne sera pas le premier…

Ceux qui pensent lire des scènes hot et suggestives en seront pour leurs frais, il n’y a que très peu de références au sexe et à chaque fois en des termes poétiques et virevoltants quoique souvent pompeux.

D’ailleurs, toute le livre est d’un très haut niveau linguistique, il y a des mots compliqués et inconnus quasiment à chaque page, avec pléthore de références littéraires et culturelles et au final cela rend Lolita un peu laborieux.

Et puis, la deuxième partie, celle qui narre l’épopée de Humbert et Lo devenue orpheline avec son  » papa », est longue et bien moins réussie que la première partie, l’approche du psychopathe  en quelque sorte.

À la fin, je suis heureux d’avoir lu Lolita, c’est un grand livre, intéressant, intelligent, dérangeant même  aujourd’hui,  encore plus aujourd’hui d’ailleurs étant donné le contexte social et l’actualité du monde. C’est un livre qui m’a laissé un peu perplexe, un peu KO parfois mais qui m’a toujours intéressé malgré les 517 pages.

 » Tant que l’on ne pourra pas me prouver – à moi tel que je suis aujourd’hui, avec mon coeur et ma barbe, et ma putréfaction – que cela est sans conséquence aucune à très long terme, qu’une enfant nommée Dolorès Haze ait été privée d’enfance par un maniaque , tant qu’on ne pourra pas le prouver (et si on le peut, la vie est une farce), je n’entrevois d’autre cure à mon tourment que le palliatif triste et très local de l’art verbal. Pour citer un poète de Jadis : Le sens moral chez les mortels n’est que la dîme que nous payons sur le sens mortel du sublime. »

 

Je ne sais pas si je relirai un jour Vladimir Nabokov, mais je conseille la lecture ou la relecture de ce monument à ceux qui lisent beaucoup de classiques.

Et puis bien entendu, je ne peux résister à mettre ici le tube inter galactique de Mylène Farmer et Laurent Boutonnat qui reprend la quatrième de couverture du livre de Nabokov.

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36 réflexions sur “Lolita de Vladimir Nabokov

  1. Bonjour,
    Nabokov un immense auteur, découvert dans la quarantaine. Le fils de mon ami de l’époque m’avait offert en livre de poche, « Le Maître et Marguerite ». Ecrit par l’auteur, tu entres dans cette histoire qui est celle de Faust à la manière de ce grand écrivain Russe, qui y a mis tout ce qu’il a vécu dans son existence, en tant qu’artiste de cirque, artiste de théâtre, artiste à l’âme de ce pays, dont l’écriture est éblouissante et magnifique. J’ai eu la chance d’avoir le livre de poche avec les annotations en bas de page qui ajoutent au récit, toute l’historique et l’arrière-plan politique du contexte de l’écriture de son livre. Il m’a emmené de son monde fantasque dans son récit, et surtout dans une très grande histoire d’amour, emmêlée de l’imagination débordante de l’auteur qui nous fait sauter d’un toit à l’autre par les mots, sautillants, joies, rires, larmes, tristesses. Et qu’est-ce qu’il en joue bien des sentiments humains.
    Je n’ai pas voulu lire ce livre, j’avais vu le film avec James Mason, totalement dans le sujet à l’époque du N/B. Marguerite Duras a repris le même sujet avec l’amant.
    Pour moi, et mon histoire personnelle, je comprends cet amour sans aucune condamnation, et totalement dans l’ambiguïté.
    Je n’ai pas vécu cette histoire, mais une autre. Voir le film m’a suffit. Quoique après avoir lu Le Maître et Marguerite, j’aie failli acheter Lolita 🙂 Parce que l’auteur est vraiment un monument d’écriture. Ce que le cinéma ne peut égaler bien entendu. C’est totalement impossible. 🙂
    Bonne journée.

    1. Je n’ai pas vu d’adaptations ciné de Lolita et je n’ai lu que ce livre de Nabokov. C’est un livre fort, le style d’écriture est très particulier, et pas forcément simple à lire. Ce qui est certain, c’est que c’est un livre qui reste ensuite. Certes, le sujet est un peu sulfureux, voire plus, mais le traitement par l’auteur, est bien plus intéressant que le sujet lui même.
      L’amant, j’ai vu le film, mais pas lu le livre.

  2. Lu et étudié à la fac (il y a un siècle !) et effectivement l’écriture est exigeante. Mais ce que je retiens c’est l’analyse du personnage masculin. Une grande finesse d’observation et beaucoup d’intelligence de la part de Nabokov (qui devait quand même être un peu perturbé lui-même). Ce qui est intéressant comme tu dis c’est angle de récit utilisé par Nabokov. Son point de vue et uniquement son point de vue, ce qui rend le récit encore plus pervers à mon avis. Dolorès n’a peut-être pas été violée au sens habituel, mais que dire de l’influence d’un adulte sur une gamine ? De quoi faire travailler une équipe de psy pendant un moment ! En tout cas, s’il n’y avait pas l’écriture sublime, ce récit serait insupportable. Malgré tout je ne suis pas sûre que j’aurais envie de le relire.

    1. Il est évident que H H use de son pouvoir de manipulation sur une enfant pour arriver à ses fins, d’autant qu’elle se retrouve orpheline et qu’il en est un peu responsable…
      Oui c’est le parcours d’un pervers tout à fait conscient de son état mais en même temps, il ne la force directement à rien et à sa façon perverse, l’aime.
      Un grand livre mais vraiment dérangeant…même aujourd’hui…peut être même plus encore aujourd’hui qu’à sa sortie.

  3. sous les galets

    Je l’ai lu très jeune, (beaucoup trop à mon avis d’ailleurs), tu sais que dans mon souvenir elle avait 15 ans Lolita et était presque une femme, c’est dingue, là je découvre qu’elle avait 12 ans, c’est flippant. Je me souviens que la lecture était comme tu le dis « laborieuse » avec un niveau de langue très élevée, bon tu sais quoi, ça me donne envie de m’y remettre en fait.
    des Bises MTG

    1. Oui leur histoire se déroule entre ses 12 ans et ses 14 ans…c’est sur que si c’était entre 15 et 17 ans, ce serait moins dérangeant mais du coup le livre n’aurait pas existé. Je pense aussi que c’est trop dur à lire à l’adolescence et puis il manque du vécu et de la jugeote enfin probablement.
      Belle fin de semaine à toi.

  4. Tu en parles d’une très belle manière, pour moi qui n’osait pas aborder ce romancier et qui ne savait même pas de quoi parlait de roman. Maintenant c’est sûr je suis éclairée 😉
    Je ne sais pas si je le lirai un jour, mais au moins je saurais à quoi m’attendre.

  5. C’est bien que tu l’aies lu malgré les difficultés dont tu parles ! C’est une lecture trop lointaine pour que je puisse en discuter mais je sais que j’avais aimé, il faudrait que je le relise ! Tu en parles très bien ! 😉 J’ai des nouvelles dans mes étagères , je les feuilletterai pour me re-faire une idée de son style qu’a priori j’aime beaucoup (lecture des extraits que tu nous proposes) !

    1. Je l’ai lu parce que malgré le style ardu, l’histoire est bien ficelée et surtout le portrait psychologique du personnage est fantastique, le livre est toujours sur le fil entre victime et bourreau, donc finalement ce ne fut pas trop difficile. Long sur la fin mais c’est tout.
      Si tu le relis un jour tu me diras si tu connais les mots qu’il emploie, enfin le traducteur…
      Bises.

      1. Tu sais bien que je ne suis pas « normale » ! Moi j’aime les auteurs qui ont du vocabulaire et encore plus quand il sort des quelques (pauvres) mots qui servent à la vie courante ! 😆 Bien que…l’on puisse faire des chefs d’oeuvre avec des mots simples, mais mais…un vocabulaire élargi ne nuit pas, en ce qui me concerne et comme tu le sais, je n’hésite pas à fouiller le dictionnaire…moâ !!! 😀

        1. Tous les livres sont statistiquement faits avec les mêmes 90% de mots, les plus courants…mais là les 10% restant sont peu usités…tu verras si tu le relis un jour !
          Ta remarque me fait penser au Petit Prince…que je n’ai pas apprécié d’ailleurs, mais je le relirai…
          Gros bisous.

  6. Un de mes romans-culte, pour la perfection de l’écriture flamboyante.
    Je l’ai lu et relu. C’est sulfureux mais divinement écrit. Et qui a lu le livre ne peut que déplorer l’image qui a été choisie sur l’édition que tu nous présentes en haut de ton article. Lolita n’est pas du tout comme ça, dans mon imagination.
    Bises Mindounet
    ¸¸.•*¨*• ☆

    1. Coucou. Bah oui, sulfureux mais majestueusement écrit même si comme je l’ai dit c’est pénible à lire parfois tellement les mots sont compliqués…après cela vient aussi peut être du traducteur…
      J’avoue ne pas être capable de me représenter physiquement Lolita…d’autant plus que je n’ai pas vu les 2 adaptations cinéma du livre.
      Belle semaine et je t’embrasse !

  7. Catherine

    J’ai eu beaucoup de mal avec ce livre. Tant dans le vocabulaire qui me manquais (je l’ai lu en anglais) qu’avec le personnage de HH et l’histoire en elle même. Je pense que je le relirais un jour.

  8. Je vais paraître pour une perverse mais j’ai adoré ce roman : j’ai été subjuguée par l’analyse des personnages (du très haut niveau), l’attitude de la petite, le laisser-aller de la mère, le fait que l’auteur arrive à nous émouvoir face à ce héros détraqué, à décrire si parfaitmeent les travers de cet homme. Lolita dénote une maîtrise littéraire impressionnante. Je comprends que cette histoire ait choqué lors de sa parution, que certain(e)s lecteurs(trices) soient encore outré(e)s lors de sa découverte. Ce roman très fort m’a embarquée : il possède la prose, le fond, il est complet : je ne lui trouve aucun défaut narratif. Il fait bien entendu partie de mes coups de cœur littéraires.

      1. Oui…et pour l’anecdote, le gredin de Julien disait au départ  » et quand je donne ma langue aux chattes »…et il s’est fait tirer les oreilles par la mère Farmer…:D 😀 😀

        1. je ne connaissais pas cette anecdote. Je sais que ce sublime candidat de Nouvelle Star 2007 avait le don pour changer une phrase dans chanson qu’il interprétait. Celle-là était donc bienvenue !!! Bisous

    1. Très joli commentaire…je comprends ton coup de coeur , il t’a embarqué dans son histoire et sa démonstration, un grand livre assurément…si ce n’était la seconde partie laborieuse et le vocabulaire trop complexe, il aurait été aussi un coup de coeur !
      Bises !

  9. Découvert sur une étagère poussiéreuse, je l’ai lu trop jeune (16 ans) et j’avais été outrée par l’histoire. Je me souviens d’avoir détesté le personnage. Quand au style… oui, il doit être beau car j’ai lu le livre jusqu’au point final.

    1. Il est beau mais alambiqué le style…ça vole haut. 16 ans c’est jeune en effet pour lire ce livre enfin pour avoir le recul nécessaire pour se forger une opinion. Le personnage est assez détestable en effet mais il est plus complexe que cela. Peut-être un jour tu auras envie de le relire ! Bises et belle journée !

  10. Sujet particulier… Les extraits très joliment écrits me tentent… Le sujet euh je ne sais trop… 12 ans c’est tellement jeune 😦
    Je relirais ton billet un peu plus tard…
    Après, effectivement c’est sans doute une autre vision de ce qui pour moi paraît improbable…
    Belle journée 🙂

    1. C’est un livre presque toujours en équilibre sur la falaise…c’est là où ce livre est fort. Après, oui, il y a un coté peut être peu crédible au départ mais on rentre vite dans le jeu de l’auteur…
      Belle journée VAl, merci de ton passage…j’aime bien ton nouvel avatar 😀 😀 😀

  11. Magnifique billet qui me donne envie de relire Lolita !
    Je me souviens finalement peu de ce livre hormis que je suis d’accord avec ton terme « laborieux » et que la deuxième partie est moins réussie que la première …
    Sinon, il me semble que ce « poète » tue la mère de Lolita , je me trompe ?
    Bisesssss

    1. Coucou ! Pas tout à fait, il l’envisage et le destin l’aide bien…mais c’est presque ça en fait !! Grand livre quoi qu’il en soit !! Je ne sais pas si je relirai su Nabokov , ça vole un peu haut pour moi mais j’ai beaucoup aimé lire ce classique !
      Belle semaine à toi et gros bisous !

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