Comment j’ai raté ma vie professionnelle (3)

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Premier épisode : Ici

Second épisode :

Donc, nous sommes en septembre 1993, j’ai fini mes études et je cherche un travail dans le marketing. Oui mais voilà, on est déjà à l’époque du chômage des jeunes, on veut de l’expérience et je n’en ai pas. Juste quelques stages en entreprise, pas géniaux, ayant choisi le confort à l’effort. Et puis, à la Fac, on ne nous apprends pas à rechercher des emplois, les CV, lettres de motivations et entretiens…ça n’existe pas. Ajouté à cela, que je ne suis pas top motivé au fond, enfin c’est ce que je dis aujourd’hui avec le recul !

Pendant 3 ans et demi, exactement jusqu’à février 1997 (vous verrez plus tard pourquoi je me souviens de cette date) , je vais naviguer entre petits boulots, chômage, CDD, chômage...avec au final en gros 2 ans de chômage et 1 an et demi de travail. C’est rigolo non, un diplômé en marketing qui n’arrive pas à se vendre?? 😀 😀

J’ai travaillé notamment chez  EDF, dans un centre d’exploitation de Toulouse, qui n’existe plus depuis, physiquement je veux dire, il a été rasé après l’explosion de l’usine AZF en 2001, il était juste en face… A cette époque EDF proposait des genres de stages de fin d’études en CDD, rémunérés et plutôt pas mal pour ce qu’on faisait…et encore on bossait bien plus que  les agents en poste et les cadres de la direction marketing ! J’ai connu là-bas les joies d’un conflit social avec la CGT…très sympa au départ, glauque ensuite…et rien n’a changé depuis.

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J’ai fait des études de marché et des enquêtes, l’une dans le rayon des confitures en hypermarché, l’une pour essayer de promouvoir une couverture anti-feu pour les particuliers, genre s’il y a la cuisinière qui prend feu, vite choper la couverture et la jeter furieusement sur la gazinière pour éteindre les flammes  (à ma connaissance ce produit fut un bide), une autre encore pour savoir comment les entreprises géraient leurs déchets à cette époque là (je ne parle pas des salariés , hein mais des matières qui partaient en déchetterie ou pas).

J’ai fait aussi un remplacement de 2 mois aux ASSEDICS de l’époque, j’étais top payé…près de 1500 euros nets…ce qui m’a permis d’améliorer les allocations chômages à venir…ça aussi c’est drôle non ?? Car je me souviens qu’après ce fut chômage longtemps !

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A cette époque, j’étais grand fan de cinéma, j’allais voir une centaine de films par an et comme j’en avais marre de ne pas trouver de boulot et que je sentais bien que j’avais foiré mon insertion professionnelle, que mon CV était celui d’un loser, j’ai écrit aux 3  grands cinémas de Toulouse de l’époque et j’ai travaillé dans l’un pendant un mois, puis dans l’autre pendant 2 mois et bingo, j’ai décroché un CDI avec le premier multiplexe de Toulouse qui ouvrait ses portes en décembre 1992, un Gaumont.  Quand on a commencé, le carrelage était même pas fini.

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L’avantage : j’allais au ciné gratos, au départ les agents pouvaient y aller autant de fois qu’ils voulaient, ensuite on avait un quota d’exonérations (places gratuites). Je faisais quoi? Ben j’étais hôte de caisse polyvalent avec mon costume et mon joli badge à l’effigie de la Gaumont, avec la marguerite. J’accueillais les clients, contrôlais les tickets, vendais les tickets et encaissais (et à l’époque il y avait de très grosses caisses certains jours car tous les tickets étaient achetés sur place), et je passais même dans les salles avec mon panier de pop-corn glaces friandises…imaginez !

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Oui mais voilà, le souci, c’est qu’on était une vingtaine je crois, les techniques : (projectionnistes), les commerciaux ( traduire ce qui tenaient les comptoirs à confiserie) et les hôtes et hôtesses de caisse. Et un multiplexe, c’est une grosse machine qui à coûté très cher, il faut rentabiliser, faire du chiffre et donc on met la pression aux salariés. C’est normal, la place de cinéma n’est que le prétexte pour vendre des confiseries, du pop-corn et des jeux vidéos… mais quand on a un petit chef qui traite les salariés comme des merdes, ben soit on accepte et on ferme sa gueule, soit on la ramène. Or , avec moi, personne ne pète plus haut que son cul, (encore aujourd’hui c’est pareil) …alors si on me traite comme une merde, moi en retour, je traite comme une sous-merde. Mais quand on est agent de base et en période d’essai c’est pas bon…pas bon du tout !

Résultat des courses, courant janvier, après le rush des fêtes, je me suis fait virer…ainsi que 4 de mes collègues…tous ceux qui rentraient pas dans le moule en somme. Là c’est la haine et la cata, j’avais un CDI ! Bon ok, j’ai un Bac + 5  en gestion et marketing… perdre un CDI d’agent de caisse  dans un cinéma, ça fait rigoler tellement c’est un ratage complet , mais je l’avais mauvaise malgré tout !

Et un mois plus tard, je signais  un nouveau CDI...et là j’allais rester plus de 10 ans au même endroit et dans un même boulot.

Mais ça c’est une autre histoire…

A suivre !

Stop ou encore – Episode 10

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Rhooo, après 20 votes pour le dernier match, voici les résultats : Marina Kaye / Soprano ont 38 % des suffrages, Laurent Voulzy à 38%  et Daho, seulement 24%, il semble que la chanson choisie n’ait pas trop plu.

Alors, pour ce nouvel opus, je garde les 3 membres du duo gagnant et je rajoute un nouveau compétiteur, je vais essayer d’avoir 4 propositions à chaque fois !  Le fil rouge sera Dieu et le Diable…

Voici les 3 propositions !

Soprano : Le Diable ne s’habille plus en Prada : chanson de 2016 que j’affectionne particulièrement, je trouve le texte très bon et pertinent.

Marina Kaye : Dancing with the Devil : tube extrait de son premier et unique album, Fearless, sorti en 2015, et certifié double disque de platine depuis. Jolie voix anglaise d’une jeune française, on attend la suite.

Images : Les démons de Minuit : Le tube des années 80, qui fait danser, danser, danser, jusqu’au bout de la nuuuuiiiiiittttttt !

Laurent Voulzy : Jésus : une chanson peu connue extraite de l’album avril sorti en 2001.

C’est à vous de voter !

La chaîne d’amour ( loving spirit) de Daphné du Maurier – 1931

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Merci à Asphodèle qui m’a offert ce livre , un vrai coup de coeur,  dans une autre édition, vintage et belle…

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Lorsque Daphné du Maurier eut son coup de foudre pour la Cornouailles, elle remarqua dans le port de Fowey, une goélette désarmée  dont la proue était intacte : celle ci représentait le visage d’une certaine Janet Slade, qui fut à l’origine de la construction du bateau et qui lui donna son nom. Daphné se fit raconter l’histoire de ce bateau et fit des recherches pour remonter l’histoire du Jane Slade et de sa famille . Elle s’enferma dans sa maison Familiale de Ferrysade, pendant 6 mois, l’automne et l’hiver, et écrivit son premier roman, édité en 1931.

La  chaîne d’amour raconte donc l’histoire de Janet Coombe (le nom utilisé dans le livre), et de ses descendants , sur  quatre générations.

Ce premier roman (mais pas le  premier écrit publié) de Daphné du Maurier est une pure merveille…il est impressionnant de voir qu’à 20 ans passés, elle avait déjà quasiment tout ce qui fait la force de son écriture:

  • Une fascination pour la mer, la nature, les éléments
  • Une façon rythmée et habile de maintenir le lecteur en haleine
  • Un goût pour le noir, le macabre, même si ici l’on peut considérer qu’il y a un demi happy-end, ce qui n’est pas si fréquent chez l’auteur
  • Une exaltation pour le sentiment amoureux, l’amour filial
  • Une interrogation sur le sens de la vie, la mort, la religion
  • Une rébellion sur la place de la femme et celle de l’homme, Daphné du Maurier ayant toujours voulu être un homme et ayant mélangé les genres , dans ses livres comme dans sa vie réelle.

La chaîne d’amour  est aussi un hommage aux gens de la Cornouailles, aux personnes humbles, aux marins , à ceux qui ne s’encombrent ni  des faux semblants et de l’hypocrisie des salons londoniens, ni des  dogmes religieux, comme ici, lorsque Joseph, le fils de Janet, devenu capitaine du bateau est décrit par l’auteur:

Ainsi , Janet s’était trompée. Il n’y a pas de force plus puissante que la mort. La survivance des êtres n’est qu’une invention tout juste bonne à effrayer les enfants qui ont peur de marcher dans l’obscurité. Il était seul avec son navire, qu’il considérait comme son héritage. Pour l’amour d’elle, ce navire ne serait pas indigne de sa mémoire.  Ignorée de tous, si ce n’est du vent et de la mer, ayant sur les lèvres la caresse de l’écume et dans les cheveux la caresse du vent, l’image de Janet Coombe, en figure de proue, souriait doucement à elle-même.

Le titre du roman est celui d’un poème d’ Emilie Brontë, une citation est  d’ailleurs reprise sur la première page, et l’atmosphère composée par Daphné  fait vraiment penser à celle des Brontë, surtout celle des Hauts de Hurlevent. On est totalement dans un roman gothique, exalté et romantique malgré lui, l’obsession religieuse en moins, mais entre les Brontë et Daphné du Maurier, il s’est écoulé en gros 80 ans…

Autour de la maison, le vent hurlait en secouant les fenêtres. Les bougies grésillaient en frissonnant. Ensuite, la pluie vint se mêler au vent, et l’on eut alors l’impression que l’air se remplissait de cris et de frémissements. Là-bas, derrière la falaise, la mer tonnait en s’écrasant contre les rochers. Les arbres se courbaient sous la force du vent qui leur enlevait leurs dernières feuilles.

Je ne serai pas en paix dans le ciel, ni au repos dans ma tombe. Mon âme restera liée à ceux que j’aime. Quand ils seront tristes et malheureux , j’irai vers eux et Dieu même ne pourra pas me retenir.

J’avoue que je partais un peu sceptique sur ce livre, de par son sujet, son côté biographique réinventé et aussi parce que ce fut le premier roman publié de Daphné et qu’il rencontra un petit succès, sans toutefois arriver à la faire  vraiment remarquer du grand public.

Au final, La chaîne d’amour est peut-être le livre que j’ai préféré parmi les six ou sept que j’ai lus. Je te conseille vraiment à tous ceux et celles qui veulent être emportés par cette déferlante, qui aiment l’exaltation…

Lorsque Janet fut enterrée, par un tiède après-midi de septembre, le soleil brillait à travers les vitraux de l’église, et le vent d’ouest courbait doucement les hautes herbes des prairies . Il n’y avait pas de tristesse dans l’air…un merle chantait gaiement sur la plus haute branche d’un ormeau…les hommes travaillaient comme d’habitude sur la jetée. Janet Coombe n’était plus  qu’un petit nom gravé sur la pierre grise d’une tombe, en attendant que la pluie, le vent, la mousse et les racines des lierres le fissent disparaître, comme avaient disparu les feuilles des étés et les neiges des hivers passés.  Poussière ! La vie n’a pas de sens. Elle n’est qu’une fraction de temps, entre la naissance et la mort, une onde à la surface de l’eau.

Daphné du Maurier est à ce jour, l’auteur qui me correspond , autant dans ses écrits que dans ce que je sais de ses principes de vie…

Daphné du maurier 8

 

 

Désenchantée…

corde

Tout est chaos
A côté
Tous mes idéaux : des mots
Abimés…
Je cherche une âme, qui
Pourra m’aider
Je suis
D’une génération désenchantée
Désenchantée

Ce refrain, connu de tous, est celui de Désenchantée, le plus gros succès de Mylène Farmer, composé par Laurent Boutonnat et écrit par elle-même. Ce tube a eu 25 ans l’année dernière, il est en effet sorti en 1991.

A cette époque là, c’était le début du retour de manivelle, la fin des années 80, des années d’insouciance, le Sida, la crise économique, les diplômés au chômage, la fin des premières années Mitterrand…

Cette chanson était un peu le constat d’un changement, d’une prise de conscience, d’une fin pour de nouveaux  débuts plus compliqués.  A cette époque, Mylène Farmer lisait beaucoup Cioran, l’un de ses maîtres et de ses inspirateurs (que je n’ai encore jamais lu mais qui me plairait sûrement étant donné son niveau global  d’optimisme …) , certains disent que cela aurait pu faire un déclic pour écrire ce texte.

Une génération désenchantée…ma génération en somme, et ça ne s’est pas vraiment arrangé depuis.

Alors je me pose une question con : si aujourd’hui on devait rajouter un adjectif à la génération suivante, celle qui a 20 ans aujourd’hui, que pourrait-on utiliser?

J’ai repris sur le net , tous les synonymes , enfin les plus courants, pour le mot  » désenchanté » : on pourrait parler de génération:

  • Aigrie
  • Désabusée
  • Blasée
  • Désillusionnée
  • Lasse
  • Déçue
  • Mélancolique
  • Dégoûtée
  • Revenue
  • désappointée.

Hélas, en 2017, beaucoup de ses mots conviennent à ceux qui ont 20 ans.

Et pour  la génération future, ceux qui viennent de naître? Qui pourrait trouver des adjectifs positifs à accoler au mot « génération » ?? Faisons un effort, essayons de positiver sans tomber dans le bisounoursage béat.

C’est une génération en chantier , qui aura besoin de construire tout ce que nos grands parents, parents et nous-mêmes avons contribué à détruire, bien souvent sans s’en rendre compte, sans intention de nuire…

Oui, voilà mon mot à moi, une génération de bâtisseurs…ils n’ auront pas le choix, construire pour ne plus vaciller. Péter le mur c’est bien, il faut  probablement commencer par là, mais après faudra bâtir.

Et vous? Comment vous la voyez la génération future, ce sera une génération….

Abécédaire de février

abécédaire

Il y a longtemps que je n’avais plus fait cet exercice. J’ai eu envie de m’y remettre, j’ai piqué au hasard une liste de mots sur le blog d ‘Asphodèle, à l’occasion d’un épisode de ses plumes…

  • Belle : femme plutôt volage qui se donne à Sébastien, aux clochards , à la Bête et j’en passe et qui finit au bois à cause de son prince charmant. Autre définition : Femme de Didier Des champs ( la fameuse belle Deschamps qui baguenaude dans les pâturages…)
  • Lapin : ami intime harcelé par Chantal Goya qui un matin, n’en pouvant plus, a préféré en finir sous les balles d’un chasseur…
  • Destin : parcours totalement prévu avant même que l’être humain vienne au monde, ou alors  totalement imprévu, sauf la fin…
  • Souffle : air qui siffle au coeur !
  • Partage : action de découper une masse en plusieurs parts plus ou moins égales : par exemple, les 8 personnes les plus riches du monde ont autant d’argent que la moitié de l’humanité la plus pauvre.
  • S’abstraire : s’absoudre lorsqu’on est une vache laitière ( cette définition n’a aucun sens…comme l’existence)
  • Voyage : voyage, plus loin que la nuit et le jour…dans l’espace inouï de l’amour…respect !
  • Réchapper : opération de chirurgie esthétique qui consiste à regonfler les rustines voire changer la chambre à air des plus ou moins vieilles actrices et chanteuses qui en ont les moyens.
  • Respirer : contraire d’expirer , sauf si on est mort bien entendu.
  • Poète : personne qui élève ses vers à soi .
  • Rêve : voir vie
  • Vie : voir rêve
  • Doux : dur qui a fondu
  • Fugue : elle peut être totale ou limitée. Dans ce cas, c’est seulement  la moitié d’un raisin  (si tu comprends la vanne, bravo à toi, même moi j’ai eu du mal…)
  • Oiseau : être qui vit d’air pur et d’eau fraîche, d’un peu de chasse et de pêche et que jamais rien n’empêche d’aller plus haut…bref le contraire d’un politicien !
  • Imaginer : ne pas se résoudre à vivre sa réalité.
  • Balles : bientôt dans toutes les écoles américaines et pas à blanc.
  • Poudre : Coco Boër quand j’étais gamin,  forme de lessive avant qu’elle ne se liquéfie quand j’étais jeune adulte, tellement aux yeux aujourd’hui que je risque ne me transformer en Perlinpinpin  !

Celle qui fuit et celle qui reste d’ Eléna FERRANTE (l’Amie prodigieuse volume 3 – 2017 )

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Merci à Mind The Gap de m’avoir offert ce livre en grand format au lieu d’attendre sagement sa sortie en poche…

En 2011 paraît L’Amie prodigieuse, premier volet d’une saga sur l’amitié intense entre deux fillettes dans la Naples des années 1950, issues d’un milieu modeste, entre la brillante et exubérante Lila Cerullo et la plus secrète Elena Greco, alias Lénu. C’est elle la narratrice de ce qui va devenir une fresque dense, intime et politique,  sur trois décennies, déclinées en quatre volets.

Celle qui fuit et celle qui reste se passe surtout  dans les années 70, Lila et Lénu ont entre 20 et 30 ans. C’est le troisième volet de la saga.

Celle qui reste c’est Lila : Elle reste à Naples même si elle n’habite plus dans  » Le quartier » ,  vit avec son fils et un homme qui n’est pas son mari. Elle trime dur dans une usine où le patron traître ses employés avec mépris  et brutalité, jusqu’au jour elle va , à sa manière se rebeller.

Celle qui a fuit, c’est Lénu, après ses études à Pise, elle publie un roman à succès, puis se marie avec un triste jeune professeur d’université avec lequel elle aura deux enfants .  Elle vit à Florence. Elle est cultivée et vit mal sa condition de femme au foyer. C’est une période de crise en Italie, il y a les communistes, les fascistes …et les féministes, dont Lénu…

Que dire de plus que sur les deux premiers tomes, étant donné que j’ai adoré également ce volume, excepté peut-être les 80 premières pages car Lila est assez absente du récit, or c’est l’amitié fusionnelle et tourmentée entre les deux  femmes qui est le ressort du livre d’ Eléna Ferrante.

Qui plus est, ma grande proximité avec Lila  m’avait obligée à m’imaginer telle que je n’étais pas. Je m’étais additionnée à elle et me sentais mutilée dès que je me soustrayais. Pas une idée sans Lila. Pas une pensée à laquelle me fier sans le soutien de ses pensées. Pas une image. Je devais m’accepter en dehors d’elle. C’ était là le coeur du problème. Accepter d’être quelqu’un de banal. Que devais-je faire? Essayer d’écrire encore ? Peut-être est-ce que je n’étais pas assez passionnée et que je me contentais d’accomplir un devoir. Ne plus écrire, alors ? Me trouver un emploi quelconque ? Ou faire la bourgeoise, comme disait ma mère. M’enfermer dans la famille. Ou bien tout fiche en l’air. La maison. Les filles. Mon mari.

Dans ce volume, le contexte politique et historique de l’époque est important, celui de la lutte des classes, du bien et du mal. Mais surtout, Eléna Ferrante excelle dans l’art d’interpeller le lecteur sur la place de la femme au sein de la société italienne et au fil des décennies , c’est  » La femme  » le sujet central du livre et cette façon de défendre la cause féminine est magistrale et finalement acceptée et plébiscitée.

Il ne faut donner d’enfants à aucun homme, en encore moins à Dieu le Père ! les enfants, c’est pour eux-mêmes qu’on les fait; le moment est venu de tout examiner du point de vue des femmes et non des hommes; derrière chaque discipline il y a la bite, et quand la bite se sent impuissante, elle a recours à la barre de fer, à la prison, à la police, à l’armée et aux camps de concentration; si jamais tu ne te plies pas, et si tu continues à tout mettre sens dessus dessous, alors c’est un massacre !

Il y a toujours autant de rebondissements et de suspens…jusqu’aux dernières pages où Léna prend un tournant à 180° dans sa vie, après avoir cherché la bénédiction de Lila.

Voilà…et maintenant, ben comme je ne maîtrise ni assez bien l’anglais ni l’italien, il va falloir attendre la sortie du dernier tome, «  L’enfant perdue » en français, peut être à l’automne 2017.

Je note sur un carnet ce que je lis et les dates de début et de fin de lecture…j’ai lu les 1800 pages environ des trois premiers volets de l’ Amie Prodigieuse en 33 jours…soit 55 pages par jour…pour moi c’est beaucoup, d’autant que les pages sont denses.  Je me sens un peu orphelin de lecture…j’ai donc convoqué Daphné Du Maurier pour quitter l’Italie et ces deux femmes merveilleuses et prendre du plaisir à ce que je vais lire.

A suivre !

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Stop ou encore – épisode 9

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Après 18 votes acharnés, voici le résultat du Stop ou encore volume 8:

  • Daho : 39%
  • Voulzy : 39%
  • François : 22%.

Encore une égalité…alors Daho et Voulzy reviennent avec un troisième concurrent. Le mot fil rouge de cette battle est le mon  » Mon ».

Proposition 1 : Marina Kaye et Soprano : Mon Everest.  C’est extrait du nouvel album de Soprano, et on retrouve avec plaisir Marina et son anglais convaincant pour une française, en attendant son prochain album.

Proposition2 : Laurent Voulzy : Mon héroïne. Extrait de l’album Paradoxal système, j’aime beaucoup ce titre…qui fut le premier extrait de l’album. Très Voulzien ce morceau là…

 

Proposition 3 : Etienne Daho : Mon manège à moi. Bon j’avoue que je n’aime pas trop ce vieux titre poussiéreux mais il me fallait un titre de Daho avec  » Mon ».

A vous de choisir quel artiste vous souhaitez retrouver pour l’épisode 10.

Comment j’ai raté ma vie professionnelle (2)

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Hé bien voici la suite de l’histoire…le début est : ICI

Bac en poche, je m’oriente vers des études courtes, un IUT de gestion, où je fais de la compta…mais pas que. La première année est difficile, je ne parle pas des cours, mais du changement. Je dois quitter mon trou paumé pour la ville (Toulouse), habiter en cité U (seulement une moitié de l’année, après j’ai pris un studio tout pourri, mais bien moins pourri que la cité U ), manger au resto U  (ou plutôt trier ce que je mange au resto U en évitant les horribles bouchées à la reine…)bouchees-reine Et puis quand on est jamais sorti de son trou et qu’on a 17 ans,  forcément on a peur de tout et on ne sait rien faire. J’ai quand même eu mon permis du premier coup dans Toulouse.  Sinon en math, je ne capte plus rien, on est à la Fac ! La deuxième année , je commence à me détendre, j’ai un studio pas mal du tout, ma petite  voiture (une Fiat Uno blanche…) et je commence tout doucement à vivre ma vie d’étudiant. à L ‘IUT tout va bien, je termine avec le diplôme et un avis très favorable pour la poursuite d’études.

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Et hop, j’enchaîne avec une Maîtrise en Sciences et Techniques Comptables et Financières. Là c’est du sérieux, 44h de cours et conférences par semaine (donc obligé d’en sécher 1/3, on est pas des robots non plus), du droit imbuvable et de la gestion financière bien compliquée. Plein de fils et filles d’experts comptables car cette formation est l’une des voies pour aller jusque là. Je comprends en début de seconde année  que je me suis un peu fourvoyé…je bosse , je bosse, enfin à ma manière , bourrine mais efficace. Fiches résumés apprises par coeur, exercices répétés et répétitifs, seul le résultat compte !   Et j’obtiens ma maîtrise, parmi les derniers du petit groupe (on était 25 je crois) avec juste la moyenne.  Mais j’ai adoré ces 2 années du point de vue étudiant, la liberté, les copains et les copines, les coups à boire, notamment dans un bar proche de la Fac appelé le Huchet d’argent où je découvre notamment la Kriek Cerise en pression…kriek-cerise…les cours séchés, les grasses-matinées  et tout le reste. Sauf que la gestion ça m’a gavé à force, j’ai compris aussi que ce monde n’était pas pour moi et que ma motivation étant limitée , ma capacité de travail l’était aussi, et  peut être aussi ma capacité tout court d’ailleurs si j’avais poursuivi dans cette voie qui n’est pas simple.  Et comme j’ai découvert le marketing, vous savez cette science qui consiste à manipuler le chaland pour lui piquer tout son fric, et que  j’ai adoré, je me suis dit, tiens si je poursuivais un peu la vie d’étudiant dans le marketing ?

Alors, comme je n’ai pas du tout  eu  envie d’aller vers l’expertise ou des spécialisations pour devenir cadre supérieur comptable ou monter un jour mon propre cabinet, (ben non, aucune ambition , même pas fan de Tapie à la télé figurez-vous)  je continue encore mes études. je veux rentrer en DESS Marketing, à Toulouse of course, je n’ai pas l’âme voyageuse ni vagabonde à l’époque. Je rate les tests d’entrée la première fois, je suis vexé, fais un autre DESS de gestion (beaucoup plus simple que ma maîtrise , donc nase…je ne suis pas souvent en cours et j’ai tendance à être un peu perturbateur et c’est là je crois, que je commence à lire pas mal, Shephen King , Philippe Djian , à écouter la radio tard le soir… de ces deux là )  en attendant.

Je  repasse mes tests  d’entrée en DESS Marketing l’année d’après avec succès et zou, une année de plus et un diplôme  de plus.  Ha, joies des études de marché et des sondages, de la communication, des linéaires de confiture et des achats impulsifs , des publicités et des grands magasins… mais ça sent la fin, cette dernière année n’a pas été top d’un point de vue de la vie étudiante, mes amis de Maîtrise ont tous quittés Toulouse pour continuer leur route, travailler ou poursuivre vers l’expertise comptable. Pas moi, j’avais déjà tendance à faire du sur-place et à ne pas bouger à l’époque…marketing

Récapitulons…nous sommes en  juin 1993, là je peux plus continuer, j’ai passé 6 années à la Fac, eu 4 diplômes… (faut rentrer chez soi là maintenant Monsieur)  sauf à faire thésard…mais faut pas exagérer non plus, je ne suis passionné par rien et avec le recul, je n’en avais  certainement pas les capacités, pas assez tronche. Et puis, s’il avait fallu m’appeler Docteur ensuite… 😀  Bref  je suis bardé de diplômes (à défaut de muscles)  , va bien falloir que je bosse maintenant…puis qu’ hélas je n’ai pas de tunes , ni d’héritage en vue ni de famille aisée, ni de copine pleine aux as… je vais devoir gagner ma vie.

Mais ça c’est une autre histoire…à suivre !

Le nouveau nom d’ Eléna FERRANTE ( l’ Amie prodigieuse volume 2 – 2016)

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Un grand merci et un gros bisou à Marie qui m’a offert ce livre !

Lénu et Lila ont maintenant 17 ans au début du tome 2.  C’est le passage dans la vie de jeune adulte qui est décrit dans le Nouveau Nom. Lila s’est mariée après avoir dû choisir antre plusieurs prétendants, son mariage est catastrophique, elle prend un amant, puis elle a un enfant. Elle ne  reste pas loin de son quartier d’origine, mais dans un plus beau quartier, et travaille dans les épiceries de son mari, ou le magasin de chaussure des Solara, les associés mafieux de Stéphano.

Lénu, elle, a eu son bac et elle part étudier à l’université à Pise. Elle n’a pas de prétendants et sa première fois sera une douloureuse expérience. Elle a une relation avec un garçon érudit gravitant autour de l’université, elle fera deux voyages à l’étranger et petit à petit se détachera de son quartier misérable et de Lila…mais l’été les vacances à Ischia avec elle seront l’occasion de retrouvailles et de rebondissements douloureux…

A l’heure où vous lisez ces lignes, sachez que j’ai juste  terminé le volume 3 de la saga d’Eléna Ferrante car j’ai tout simplement adoré Le nouveau nom. Cette suite est encore mieux que l’Amie prodigieuse. Ce qui fait la grande force du livre et son côté addictif, est bien la relation entre ces deux jeunes femmes, faite d’amour et de haine, et dans ce volume, cette relation devient  vraiment passionnante  pour le lecteur.

Elle m’expliqua que je n’avais rien gagné, qu’il n’y avait rien à gagner dans le monde, que sa vie était pleine d’aventures diverses et déraisonnables, exactement autant que la mienne, que le temps s’écoulait sans avoir de sens, et que c’était bien de se voir de temps à autre pour entendre le son fou du cerveau de l’une résonner dans le son fou du cerveau de l’autre

Comment Lénu et Lila, nées quasiment le même jour au même endroit, peuvent-elles à ce point  être différentes et à ce point liées comme des  jumelles  de coeur que pourtant tout oppose dans leur recherche d’émancipation.

C’est la passion et l’amour qui vont prendre les commandes de cette suite, alors forcément Le nouveau nom m’a enchanté !

(attention, si vous être en train de lire le 1 ou le 2 , passez l’extrait suivant sinon vous serez au courant de l’un des rebondissements…)

Soudain je compris pourquoi je n’avais pas eu Nino et pourquoi Lila, elle, l’avait eu. Je n’étais pas capable de m’abandonner à de véritables sentiments. Je ne savais pas me laisser entraîner au delà des limites. Je ne possédais pas cette puissance émotionnelle qui avait poussé Lila à tout faire pour profiter de cette journée et de cette nuit. Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans criante des railleries, du mépris, des crachats et des coups. Bref, elle avait mérité Nino, parce qu’elle considérait que l’aimer, cela voulait dire essayer de l’avoir et non espérer qu’il la veuille.

Il est difficile d’expliquer ce que j’aime autant dans cette histoire. J’ai du mal à en parler. Peut-être simplement  qu’ Eléna Ferrante s’avère être une merveilleuse conteuse d’histoire et c’est finalement assez rare. Elle parvient parfaitement à inventer ses souvenirs car il est certain pour moi qu’elle a emprunté une partie des chemins qu’elle trace avec bonheur dans Le nouveau nom.

En somme ,  c’est une belle histoire, une histoire d’hier (et d’aujourd’hui) très bien menée et pleine de surprises.  A chaque page ou presque, il y a quelque chose de puissant qu’on n’arrive pas à saisir mais qui nous touche. C’est sur les sentiments qu’ Eléna Ferrante est la plus forte même si l’arrière plan du livre est foisonnant, on peut y voir un portrait social de l’ Italie des années 60, de la condition d’étudiant, de la place de la femme dans la société (c’est un roman féministe qu’on se le dise  et le tome 3 en fonce le clou d’ailleurs ) et j’en passe…

Mais avant tout c’est le destin de Lénu et Lila, ce fil tendu entre elles qui se fissure mais ne rompt  jamais…

Or, c’est Lila qui rend l’écriture difficile. Ma vie me pousse à imaginer ce qu’aurait été la sienne si mon sort lui était revenu, à me demander ce qu’elle aurait fait si elle avait eu ma chance. et sa vie surgit constamment dans la mienne, dans les mots que j’ai prononcés et derrière lesquels il y a souvent un écho des siens, dans mon geste déterminé qui est la transposition d’un de ses gestes, dans mon habitude d’être en deçà qui correspond à sa manière d’être au-delà, dans mes tentatives d’aller au-delà qui exagèrent ses façons d’être en deçà.

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La note…

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C’est l’histoire d’une note, mais j’aurais préféré que ce fut celle d’un autre. Je m’en souviens encore comme si c’était hier.

N’imaginez pas qu’il s’agisse d’un fa dièse, d’un mi bémol ou d’une fadaise. Les désaccords majeurs viennent toujours de sentiments mineurs.

Il ne s’agit pas non plus  de mots qui s’épuisent à s’ordonner dans l’intimité d’un  joli cahier vert. D’ailleurs les mots  notés ne servent à rien pour contrer la griffure du chat s’apprêtant à manger la souris.

Je ne vous parle pas non plus de classement, ces notes là ne sont que des chiffres qui s’écrasent sur un barème sans âme, auquel on peut faire dire n’importe quoi.

Enfin, j’eus préféré qu’il soit question d’un simple mot griffonné sur un post-it jaune mimosa, un mot doux venu de je ne sais où…une sorte de mot d’où en quelque sorte. Hélas, il y a bien longtemps que Chloé avait cessé de m’écrire des lignes, j’étais maintenant  en marge de son brouillon de vie façon cahier.

Ce jour-là, Chloé m’avait laissé un long message vocal me disant qu’elle devait encore rester très tard à l’atelier , qu’elle dormirait même certainement sur place, dans son alcôve en forme de boudoir, bref  de ne pas l’attendre. Et effectivement, elle ne rentra pas cette nuit-là.

Le lendemain soir, nous étions alors un 15 février, jour de son anniversaire, je vis dépasser de la poche intérieure de son manteau vert,  un bout de papier qui semblait représenter une sorte de  cheval .  Intrigué, je le sortais de son repaire alors que Chloé était sous la douche , et la mienne fut soudainement très froide.

Il s’agissait bien d’un cheval marin.  Plus exactement, j’avais en main  la note d’un restaurant dénommé  « l ‘hippocampe heureux  » . Il y était indiqué le prix payé pour deux menus  » amours vénitiennes » , pris la veille au soir au restaurant. En souvenir, on avait entouré le cheval des mers d’ un coeur mi gui mi mauve,  à l’intérieur duquel on pouvait lire  » Chloé et Daphné ».

Je voulus hurler, mais ce furent les larmes qui noyèrent mon chagrin.  De toute manière, j’étais bien incapable de tenir la note…